Une juge libanaise rebelle organise un deuxième raid sur un bureau de change

Ghada Aoun. (Photo, Twitter)
Ghada Aoun. (Photo, Twitter)
Short Url
Publié le Dimanche 18 avril 2021

Une juge libanaise rebelle organise un deuxième raid sur un bureau de change

  • La position du procureur suscite un appel à la justice pour qu'elle «se soulève contre la corruption»
  • La décision de licencier Aoun a ravivé un différend politique entre le MPL et le Mouvement du Futur, les deux parties en conflit sur la formation du gouvernement

BEYROUTH: La juge libanaise controversée, procureure générale du Mont-Liban, Ghada Aoun, a mené samedi un deuxième raid contre un bureau de change dans le nord du Liban, au mépris d'une décision judiciaire de haut rang l’écartant d'une enquête sur d'éventuelles violations des exportations de devises.

Aoun était accompagnée de plusieurs militants du Mouvement patriotique libre (MPL) lors du raid sur le bureau de change dans l’arrondissement d'Awkar au nord du Liban.

Moins de 24 heures plus tôt, elle a fait une descente dans le bureau avec des membres des services de sécurité.

Vendredi, Aoun est restée plusieurs heures au bureau de change pour protester contre son renvoi par le procureur général, le juge Ghassan Oweidat, une décision qui a provoqué une colère généralisée parmi la population libanaise.

La ministre par intérim de la Justice, Marie-Claude Najm, a tenu une réunion d'urgence samedi avec Oweidat ainsi qu’avec le juge Suhail Abboud, chef du Conseil judiciaire suprême, et le juge Borkan Saad, président de l'Autorité d'inspection judiciaire.

Après la réunion, Najm a exprimé sa colère face à la situation concernant le pouvoir judiciaire, affirmant qu'elle refusait d'être «un faux témoin de la dégradation du pouvoir judiciaire et la mise à nu de l’Etat».  

Najm a également signalé que les événements impliquant Aoun sont une indication de «l'échec des institutions de l'État».

Le Liban est confronté à une crise politique et économique au milieu de différends entre représentants de l'État, une impasse qui a conduit à l'effondrement de la monnaie nationale.

Cependant, les critiques accusent Aoun de ne pas respecter la procédure officielle.

FAIT MARQUANT

La ministre par intérim de la Justice, Marie-Claude Najm, a tenu une réunion d'urgence samedi avec Oweidat ainsi qu’avec le juge Suhail Abboud, chef du Conseil judiciaire suprême, et le juge Borkan Saad, président de l'Autorité d'inspection judiciaire.

Il y a six affaires pénales et 28 plaintes contre elle devant l'Autorité d'Inspection Judiciaire, le plus grand nombre d'affaires déposées contre un juge dans l'histoire de la justice libanaise.

Aoun enquêtait sur la société de change Mecattaf et la Banque de la Société Générale pour avoir supposément retiré des dollars du marché et expédié les fonds à l'étranger.

Le Conseil supérieur de la magistrature a révoqué Aoun ainsi que deux autres juges qui avaient été précédemment suspendus par le Conseil de discipline des juges.

Le juge Oweidat a demandé vendredi au directeur général de la sûreté de l'État, le général de division Antoine Saliba, de suspendre les officiers qui ont accompagné Aoun lors de la descente sur le bureau de change.

Vendredi, les Libanais ont regardé à la télévision Aoun demandant que le bureau de change soit scellé parce que le propriétaire, Michel Mecattaf, a refusé de lui fournir des détails sur les transferts de devises au nom des banques.

Auparavant, les agents de Mecattaf avaient informé Aoun qu’elle avait été retirée de l’affaire.

Aoun est restée seule pendant des heures à l'intérieur du bureau après le départ du personnel de sécurité de l'État. Une équipe médicale l'a examinée après que sa tension artérielle a augmenté et elle a quitté les lieux peu de temps après. Plus tard, elle a fait des pas sur le balcon de sa maison pour saluer les partisans du MPL, qui se sont rassemblés à l'extérieur pour lui manifester leur soutien.

Après la deuxième descente d'Aoun samedi, le directeur de la société financière Mecattaf a accusé les partisans d’Aoun de «pénétrer par la force dans la propriété privée».

Mecattaf a décrit l'affaire comme «purement politique», affirmant qu'il était «un témoin et non un condamné».

De son côté, Najm a décrit les événements comme «inacceptables».

«Je ne suis pas en mesure de plaire à ce parti politique ou à cette équipe. Notre but est d’instaurer un système judiciaire efficace et indépendant. Le problème, ce ne sont pas les lois, la surveillance et le fait de rendre des comptes sont tout complètement absents depuis des années », a-t-elle dévoilé.

Najm a en outre déclaré que «le pouvoir judiciaire est incapable de lutter contre la corruption», en  appelant les juges à «s'élever contre cette réalité».

Elle a ajouté: «Il y a un manque de confiance dans le pouvoir judiciaire, et cela est une insulte majeure».

Le procureur général à la retraite Hatem Madi a déclaré à Arab News que: «La décision du juge Oweidat montre que certains juges travaillent de manière indépendante, mais les choses doivent être réglées. Abstraction faite du fait que la décision d’Oweidat soit bonne ou mauvaise, le parquet libanais doit être une institution intégrée».

La décision de licencier Aoun a ravivé un différend politique entre le MPL et le Mouvement du Futur, les deux parties en conflit sur la formation du gouvernement.

