Décès du prince Philip, époux de la reine Elisabeth II

Photo d'archive prise en 2007 et publiée le 18 novembre 2007 montre la reine britannique Elizabeth II et son mari, le prince Philip de Grande-Bretagne, duc d'Édimbourg (à gauche) marchant à Broadlands, Hampshire.(AFP)
Photo d'archive prise en 2007 et publiée le 18 novembre 2007 montre la reine britannique Elizabeth II et son mari, le prince Philip de Grande-Bretagne, duc d'Édimbourg (à gauche) marchant à Broadlands, Hampshire.(AFP)
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Publié le Vendredi 09 avril 2021

Décès du prince Philip, époux de la reine Elisabeth II

  • Le prince Philip, âgé de 99 ans, avait subi récemment une intervention cardiaque réussie. Il est décédé le 9 avril 2021
  • Après son hospitalisation, le prince Philip était retourné à Windsor, à l'ouest de Londres, où il avait passé le confinement avec son épouse de 94 ans

LONDRES : Le prince Philip, époux de la reine Elizabeth II, est mort vendredi à l'âge de 99 ans au château de Windsor, trois semaines après avoir passé un mois à l'hôpital pour une infection puis un problème cardiaque, a annoncé le palais de Buckingham.

"C'est avec un profond chagrin que sa majesté la reine annonce la mort de son époux bien aimé le prince Philip, duc d'Edimbourg", selon un communiqué de Buckingham, précisant qu'il est mort "paisiblement ce (vendredi) matin au château de Windsor".

Après son hospitalisation, le prince Philip était retourné à Windsor, à l'ouest de Londres, où il avait passé le confinement avec son épouse de 94 ans.

FICHIERS) Dans ce fichier, photo prise le 1er juin 1987. Portrait officiel publié en juin 1987 et pris au palais de Buckingham montrant la reine britannique Elizabeth II et le prince Philip, duc d'Édimbourg. Le mari de la reine Elizabeth II, le prince Philip, âgé de 99 ans, qui a récemment été hospitalisé et a subi une intervention cardiaque réussie, est décédé le 9 avril 2021, a annoncé le palais de Buckingham. PISCINE / AFP
Portrait officiel publié en juin 1987 et pris au palais de Buckingham montrant la reine britannique Elizabeth II et le prince Philip, duc d'Édimbourg. (Pool / AFP)

Le duc d'Edimbourg, qui aurait eu cent ans en juin, avait été admis le 16 février dans un hôpital privé de la capitale britannique, le King Edward VII.

Il y était retourné pour poursuivre sa convalescence après avoir subi "avec succès", début mars, une intervention pour un problème cardiaque préexistant dans un autre établissement londonien, l'hôpital St Bartholomew's, doté du plus grand service cardiovasculaire spécialisé en Europe.

Réputé pour son fort caractère mais aussi pour ses gaffes, le duc d'Edimbourg avait été hospitalisé en février par mesure de "précaution" après s'être senti mal.

Le palais de Buckingham avait précisé quelques jours plus tard que cette hospitalisation était due à une infection.

Si son transfert pour ses problèmes cardiaques avait fait craindre une détérioration de son état de santé, ses proches s'étaient voulus rassurants.

Le prince Charles lui avait rendu visite à l'hôpital.

La princesse Elizabeth (future reine Elizabeth II) et Philip, duc d'Édimbourg posent le jour de leur mariage au palais de Buckingham à Londres le 20 novembre 1947. (AFP)
La princesse Elizabeth (future reine Elizabeth II) et Philip, duc d'Édimbourg posent le jour de leur mariage au palais de Buckingham à Londres le 20 novembre 1947.

Record de longévité

L'hospitalisation du prince Philip était survenue dans une période de crise pour la famille royale, avec la diffusion le 7 mars aux Etats-Unis d'une interview explosive du prince Harry, petit-fils de la reine, et de sa femme Meghan Markle, près d'un an après leur retrait effectif de la monarchie et leur exil en Californie.

Le couple a dénoncé le racisme de certains membres de la famille royale, tout en précisant qu'il ne s'agissait ni de la reine ni de son époux, et Meghan a avoué avoir eu des pensées suicidaires.

