Vol intercepté et opposant arrêté: le Bélarus sous pression internationale

Le Royaume-Uni demande à ses compagnies de contourner l'espace aérien du Bélarus et a suspendu l'autorisation de la compagnie nationale Belavia, annonce le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab (Photo, AFP)
Le Royaume-Uni demande à ses compagnies de contourner l'espace aérien du Bélarus et a suspendu l'autorisation de la compagnie nationale Belavia, annonce le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab (Photo, AFP)
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Vol intercepté et opposant arrêté: le Bélarus sous pression internationale

  • Les autorités bélarusses ont expliqué lundi que le vol Ryanair avait été menacé dans un email se proclamant de l'organisation palestinienne Hamas 
  • Les Etats-Unis ont dénoncé un «détournement forcé» et l'UE a fustigé «une action complètement inacceptable», sur fond de déclarations courroucées de l'Allemagne et du Royaume-Uni

MINSK/ LONDRES: La pression allait croissante lundi sur le Bélarus, accusé de « détournement », « piraterie », voire « terrorisme » par les Occidentaux après l'interception d'un vol commercial la veille qui a conduit à l'arrestation d'un dissident, passager à bord.  

Soumise à une avalanche d'indignation européenne et américaine, cette autoritaire ex-république soviétique nichée entre la Russie et l'UE a balayé les critiques, assurant avoir agi dans la légalité et promettant une « transparence totale ».  

L'UE, en sommet lundi soir et mardi, doit évoquer de « possibles sanctions » contre Minsk, et a convoqué l'ambassadeur du Bélarus auprès des institutions européennes. Les ambassadeurs de l'Otan doivent, eux, se réunir mardi.  

Le Bélarus a reçu le soutien de son principal allié, la Russie, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov jugeant que Minsk avait agi de manière « raisonnable » en promettant une « transparence totale ». Le Kremlin a lui dit attendre l'avis des « instances internationales ».  

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La première ministre lituanienne, Ingrida Simonyte, qualifie d'« attaque sans précédent contre la communauté internationale » après l'interception par le Bélarusse d'un avion de passagers transportant un militant de l'opposition recherché (Photo, AFP)

 

Le Bélarus expulse l'ambassadeur et tous les diplomates lettons

Le Bélarus a ordonné lundi l'expulsion de l'ambassadeur de Lettonie et de tout le personnel de l'ambassade à Minsk, accusant les autorités lettones d'avoir remplacé le drapeau bélarusse par celui de l'opposition en marge du Mondial de hockey.  

« L'ambassadeur letton a été prié de quitter le pays dans les 24 heures. L'ensemble du personnel diplomatique, administratif et technique de l'ambassade est aussi invité à quitter le Bélarus, dans les 48 heures », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Vladimir Makeï, cité par l'agence de presse officielle Belta.  

En réaction, la Lettonie a peu après annoncé l'expulsion de l'ambassadeur du Bélarus et d'autres diplomates bélarusses.  

Dimanche, un chasseur MiG-29 a décollé sur ordre personnel du président bélarusse Alexandre Loukachenko pour intercepter le vol FR4978 de Ryanair effectuant la liaison Athènes-Vilnius, capitales de deux pays de l'UE, et qui se trouvait à ce moment là dans l'espace aérien bélarusse.  

Selon les autorités bélarusses, une alerte à la bombe, qui s'est révélée être mensongère, est à l'origine de l'interception de l'appareil.  

Après un atterrissage à l'aéroport de Minsk et le contrôle de l'appareil, l'avion est reparti pour la Lituanie.   

Mais entretemps, la police bélarusse a arrêté l'opposant Roman Protassevitch, et sa petite amie, Sofia Sapéga, qui se trouvaient à bord. Si bien qu'en Occident, on pense que l'ensemble de l'incident a pu être orchestré. 

Il est en détention provisoire dans une prison de Minsk, a indiqué lundi la porte-parole du ministère de l'Intérieur. 

