Dix ans après la mort de Ben Laden, une direction d'Al-Qaïda affaiblie

PETE SOUZA / THE WHITE HOUSE / AFP
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Publié le Mercredi 28 avril 2021

Dix ans après la mort de Ben Laden, une direction d'Al-Qaïda affaiblie

  • Al-Qaïda tient entre les mains d'un vieux monsieur malade, voire mourant
  • Un désintérêt relatif peut-être lié à l'affaiblissement progressif de la centrale jihadiste, coïncidant avec l'émergence fulgurante du groupe Etat islamique (EI)

PARIS: Al-Qaïda restera comme la première centrale jihadiste planétaire, responsable des pires attentats de l'histoire moderne. Mais dix ans après la mort de son fondateur Oussama ben Laden, l'organisation ne s'est pas trouvée de successeur à sa mesure.

Gestionnaire sans charisme, théoricien rébarbatif, l'Egyptien Ayman al-Zawahiri qui lui a succédé est terré depuis des années, possiblement autour de la frontière afghano-pakistanaise. Et l'organisation a, avec lui, perdu de sa superbe. "Al-Qaïda centrale est l'ombre de ce qu'elle a été", tranche pour l'AFP Barak Mendelsohn, professeur à l'université Haverford de Pensylvannie. "Le plus grand succès de Zawahiri est d'avoir maintenu Al-Qaïda vivante". 

Le disciple de Ben Laden, âgé de 69 ans, a dû pour se faire multiplier les "franchises" et les allégeances de circonstances, de la péninsule arabique au Maghreb, de la Somalie à l'Afghanistan, en Syrie et en Irak. Et accepter que celles-ci s'émancipent, jusqu'à réduire la direction d'Al-Qaïda au rang de "conseil consultatif" selon Barak Mendelsohn. 

"Al-Qaïda est devenue de plus en plus décentralisée, l'autorité reposant principalement dans les mains des responsables de ses filiales", renchérit le think-tank spécialisé Counter Extremism project (CEP), qui attribue à Zawahiri un rôle majeur dans la réorganisation de nombreux groupes jihadistes.  

Fin 2020, des sources bien informées avaient donné crédit à des rumeurs le donnant mort d'une maladie cardiaque. Zawahiri est réapparu depuis dans une vidéo dénonçant le sort réservé en Birmanie à la minorité musulmane des Rohingyas. Mais ses propos assez flous et l'absence de date certifiée n'ont permis ni d'écarter, ni de confirmer sa disparition. 

 

 

Pakistan: le docteur Afridi, bouc émissaire dans la mort de Ben Laden

Présenté en héros aux Etats-Unis, mais rejeté comme un traître au Pakistan, le docteur Shakeel Afridi a déjà payé un prix très lourd pour son rôle dans la mort d'Oussama ben Laden. Dix ans après, son supplice semble pourtant encore loin d'être fini.

En organisant une fausse campagne de vaccination contre l'hépatite C, ce médecin pakistanais a aidé la CIA à localiser Ben Laden à Abbottabad, dans le nord du Pakistan, où le chef d'Al-Qaïda allait être tué par forces spéciales américaines le 2 mai 2011.

Emprisonné depuis lors, il est détenu à l'isolement dans une prison de la province du Pendjab (centre). Et rien ne laisse penser qu'il sera exonéré un jour par la justice pakistanaise. Il passe aujourd'hui son temps à compter les jours, que rien ne différencie les uns des autres.

"Soyons clair: Afridi a payé le prix le plus élevé pour le raid contre OBL", a expliqué à l'AFP Michael Kugelman, directeur adjoint Asie au Wilson Center de Washington. "Il est devenu le bouc émissaire".

L'AFP a reconstitué le quotidien de M. Afridi grâce à des entretiens avec son frère et son avocat, le docteur n'étant à autorisé à parler à personne d'autre que sa famille et ses défenseurs.

Pour s'entretenir physiquement, il tourne en rond dans sa cellule de deux mètres sur deux et fait de temps en temps des pompes, selon sa famille. Il a un exemplaire du Coran, mais n'a le droit à aucun autre livre.

Quelques fois par semaine, il se rase en présence d'un garde, mais n'est pas autorisé à avoir le moindre contact avec les autres détenus.

Les membres de sa famille peuvent lui rendre visite deux fois par mois, mais doivent rester derrière une grille métallique et ne peuvent échanger avec lui en pachto, leur langue maternelle.

