« La guerre contre la drogue, on ne peut pas la faire en pyjama »

Le meurtre du policier de 36 ans mercredi à Avignon a pris la police nationale par surprise. « Que quelqu’un sorte une arme à feu et tire sur un policier lors d’un contrôle, c’est rare », témoigne un gardien de la paix interrogé par l'AFP. (Photo, AFP). 
Le meurtre du policier de 36 ans mercredi à Avignon a pris la police nationale par surprise. « Que quelqu’un sorte une arme à feu et tire sur un policier lors d’un contrôle, c’est rare », témoigne un gardien de la paix interrogé par l'AFP. (Photo, AFP). 
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Publié le Vendredi 07 mai 2021

« La guerre contre la drogue, on ne peut pas la faire en pyjama »

  • Sidérés par la mort d’un des leurs à Avignon sur un point de deal, les policiers dénoncent le décalage entre la rhétorique de l'exécutif et le terrain
  • « Si on fait la guerre, il faut qu'elle soit totale et concerne la justice, l'éducation, la santé... et pas seulement la police »

PARIS : « La guerre, on ne peut pas la faire en pyjama »: sommés par le ministre de l’Intérieur de "faire la guerre" aux trafiquants de drogue, des policiers, sidérés par la mort d’un des leurs à Avignon sur un point de deal, dénoncent le décalage entre la rhétorique de l'exécutif et le terrain.

Mercredi vers 18H30, un fonctionnaire de police de 36 ans a été tué après être intervenu avec son équipage sur un point de deal. Les autres policiers ont riposté, sans pouvoir interpeller l'auteur des tirs qui a pris la fuite. 

Le ministre de l'Intérieur s'est rendu sur place dans la soirée. « La lutte contre les trafics de stupéfiants, partout sur le territoire national, s'apparente à une guerre. Cette guerre, nous la menons grâce à des soldats, (...) les policiers et les gendarmes de France. Aujourd'hui, un de ces soldats est mort en héros », a déclaré Gérald Darmanin au commissariat d'Avignon.

Mi-avril, à un an de la présidentielle, Emmanuel Macron avait déjà fait de l'éradication des trafics de stupéfiants « la mère des batailles ». Mais sans convaincre les policiers, loin de là. 

« Ces propos-là, ça ne passe plus dans nos rangs. Tous ces éléments de langage et cette récupération électoraliste ne passent pas non plus », pour Yann Bastière, délégué national à l’investigation chez Unité SGP Police, syndicat majoritaire.

« Le temps politique »

« La guerre, on ne peut pas la faire en pyjama. Si on fait la guerre, il faut qu'elle soit totale et concerne la justice, l'éducation, la santé... et pas seulement la police », a réagi auprès de l'AFP son collègue Grégory Joron, secrétaire général d'Unité SGP police, en relevant qu'on ne pouvait « pas vider l'océan à la petite cuillère ».

Un gradé de Seine-Saint-Denis, en poste dans la région depuis la fin des années 1990, relève qu' « en banlieue parisienne, les points de deal sont exactement les mêmes qu'il y a 20 ans ». « Quand j'entends parler de "guerre", ça m'interpelle beaucoup : une guerre, à un moment il faut que ça se termine, qu'il y ait un traité, une issue. Or il y a des endroits, comme à Saint-Ouen, où on a tout essayé et on ne voit aucune issue », ajoute-t-il.

Pour un haut responsable de la police, « il faut démanteler les têtes de réseaux et pour cela il faut faire un travail d’investigation en profondeur. Ce travail nécessite du temps et des moyens ». « Le temps médiatique et politique n’est pas celui de l’enquête. C’est une question de choix. On peut décider de mettre du bleu dans la rue et faire quelques gardes à vue, mais avec quel résultat ? », interroge-t-il.

« Exceptionnel »

Si « guerre » il y a, un cap a été franchi avec la mort du policier sur le point de deal à Avignon, un fait très rare. C'est même « exceptionnel », pour le gradé de Seine-Saint-Denis. « Ceci dit, ce qui est évident, et ce n'est pas nouveau, c'est que les dealeurs sont armés, pour défendre leur territoire. Donc on ne peut pas exclure que ça arrive », relève-t-il.

Un gardien de la paix de 30 ans qui exerce dans la zone d' « un des plus gros points de deal » de l'Essonne, explique avoir été « plusieurs fois pris à partie ou la cible d’attaques, de caillassage ». Mais « généralement, ça ne dure pas plus de 5 minutes, parce qu’ils savent que des collègues vont venir en renfort ». 