« Il n'y a pas eu de plaintes sur son état de santé », a ajouté cette source sur son compte Telegram. Dans la soirée, la mère de l'opposant a affirmé à des médias bélarusses que son fils était peut-être hospitalisé à cause de problèmes cardiaques. 

Agé de 26 ans, le jeune homme est l'ancien rédacteur en chef de l'influent média d'opposition bélarusse Nexta, qui a joué un rôle clé dans l'organisation du mouvement de protestation de 2020 contre Alexandre Loukachenko et réprimé depuis par les autorités.   

Minsk a assuré lundi avoir informé l'Organisation de l'aviation civile internationale, organisme dépendant de l'ONU et l'Association internationale du transport aérien de sa « disposition à coopérer à une enquête impartiale ».  

 

Berlin convoque l'ambassadeur du Bélarus après le déroutage d'un avion

L'ambassadeur du Bélarus à Berlin a été convoqué lundi au ministère allemand des Affaires étrangères après le déroutage par les autorités bélarusses d'un avion de ligne et l'arrestation d'un opposant présent à son bord. 

« Les explications fournies jusqu'à présent par le gouvernement du Bélarus concernant l'atterrissage forcé d'un avion de Ryanair à Minsk sont aberrantes et ne sont pas crédibles », a déclaré dans un communiqué le chef de la diplomatie Heiko Maas.  

« Nous avons besoin de clarté sur ce qui s'est réellement passé à bord et sur le terrain hier. Et nous avons besoin de clarté sur le bien-être de Roman Protassevitch et de sa partenaire, qui doivent être immédiatement libérés », a-t-il ajouté 

La convocation a été fixée pour lundi soir. 

Le ministre a précisé qu'un haut fonctionnaire du ministère, Miguel Berger, rencontrerait l'ambassadeur, Denis Sidorenko, tandis que les dirigeants européens débattront, à l'occasion d'un sommet des Vingt-Sept à Bruxelles, des « conséquences » de cet incident qui a provoqué l'indignation contre le régime du président Alexandre Loukachenko. 

« Piraterie »   

Les explications bélarusses n'ont convaincu personne en Europe.   

Les Etats-Unis ont dénoncé un « détournement forcé » et l'UE a fustigé « une action complètement inacceptable », sur fond de déclarations courroucées de l'Allemagne et du Royaume-Uni.  

La France a suggéré une « interdiction de l'espace aérien » du Bélarus.   

L'Irlande, où est basée la compagnie aérienne Ryanair, a dénoncé un acte de « piraterie » étatique. Pays voisins du Bélarus, la Pologne a parlé d'« acte de terrorisme d'Etat » et la Lituanie, qui a accordé le statut de réfugié à Roman Protassevitch, a annoncé qu'elle n'autoriserait aucun vol, ni vers ni depuis son territoire, traversant l'espace aérien bélarusse.  

L'Otan a dénoncé « un incident sérieux et dangereux ».  

Le patron de Ryanair, Michael O'Leary, a de son côté affirmé que des agents des services de sécurité bélarusses, le KGB, ont pu se trouver à bord du vol FR4978, dénonçant lui aussi un acte de « piraterie » soutenu par le Bélarus.  

Les Etats-Unis comme l'UE ont également appelé à la libération de Roman Protassevitch, que le Bélarus avait ajouté à sa liste de personnes « impliquées dans des activités terroristes ».  

Svetlana Tikhanovskaïa, rivale exilée en Lituanie du président bélarusse, a accusé M. Loukachenko d'avoir « utilisé l'armée de l'air contre des civils ».  

« Le temps des déclarations est passé - il est évident que les Bélarusses attendent des actions décisives et une assistance de la communauté internationale », a-t-elle déclaré dans une intervention vidéo.  

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, « soutient les appels à une enquête transparente et indépendante complète sur cet incident inquiétant et exhorte tous les acteurs concernés à coopérer à une telle enquête », a affirmé lundi son porte-parole. 

