Au Liban, un Hirak orphelin: «les jeunes quittent le navire faute de moyens»

Une jeunesse et toute la détermination du monde. Tout cela n'aura pas suffi à ébranler un système politique sclérosé et corrompu jusque dans ses moindres recoins. (AFP).
Une jeunesse et toute la détermination du monde. Tout cela n'aura pas suffi à ébranler un système politique sclérosé et corrompu jusque dans ses moindres recoins. (AFP).
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Publié le Vendredi 30 avril 2021

Au Liban, un Hirak orphelin: «les jeunes quittent le navire faute de moyens»

  • Le pays du Cèdre n’obéit pas à la même logique que d’autres révoltes contre les régimes autoritaires
  • Selon l’ancien ministre Tarek Mitri, «les autorités politiques au Liban forment un pouvoir nominal, alors que le pouvoir effectif est ailleurs»

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Irak, Algérie, Liban: ces trois pays arabes ont connu ces deux dernières années des mouvements de contestation populaire, ou «Hiraks». Survenus près d’une décennie après les soulèvements des Printemps arabes, ces mouvements ont la particularité d’être portés par une nouvelle génération plus jeune, plus virulente contre le pouvoir, et plus en harmonie avec son époque. Mais elle est surtout nettement mieux équipée pour exploiter et manœuvrer les modes de «communication 2.0», en l’occurrence les réseaux sociaux, à des fins de mobilisation politique. Dans une série d’articles, Arab News en français se penche, à l’aide de spécialistes de chacun de ces trois pays, sur ces Hiraks qui, bien qu’ils s’inscrivent dans la même époque et se réclament d’une même mouvance, ont chacun des particularités très spécifiques, en raison des différents défis sociaux, politiques et économiques à Bagdad, Alger et Beyrouth.

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BEYROUTH: Le 17 octobre 2019, les Libanais, toutes confessions confondues, sont descendus dans les rues dans toutes les régions du pays pour protester contre une taxe que le gouvernement voulait imposer sur les appels via l’application WhatsApp. 

Au fil des jours, par un effet boule de neige, les manifestations ont pris une tournure plus politique. Elles ont clairement accusé les dirigeants libanais de corruption, de népotisme et de clientélisme, utilisant le slogan, Kellon yaané kellon («Tous sans exception»), les rendant responsables de la faillite de l’État, sur les plans financier, économique et sécuritaire. En presque deux semaines, les révolutionnaires sont parvenus à faire chuter le gouvernement de Saad Hariri. Mais depuis cette date, ils ne sont pas parvenus à renverser le système en place, enraciné depuis plusieurs décennies. Tous les autres dirigeants, notamment le président de la République, Michel Aoun, et le président du Parlement, Nabih Berry, sont toujours en place.

Après la double explosion qui a eu lieu dans le port de Beyrouth le 4 août 2020, les manifestants ont également réussi à faire sauter le gouvernement de Hassan Diab. Les autres revendications sont toutefois restées lettre morte, notamment l’appel à organiser de nouvelles élections législatives, et la lutte contre l’impunité en faisant juger des responsables qu’ils considèrent corrompus et incompétents.

 

Les politiciens mènent des actions délibérées pour détruire le pays. Les crises au Liban se succèdent depuis un an: la contrebande aux frontières, l’explosion du port de Beyrouth, la crise financière, bancaire, judiciaire, le refus de former un gouvernement, et récemment l’affaire du Captagon…

Pour Tarek Mitri, ancien ministre, et actuellement président de l’université Saint-Georges à Beyrouth (SGUB), on peut tirer deux enseignements intéressants du mouvement du 17 octobre. «Il a permis l’émergence d’une conscience citoyenne chez les jeunes, qui est l’absence de médiation entre l’individu et l’État. La citoyenneté suppose une individualité. Les manifestants avaient une conscience de soi libanaise. Lors des discussions et des débats qui ont eu lieu, ils ne se définissaient pas comme membre d’une communauté, mais avaient un discours purement libanais», explique-t-il. «Ce mouvement a également démontré qu’il est possible de rejeter la classe politique par des moyens pacifiques.»

