Ouïghours: la Chine hausse le ton face aux sanctions occidentales

L'Union européenne a imposé lundi des sanctions contre quatre dirigeants passés ou actuels du Xinjiang chinois (Photo, AFP).
L'Union européenne a imposé lundi des sanctions contre quatre dirigeants passés ou actuels du Xinjiang chinois (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 23 mars 2021

Ouïghours: la Chine hausse le ton face aux sanctions occidentales

  • Selon des études, au moins un million de Ouïghours ont été internés dans des «camps» de la région chinoise du Xinjiang et certains soumis à du «travail forcé» et des «stérilisations»
  • En réaction, l'Union européenne a imposé lundi des sanctions contre quatre dirigeants passés ou actuels du Xinjiang. Le Royaume-Uni et le Canada ont fait de même

PEKIN: Ambassadeurs convoqués, dénonciation des « mensonges » dont elle se dit victime: la Chine a vivement répliqué mardi après l'imposition par les Occidentaux de sanctions face au traitement de sa minorité ouïghoure.

Selon des études d'instituts américains et australien, au moins un million de Ouïghours ont été internés dans des « camps » de la région chinoise du Xinjiang (nord-ouest) et certains soumis à du « travail forcé » et des « stérilisations ».

La Chine dément catégoriquement les deux dernières accusations et affirme que les « camps » sont des « centres de formation professionnelle » destinés à éloigner la population de l'extrémisme religieux et du séparatisme, après une série d'attentats attribués à des Ouïghours.

En réaction, l'Union européenne a imposé lundi des sanctions contre quatre dirigeants passés ou actuels du Xinjiang. Le Royaume-Uni et le Canada ont fait de même. 

Quant aux Etats-Unis, qui sanctionnaient déjà deux de ces responsables depuis 2020, ils ont ajouté les deux autres à leur liste.

Londres a salué « un signal extrêmement clair de l'unité de la communauté internationale dans sa condamnation des violations des droits de l'Homme au Xinjiang ».

Pékin a répliqué en sanctionnant 10 personnalités européennes, dont cinq élus du Parlement européen, toutes accusées « de propager des mensonges » en s'appuyant sur des études que la Chine estime biaisées.

Les Européens et leurs familles seront interdits de séjour en Chine continentale, à Hong Kong et Macao.

Quatre fondations européennes sont également visées par Pékin, dont « l'Alliance des démocraties », une institution danoise dirigée par l'ex-secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen.

« Donneuse de leçon »

Pékin a annoncé mardi avoir convoqué l'ambassadrice de Grande-Bretagne ainsi que « dans la nuit » l'ambassadeur de l'UE en Chine, Nicolas Chapuis, afin de « condamner dans les termes les plus vifs » des sanctions européennes « fondées sur des mensonges et de fausses informations ». 

Par contraste, l'ambassadeur de Chine à Paris ne s'est pas rendu à une convocation de la diplomatie française qui a dénoncé ses attaques contre des parlementaires et un chercheur français.

« L'UE n'est pas qualifiée pour se poser en donneuse de leçon à l'égard de la Chine sur les droits de l'homme », a indiqué au représentant de Bruxelles le vice-ministre des Affaires étrangères Qin Gang.

« La Chine exhorte l'UE à reconnaître la gravité de son erreur, à la corriger et à mettre fin à la confrontation, afin de ne pas causer davantage de dommages aux relations sino-européennes », a-t-il ajouté.

Le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, est également monté au créneau mardi lors d'une rencontre en Chine avec son homologue russe Serguei Lavrov.

« Ces derniers jours, une minorité de puissances occidentales ont chacune pris la parole pour diffamer et critiquer la Chine », a dénoncé Wang.

« Toutefois, elles doivent savoir ceci : l'époque où elles pouvaient inventer des histoires ou fabriquer un mensonge afin de s'ingérer dans les affaires intérieures de la Chine appartient à un passé définitivement révolu. »

Les sanctions occidentales décidées lundi pourraient être le signe d'un raffermissement des liens entre les Etats-Unis et leurs alliés face à Pékin, après la désunion constatée durant le mandat de l'ex-président Donald Trump.

Visite au Xinjiang

« Franchement, cela ne nous inquiète pas du tout », a lancé devant la presse la porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying.

Ceux qui sous-estimeraient la détermination de Pékin « paieront pour leur bêtise et leur arrogance », a-t-elle averti.

Elle a en outre laissé entendre que l'accord sur l'investissement signé fin 2020 entre Pékin et l'UE pourrait pâtir des différends bilatéraux.

« Les Européens ne peuvent pas obtenir des gains d'un côté et imposer des sanctions de l'autre », a-t-elle observé.

Les points de friction entre l'Occident et la Chine restent nombreux : répression contre l'opposition à Hong Kong, accès du marché chinois, investissements chinois en Europe, mer de Chine méridionale ou encore Taïwan.

