E-sport aux Emirats: les entrepreneurs locaux veulent leur part du gâteau

Des concepteurs graphiques de l’entreprise Boss Bunny Games basée à Dubaï (Photo, AFP).
Des concepteurs graphiques de l’entreprise Boss Bunny Games basée à Dubaï (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 04 avril 2021

E-sport aux Emirats: les entrepreneurs locaux veulent leur part du gâteau

  • Dans cet émirat du Golfe, les passionnés d'E-sport ne se contentent plus de consommer, ils veulent devenir acteurs de cette juteuse industrie
  • Les Emirats arabes unis, et leur régiment de jeunes expatriés, ont investi divers secteurs, et notamment celui des technologies et des sports

DUBAI: Dans un local flambant neuf de Dubaï, des jeunes organisent des compétitions régionales de jeux vidéos sponsorisées par des grandes marques internationales. Dans cet émirat du Golfe, les passionnés d'E-sport ne se contentent plus de consommer, ils veulent devenir acteurs de cette juteuse industrie.

Saad Khan a mis le pied dans le monde des « gamers » il y a quatre ans en ouvrant des cybercafés. Cet expatrié indien de 45 ans, qui a « toujours » travaillé dans les technologies, a vu dans le succès de ces espaces qui ont pullulé ces dernières années à Dubaï une « énorme opportunité » pour se lancer. 

Mettant à profit ses contacts avec Intel, HP ou Microsoft, il dirige aujourd'hui Gamers Hub Media Events (GHME). L'entreprise, qui vient de s'offrir de nouveaux locaux, produit des compétitions régionales d'e-sport. 

Avec pour objectif de diversifier leur économie dépendante du pétrole, mais aussi pour affirmer leur « soft power » sur la scène mondiale, les Emirats arabes unis, et leur régiment de jeunes expatriés, ont investi divers secteurs, et notamment celui des technologies et des sports.

L'industrie des jeux vidéos connaît une croissance de 12% chaque année et a rapporté quelque 139,9 milliards de dollars (118,9 milliards d'euros) en 2020, selon la société américaine de mesure de la consommation Nielsen.

Rien que dans le Golfe, ce montant devrait atteindre 821 millions de dollars (698 millions d'euros) en 2021, avec les Emirats et l'Arabie saoudite comme principaux consommateurs de produits internationaux, estime le cabinet de conseil Strategy&.

« Ecosystème en formation »

« La valeur du sponsoring a augmenté, le nombre de joueurs a augmenté. Et je vois aussi beaucoup de très bonnes équipes qui prennent forment et se professionnalisent, ce qui n'était pas le cas avant », observe Saad Khan, qui a refusé de dévoiler le montant de ses bénéfices.

L'année dernière, son entreprise a décroché un gros contrat avec BMW qui organise des compétions régionales. Et GHME vise plus loin, avec l'ouverture de bureaux à Barcelone, en Inde ou en Afrique du Sud pour couvrir d'autres régions.

Passionné de jeux vidéos, Ghazi Beydoun est chargé du développement commercial à GHME. Pour lui, l'avenir de l'e-sport au Moyen-Orient est prometteur.

« Nous avons beaucoup de talents qui manquent de soutien ». Mais « ce soutien commence à venir », explique cet expatrié libanais de 29 ans, évoquant les équipes libanaise, jordanienne, égyptienne, saoudienne ou émiratie qui se distinguent.

Selon lui, « un écosystème se forme petit à petit et va s'améliorer et s'agrandir ».

Avec 25 ans d'expérience dans le secteur, Geraint Bungay veut lui aussi faire partie de ce nouvel écosystème grâce à Boss Bunny Games. Cette entreprise qu'il a fondée à Dubaï travaille actuellement sur la création de ce que les Emirats présentent comme le « premier jeu vidéo inspiré de la culture du Golfe ». 

Sa sortie est prévue pour la rentrée. Le jeu repose sur quatre femmes émiraties : les célèbres personnages de Freej, un dessin animé local populaire. 

Un marché régional insoupçonné

« C'est une initiative 100% privée mais nous bénéficions d'un énorme soutien du gouvernement », explique Bungay.

Ce Britannique a choisi Dubaï il y a un an et demi pour son appétit envers ce secteur, ses ingénieurs venus du monde entier et aussi l'important marché que représente son grand voisin, l'Arabie saoudite.

« L'Arabie saoudite est cinquième au monde pour les jeux vidéos en termes de revenus, donc c'est un marché absolument énorme. Avant d'arriver dans la région, je n'avais pas réalisé cela ». 

« Beaucoup de gens ne réalisent pas la taille du marché des jeux vidéos dans la région en général », ajoute-t-il.

L'appétit des Etats du Golfe pour l'e-sport s'inscrit dans une quête plus générale d' « autosuffisance » et d' « industries locales », estime Robert Mogielnicki, du centre de réflexion Arab Gulf States Institute, basé à Washington.

« L'e-sport et les autres industries du jeu offrent de nouvelles plateformes aux gouvernements et aux entreprises du Golfe pour atteindre un public mondial », explique le chercheur. 

Dans une quête permanente de bonne image, « il ne s'agit pas seulement de divertir les jeunes », majoritaires dans ces pays, mais aussi de « dépeindre les sociétés du Golfe comme des pôles florissants et créatifs ».


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".