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Le ministre libanais des Affaires étrangères par intérim, Tarek Mitri, participe à une réunion d'urgence de la Ligue arabe au siège du groupement de 22 pays, au Caire, le 11 mai 2008. Les ministres arabes des affaires étrangères se sont réunis aujourd'hui au Caire pour discuter de la situation au Liban. (KHALED DESOUKI / AFP)

 

«Dans un système communautariste, il y a souvent un degré d’identification des personnes avec leur leader»,

Tarek Mitri

Contrairement aux autres révoltes dans la région, la contestation populaire au pays du Cèdre a été moins meurtrière que dans d’autres pays comme l’Irak, ou par rapport aux conflits armés qui ont dégénéré à la suite de révoltes dans certains pays arabes depuis 2011, notamment en Syrie ou en Libye.

Dans ce contexte, Tarek Mitri conteste l’usage de la notion de «printemps arabe». Selon lui, il s’agit de révolutions distinctes, initiées pour des raisons différentes. «La révolution tunisienne a donné des idées aux Égyptiens. La révolution égyptienne a inspiré les Libyens et les Syriens. Mais chacune d’entre elles a été motivée par des considérations locales. Ce qui est panarabe, c’est la volonté du changement et le rejet des régimes dictatoriaux», estime-t-il.

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Le poing de la Révolution maintes fois brûlé et maintes fois financé et fabriqué à nouveau, bénévolement, par les protestataires. (AFP). 

Le Liban a en effet son histoire et ses spécificités. Il possède surtout un système politique bien plus résistant au changement que n’importe quel autre système politique arabe. «C’est un pays qui est – en raison de son système communautaire – gouverné par des chefs de communautés plus ou moins autoritaires, selon les cas et le contexte. Il n’obéit pas à la même logique que les révoltes contre les régimes autoritaires», explique l’ancien ministre. Selon lui: «Le Liban n’est pas gouverné par une dictature. Il est gouverné par une “vetocratie”, un parti puissant qui a un droit de veto qu’il exerce sur toutes les questions», faisant ainsi allusion au Hezbollah.

 

La situation économique est tellement dramatique que «les contestataires, et notamment les jeunes qui ont investi les rues pendant des mois sont en train d’émigrer ou essaient de quitter le pays. Ils n’ont pas les moyens de continuer ce combat»

Tarek Mitri

Un mouvement qui s’essouffle?

Un an et demi après son lancement, le mouvement du 17 octobre semble s’essouffler. La crise sanitaire liée au coronavirus a terrassé la contestation populaire. Mais pas seulement. Armés de leur laïcité pour combattre le système communautaire, les révolutionnaires ont échoué à rallier une grande partie des Libanais. «Le problème du communautarisme, c’est qu’il existe une adhésion populaire à la communauté. Même si leurs dirigeants sont élus sans être, d’une certaine manière, démocratiquement choisis, on constate souvent une forme d’identification des personnes avec leur leader, ne serait-ce que pour se différencier des autres, ou à cause des peurs que peuvent susciter les relations entre communautés», affirme Tarek Mitri à Arab News en français. 

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A proximité de la mosquée Al-Amin, en centre-ville de Beyrouth, en octobre 2020. (AFP). 

Dans une période instable et de crise comme celle que le Liban traverse, «les Libanais cherchent la protection au sein même de leur propre communauté. C’est pourquoi la majorité des personnes qui appartiennent à chacune des communautés ne sont pas écrasées par leur dirigeant. Au contraire, beaucoup continuent de s’identifier à lui. Ce qui rend le changement bien plus difficile», précise Tarek Mitri.

Le mouvement contestataire a également échoué à faire émerger des leaders révolutionnaires, et non de simples coordinateurs d’associations et d’ONG. Il n’a en outre pas réussi à convaincre les partisans des chefs traditionnels, en leur présentant un programme simple et une feuille de route commune. Selon M. Mitri, il y a deux formes de société civile: celle qui est organisée, comme les ONG largement influencées par des modèles d’intervention qu’ont connu les sociétés plus développées que les nôtres; et une autre non organisée, et formée d’individus et de groupes qui se considèrent comme autonomes par rapport à la société politique.