Le prince Philip, né à Corfou le 10 juin 1921 avec les titres de prince de Grèce et du Danemark, a battu en 2009 le record de longévité des conjoints de monarques britanniques détenu par Charlotte, épouse de George III.

Envoyé en Ecosse pour suivre sa scolarité, il fait ses classes à partir de 1939 dans l'armée britannique, au Royal Naval College de Dartmouth (sud de l'Angleterre).

Il rencontre à cette époque pour la première fois la princesse Elizabeth. Leur union est célébrée le 20 novembre 1947. Ils ont eu quatre enfants (Charles, Anne, Andrew et Edward).

La reine d’Angleterre Elizabeth II, accompagnée du prince Philip, duc d'Édimbourg, salue la foule, le 2 juin 1953 après son couronnement à l'abbaye de Westminster, à Londres.(AFP)
La reine d’Angleterre Elizabeth II, accompagnée du prince Philip, duc d'Édimbourg, salue la foule, le 2 juin 1953 après son couronnement à l'abbaye de Westminster, à Londres

Le duc d'Edimbourg a pris sa retraite en août 2017, après avoir participé à plus de 22.000 engagements publics officiels depuis l'accession de son épouse au trône en 1952.

Il avait déjà subi plusieurs hospitalisations depuis 2017, la dernière en date remontant à décembre 2019 pour "des problèmes de santé préexistants", mais jamais aussi longuement.

En janvier 2019, il avait eu un spectaculaire accident de voiture lorsque sa Land Rover avait percuté un autre véhicule en sortant d'une allée du domaine de Sandringham et s'était renversée. Indemne, il avait alors renoncé à conduire.

Le prince Philip et Elizabeth II ont célébré en novembre 2017 leurs noces de platine au château de Windsor. Les cloches de l'abbaye de Westminster, où ils s'étaient mariés le 20 novembre 1947, ont sonné pendant plus de trois heures à cette occasion pour leur rendre hommage.

Pluie d'hommages au Royaume-Uni

Un "homme extraordinaire" et "dévoué" à son pays comme à sa famille: les hommages ont afflué au Royaume-Uni pour saluer la mémoire du prince Philip, époux de la reine Elizabeth II décédé vendredi à 99 ans. 

Premier à lui rendre hommage, le Premier ministre conservateur Boris Johnson a salué "la vie et le travail extraordinaires" du duc d'Edimbourg.

Prince consort à la longévité la plus longue, "il a contribué à guider la famille royale et la monarchie de sorte qu'elle demeure une institution incontestablement vitale pour l'équilibre et le bonheur de notre vie nationale", a-t-il déclaré sur le perron du 10 Downing Street. 

"Figure publique hautement respectée" mais aussi "mari dévoué" et "père fier et aimant", il a "gagné l'affection de plusieurs générations ici au Royaume-Uni, à travers le Commonwealth et dans le monde", a-t-il ajouté.

Le chef de l'opposition travailliste Keir Starmer a déploré "la perte d'un serviteur public extraordinaire", qui a "dédié sa vie à notre pays", d'abord au sein de la Royal Navy puis aux côtés d'Elizabeth II. 

"On se souviendra surtout de lui pour son engagement extraordinaire et son dévouement à la reine", a-t-il déclaré. Leur mariage de plus de sept décennies a été "un symbole de force, de stabilité et d'espoir", une source d'inspiration pour "des millions de personnes au Royaume-Uni et au-delà".

L'ancien Premier ministre Tony Blair, au pouvoir au moment de la mort de la princesse Diana en 1997, a rendu hommage à un homme "souvent en avance sur son temps".

"Il sera naturellement particulièrement reconnu pour son soutien remarquable et inébranlable à la reine pendant tant d'années. Cependant, il doit également être salué et célébré à part entière comme un homme de prévoyance, de détermination et de courage", a-t-il dit.

Plus sobrement, la Première ministre indépendantiste écossaise Nicola Sturgeon s'est dite "attristée" par la mort du duc d'Edimbourg et a adressé des condoléances en son nom et celui des Ecossais à la reine et la famille royale.

Selon elle, il laissera "une marque profonde" en Ecosse, nation avec laquelle il partageait "des liens profonds et durables" et où il passait régulièrement ses vacances à Balmoral.