« Donner une leçon » 

"Les autorités carcérales nous ont dit que nous ne pouvons pas parler de politique, ni de la situation à l'intérieur de la prison", a raconté son frère, Jamil Afridi.

Originaire des zones tribales du nord-ouest du Pakistan, le médecin était bien placé, avec sa maîtrise du pachto, pour aider la CIA qui se rapprochait de la cachette de Ben Laden.

L'agence américaine n'avait plus besoin que d'une preuve matérielle de la présence à Abbottabad du cerveau des attentats du 11 septembre 2001. Elle a donc demandé à Shakeel Afridi de lancer une fausse campagne de vaccination pour obtenir un échantillon d'ADN d'une personne vivant dans sa résidence.

Le rôle exact joué par le docteur dans l'identification de Ben Laden n'est pas clairement établi. Mais il fut arrêté par les autorités pakistanaises quelques semaines plus tard.

Il n'a jamais été condamné en lien avec la mort de Ben Laden. Mais il a écopé d'une peine de 33 ans de prison pour avoir financé un groupe extrémiste, en vertu d'une obscure loi datant de l'époque coloniale.

Les administrations américaines successives ont protesté contre le sort qui lui était réservé. Au fil des ans, l'éventualité d'un échange de prisonniers a été évoquée, mais aucun accord n'a jamais été conclu.

"Aujourd'hui, il n'est gardé en prison que pour bien donner la leçon à chaque Pakistanais de ne pas coopérer avec une agence de renseignement occidentale", a affirmé à l'AFP, Husain Haqqani, qui était l'ambassadeur pakistanais aux États-Unis en 2011.

"Au lieu de dire la vérité sur la présence de Ben Laden au Pakistan, les autorités ont fait du Dr Afridi un bouc émissaire", a-t-il lui aussi considéré.

« Un crime impardonnable »

Le 10e anniversaire de la disparition de Ben Laden intervient quelques semaines après que le président américain Joe Biden a confirmé le retrait complet des troupes américaines d'Afghanistan d'ici le 11 septembre.

En justifiant ce départ dans un discours à la Nation, M. Biden a cité la mort de Ben Laden comme la preuve, à ses yeux, que les États-Unis avaient depuis longtemps déjà accompli l'objectif initial de l'invasion de l'Afghanistan. Sans surprise, il n'a pas mentionné le nom de Shakeel Afridi.

"Le retrait d'Afghanistan et l'abaissement des liens avec le Pakistan que cela pourrait provoquer, suggère qu'Afridi n'est plus une question aussi sensible qu'il l'a été par le passé", a estimé M. Kugelman.

Au Pakistan, où la spectaculaire intervention d'Abbottabad fut vécue comme une humiliation, laissant des traces profondes dans ses relations avec les États-Unis, peu de gens prêtent encore attention au sort de M. Afridi.

"Quand quelqu'un travaille pour un service de renseignement étranger, c'est l'un des crimes les plus impardonnables qui soient", a déclaré à l'AFP Asad Durrani, un ancien chef des puissants services secrets pakistanais, pour qui l'arrestation de M. Afridi lui a probablement évité d'être lynché. 

Mais même dix ans après, l'héritage de Shakeel Afridi continue à être ressenti au Pakistan. La ruse américaine a ébranlé la confiance dans la vaccination dans le pays, où nombre de familles continuent à refuser que leurs enfants soient vaccinés contre des maladies comme la polio.

Des dizaines de vaccinateurs ont été tués ces dix dernières années et ils continuent toujours à être attaqués.

Dans sa prison, Shakeel Afridi reste lui coupé du monde, passant ses journées à marcher dans sa cellule ou à réciter ses prières.

« Limité, sclérosé »

Des conjectures qui interviennent juste après la mort, en août dernier, d'Abou Mohammed al-Masri. Le numéro deux d'Al-Qaïda a été abattu à Téhéran par des agents israéliens lors d'une mission secrète commanditée par Washington, selon le New York Times. L'Iran a démenti.

La tête de la centrale tient donc entre les mains d'un vieux monsieur malade, voire mourant, certes considéré comme l'un des concepteurs des attentats du 11-septembre 2001, signature fondamentale d'Al-Qaïda, mais dépourvu de l'aura macabre de Ben Laden.