«Il faut qu’un mouvement politique clair puisse émerger. Pas nécessairement un parti politique. Or, les organisations de la société civile ne peuvent pas en l’état supplanter les organisations politiques qui nous manquent cruellement: les partis politiques traditionnels transcommunautaires sont marginaux et ont perdu leur crédibilité, et les partis communautaires font partie du problème, bien que certains soient en train de se réinventer», précise Tarek Mitri.  «Pour qu’il ait un changement politique, il faut qu’il y ait un instrument politique pluricommunautaire. Or, celui-ci n’existe pas, malheureusement.»

Par ailleurs, il faut des organisations qui font de la politique, et non pas un travail de société civile. Les premières sont une force de proposition, alors que les secondes sont une force d’opposition. Le problème, c’est que des propositions de la société civile comme Kellon yaané kellon, n’ont pas de consistance, ou bien sont trop spécifiques sur une question précise. «Il faut un projet politique qui puisse recoller tous ces morceaux, et c’est là que le bât blesse», affirme ainsi M. Mitri.

Un autre facteur essentiel qui a nui énormément au mouvement du 17 octobre est le manque de réflexion en son sein, au sujet du pouvoir libanais. «Le débat ou le non-débat autour du Hezbollah est assez révélateur. Pour comprendre le pouvoir libanais en vue de le changer, il faut examiner de près la part qu’occupe le Hezbollah dans l’exercice du pouvoir», précise l’ancien ministre de la Culture.

D’après lui: «Les autorités politiques aujourd’hui au Liban forment un pouvoir nominal, alors que le pouvoir effectif est ailleurs.» On a l’impression qu’il y a une action délibérée des politiciens libanais pour détruire le pays. Les crises au Liban se succèdent depuis un an: l’affaire du Captagon récemment, mais aussi la contrebande aux frontières, l’explosion du port, la crise financière, bancaire, judiciaire, le refus de former un gouvernement...  

«Ce qui est incompréhensible dans le cas libanais, c’est de savoir quels intérêts ont ces deux pouvoirs – le pouvoir nominal et le pouvoir effectif – à laisser mourir le Liban, et à contribuer à sa destruction. Il n’y a plus de butin à partager, il ne reste qu’une dépouille à gouverner», s’indigne Tarek Mitri.

Quelles perspectives ?

La situation économique est tellement dramatique que «les contestataires, et notamment les jeunes qui ont investi les rues pendant des mois sont en train d’émigrer ou essaient de quitter le pays. Ils n’ont pas les moyens de continuer ce combat». Ce nouveau développement est très grave», affirme Mitri. Or, la traduction du mouvement en changement politique nécessite beaucoup de temps. On ne peut pas s’attendre à récolter les fruits de cette révolution immédiatement. Il est très difficile dans un pays où on a du mal à survivre de s’inscrire dans la longue durée. «Le Liban ne va pas changer dans l’immédiat. Il faut avoir le courage et la patience de continuer, sans s’attendre à des résultats immédiats. Le combat des idées est important. Il faut travailler pour que les idées nées de ce mouvement soient reconnues et bien acceptées par la population, sans avoir de garantie que cela aura lieu prochainement. C’est un peu ça la politique», explique M. Mitri à Arab News. «C’est un phénomène largement générationnel, avec beaucoup de jeunes. C’est cette jeunesse qui est la plus découragée. On risque de ne plus retrouver les gens qu’on a vu dans les rues il y a deux ans», s’inquiète le ministre.


Pourquoi Israël bombarde-t-il des ponts strategiques dans le sud du Liban ?

Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
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  • Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage visent à créer une division géographique qui isolerait une grande partie du sud du pays
  • Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales

BEYROUTH : Le ciblage systématique par Israël des ponts sur le Litani marque une escalade significative dans sa campagne militaire au Liban, qui passe des frappes aériennes et des avertissements d'évacuation à la coupure délibérée du Sud-Liban du reste du pays.

Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage reliant les zones situées au nord et au sud du Litani visaient à créer une division géographique qui isolerait de grandes parties du sud, perturberait les opérations d'aide et de secours et restreindrait les déplacements dans la région.

Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales.

Le ministre israélien de la défense, Israël Katz, a déclaré qu'il avait ordonné à l'armée de détruire tous les ponts qui enjambent le fleuve reliant le sud à Beyrouth et à la région de la Bekaa, car ils étaient utilisés pour transporter des armes vers le Hezbollah.

Pourquoi les ponts sont-ils si importants ?

Le Litani, le plus long fleuve du Liban (environ 170 km), prend sa source à l'ouest de Baalbek et traverse la vallée de la Bekaa. Il se situe entre 6 et 30 km de la frontière israélo-libanaise, ses points les plus proches se trouvant dans le secteur oriental et le district de Nabatieh.

Les zones situées au sud de la rivière sont connues sous le nom de "frontière sud". Elles comprennent des parties des gouvernorats du Sud et de Nabatieh, notamment les districts de Tyr, de Bint Jbeil et de Marjayoun.

L'armée israélienne a identifié au moins 15 ponts et ponceaux, s'étendant de la région côtière à la Bekaa occidentale, comme cibles à détruire.

Parmi les plus importants figurent les ponts de Qasmiyeh, Tayr Falsay et Khardali, dont la perte couperait des voies de transport essentielles reliant le Sud-Liban au reste du pays et isolerait effectivement les régions situées au sud du fleuve.

Les frappes sur les ponts interviennent dans un contexte d'intensification des combats entre Israël et le Hezbollah dans des villes frontalières comme Khiam et Naqoura et d'une augmentation des démolitions, par les forces israéliennes, de maisons dans les villages de la ligne de front - des mesures qui, selon les observateurs, pourraient préparer le terrain pour une incursion terrestre plus large.

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre contre l'Iran le 2 mars en lançant six roquettes sur un site militaire dans le nord d'Israël. Cette action répondait à ce que le groupe militant décrit comme la poursuite des attaques israéliennes contre le Liban, malgré l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024 et l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le même jour, Israël a lancé une nouvelle offensive contre le Liban, menant des frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth ainsi que sur des zones situées au sud et à l'est du Liban. Le lendemain, il entame une incursion terrestre limitée dans le sud.

Quel est l'impact des bombardements sur les ponts ?

Le pont d'Al-Qasmiyeh, qui a été visé dimanche par des frappes aériennes israéliennes intensives, est l'un des points de passage les plus importants. Situé près de l'endroit où le fleuve rencontre la mer Méditerranée, il fait partie de la principale route côtière reliant Sidon et Tyr et est utilisé par les piétons, les voitures et les camions.

Sa destruction a gravement perturbé la principale artère reliant le sud du pays à la capitale.

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié le bombardement des ponts d'"escalade dangereuse et de violation flagrante de la souveraineté libanaise", de "prélude à une invasion terrestre" et de "tentative de rompre le lien géographique entre la région méridionale du Litani et le reste du territoire libanais".

Une source militaire a déclaré à Arab News qu'Israël avait jusqu'à présent visé 70 % des ponts.

"D'un point de vue militaire, l'objectif est de couper les lignes d'approvisionnement du Hezbollah.

Pourquoi Israël veut-il isoler le Sud-Liban ?

La source a déclaré que l'incursion dans le Sud-Liban et l'isolement de cette région avaient pour but d'accroître les gains d'Israël sur le terrain afin de renforcer sa position dans les négociations.

"L'impact que la supériorité israélienne imposera au Liban dans les étapes à venir reste incertain", a déclaré la source.

"Nous savons seulement qu'elle possède des capacités militaires supérieures et redoutables, inégalées par toute autre force au Moyen-Orient, ainsi qu'une importante supériorité aérienne et technologique.