Il « est profondément préoccupé par l'apparent atterrissage forcé d'un avion de passagers au Bélarus et par la détention ultérieure du journaliste Roman Protassevich », a précisé Stéphane Dujarric dans une déclaration. 

 

Le Bélarus affirme avoir reçu une menace signée du Hamas contre le vol Ryanair

Les autorités bélarusses ont expliqué lundi que le vol Ryanair, détourné la veille sur l'aéroport de Minsk avec un opposant politique à bord, avait été menacé dans un email se proclamant de l'organisation palestinienne Hamas. 

« Nous, soldats du Hamas, réclamons qu'Israël cesse le feu sur le secteur de Gaza. Nous réclamons que l'Union européenne cesse son soutien à Israël (...) si nos revendications ne sont pas satisfaites une bombe explosera (à bord de l'avion de Ryanair) au-dessus de Vilnius », a dit le directeur du transport aérien au ministère bélarusse des Transports, Artem Sikorski, affirmant lire une traduction en russe du message reçu en anglais.

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Des passagers qui étaient à bord d'un vol Ryanair transportant un militant de l'opposition bélarusse décrivent ce qui s'est passé pendant le vol (Photo, AFP)

« Risque la peine de mort »   

Le régime d'Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, a vu son autoritarisme aller croissant depuis la répression d'un mouvement de contestation inédit, qui a vu des dizaines de milliers de personnes défiler dans les rues en 2020.  

Ce mouvement s'est progressivement essoufflé face à une répression impitoyable des autorités. Toutes les figures du mouvement se trouvent en prison ou en exil forcé.  

De lourdes peines de prison ont également été infligées à des militants et à des journalistes.  

Selon des passagers du vol Ryanair interrogés, Roman Protassevitch « avait très peur » et a dit qu'il « risquait la peine de mort » au Bélarus. 

Londres demande à ses compagnies aériennes d'éviter l'espace aérien du Bélarus

Le Royaume-Uni a demandé lundi à ses compagnies de contourner l'espace aérien du Bélarus et a jugé « difficile à croire » que Moscou n'ait pas « au moins » donné son « acquiescement » au détournement d'un avion Rynair vers Minsk.  

Le ministre britannique des Transports Grant Shapps a annoncé avoir « donné pour instruction » à l'autorité britannique de l'aviation civile de « demander aux compagnies aériennes d'éviter l'espace aérien bélarusse pour la sécurité des passagers ».  

« J'ai aussi suspendu l'autorisation d'opérer de Belavia », compagnie du Bélarus qui effectue un vol quotidien vers Minsk depuis l'aéroport londonien de Gatwick via Paris, a-t-il ajouté sur Twitter.  

Devant le Parlement, le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab a dénoncé une « attaque choquante contre l'aviation civile et une atteinte au droit international », en annonçant avoir convoqué l'ambassadeur du Bélarus.  

Face au députés, il a répété que Londres prépare de nouvelles sanctions contre le régime d'Alexandre Loukachenko.  

Interrogé sur l'hypothèse d'une implication russe, Dominic Raab a rétorqué que « si nous n'avons pas de détails clairs à ce sujet », « il est très difficile de penser que ce genre d'actes ait pu être entrepris sans au moins l'acquiescement des autorités à Moscou ». 

(Avec AFP)


Trump exige une "capitulation sans condition" de l'Iran, toujours sous les bombes

Le président américain Donald Trump a exigé vendredi la « capitulation sans condition » de l’Iran, une escalade spectaculaire de ses exigences une semaine après le début de la guerre qu’il a lancée aux côtés d’Israel. (AFP)
Le président américain Donald Trump a exigé vendredi la « capitulation sans condition » de l’Iran, une escalade spectaculaire de ses exigences une semaine après le début de la guerre qu’il a lancée aux côtés d’Israel. (AFP)
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  • Donald Trump exige la « capitulation sans condition » de l’Iran après une semaine de guerre menée avec Israél, alors que de nouvelles explosions secouent Téhéran et que le conflit s’intensifie
  • Les hostilités s’étendent dans la région : l’Iran vise Israël et des pays du Golfe, tandis que les frappes israéliennes au Liban provoquent des centaines de victimes et un déplacement massif de civils

TEHERAN: Donald Trump a exigé la "capitulation sans conditions" de l'Iran après une semaine de guerre, des explosions secouant de nouveau Téhéran vendredi.

