La censure artistique change de camp au Maroc

Des personnes passant devant le "Café de France", construit en 1913, à Casablanca. (PHOTO d'illustration AFP / ABDELHAK SENNA)
Des personnes passant devant le "Café de France", construit en 1913, à Casablanca. (PHOTO d'illustration AFP / ABDELHAK SENNA)
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Publié le Mercredi 12 mai 2021

La censure artistique change de camp au Maroc

  • Durant le mois du ramadan, nombreuses sont les organisations professionnelles marocaines qui déposent plainte contre des séries, des sitcoms et des films pour «atteinte à leur profession»
  • La Haute Autorité marocaine de la communication audiovisuelle a publié un communiqué où elle réaffirme l’importance de préserver la liberté de création

CASABLANCA: La censure du contenu artistique change de camp au Maroc. Alors que dans un passé récent, cette censure provenait souvent des autorités politiques du Royaume, désormais ce sont ces mêmes autorités qui défendent bec et ongles la création artistique contre les plaintes et demandes de censures d’associations et de groupements professionnels. 

Durant le mois du ramadan, où les productions audiovisuelles sont plus nombreuses, les plaintes d’organisations professionnelles se multiplient dans les tribunaux marocains contre des personnages de sitcoms, séries ou films qui «porteraient atteinte à leur profession», selon eux. Pire, certains veulent désormais exiger que les producteurs leur soumettent le contenu de leur œuvre pour une autorisation de diffusion.

La sitcom Café Ness Ness

Le mois du ramadan de cette année n’a pas dérogé à cette malheureuse habitude. L’Association nationale des jeunes avocats du Maroc a saisi la Haute Autorité marocaine de la communication audiovisuelle (Haca) contre la sitcom Café Ness Ness, diffusée sur la chaîne de télévision marocaine Al Aoula, dans laquelle une actrice joue le rôle d’une avocate qui prend rendez-vous avec ses clients dans un café populaire, le tout dans un cadre comique et parodique. 

Cela n’a pas été du goût des avocats qui s’indigent contre une «atteinte à l’image de la profession d’avocat d’une manière qui ne reflète pas la réalité». Un avocat au barreau de Rabat a même déposé, le 23 avril 2021, une plainte à caractère urgent, réclamant l’arrêt immédiat de la diffusion de la série, ainsi qu’une amende de 100 000 dirhams (1 dirham = 0,093 euro) à la chaîne Al Aoula pour chaque jour de retard après publication de la décision. 

La liberté de création

Maigre consolation pour le plaignant, le tribunal de première instance de Rabat ayant tout simplement rejeté sa plainte. Une décision qui intervient après la publication par la Haca d’un communiqué au ton ferme. 

«La liberté de création artistique telle que garantie par la Constitution marocaine fait partie intégrante de la liberté de la communication audiovisuelle. Ce droit à la liberté doit être garanti tout particulièrement quand il s’agit d’œuvres de fiction. La représentation critique d’une profession concernée dans une œuvre audiovisuelle de fiction ne constitue pas une diffamation telle qu’elle est légalement définie, ni ne comprend nécessairement une intention d’offenser ou de nuire. Elle renvoie en revanche au droit de l’auteur de l’œuvre de faire, en toute liberté, les choix artistiques qui lui conviennent», lit-on sur le communiqué, on ne peut plus clair, de la Haca daté du 27 avril 2021.

Augmentation notable du nombre de plaintes

Le régulateur rappelle par ailleurs qu’il reçoit fréquemment des plaintes de particuliers, d’associations ou d’organisations professionnelles au motif que certaines œuvres de fiction diffusées sur les chaînes de télévision marocaines comporteraient des scènes ou des dialogues qui seraient préjudiciables à l’image de certaines professions, voire qui porteraient offense à leurs membres. «Pendant le mois du ramadan, une augmentation notable du nombre de ces plaintes est remarquée, notamment en raison de la forte programmation d’œuvres de fiction nationale (séries, sitcoms, films, etc.) durant cette période caractérisée également par des niveaux d’audiences élevés», indique la Haca. 

Malgré cet appel à préserver la liberté de création, d’autres plaintes ont été déposées notamment celle d’une association de cafés et restaurants contre la même sitcom Café Ness Ness. L’association s’indigne contre des messages véhiculés par la sitcom. «Le propriétaire du café est présenté comme une personne riche, ce qui n’est pas vrai. Nous rencontrons plusieurs difficultés et nous ne sommes pas riches», lance l’association. 

Un rempart contre la censure des corporatistes

«Ça part dans tous les sens. Ça devient du n’importe quoi. Alors qu’avant on luttait contre la censure des autorités, ce sont ces derniers qui constituent pour nous un rempart contre des organisations professionnelles qui veulent tout censurer. Nous ne sommes pas là pour leur plaire. Si on ne traite plus de personnages d’avocats, de médecins, d’enseignants ou de banquiers, ils nous dictent donc notre liberté de pensée et de création. Évaluer une œuvre, la critiquer, c’est légitime et c’est constructif, mais qu’on ne vienne pas nous restreindre notre liberté de création. Heureusement que la Haca et l’État marocain sont là pour défendre notre droit constitutionnel», déclare à Arab News en français un réalisateur marocain, ayant requis l’anonymat, et qui a déjà fait l’objet de pressions de la part de plusieurs corporations dans le passé. 