"En revanche, le Hezbollah ne dispose d'aucune ligne de ravitaillement, ni depuis la Syrie ni depuis l'Irak, et l'armée libanaise est confrontée à d'importantes limitations en termes de capacités et de ressources, s'efforçant de maintenir sa présence militaire par tous les moyens possibles."

La source a indiqué que, sur la base d'informations fournies par des unités de l'armée libanaise stationnées au sud du Litani, à environ 10 km de la frontière, les forces israéliennes étaient entrées dans la ville de Khiam, sans que l'on connaisse l'ampleur de l'incursion.

L'analyste politique Ali Al-Amin a déclaré à Arab News que les opérations menées par le Hezbollah dans le sud du Liban n'empêcheraient pas les Israéliens d'avancer, mais qu'elles en augmenteraient le coût.

"L'objectif d'Israël était d'établir une zone tampon, ce dont il avait déjà discuté lors de la dernière guerre, sur une région vidée de sa population, de ses installations résidentielles et agricoles et de ses infrastructures.

La zone tampon s'étendrait probablement sur une profondeur de 3 à 5 km.

"L'armée israélienne pourrait pénétrer plus loin, mais je pense que l'opération se limitera à des incursions et à des retraits sans maintenir une présence permanente.

Sur la base de ses précédentes guerres au Sud-Liban, Israël a compris qu'une occupation terrestre serait coûteuse, a déclaré M. Al-Amin.

"Grâce à sa supériorité technologique, il n'a pas besoin d'occuper un territoire. Il a déjà forcé des gens à quitter leurs maisons par des menaces et des barrages routiers aériens, sans avoir besoin de troupes au sol."

Il a ajouté qu'il pensait que les Israéliens poursuivraient leurs destructions et chercheraient à relier les zones méridionales à Hasbaya, Arqoub et aux villages chrétiens - des zones qui n'ont pas été détruites, contrairement aux villages chiites.

Les habitants de ces zones pourraient être contraints d'évacuer après avoir perdu l'accès aux routes d'approvisionnement en nourriture ou de recourir aux provisions israéliennes, a-t-il ajouté.

"Toutefois, cela ne signifie pas un retour à la bande frontalière que le Liban a connue dans les années 1970. Elle pourrait au contraire devenir une bande frontalière sans chiites, car ceux-ci seraient empêchés de reconstruire leurs villages ou d'y retourner.

"Si des négociations devaient s'ouvrir entre le Liban et Israël, la situation changerait alors, car Israël, disposant d'un levier important, serait en mesure d'imposer ses conditions", a-t-il ajouté.

Quel est le coût de cette nouvelle escalade ?

Il n'existe pas encore d'estimation officielle des pertes résultant de la destruction des ponts dans le sud du Liban.

La Banque mondiale a déjà estimé le coût de la réhabilitation des infrastructures libanaises à plusieurs milliards de dollars. La reconstruction des ponts ne ferait qu'alourdir les dépenses.

Le bilan humanitaire est également lourd : plus de 1 070 personnes ont été tuées et plus d'un million ont été déplacées, soit environ 14 % de la population, selon l'unité de gestion des risques de catastrophes du bureau du Premier ministre et du ministère des Affaires sociales.


Le Hezbollah refuse toute négociation «sous le feu» avec Israël

Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
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  • Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation"
  • Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

BEYROUTH: Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban.

Les frappes israéliennes ont tué 1.094 personnes, dont 121 enfants, fait plus de 3.000 blessés et plus d'un million de déplacés depuis le 2 mars, selon un nouveau bilan mercredi du ministère de la Santé.

Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation", alors que le gouvernement libanais appelle à des pourparlers avec le pays ennemi.

Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

Sur le terrain, le Hezbollah a affirmé avoir mené mercredi plus de 80 attaques contre des positions de l'armée israélienne et des localités en Israël, le nombre d'attaques en un jour le plus élevé depuis le début de la guerre avec Israël.

La formation pro-iranienne a aussi affirmé avoir visé des troupes israéliennes dans neuf villages libanais à la frontière.