Le théoricien à la barbe fournie et aux larges lunettes, aisément reconnaissable à sa bosse sur le front, signe de grande piété, était entré dès l'âge de 15 ans chez les Frères musulmans et a survécu à 40 ans de jihad, une rarissime longévité.

Paradoxalement, les Etats-Unis offrent 25 millions de dollars pour sa capture, un record, tout en semblant se désintéresser de lui. Jamais Washington n'a semblé le traquer comme il l'avait fait avec son prédécesseur.  

 Une « surprise » possible 

Un désintérêt relatif peut-être lié à l'affaiblissement progressif de la centrale jihadiste, coïncidant avec l'émergence fulgurante du groupe Etat islamique (EI). Car après avoir présidé pendant cinq ans (2014-2019) aux destinées d'un califat auto-proclamé aussi vaste que le Royaume-Uni, entre Irak et Syrie, l'EI a volé la vedette à sa concurrente, notamment via une communication active sur les réseaux sociaux.

Les deux organisations sont aujourd'hui en conflit idéologique et militaire sur de nombreux terrains. Al-Qaïda est donc confrontée au défi de rester vivante. 

Un nom semble tenir la corde pour la diriger dans un avenir proche, selon les experts: Saif al-Adel. Cet ancien lieutenant-colonel des Forces spéciales égyptiennes s'est engagé dans les années 80 au sein du Jihad islamique égyptien (JIE). Arrêté une première fois puis relâché, il a gagné l'Afghanistan et rejoint Al-Qaïda, à l'instar de Zawahiri. 

"Adel a joué un rôle un rôle crucial dans la construction des capacités opérationnelles d'Al-Qaïda et a rapidement grimpé dans la hiérarchie", écrit le CEP, soulignant son rôle de formateur de certains pirates de l'air du 11-septembre. En 2018, un rapport des Nations unies affirmait qu'il était en Iran, où il s'était établi depuis des années.

Mais "une surprise est possible" si la nouvelle génération de l'organisation monte au créneau, prévient Barak Mendelsohn, qui rappelle que l'aura d'Adel reste incertaine au sein des jeunes combattants. Or, ils sont aujourd'hui plus nombreux de par le monde qu'au moment du décès de Ben Laden.

"Il est important de différencier l'organisation Al-Qaïda du mouvement qu'il a fondé", relève à cet égard Colin Clarke, directeur de recherche au think-tank américain Soufan Center. "Pour certains, l'organisation dirigée par Oussama Ben Laden est une relique d'une ère révolue. Mais elle a démontré par le passé sa remarquable résilience", estime-t-il. 

"Il est trop tôt pour écrire la nécrologie du groupe".


Yémen : l’aide vitale de 346 millions de dollars accordée par l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
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  • Un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens vise les salaires, les pénuries de liquidités et la stabilité de l’État à un moment charnière pour le gouvernement d’Aden
  • Le soutien économique renforce la dynamique des réformes et positionne la sécurité comme fondement du redressement à long terme du Yémen

​​​​​​LONDRES : Lorsque Riyad a annoncé mercredi un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens (346,6 millions de dollars) pour soutenir le budget du gouvernement yéménite, les salaires et les coûts opérationnels, il s’agissait de bien plus qu’un simple geste financier. Cela réaffirmait une doctrine constante : la diplomatie par la stabilisation économique.

L’engagement militaire et humanitaire de l’Arabie saoudite au Yémen attire depuis longtemps l’attention internationale. Pourtant, son rôle économique — à travers un soutien budgétaire direct, des dépôts et de vastes projets de développement — a été tout aussi central dans l’orientation du fragile chemin du pays vers la reprise.

Cette dernière aide traduit la conviction de Riyad que la stabilité budgétaire est le socle d’un progrès politique et sécuritaire durable.

Le Royaume a déployé de nombreuses initiatives économiques et humanitaires ces dernières années.

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Des soldats gouvernementaux circulent à l’arrière d’un pick-up dans la ville portuaire de Mukalla, sur la mer d’Arabie. (Reuters/File)

Le projet Masam, programme de déminage financé par l’Arabie saoudite et lancé en juin 2018 sous l’égide de KSrelief en partenariat avec le Centre exécutif yéménite de lutte antimines, a permis de neutraliser plus de 450 000 engins explosifs.