"Il n'y aura pas d'accord avec l'Iran, seulement une CAPITULATION SANS CONDITION! Après cela, et le choix d'un ou plusieurs dirigeants FORMIDABLES ET ACCEPTABLES (...), nous travaillerons sans relâche pour relever l'Iran, le rendre économiquement plus grand, meilleur et plus fort que jamais", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social - faisant s'envoler les cours du pétrole.

"MAKE IRAN GREAT AGAIN!" (Rendez sa grandeur à l'Iran!), a-t-il ajouté, détournant son slogan "Make America Great Again.

Plusieurs nouvelles puissantes explosions ont retenti dans la capitale iranienne vendredi en début de soirée, dans l'est de la ville, régulièrement visé ces derniers jours, et de larges colonnes de fumée noire s’élevaient au dessus des immeubles selon les journalistes de l'AFP sur place.

Dans la journée, pour le premier vendredi - jour de prière - depuis la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, des foules d'hommes et femmes en noir se sont rassemblées, certains brandissant des drapeaux iraniens, d'autres des portraits du défunt guide suprême.

La nuit précédente, les explosions se sont enchainées comme jamais encore depuis le début du conflit, déclenché samedi par l'attaque israélo-américaine sur le pays.

"La ville s'est vidée, beaucoup de gens sont partis", assure Robert, 60 ans, un homme d'affaires de Téhéran interrogé par l'AFP alors qu'il franchit la frontière entre Iran et Arménie. "On entend le bruit des explosions (...) au moins cinq ou six fois par jour".

- La banlieue sud de Beyrouth se vide -

L'Iran continue à riposter en ciblant Israël et ses voisins du Golfe, assurant viser des bases et intérêts américains. Des missiles et drones ont visé le Koweït et Bahreïn, l'Arabie saoudite et le Qatar.

L'armée iranienne a affirmé avoir visé un pétrolier américain dans le Golfe, qui était "en feu".

Au Liban, aspiré dans le conflit quand le Hezbollah pro-iranien a attaqué Israël pour "venger" la mort de Ali Khameini, le bilan des bombardements massifs israéliens lancés en riposte ne cesse de s'alourdir: 217 personnes ont été tuées, et 798 blessées depuis lundi, selon les autorités.

Des dizaines de milliers d'habitants fuient les frappes israéliennes à travers le pays, souvent sans savoir où aller.

"Les conséquences de ce déplacement sur le plan humanitaire et politique pourraient être sans précédent", s'est inquiété le Premier ministre libanais, Nawaf Salam.

La veille, Israël avait demandé - c'est une première - aux habitants de toute la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, d'évacuer avant des bombardements nocturnes. Dans la matinée sur place, les images de l'AFP montrent bâtiments éventrés et véhicules calcinés.

Les frappes se sont poursuivies dans la journée de vendredi. L'une a touché un immeuble de dix étages, proche de centres d'accueil de déplacés à Saïda (sud) selon un photographe de l'AFP.

Le mouvement chiite libanais continue de tirer des roquettes sur Israël, 70 vendredi selon l'armée israélienne, qui a elle dit avoir visé "500 cibles" au Liban depuis lundi et tué "70 terroristes" du Hezbollah.

L'armée a aussi accusé le groupe d'attaques "coordonnées" avec Téhéran pendant la nuit, "dans une tentative de submerger nos systèmes de défense" a-t-elle dit.

La crise "constitue une urgence humanitaire majeure nécessitant une réponse immédiate", a alerté à Genève Ayaki Ito, directeur des urgences de l'agence de l'ONU pour les réfugiés.