Le MPL dirigé par le député Gebran Bassil, a déclaré qu'il «continuera à exposer tous les dossiers liés à la lutte contre la corruption», saluant «chaque juge qui remplit légitimement ses fonctions malgré l'injustice à laquelle ils sont parfois exposés».

Le Mouvement du futur a souligné que «pleurer les juges après les avoir encouragés à violer les lois en leur demandant d'ouvrir des dossiers discrétionnaires des opposants est une question qui ne peut duper aucun Libanais».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince héritier saoudien discute de l'escalade militaire régionale avec plusieurs dirigeants

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
Short Url
  • Erdogan affirme son soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité
  • Le président du Conseil de souveraineté transitoire du Soudan, le général Al-Burhan, exprime sa solidarité avec le Royaume

RIYADH : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne.

Le prince héritier a tenu des appels téléphoniques distincts avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président du Conseil transitoire de souveraineté du Soudan, le général Abdel Fattah Al-Burhan, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Les responsables ont condamné l'agression iranienne visant le Royaume et leur rejet de tout ce qui porte atteinte à la souveraineté et à la stabilité du Royaume.

Ils ont également affirmé leur soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité et ses citoyens.


A Beyrouth, des partisans du Hezbollah pleurent Khamenei

Short Url
  • "Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem
  • "Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime"

BEYROUTH: Drapeaux iraniens et portrait de l'ayatollah Ali Khamenei en main, des milliers de partisans du Hezbollah se sont rassemblés dimanche à Beyrouth pour pleurer la mort du guide suprême iranien, tué dans l'opération militaire américano-israélienne lancée la veille.

"Mort à l'Amérique", "Mort à Israël", ont-ils scandé à l'unisson, tous habillés de noir et brandissant aussi des drapeaux de leur mouvement, dans son bastion de la banlieue sud de Beyrouth.

Le poing levé, certains étaient en pleurs, a constaté une équipe de l'AFP, sur la grande place où a eu lieu le rassemblement.

"Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem.

"Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime".

"Sa mort est très douloureuse, c'est une tragédie", déplore aussi Zainab al Moussawi, une enseignante de 23 ans, à Beyrouth.

"On se sent comme après la mort du Sayyed, tombé en martyr", poursuit-elle en référence à l'ex-chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, tué par Israël en 2024.

"Entrer en guerre" 

Les dirigeants libanais redoutent une implication du Hezbollah dans le conflit régional, même si lors des raids israéliens et américains sur l'Iran en juin dernier, il n'était pas intervenu.

La formation chiite est sortie affaiblie d'une guerre avec Israël, qui continue de la frapper malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024 et l'accuse de se réarmer.

"Je demande à cheikh Naïm (Qassem) d'entrer en guerre", lance à Beyrouth Hassan Jaber, un partisan.

S'il ne s'est pas joint à la riposte iranienne, le mouvement a appelé des mosquées à organiser des cérémonies en mémoire du guide suprême iranien, dans la banlieue sud de la capitale libanaise et dans d'autres zones du pays dans lequel il est ancré.

Mais au Liban, pays très divisé, l'ayatollah Khamenei n'était pas soutenu par tous.

"Il était tout le temps en train de menacer (...) les pays arabes et avait des relais partout", déclare à l'AFP Hassan Harouq, un infirmier de 44 ans.

Lui dit ne vouloir qu'un pays "stable et qui ferait la paix avec le reste de la région", car "il est temps pour le Liban d'être de nouveau sur le droit chemin".

"Le peuple libanais est fatigué", ajoute-t-il.

Dimanche, le président Joseph Aoun, après une réunion d'urgence du Conseil supérieur de la Défense, a souligné que "la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l'Etat libanais".

La présidence libanaise a indiqué avoir reçu, par l'entremise des Etats-Unis, l'assurance qu'Israël n'entraînera pas le Liban dans une "escalade" tant que son territoire ne sera pas visé par des attaques depuis le Liban.

Peu de temps avant le début de l'offensive israélo-américaine, Israël avait frappé des positions du Hezbollah dans le sud du Liban.

Beyrouth n'acceptera pas d'être "entraîné" dans le conflit avec l'Iran, a assuré le Premier ministre Nawaf Salam.


Iran: le ministre des Affaires étrangères d'Oman, pays médiateur, appelle à un cessez-le-feu

Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens. (AFP)
Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens. (AFP)
Short Url
  • Dimanche à Oman, seul Etat du Golfe à avoir été épargné lors de la première journée de la campagne iranienne, une attaque de drones a fait un blessé sur un port, tandis qu'un pétrolier a été visé au large de ses côtes
  • Lors de l'entretien, le chef de la diplomatie iranienne a pour sa part affirmé que l'Iran "appelait à la paix" et exprimé "l'ouverture de la partie iranienne à tout effort sérieux susceptible de contribuer à mettre fin à l'escalade"

MASCATE: Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens.

Badr al-Busaidi "a réaffirmé l'appel constant du sultanat d'Oman à un cessez-le-feu et à un retour au dialogue (...) de manière à répondre aux revendications légitimes de toutes les parties", a indiqué son ministère dans un compte rendu de son entretien avec Abbas Araghchi.

Dimanche à Oman, seul Etat du Golfe à avoir été épargné lors de la première journée de la campagne iranienne, une attaque de drones a fait un blessé sur un port, tandis qu'un pétrolier a été visé au large de ses côtes.

Lors de l'entretien, le chef de la diplomatie iranienne a pour sa part affirmé que l'Iran "appelait à la paix" et exprimé "l'ouverture de la partie iranienne à tout effort sérieux susceptible de contribuer à mettre fin à l'escalade et à rétablir la stabilité".