En septembre 2025, KSrelief et l’agence des Nations unies pour les migrations, Organisation internationale pour les migrations (OIM), ont lancé deux projets d’un montant total de 4,45 millions de dollars : l’un remplaçant l’acheminement coûteux d’eau par camion à Ma’rib par des systèmes d’approvisionnement permanents, l’autre réhabilitant des établissements scolaires à Aden, Lahj et Taëz pour les communautés affectées par le conflit.

Cela s’appuie sur le portefeuille du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen (SDRPY), qui comprend des centaines de projets d’infrastructure couvrant l’éducation, la santé, l’eau, l’énergie, les transports, l’agriculture, la pêche et le renforcement des capacités institutionnelles, offrant une bouée de sauvetage à des millions de personnes au cœur de ce que l’ONU qualifie souvent de pire crise humanitaire au monde.

Cependant, cette orientation, impulsée par les dirigeants saoudiens et mise en œuvre par le SDRPY, intervient à un tournant pour la gouvernance yéménite.

Fraîchement remanié à la suite de récents changements à sa tête, le pays fait face à de graves tensions économiques. Les institutions publiques sont confrontées à de sévères pénuries de liquidités et à des arriérés de salaires qui menacent d’éroder la confiance déjà fragile envers l’État.

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Des habitants se promènent dans le marché traditionnel de Mukalla, dans le Hadramout, au Yémen. (Reuters/File)

Le programme du SDRPY vise à renforcer la stabilité économique, financière et monétaire, à améliorer les capacités gouvernementales, la gouvernance et la transparence, et à donner au secteur privé les moyens de stimuler une croissance durable.

Avec un produit intérieur brut de seulement 19 à 20 milliards de dollars, classé environ au 125e rang mondial, ce plan entend relancer une économie yéménite exsangue et briser le cercle vicieux où l’effondrement alimente la dépendance à l’aide, rendant l’État quasiment ingouvernable.

« Il ne fait aucun doute que le récent soutien saoudien au gouvernement yéménite intervient à un moment important, après la formation du nouveau gouvernement dirigé par le Dr Shaea Al-Zandani et son retour dans la capitale provisoire Aden pour gérer les affaires depuis l’intérieur du pays », a déclaré l’analyste du Golfe Abdulhadi Al-Habtoor à Arab News.

« Comme l’a annoncé le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, ce soutien vise à couvrir les dépenses opérationnelles et les salaires, répondant aux besoins urgents du gouvernement yéménite.

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Un Yéménite déplacé pose pour un portrait avec ses filles dans leur abri à l’intérieur d’un camp à Marib, au Yémen. (Reuters/File)

« À mon avis, cette aide permettra également au gouvernement de poursuivre les réformes économiques engagées récemment, en mettant l’accent sur la transparence, la lutte contre la corruption et l’unification des recettes de l’État sous l’autorité de la banque centrale yéménite. »

La masse salariale publique du Yémen — pilier vital de toute société — s’est presque effondrée. Enseignants, soldats, personnels médicaux et fonctionnaires dans les zones contrôlées par le gouvernement ont passé des mois sans être payés.

Même lorsque les salaires sont versés, la forte dépréciation du rial yéménite en a érodé la valeur, contraignant les familles à emprunter, vendre leurs biens ou sauter des repas pour survivre.

Sur le plan économique, le programme cible le défi structurel le plus grave du Yémen : l’incapacité à rémunérer régulièrement environ un demi-million de fonctionnaires.

Des responsables saoudiens ont indiqué que les fonds soutiendront le volet salarial du budget yéménite, garantiront des décaissements réguliers et poseront les bases d’une stabilité financière à long terme.

« Le Yémen demeure la priorité régionale numéro un de l’Arabie saoudite », a affirmé Salman Al-Ansari, chercheur saoudien en géopolitique, à Arab News. « L’Arabie saoudite est le principal partenaire humanitaire et de développement du Yémen dans le monde, ayant fourni plus de 20 milliards de dollars d’aide au cours de la dernière décennie.

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KSrelief distribue 390 bons d’habillement dans la province de Lahj, au Yémen. (KSrelief)

« Plus de deux millions de Yéménites vivent et travaillent dans le Royaume, reflétant les liens humains profonds entre nos peuples. Le paiement des salaires à nos frères et sœurs au Yémen n’est qu’un volet d’un engagement saoudien plus large visant à aider les Yéménites à reconstruire leur vie et à restaurer la stabilité. »

Les implications dépassent la seule question des salaires. En injectant des liquidités dans les différentes régions du Yémen, le programme vise à restaurer le pouvoir d’achat, stabiliser les revenus des ménages et raviver la confiance dans les marchés locaux.