Le meurtre du policier à Avignon l'a donc « surpris ». « Que quelqu’un sorte une arme à feu et tire sur un policier lors d’un contrôle, c’est rare. Mais que quelqu’un veuille délibérément tuer un policier, ça ne me surprend malheureusement pas », précise ce gardien de la paix. 

Pour l'historien de la police Jean-Marc Berlière, « que des policiers interviennent comme ça et que le type se tourne et les flingue, ça me paraît complètement dingue ». « C'est très étonnant car il ne risquait pas grand-chose, il avait probablement juste quelques barrettes sur lui ». 

Depuis 2010, le nombre de policiers morts en intervention reste stable : entre 2 et 7 meurent chaque année. 

 


Macron affirme que «les Européens ne sont pas les prédateurs» du XXIe siècle en Afrique

Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report. (AFP)
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  • Face aux critiques visant les ex-puissances coloniales, il assure que "le paradoxe est que les Européens ne sont pas les prédateurs de ce siècle"
  • "L'Europe défend l'ordre international, le multilatéralisme efficace, l’État de droit, le commerce libre et ouvert", tandis que les États-Unis et la Chine "sont dans une logique de confrontation commerciale", sans respect des règles

NAIROBI: Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report.

Dans cette interview, M. Macron rappelle avoir "condamné avec force la colonisation" dès 2017, année de son arrivée au pouvoir.

"Mais je ne lui imputerai pas tout" (à la colonisation), car "on ne doit pas non plus exonérer de toute responsabilité les sept décennies qui ont suivi les indépendances" de la plupart des anciennes colonies européennes en Afrique, ajoute-t-il, appelant les dirigeants africains à "améliorer la gouvernance".

Face aux critiques visant les ex-puissances coloniales, il assure que "le paradoxe est que les Européens ne sont pas les prédateurs de ce siècle". "L'Europe défend l'ordre international, le multilatéralisme efficace, l’État de droit, le commerce libre et ouvert", tandis que les États-Unis et la Chine "sont dans une logique de confrontation commerciale", sans respect des règles, dit-il.

Sur les minerais critiques et les terres rares, "la Chine, pour la citer, est dans une logique prédatrice: elle transforme chez elle" et crée "des dépendances avec le reste du monde", estime-t-il. "Ce n’est pas ce que nous proposons", insiste le président français, défendant une "stratégie d'autonomie pour l'Europe comme pour l'Afrique" pour ne "pas dépendre d’un nouvel empire, quel qu'il soit".

Il prône une fois de plus une transformation de "l’architecture financière internationale", notamment afin de "mettre en place un système de garanties financières pour faire venir les investisseurs privés" en Afrique - son cheval de bataille avec le président kényan William Ruto, qui sera mardi au menu du second jour du sommet Africa Forward à Nairobi.

Interrogé sur les militaires qui ont pris le pouvoir dans trois pays sahéliens (Mali, Burkina Faso et Niger) entre 2020 et 2023, précipitant le divorce avec la France et le départ de l'armée française, Emmanuel Macron répond: "J'ai la conviction qu’il faut laisser ces États et leurs dirigeants, même putschistes, tracer leur propre chemin".

Il réitère que la France était présente militairement au Sahel à la demande de ces pays pour combattre la menace jihadiste. "Quand notre présence n’a plus été souhaitée, après les coups d’État, nous sommes partis. Cela n'a pas été une humiliation, mais une réponse logique à une situation donnée", assure-t-il.

"Une ère nouvelle va s’ouvrir. Le Sahel retrouvera un jour une gouvernance normale" avec des dirigeants "démocratiquement élus, qui se soucient véritablement de leur peuple", selon le chef de l’État français.


Départ de Vallaud: Faure appelle le PS à «avancer d'un même pas», «le congrès permanent ce n'est pas possible»

Boris Vallaud, président du groupe parlementaire « Socialistes et Apparentes », assiste à une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 16 décembre 2025. (AFP)
Boris Vallaud, président du groupe parlementaire « Socialistes et Apparentes », assiste à une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 16 décembre 2025. (AFP)
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  • Olivier Faure a appelé lundi les socialistes "à avancer d'un même pas"
  • "Je ne suis pas un fanatique de quelque processus que ce soit. Je veux un processus qui soit commun à tous, qui permette de se mettre d'accord sur la façon d'arriver à un candidat commun"

PARIS: Olivier Faure a appelé lundi les socialistes "à avancer d'un même pas", jugeant que "le congrès permanent, ce n'est pas possible" après le départ fracassant de Boris Vallaud de la direction du PS sur fond d'opposition à une primaire pour désigner le candidat de la gauche hors LFI à la présidentielle.