En Irlande du Nord, agitée depuis plus d'une semaine par des émeutes, la Première ministre unioniste Arlene Foster a rappelé que le prince était "largement respecté pour service actif et dévoué à son pays ainsi que pour son soutien inébranlable à Sa Majesté la reine pendant son règne".

Avec un "intérêt marqué pour l'Irlande du Nord", "il avait un impact profond et positif sur des milliers de nos jeunes", notamment via son programme en faveur de la jeunesse "The Duke of Edinburgh's Award", a-t-elle souligné.

Le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, a également salué "un homme extraordinaire, qui a consacré sa vie au service public et à aider les autres".

"Il a aussi combattu pour le Royaume-Uni - et les libertés qui nous sont chères aujourd'hui  - durant la Seconde Guerre mondiale", a-t-il ajouté.

 

 

Johnson salue la vie et le travail "extraordinaires" du prince Philip

LONDRES: Le Premier ministre britannique Boris Johnson a salué "la vie et le travail extraordinaires" du prince Philip, décédé vendredi à 99 ans, et présenté ses condoléances à la reine Elizabeth II et la famille royale.

"Nous sommes en deuil, avec Sa Majesté la reine, nous lui présentons nos condoléances, à sa famille" et "la nation et le royaume offrent leurs remerciements pour la vie et le travail extraordinaires du prince Philip, duc d'Edimbourg", a déclaré le chef du gouvernement devant Downing Street.

 

Le prince Philip "incarnait une génération", affirme le Premier ministre australien

SYDNEY: Le prince Philip, époux de la reine Elizabeth II décédé vendredi, "incarnait une génération qu'on ne reverra jamais", a affirmé le Premier ministre australien Scott Morrison, qui a ordonné la mise en berne des drapeaux.

"Toute la famille du Commonwealth se rassemble dans la peine et la gratitude pour le décès et la vie du prince Philip. Que Dieu vous bénisse, de la part de tous ici en Australie", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le prince Philip "représentait le Royaume-Uni avec dignité", salue George W. Bush

WASHINGTON: L'ex-président américain George W. Bush a salué "la longue et remarquable vie" du prince Philip, décédé vendredi à 99 ans.

"Tout au long de sa longue et remarquable vie, il s'est consacré à de nobles causes et aux autres. Il a représenté le Royaume-Uni avec dignité et a apporté une force et un soutien sans limites à la couronne" britannique, a estimé l'ancien président dans un communiqué.

Le Premier ministre irlandais "attristé" de la mort du prince Philip

DUBLIN: Le Premier ministre irlandais Micheal Martin s'est dit "attristé" par le décès, vendredi, du prince Philip, l'époux d'Elizabeth II à qui il dit transmettre ses pensées.

"Attristé d'apprendre la mort de Son Altesse Royale, le prince Philip, duc d'Édimbourg. Nos pensées et nos prières accompagnent la reine Elizabeth et le peuple du Royaume-Uni", a tweeté Micheal Martin.

Le prince Philip a vécu "au service de son pays", salue Berlin

BERLIN: Le ministre des Affaires étrangères allemand a salué la "longue vie au service de son pays" du prince Philip, décédé vendredi à 99 ans, et présenté ses condoléances à la reine Elizabeth II et à la famille royale.

"Nous sommes profondément attristés par la perte de son altesse royale le Prince Philip. Nos pensées et nos prières vont à la famille royale, au peuple du Commonwealth et à tous ceux qui l'aimaient tendrement. Il a vécu une longue vie au service de son pays", a déclaré sur Twitter Heiko Maas.

Tony Blair salue "sa détermination et son courage"

LONDRES: L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair a salué "la détermination et le courage" du prince Philip à l'annonce de son décès. "Il sera naturellement particulièrement reconnu pour son soutien remarquable et inébranlable à la reine pendant tant d'années. Cependant, il doit également être salué et célébré à part entière comme un homme de prévoyance, de détermination et de courage", a déclaré l'ancien dirigeant travailliste, ajoutant que le prince Philip "était souvent en avance sur son temps", a ajouté Tony Blair. 

Le Premier ministre indien salue la carrière "remarquable" du prince Philip

NEW DELHI: Le Premier ministre indien Narendra Modi a rendu hommage vendredi à la carrière militaire et à l'implication sociale du prince Philip, décédé à l'âge de 99 ans.