Alors que le départ de Donald Trump aurait pu amorcer une détente entre Pékin et Washington, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a repris la qualification de « génocide » pour évoquer le traitement des Ouïghours -- un terme déjà utilisé par son prédécesseur Mike Pompeo.


Malgré les menaces de Téhéran, les discussions continuent "à un rythme rapide" selon Trump

Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
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  • Les pourparlers États-Unis–Iran sont fragiles, entre annonces d’accords et suspension du dialogue.
  • Malgré les discussions, les frappes et menaces d’escalade régionale se poursuivent, alimentant l’instabilité

TEHERAN: Donald Trump a assuré lundi que les négociations avec Téhéran pour mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient se poursuivaient "à un rythme rapide" et qu'une détente se profilait au Liban, comme exigé par la partie iranienne.

Un peu plus tôt, l'agence de presse iranienne Tasnim avait affirmé que les négociateurs du pays avaient "suspendu" le dialogue indirect avec Washington à cause des "crimes" qu'Israël "continue à commettre", sans que cette information ne soit confirmée de source officielle iranienne.

"Les Etats-Unis sont directement responsables d'une violation du cessez-le-feu contre l'Iran, et d'une violation du cessez-le-feu par le régime israélien contre le Liban", a estimé le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont estimé que "les lignes rouges franchies" à Gaza et au Liban équivalaient "à une guerre directe", en référence aux frappes quasi quotidiennes d'Israël dans le territoire palestinien et à son offensive dans le pays voisin.

"En réponse", l'Iran "est déterminé à mener des opérations défensives" et à "ouvrir de nouveaux fronts", ont averti les Gardiens.

Mais Donald Trump a annoncé avoir obtenu auprès du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, l'engagement de ne pas envoyer de troupes à Beyrouth, et auprès du Hezbollah pro-iranien celui de "cesser totalement le feu".

"Israël ne les attaquera pas et ils n'attaqueront pas Israël", a-t-il écrit.

Peu après, l'ambassade du Liban aux Etats-Unis a confirmé que le Hezbollah avait accepté une proposition américaine de "cessation mutuelle des attaques" avec Israël.

- Le pétrole fébrile -

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

D'autant que Téhéran a redit lundi que le nucléaire iranien ne faisait pas partie "à ce stade" des discussions, contrairement aux attentes de Donald Trump, qui a affirmé dimanche soir qu'un protocole d'accord devrait stipuler "très clairement que l'Iran n'aura(it) pas d'arme nucléaire".

Autre dossier clé des discussions, la navigation maritime. Selon Tasnim, l'Iran compte continuer à verrouiller le détroit d'Ormuz, et envisage de perturber le trafic dans celui de Bab el-Mandeb, de l'autre côté de la péninsule arabique - ce qui bloquerait l'accès au canal de Suez via la mer Rouge et contraindrait les navires à d'énormes détours.

Un navire a été touché par un projectile dans le Golfe qui a déclenché une forte explosion, a indiqué sans plus de détails l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

Dans ce contexte, le cours du Brent de la mer du Nord, référence mondiale du pétrole brut, est brutalement reparti à la hausse (jusqu'à environ +7%) avant de ralentir quelque peu et de terminer la séance en hausse de 4,24% à 94,98 dollars.

- Washington défend des frappes "défensives" -

L'Iran avait plus tôt dans la journée accusé les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.

L'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Les Gardiens iraniens avaient dit avoir riposté en attaquant une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire, sans nommer le pays visé - mais le Koweït a intercepté des missiles et drones "hostiles" et les a attribués à l'Iran.

La guerre a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranle l'économie mondiale.


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.

 

 


Trump a renvoyé une proposition d'accord plus stricte à l'Iran 

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  • D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran
  • Selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a renvoyé une nouvelle proposition d'accord plus stricte à l'Iran pour mettre fin à la guerre, alors qu'une entente semblait se rapprocher ces derniers jours, affirment samedi des médias américain.

D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran.

Le média américain n'est pas en mesure de préciser les changements apportés par le républicain. Mais selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens.

M. Trump a maintes fois répété qu'il était exclu que Téhéran se dote de l'arme atomique, et exige que son stock d'uranium hautement enrichi soit détruit.

La question du nucléaire est l'un des principaux points de friction dans les négociations pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre la République islamique.

Parmi les autres priorités du président figurent la réouverture et le déminage du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui en bloquant cette voie d'eau perturbe gravement les approvisionnements en carburant et l'économie mondiale en général.

Les modifications apportées par Donald Trump pourraient encore prolonger les négociations. Des sources américaines ont indiqué à l'AFP que le président n'avait pas décidé de signer la proposition sur son bureau vendredi, après une réunion de crise à la Maison Blanche.

Dans la soirée, un responsable de la présidence avait affirmé que Donald Trump ne signerait un accord "que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".