"Je ne suis pas un fanatique de quelque processus que ce soit. Je veux un processus qui soit commun à tous, qui permette de se mettre d'accord sur la façon d'arriver à un candidat commun", a réagi M. Faure, partisan de la primaire, sur franceinfo.

 

 

 


Une Française rapatriée du MV Hondius positive à l'hantavirus, 22 cas contacts en France

Sur les cinq Français rapatriés et placés à l'isolement à Paris, l'état de santé d'une femme s'est "malheureusement dégradé cette nuit" et les "tests sont revenus positifs", a dit la ministre française de la Santé sur la radio France Inter. (AFP)
Sur les cinq Français rapatriés et placés à l'isolement à Paris, l'état de santé d'une femme s'est "malheureusement dégradé cette nuit" et les "tests sont revenus positifs", a dit la ministre française de la Santé sur la radio France Inter. (AFP)
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  • "Nous demandons" à ces 14 passagers "qu'ils nous contactent parce qu'il faut qu'on puisse renforcer l'isolement", a dit Stéphanie Rist
  • Une croisiériste néerlandaise infectée par le virus et depuis décédée avait voyagé à bord du vol Sainte-Hélène-Johannesbourg

PARIS: Une passagère française, rapatriée du bateau de croisière MV Hondius, a été testée positive à l'hantavirus, a annoncé lundi la ministre de la Santé Stéphanie Rist, faisant également état de 22 cas contacts identifiés en France.

Parmi les croisiéristes déjà évacués, un Américain et cette Française ont été testés positifs à l'hantavirus, contre lequel n'existe aucun vaccin ni traitement et qui peut provoquer un syndrome respiratoire aigu.

La crise à bord du MV Hondius, qui doit repartir pour les Pays-Bas lundi, a suscité l'inquiétude, ravivant les souvenirs de la pandémie de Covid, même si à ce stade l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ne recense que six cas confirmés d'hantavirus parmi huit cas suspects, comprenant trois personnes décédées de ce virus connu mais rare.

Sur les cinq Français rapatriés et placés à l'isolement à Paris, l'état de santé d'une femme s'est "malheureusement dégradé cette nuit" et les "tests sont revenus positifs", a dit la ministre française de la Santé sur la radio France Inter.

Les cinq passagers "sont hospitalisés dans des chambres avec des flux d'air qui permettent d'éviter la contamination", "ils sont évidemment isolés dans cet hôpital et y resteront jusqu'à nouvel ordre", au minimum 15 jours, a-t-elle ajouté.

Concernant les cas contacts, elle a confirmé qu'une vingtaine de Français avaient été identifiés : huit parmi les passagers du vol du 25 avril entre Sainte-Hélène et Johannesbourg, qui "ont été mis à l'isolement rapidement", et 14 à bord du vol Johannesbourg-Amsterdam.

"Nous demandons" à ces 14 passagers "qu'ils nous contactent parce qu'il faut qu'on puisse renforcer l'isolement", a dit Stéphanie Rist.

Une croisiériste néerlandaise infectée par le virus et depuis décédée avait voyagé à bord du vol Sainte-Hélène-Johannesbourg. Elle était aussi brièvement montée à bord de l'avion pour Amsterdam, mais n'avait finalement pas voyagé à son bord.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu "tiendra une nouvelle réunion" lundi après-midi "pour suivre au plus près l'évolution de la situation" sur le virus hantavirus, a annoncé la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.

"Nous suivons la situation avec la plus grande vigilance, sur la base d'un virus que l'on connaît, d'où les 42 jours d'isolement qui ont été décidés et un objectif qui reste le même, protéger les Françaises et les Français", a-t-elle ajouté sur BFMTV.

Elle a appelé à "ne pas créer de panique", "nous n'en sommes absolument pas à avoir ces discussions-là" comme lors de l'épidémie de Covid-19.

La variante du virus détectée à bord du navire MV Hondius, l'hantavirus Andes, est une souche rare qui peut se transmettre d'homme à homme avec un délai d'incubation pouvant aller jusqu'à six semaines.