"Mes pensées vont au peuple britannique et à la famille royale", a écrit M. Modi sur Twitter. "Il a eu une carrière remarquable dans l'armée et était au premier plan dans beaucoup

Le prince Philip sera "très regretté en Israël"

JÉRUSALEM:  Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a présenté vendredi ses "plus sincères condoléances" à la reine Elizabeth après le décès de son époux, le prince Philip, qui sera "très regretté en Israël".

"J'exprime mes plus sincères condoléances à sa majesté la reine Elizabeth, au prince Charles, à la famille royale et au peuple britannique pour le décès du duc d'Edimbourg. Le prince Philip sera très regretté en Israël et dans le monde", a écrit M. Netanyahu sur Twitter. "

Justin Trudeau: Le prince Philip était "un homme de conviction et de principes"

OTTAWA: Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a salué en le prince Philip "un homme de conviction et de principes". "Le prince Philip était un homme de conviction et de principes, animé par son sens du devoir envers les autres", a salué vendredi le Premier ministre canadien Justin Trudeau, après le décès de l'époux de la reine Elizabeth II.

"Nous nous souviendrons affectueusement de lui en tant que pilier dans la vie de notre reine", cheffe d'Etat en titre du Canada, a estimé M. Trudeau, dans un communiqué, évoquant "le compagnon de toute une vie".


Vénézuéla: après la capture de Maduro, la diaspora libanaise entre souvenirs douloureux et espoir

Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance. (AFP)
Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance. (AFP)
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  • Longtemps perçue comme discrète et largement apolitique, la communauté syro-libanaise du Venezuela s’est pourtant retrouvée, au fil du temps, prise dans les soubresauts idéologiques et géopolitiques de son pays d’accueil
  • À partir des années 1960, une partie de la diaspora s’engage dans les grands combats de l’époque : soutien aux indépendantistes algériens, fascination pour la révolution cubaine, défense active de la cause palestinienne

PARIS: La présence arabe en Amérique du Sud ne date pas d’hier. Elle remonte au XIXᵉ siècle, lorsque des commerçants libano-syriens, majoritairement chrétiens, quittent l’Empire ottoman pour tenter leur chance sur le continent latino-américain.

Au fil des décennies, cette immigration s’enracine durablement, se structure et s’élargit. Après la Seconde Guerre mondiale et la fin du mandat français en Syrie et au Liban, de nouvelles vagues migratoires viennent renforcer cette diaspora, notamment au Venezuela, devenu l’un de ses principaux foyers.

Longtemps perçue comme discrète et largement apolitique, la communauté syro-libanaise du Venezuela s’est pourtant retrouvée, au fil du temps, prise dans les soubresauts idéologiques et géopolitiques de son pays d’accueil. À partir des années 1960, une partie de la diaspora s’engage dans les grands combats de l’époque : soutien aux indépendantistes algériens, fascination pour la révolution cubaine, défense active de la cause palestinienne.

Cette politisation progressive s’accentue avec l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, puis de son successeur, Nicolás Maduro. Certaines figures issues de cette diaspora ont accédé aux plus hautes sphères du pouvoir vénézuélien, à l’image de l’ancien vice-président Tareck El Aissami, d’origine libano-syrienne. Fils du fondateur du parti Baas au Venezuela et petit-neveu de l’un de ses fondateurs en Syrie, il incarne cette porosité entre trajectoires migratoires, idéologies moyen-orientales et pouvoir chaviste. Aujourd’hui, il est visé par des sanctions américaines pour blanchiment d’argent et liens présumés avec le Hezbollah. Son parcours cristallise les soupçons pesant sur certaines connexions politico-sécuritaires entre Caracas et le Moyen-Orient.

Autre nom cité par Washington : celui du diplomate Ghazi Nasr al-Din, accusé d’avoir facilité le financement du Hezbollah et la délivrance de faux passeports vénézuéliens.

Pourtant, réduire la diaspora libanaise du Venezuela à ces figures controversées serait profondément réducteur. Dans l’ombre des scandales et des sanctions, cette communauté est avant tout composée d’entrepreneurs, de commerçants, de médecins, d’ingénieurs et de familles qui ont contribué de manière décisive au développement économique du pays.