À terme, cela pourrait relancer les petites entreprises, renforcer les chaînes d’approvisionnement et affaiblir les économies parallèles contrôlées par des milices et des réseaux informels — apportant un semblant de normalité à un pays où le désespoir semblait omniprésent.

« Il ne faut pas oublier que ce soutien saoudien intervient après les récents événements dans l’est du Yémen (Hadramout et Al-Mahra) et les troubles provoqués par le Conseil de transition du Sud avant sa dissolution — des développements qui ont eu un impact négatif sur les conditions de vie des habitants », a ajouté Al-Habtoor.

« Ce dernier soutien devrait rétablir la normalité dans les provinces libérées, renforcer l’unité des rangs du gouvernement légitime et consolider les efforts pour faire face au groupe terroriste houthi, qui contrôle toujours la capitale yéménite, Sanaa. »

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De la fumée s’élève après une frappe aérienne de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite dans le port sudiste de Mukalla, au Yémen. (SABAA/Reuters)

L’approche de Riyad se distingue par sa continuité.

Depuis 2012, l’Arabie saoudite a injecté environ 12,6 milliards de dollars d’aide économique au Yémen — sous forme de dépôts à la banque centrale, de transferts monétaires et de subventions directes — afin d’éviter un effondrement budgétaire et de freiner la spirale inflationniste qui a sapé la gouvernance locale.

Cette aide s’inscrit dans le récit régional central du Royaume : sécurité et développement sont indissociables.

Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a récemment souligné que le soutien de Riyad « incarne l’engagement du Royaume à renforcer la sécurité et la stabilité et à contribuer à bâtir un avenir meilleur pour le Yémen et son peuple ».

Cette logique façonne une grande partie de la stratégie actuelle de l’Arabie saoudite au Yémen : privilégier une réhabilitation économique progressive — via un soutien en liquidités et des projets ciblés — plutôt que de vastes promesses de reconstruction.

La déclaration du ministère de la Défense en janvier indiquant que l’Arabie saoudite avait lancé 28 projets de développement d’une valeur de 1,9 milliard de riyals dans des secteurs clés tels que la santé, l’énergie et l’éducation a consolidé cette approche intégrée : stabiliser les services essentiels tout en redynamisant les infrastructures publiques.

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Un projet du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen. (SDRPY)

Au Yémen, de telles mesures revêtent un poids social et politique profond. Des salaires réguliers et un financement opérationnel signalent une forme de légitimité, maintenant les employés publics liés à l’appareil d’État et empêchant l’érosion de la gouvernance.

Dans un paysage longtemps marqué par l’autorité fragmentée, la continuité financière devient un acte simple mais essentiel de construction étatique.

Les critiques soulignent toutefois que l’ampleur des besoins dépasse largement le montant de l’aide. L’économie yéménite — fonctionnant à une fraction de sa capacité d’avant-guerre, confrontée aux blocages des exportations pétrolières, aux flambées inflationnistes et à la baisse du soutien des donateurs — devrait se contracter de 1,5 % en termes réels en 2025 et demeure institutionnellement divisée.

Cependant, du point de vue de Riyad, la stabilisation à court terme doit précéder le changement structurel, une philosophie qui fait écho à ses propres doctrines économiques internes, où les marges budgétaires ouvrent la voie à la diversification.

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Une clinique médicale mobile de KSrelief à Hajjah, au Yémen. (KSrelief)

Le soutien de 346 millions de dollars agit ainsi sur deux fronts étroitement liés : une bouée humanitaire pour des millions de personnes confrontées à l’insécurité salariale, et une ancre géopolitique préservant la souveraineté du Yémen face à un effondrement supplémentaire.

Les analystes y voient une diplomatie calibrée : moins une aide transactionnelle qu’un leadership soutenu dans un voisinage volatil vital pour les intérêts saoudiens.

Alors que le Yémen entame une nouvelle année d’incertitudes, le dernier soutien de l’Arabie saoudite ne résoudra peut-être pas la crise, mais il réaffirme un principe devenu central dans la politique étrangère de Riyad : l’endurance économique est la pierre angulaire de la sécurité.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Echange de 86 détenus entre Damas et des factions druzes à Soueïda

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
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  • Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile
  • Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas"

SYRIE: Le gouvernement syrien et des factions druzes de la province méridionale de Soueïda ont procédé jeudi à un échange de 86 détenus, a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Ces hommes étaient détenus depuis les violences meurtrières survenues à l'été 2025 dans ce bastion des druzes, une minorité arabophone professant une foi issue d'un islam hétérodoxe.

Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile.

Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas".

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange.

A un point de contrôle de la localité d'Al-Mtouna, dans le nord de la province et sous contrôle gouvernemental, une équipe de l'AFP a vu deux bus transportant des détenus en provenance de la prison d'Adra, près de Damas.

Escortés par les forces syriennes et le CICR, ils ont pris la route de Soueïda, accompagnés d'une ambulance et d'un véhicule de la Croix-Rouge.

Peu après, un bus transportant des membres des forces de sécurité et de l'armée détenus par la Garde nationale - faction armée druze de Soueïda - est arrivé.

Le chef du CICR en Syrie, Stephan Sakalian, a dit espérer que l'opération ouvre la voie à d'autres libérations et à un dialogue sur le sort des personnes portées disparues depuis les violences de juillet.

Des affrontements avaient alors opposé combattants druzes et bédouins sunnites avant l'intervention des forces de sécurité et de tribus venues d'autres régions pour prêter main forte aux bédouins.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ces violences ont fait plus de 2.000 morts, dont 789 civils druzes. Elles ont été marquées par des exactions et des exécutions sommaires visant cette minorité, d'après des témoignages de survivants et des ONG.

Après la fin de l'échange, Tarek al-Maghoush, chargé du dossier au sein de la Garde nationale, a parlé de négociations indirectes "difficiles".

Le porte-parole de la Garde nationale, Talal Amer, a déclaré à l'AFP que les négociations s'étaient déroulées via les Etats-Unis et "sous la supervision" d'Israël, pays qu'il a remercié pour son "soutien total" lors des violences.

En 2025, Israël, où vivent plus de 150.000 druzes, était intervenu en Syrie en bombardant les forces gouvernementales au nom de la défense de la communauté druze dans le pays voisin.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 20 juillet, mais la situation demeure tendue et l'accès à Soueïda difficile.

Des habitants accusent le gouvernement d'imposer un siège aux zones hors de son contrôle, qui accueillent des dizaines de milliers de déplacés, ce que dément Damas. Plusieurs convois d'aide ont toutefois pu entrer depuis.


Israël vise à imposer «un changement démographique permanent» en Cisjordanie et à Gaza, selon l'ONU

Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
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  • "Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève
  • Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens

GENEVE: Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk.

"Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève.

Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens.

"Les forces de sécurité israéliennes continuent à faire un usage non nécessaire et disproportionné de la force" en Cisjordanie, a ajouté M. Türk.

Les violences ont flambé en Cisjordanie occupée depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

M. Türk a indiqué que, selon des chiffres vérifiés par son bureau, 1.020 Palestiniens avaient été tués depuis cette date "par les forces de sécurité israéliennes" en Cisjordanie.

Pendant la même période, 45 Israéliens, y compris des soldats, ont été tués lors d'attaques palestiniennes, selon les chiffres officiels israéliens.

Le gouvernement israélien a annoncé depuis le début février une série de mesures visant à renforcer son contrôle sur la Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, en facilitant notamment l'achat de terre par des Israéliens.

Ces mesures ont suscité de nombreuses condamnations à l'international. Une haute responsable de l'ONU a estimé qu'elles équivalaient à une "annexion progressive de facto".

Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme a par ailleurs souligné que depuis le début du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, le 10 octobre 2025, "des attaques israéliennes ont tué plus de 600 Palestiniens et en ont blessé plus de 1.600, selon le ministère palestinien de la Santé" de ce territoire.

"N'importe où ailleurs, cela serait considéré comme une crise majeure", a-t-il affirmé.

La quasi-totalité des plus de deux millions d'habitants de Gaza ont été déplacés au moins une fois depuis le début de la guerre, qui a réduit en ruines une grande partie du territoire.

"L'intensification des attaques, la destruction méthodique de quartiers entiers, (...) le refus d'apporter une aide humanitaire (...) conjugués aux transferts forcés qui semblent viser à un déplacement permanent, suscitent des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique à Gaza et en Cisjordanie", avait écrit le Haut-Commissariat dans un rapport la semaine dernière.