Rappelons que ce n’est pas la première fois que des associations d’avocats marocains se révoltent contre des œuvres de fiction. En 2019, des avocats de Casablanca ont adressé une pétition à l'Association des barreaux du Maroc (ABM) contre la série Al Madi La Yamout («Le passé ne meurt pas»). Ils ont dénoncé une atteinte à leur profession, car le personnage principal, joué par l’artiste Rachid el-Ouali, met en scène un avocat «corrompu et qui fait la cour à une cliente».


Liban et Israël retentent un rapprochement à Washington

Une personne est visible à l’intérieur d’un véhicule en flammes tandis que des hommes tentent d’éteindre l’incendie après une frappe aérienne israélienne ayant touché une voiture dans la ville côtière de Barja, au sud de Beyrouth, au Liban, mercredi 13 mai 2026. (Photo AP/Mustafa Jamalddine)
Une personne est visible à l’intérieur d’un véhicule en flammes tandis que des hommes tentent d’éteindre l’incendie après une frappe aérienne israélienne ayant touché une voiture dans la ville côtière de Barja, au sud de Beyrouth, au Liban, mercredi 13 mai 2026. (Photo AP/Mustafa Jamalddine)
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  • Des négociateurs israéliens et libanais se retrouvent à Washington pour tenter de consolider le cessez-le-feu avant son expiration le 17 mai, malgré la poursuite des frappes israéliennes au Liban
  • Le Liban réclame l’arrêt des attaques israéliennes, tandis qu’Israël maintient sa pression contre le Hezbollah, dans un contexte de fortes tensions régionales impliquant aussi l’Iran

WASHINGTON: Négociateurs israéliens et libanais se retrouvent à partir de jeudi à Washington, à quelques jours de l'expiration d'un cessez-le-feu qui n'a pas empêché des centaines de morts supplémentaires lors de frappes israéliennes contre le Hezbollah.

Cette rencontre, la troisième de ce type, intervient au lendemain d'une série de frappes israéliennes sur une trentaine de lieux au Liban qui a fait au moins 22 morts, selon le ministère libanais de la Santé.

Les représentants des deux pays s'étaient déjà rencontrés le 23 avril dans la capitale américaine. Le président Donald Trump avait annoncé à cette occasion une prolongation de trois semaines de la trêve, et exprimé l'espoir d'un rapprochement historique entre les deux voisins du Proche-Orient qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Le président des Etats-Unis avait conjecturé qu'il accueillerait dans l'intervalle à la Maison Blanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président libanais Joseph Aoun. Mais cet espoir ne s'est pas concrétisé, le chef d'Etat libanais exigeant au préalable un accord sur les questions de sécurité et la fin des attaques israéliennes.

La trêve a été prolongée jusqu'au dimanche 17 mai. Depuis son entrée en vigueur le 17 avril, plus de 400 personnes ont péri dans des frappes israéliennes, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Israël s'est réservé le droit de continuer à viser le Hezbollah, le mouvement chiite pro-iranien qui a entraîné le Liban dans la guerre à la suite du déclenchement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février.

"Quiconque menace l'Etat d'Israël mourra en raison de sa faute", a encore averti la semaine dernière Benjamin Netanyahu après l'assassinat d'un important chef militaire du Hezbollah en plein cœur de Beyrouth.

Dans ses propres tractations indirectes avec Washington, l'Iran exige que toute trêve concerne aussi le Liban -- à savoir qu'Israël cesse de frapper son allié du Hezbollah.

- "Consolidation" -

A Washington, le Liban vient chercher "une consolidation du cessez-le-feu", a déclaré à l'AFP un haut responsable ayant requis l'anonymat. "La priorité est de mettre un terme aux morts et aux destructions".

Plus de 2.800 personnes ont péri au Liban depuis le début du conflit début mars, dont au moins 200 enfants, d'après Beyrouth.

Israël vise des secteurs à forte population chiite, dont la banlieue sud de Beyrouth, et s'est emparé d'une bande frontalière qu'il occupait déjà entre 1982 et 2000.

Washington dit défendre la souveraineté du Liban sur tout son territoire mais appelle aussi le pays à s'en prendre au Hezbollah.

Pour le département d'Etat, "ces pourparlers doivent permettre de rompre catégoriquement avec l'approche ratée des deux dernières décennies qui autorisait des mouvements terroristes à s'enraciner et à s'enrichir, tout en sapant l'autorité de l'Etat libanais et en menaçant la frontière septentrionale d'Israël".

A la différence de la précédente session de négociations, ni le secrétaire d'Etat Marco Rubio ni Donald Trump lui-même n'y participeront. Tous deux sont en visite officielle en Chine.

Pour ces deux journées d'entretiens au département d'Etat, l'équipe de médiateurs américains comprend les ambassadeurs des Etats-Unis en Israël et au Liban, respectivement Mike Huckabee, un pasteur évangélique, et Michel Issa, un partenaire de golf de Donald Trump qui est né au pays du Cèdre.

Le Liban est représenté par Simon Karam, un avocat et diplomate de 76 ans, et Israël par son ambassadeur Yechiel Leiter, 67 ans, allié de longue date de Benjamin Netanyahu.


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.