Rodríguez Khalaf, entrepreneur dans le bâtiment public, interrogé par téléphone par Arab News en français, est d’origine libanaise mais natif de Caracas, où sa famille s’est installée il y a plusieurs décennies. Il se souvient avec amertume de la rupture provoquée par le chavisme :
« Il y avait quarante ans de démocratie. Et puis, en 1998, tout a basculé. Ils ont perdu, mais ils ont volé l’accord. »

Cet ingénieur a longtemps travaillé avec les autorités sur de grands projets d’infrastructures. « Il y a quinze ans, j’ai décidé de ne plus travailler avec le gouvernement. La corruption était partout. On ne pouvait plus obtenir un contrat sans intermédiaire. »

Comme beaucoup, il pointe l’effondrement d’un État rongé par la corruption, le narcotrafic et la mauvaise gestion des ressources pétrolières. « Le Venezuela n’est pas un pays producteur de drogue, mais un pays de transit. Et tout le monde le sait », assure-t-il. Le résultat est une crise économique et sociale d’une ampleur inédite, qui a poussé près de six millions de Vénézuéliens à l’exil, y compris au sein de la diaspora libanaise, pourtant historiquement bien intégrée.

Magali Chahine, ancienne journaliste, également née à Caracas dans une famille libanaise, évoque avec émotion le Venezuela de son enfance : « C’était un pays libre, prospère. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on voit aujourd’hui. »

Si elle a étudié à l’étranger avant de s’installer aux États-Unis, elle reste profondément attachée à son pays natal. « Toute ma famille est partie à cause de la situation. Mais dès que je pourrai y retourner, j’irai. J’en ai très envie. » Malgré tout, elle refuse le fatalisme : « Rien ne peut être pire que Maduro. J’ai beaucoup d’espoir, même si cela prendra du temps. »

L’annonce spectaculaire, début 2026, de la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis a ravivé ces espoirs mêlés d’effroi parmi les Vénézuéliens, dont fait partie cette diaspora.

Giorgio Nahas, jeune étudiant, décrit une communauté marquée par la peur : « On vit avec cette psychose permanente. Si le régime apprend que vous parlez, ce sont vos proches qui paient. »

Le fracas des bombes et les premières heures de l’opération américaine ont d’abord suscité la terreur, puis, pour certains, un soulagement inattendu. « Je ne soutiens pas Trump, mais pour cet acte précis, je suis d’accord. On n’a jamais été écoutés pendant presque trente ans. »

Pour Nohad Achkar, elle aussi étudiante, l’essentiel est ailleurs : « Après trente années comme celles-là, les Vénézuéliens méritent au moins une chose : choisir eux-mêmes leur président. »

Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance.


Le droit de manifester "attaqué" au Royaume-Uni, déplore Human Rights Watch

Un manifestant montre un message à travers la vitre d'un fourgon de police après avoir été arrêté lors d'une manifestation « Lift The Ban » (Lève l'interdiction) en soutien au groupe interdit Palestine Action, appelant à la levée de l'interdiction récemment imposée, sur Parliament Square, dans le centre de Londres, le 6 septembre 2025. (AFP)
Un manifestant montre un message à travers la vitre d'un fourgon de police après avoir été arrêté lors d'une manifestation « Lift The Ban » (Lève l'interdiction) en soutien au groupe interdit Palestine Action, appelant à la levée de l'interdiction récemment imposée, sur Parliament Square, dans le centre de Londres, le 6 septembre 2025. (AFP)
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  • Human Rights Watch alerte sur une érosion du droit de manifester au Royaume-Uni, dénonçant des lois jugées répressives et contraires aux obligations internationales en matière de droits humains
  • L’ONG critique l’inaction du gouvernement de Keir Starmer et s’inquiète de nouvelles restrictions visant les manifestations pacifiques, y compris via l’usage de lois antiterroristes

LONDRES: Le droit de manifester est "attaqué" au Royaume-Uni après l'adoption de mesures "répressives" qui ont progressivement durci les conditions et les sanctions appliquées aux manifestations pacifiques, dénonce l'ONG Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié jeudi.

Intitulé "Faire taire la rue: le droit de manifester attaqué au Royaume-Uni", ce rapport déplore la mise en place de "restrictions antidémocratiques" au droit de manifester "en violation des obligations internationales en matière de droits humains" du pays.