Le groupe a aussi revendiqué une série d'attaques contre des localités du nord d'Israël, notamment Kiryat Shmona, qui n'ont pas fait de victimes selon les autorités israéliennes.

"Transformer en profondeur" 

Selon une vidéo diffusée par son bureau, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui affirmé en soirée qu'Israël était en train d'élargir la "zone tampon" au Liban pour "éloigner la menace des missiles" du Hezbollah. "Nous sommes résolus à transformer en profondeur la situation", a-t-il dit.

La veille, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait affirmé que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

Dans le même temps, l'aviation israélienne avait mené une frappe dans la nuit de mardi à mercredi contre la banlieue sud de la capitale, selon l'agence libanaise ANI.

Israël avait ordonné mardi aux habitants de sept quartiers de cette banlieue qu'il considère comme un fief du Hezbollah d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Un correspondant de l'AFP a vu une rue jonchée de débris, de morceaux de ciment et de métal tordu, et un appartement endommagé, après une frappe tôt mercredi matin.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, Israël pilonne la banlieue sud de Beyrouth, vidée de la majorité de ses habitants qui ont fui.

Huit personnes tuées 

Huit personnes ont par ailleurs été tuées dans les frappes israéliennes dans le sud du Liban, selon le ministère libanais de la Santé.

A Nabatiyeh, dans le sud, deux secouristes, vêtus de leur uniforme et qui circulaient sur un scooter, ont été tués par une frappe israélienne mardi, a indiqué mercredi le ministère, portant à 42 le nombre de soignants libanais tués par Israël.

Celui-ci a dénoncé dans un communiqué "une obstruction délibérée des opérations de sauvetage et une violation flagrante du droit international humanitaire".

L'armée israélienne a déclaré de son côté mercredi matin avoir visé "un centre de commandement" du Hezbollah dans la banlieue sud, ainsi que des stations essence de l'entreprise Al-Amana dont elle dit qu'elles appartiennent au mouvement et le financent.

Israël avait aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants de la formation, sans en préciser le nombre.

"Le Hezbollah doit cesser de lancer des attaques contre Israël. Et Israël doit cesser ses opérations militaires et ses frappes contre le Liban, où les civils sont le plus touchés", a pour sa part plaidé mercredi le secrétaire général de l'ONU. "Le modèle de Gaza ne doit pas être reproduit au Liban", a insisté Antonio Guterres.

Dans la ville millénaire de Tyr, à une vingtaine de km de la frontière israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné par les frappes - et dans quelques écoles.

"Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici", a affirmé Khalil, l'un de ceux qui ont décider de rester dans la ville, désormais très isolée.

 


Israël déterminé à poursuivre la guerre au Liban, même si elle cesse avec l'Iran

De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé le village libanais du sud de Dayr Seryan le 25 mars 2026. (AFP)
De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé le village libanais du sud de Dayr Seryan le 25 mars 2026. (AFP)
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  • Israël affirme sa détermination à intensifier sa campagne militaire au Liban contre le Hezbollah, cherchant à créer une zone tampon et à désarmer le mouvement chiite malgré les discussions diplomatiques de Washington avec l’Iran
  • Depuis le 2 mars, le conflit a déjà fait plus de 1 000 morts au Liban et déplacé des centaines de milliers de civils, tandis qu’Israël mobilise potentiellement jusqu’à 400 000 réservistes pour une offensive majeure

JERUSALEM: A l'heure où Washington semble chercher une porte de sortie diplomatique à la guerre américano-israélienne contre l'Iran, Israël manifeste au contraire sa détermination à poursuivre et intensifier sa campagne militaire au Liban contre le mouvement islamiste Hezbollah, allié de Téhéran.

"La question du démantèlement du Hezbollah reste centrale", et "nous sommes déterminés à changer fondamentalement la situation au Liban", a déclaré mercredi soir le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

"Nous menons des opérations dans l'ensemble du Liban afin de frapper le Hezbollah et d'aboutir, au terme de ce processus, à son désarmement", avait déclaré la veille le général de brigade Effie Defrin, porte-parole de l'armée israélienne.