"Nous voyons une érosion des droits démocratiques fondamentaux se produire sous nos yeux" et "il est absolument crucial d'enrayer cette spirale", a déclaré à l'AFP Yasmine Ahmed, directrice de HRW au Royaume-Uni.

L'ONG déplore que le gouvernement travailliste de Keir Starmer, arrivé au pouvoir en juillet 2024, ne soit pas revenu sur deux lois adoptées sous les précédents gouvernements conservateurs en 2022 et 2023, qui ont par exemple baissé le seuil de définition du trouble à l'ordre public afin de faciliter les arrestations, ou encore permis des arrestations préventives.

Ces lois faisaient suite notamment à la multiplication des actions des groupes écologistes Extinction Rebellion et Just Stop Oil, durant lesquelles leurs militants bloquaient des axes routiers ou s'attachaient à des bâtiments.

Elles ont abouti à davantage d'arrestations, d'inculpations et dans certains cas à l'imposition de peines de prison de plusieurs années, là où précédemment les manifestants n'auraient écopé que d'amendes ou de peines avec sursis, souligne HRW.

Et l'ONG s'inquiète des nouvelles restrictictions prévues dans le projet de loi sur la criminalité et la police (en cours d'examen au Parlement, ndlr) du gouvernement de Keir Starmer, lui-même ancien avocat des droits humains.

Ce texte prévoit des mesures pour réprimer les personnes dissimulant leur visage durant une manifestation, ou encore pour restreindre les rassemblements devant les lieux de culte.

HRW dénonce aussi "le détournement sans précédent de la législation sur le terrorisme, pour cibler et criminaliser des manifestations pacifiques".

En juillet dernier, le gouvernement a interdit le groupe propalestinien Palestine Action en l'inscrivant sur la liste des organisations terroristes, après qu'il a vandalisé une base de l'armée de l'air. Plus de 2.300 personnes ayant manifesté contre cette décision ont depuis été arrêtées.

En octobre, le Conseil de l'Europe a appelé le Royaume-Uni à préserver la liberté de manifester et recommandé un examen complet du cadre juridique relatif aux manifestations afin de s'assurer de sa conformité avec ses obligations internationales.


CNN suggère que de «fausses informations» pourraient être à l'origine des tensions entre les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite

Des images diffusées par une coalition militaire arabe soutenant le gouvernement du Yémen montrent le déchargement de véhicules militaires dans le port de Mukalla après leur arrivée des Émirats arabes unis. (Coalition/Handout)
Des images diffusées par une coalition militaire arabe soutenant le gouvernement du Yémen montrent le déchargement de véhicules militaires dans le port de Mukalla après leur arrivée des Émirats arabes unis. (Coalition/Handout)
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  • Abou Dhabi a mobilisé le STC après avoir été faussement informé que Riyad avait demandé des sanctions contre les Émirats arabes unis
  • Le 30 décembre, Riyad a lancé des frappes aériennes sur ce qu'il affirme être une livraison d'équipement militaire des Émirats arabes unis au Yémen, qui n'était pas coordonnée avec la coalition

RIYAD: Les tensions entre Riyad et Abou Dhabi pourraient avoir été déclenchées par de fausses informations fournies aux Émirats arabes unis au sujet de la récente visite du prince héritier saoudien à Washington, a rapporté CNN.

La chaîne d'information américaine dit avoir appris de ses sources que l'Arabie saoudite pense qu'Abou Dhabi a mobilisé les forces séparatistes du Conseil transitoire du Sud (CTS), qu'elle soutient, dans les provinces limitrophes du royaume, après avoir été faussement informée que le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman avait demandé au président américain Donald Trump, lors d'une visite à la Maison Blanche en novembre, d'imposer des sanctions à Abou Dhabi en raison de son soutien présumé à une partie belligérante dans la guerre civile au Soudan.

Le reportage de CNN suggère également que Riyad a tendu la main aux Émirats arabes unis pour expliquer qu'il n'avait pas fait une telle demande.

Par ailleurs, la chaîne américaine affirme que le fonctionnaire des Émirats arabes unis qui lui a parlé sous le couvert de l'anonymat n'a pas abordé directement la question lorsqu'il a été interrogé sur les allégations de fausses informations.