"C'est une tâche très difficile" et l'armée israélienne "aimerait disposer de davantage de temps pour s'occuper du Liban après le cessez-le-feu avec l'Iran", dit à l'AFP Orna Mizrahi, de l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv, cercle de réflexion proche de l'établissement militaro-sécuritaire israélien.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué par une frappe israélienne au début de la guerre régionale déclenchée le 28 février par l'attaque israélo-américaine sur l'Iran.

Depuis lors, Israël mène des bombardements massifs au Liban et a déployé des troupes dans le sud de ce pays afin d'établir une "ligne de défense avancée" face à la menace des missiles du Hezbollah.

- Elargir la zone tampon -

"Nous avons créé une véritable zone de sécurité [au Liban que] nous élargissons [pour] créer une zone tampon plus étendue", a déclaré M. Netanyahu mercredi soir peu avant que la Maison Blanche assure que les discussions avec l'Iran continuaient et étaient "productives", comme l'affirme le président Donald Trump en dépit des démentis iraniens.

Si les choses ne dépendaient que de lui, Israël "resterait au Liban, comme il le fait à Gaza, jusqu'à ce qu'il considère que le travail est terminé", affirme à l'AFP Joost Hiltermann, du cercle de réflexion américain International Crisis Group (ICG).

Mais "cela dépend vraiment de ce que fera Trump quand il décidera de mettre fin à l'implication des États-Unis dans la guerre", ajoute-t-il: "Dira-t-il à Israël d'en faire autant ou pas? Est-ce que cela concerne à la fois l'Iran et le Liban, ou seulement l'Iran?"

Selon un sondage réalisé pour le compte de l'INSS après deux semaines de guerre contre l'Iran, une majorité relative d'Israéliens (48%) estime que la campagne militaire actuelle au Liban ne permettra d'assurer "de nombreuses années de calme sur le plan de la sécurité" que "dans une faible ou une très faible mesure".

Le Hezbollah s'était joint à la guerre déclenchée par le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 à partir de Gaza en ouvrant un deuxième front contre Israël à sa frontière nord, avant d'être défait militairement à l'automne 2024.

- "Calcul rationnel" -

Israël argue que le mouvement chiite aurait dû se retirer du sud du Liban conformément aux termes du cessez-le-feu entré en vigueur fin novembre 2024 après une médiation de la France et des Etats-Unis.

L'Etat hébreu reproche en outre au gouvernement libanais d'avoir failli à son engagement de désarmer le Hezbollah et déclare régulièrement devoir se charger du travail lui-même.

Depuis le 2 mars, plus de 1.000 personnes ont été tuées au Liban, selon les autorités libanaises, et des centaines de milliers d'habitants ont fui leurs maisons dans le sud du pays sous la pression des appels à évacuer et des bombardements israéliens.

En Israël, une femme a été tuée dans le nord du pays après des tirs de roquette en provenance du Liban. Un autre civil israélien a été tué près de la frontière nord, victime de tirs d'artillerie de l'armée israélienne, qui a fait état d'"erreurs opérationnelles".

Alors qu'Israël semble sourd aux appels de Paris à saisir une occasion "historique" de discussions avec le Liban, pays avec lequel il est en état de guerre depuis 1948, Mme Mizrahi estime que le désarmement du Hezbollah ne peut être atteint "uniquement par des moyens militaires".

"Au bout du compte, il faudra un accord", dit-elle. Mais pour M. Hiltermann, M. Netanyahu pourrait être tenté de prolonger la campagne afin de redorer son bilan avant les élections devant avoir lieu d'ici fin octobre.

"Son calcul est assez différent de ce que serait [...] le calcul rationnel de responsables sécuritaires", juge-t-il.

Selon plusieurs médias israéliens, le gouvernement pourrait décider ces jours-ci de mobiliser au total 400.000 réservistes jusqu'à la fin mai en vue d'une offensive militaire de grande ampleur au Liban.