Lors de sa visite en novembre, le président Trump a annoncé publiquement qu'il avait demandé à son gouvernement d'intervenir pour tenter de résoudre le conflit sanglant en cours au Soudan, à la demande de la Couronne saoudienne.

saoudien. Toutefois, ni les déclarations du président, ni celles du prince héritier, ni aucun rapport publié par les médias saoudiens ou américains n'ont fait référence aux Émirats arabes unis à l'époque.

Le 30 décembre, Riyad a lancé des frappes aériennes sur ce qu'il affirme être une livraison d'équipement militaire des Émirats arabes unis au Yémen, qui n'était pas coordonnée avec la coalition.

Le Royaume a également soutenu l'appel du gouvernement yéménite demandant aux forces des Émirats arabes unis de quitter le pays, ce qu'Abu Dhabi a accepté d'honorer en publiant une déclaration qui insinue qu'il l'a fait de son propre chef.

La déclaration des Émirats arabes unis fait également état d'un engagement inébranlable de la part d'Abou Dhabi en faveur de la sécurité et de la souveraineté de l'Arabie saoudite, rejetant toute action susceptible de menacer le Royaume ou de nuire à la stabilité régionale.

Par ailleurs, CNN croit savoir que de nouvelles frappes saoudiennes visant le STC sont toujours envisagées si les séparatistes ne se retirent pas. Après que les Émirats arabes unis ont retiré leurs troupes du Yémen la semaine dernière, le STC s'est engagé sur la voie de la sécession, mais sous la pression militaire intense de Riyad et de ses alliés locaux, il a perdu des territoires et affirme désormais qu'il est heureux d'entamer un dialogue avec d'autres parties yéménites.

Le Royaume, pour sa part, a réaffirmé à de nombreuses reprises sa conviction que la cause du Sud était juste et a demandé que les différentes parties en discutent à la table des négociations, loin du champ de bataille. L'Arabie saoudite a appelé à un dialogue à Riyad pour discuter de la question de la séparation du Sud, et son appel a été salué par le gouvernement yéménite, les différentes factions yéménites - y compris le CTS lui-même, comme mentionné - et la majorité des pays arabes et musulmans.

Aidarous Al-Zubaidi, président du CTS, est un personnage problématique dans cette équation. Il aurait la double nationalité et de nombreux Yéménites ont publié sur les médias sociaux des images de son passeport des Émirats arabes unis et l'ont dénoncé comme étant inapte à gouverner, affirmant qu'il servait un programme étranger. D'autres ont également publié des vidéos de lui déclarant qu'il serait heureux d'établir des liens avec Israël si le Yémen du Sud obtenait son indépendance. Plus récemment, un message du ministre yéménite des médias, Moammar Eryani, a accusé le STC d'avoir permis le vol et la diffusion d'armes dans les provinces de l'Est.

M. Eryani a ajouté que le STC avait délibérément provoqué le chaos et "utilisé Al-Qaïda comme un épouvantail pour réaliser ses propres gains politiques aux dépens du peuple yéménite". CNN dit également avoir appris que

les préoccupations saoudiennes vont au-delà de l'implication des Émirats arabes unis au Yémen et au Soudan. Selon le rapport, Riyad se méfie également des politiques des EAU dans la Corne de l'Afrique et en Syrie, où il pense qu'Abu Dhabi a cultivé des liens avec des éléments de la communauté druze, dont certains dirigeants ont ouvertement discuté de la sécession.

Bien qu'aucune source saoudienne n'ait été mentionnée dans le reportage, le récit de CNN est conforme à plusieurs déclarations publiques saoudiennes, qui se sont opposées à la récente reconnaissance et à l'approbation par Israël de la séparation du Somaliland de la Somalie, aux tentatives israéliennes de saper et d'attaquer le nouveau gouvernement syrien et à toute tentative d'imposer un État du Yémen du Sud par des moyens militaires.

Israël entretient des relations étroites avec Abou Dhabi, encore plus étroites depuis la signature des accords d'Abraham en 2020, tandis que l'Arabie saoudite refuse toute normalisation avec Tel-Aviv tant que ce dernier ne reconnaît pas un État palestinien et n'adhère pas à une voie crédible et irréversible pour parvenir à une solution à deux États. Cette position saoudienne a été réitérée une fois de plus lors de la visite du prince héritier à Washington en novembre.