- Enquête sur la frappe d'une école -

La guerre qui a embrasé le Moyen-Orient inquiète d'autant plus chancelleries et opérateurs économiques que la question de sa durée est désormais ouvertement posée.

Un envoi de troupes au sol en Iran représenterait une "perte de temps", a affirmé Donald Trump à la chaîne NBC News. Son ministre de la Défense Pete Hegseth a exclu une issue rapide: "nous ne sommes qu'au début des combats".

Alors que le Kurdistan irakien, où sont basés des groupes kurdes iraniens en exil, est aussi visé par des missiles et drones, le président américain a assuré jeudi être "tout à fait pour" une offensive des milices kurdes contre Téhéran, sans préciser si les Etats-Unis leur fournirait un quelconque soutien.

Les questions se multiplient par ailleurs au sujet d'une frappe qui aurait visé une école à Minab (sud de l'Iran) au premier jour du conflit, tuant 150 personnes selon les autorités du pays.

Une enquête du New York Times, se basant notamment sur des images satellite, suggère que les Etats-Unis pourraient effectivement en être responsables. Ils auraient voulu cibler une base navale voisine.

Reuters, s'appuyant sur deux responsables américaines anonymes, assure que les enquêteurs militaires américains jugent "probable" que les forces américaines en soient "responsables".

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a exigé que l'enquête promise par les Etats-Unis soit "rapide" et "transparente".

Les autorités iraniennes font état d'un bilan d'environ un millier de morts depuis le début de la guerre, un chiffre que l'AFP n'est pas en mesure d'authentifier.

Treize personnes, dont sept civils, ont été tuées dans les pays du Golfe, dont une fillette de 11 ans au Koweït. En Israël, 10 personnes ont été tuées, selon les autorités.


Iran: Madrid campe sur ses positions et exclut "catégoriquement" toute collaboration avec Washington

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez fait une déclaration au palais de La Moncloa le 4 mars 2026 à Madrid en réponse aux propos de Donald Trump. Pedro Sanchez a rejeté les critiques de Donald Trump sur le refus de l’Espagne de laisser des avions américains utiliser ses bases pour frapper l’Iran, affirmant « non à la guerre ». (AFP)
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez fait une déclaration au palais de La Moncloa le 4 mars 2026 à Madrid en réponse aux propos de Donald Trump. Pedro Sanchez a rejeté les critiques de Donald Trump sur le refus de l’Espagne de laisser des avions américains utiliser ses bases pour frapper l’Iran, affirmant « non à la guerre ». (AFP)
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  • Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez maintient fermement la position de l’Espagne : dire « non à la guerre » contre l’Iran et refuser que les États-Unis utilisent les bases espagnoles, malgré les menaces de Donald Trump
  • Sa position reçoit un soutien européen et international, tandis que sur le plan intérieur, elle peut renforcer son électorat de gauche à un an des législatives de 2027

MADRID: Revendiquant son choix de dire "non à la guerre" contre l'Iran malgré les menaces de Donald Trump, le gouvernement espagnol a campé sur ses positions mercredi et démenti "catégoriquement" toute intention de collaborer avec Washington, après des déclarations de la Maison Blanche annonçant une volte-face espagnole.

Lors d'une allocution solennelle prononcée mercredi matin, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a promis que son pays ne serait "pas complice" des attaques américano-israéliennes menées contre l'Iran "par peur des représailles de certains", une référence directe au dirigeant américain.

Mardi, Donald Trump, déjà agacé depuis plusieurs mois par le refus de l'Espagne de consacrer 5% de son PIB à ses dépenses de défense dans le cadre de l'Otan, avait vertement reproché au gouvernement espagnol de gauche de refuser à l'aviation américaine l'accès à deux bases militaires situées dans le sud du pays pour sa campagne militaire contre l'Iran entamée samedi.

"L'Espagne a été terrible", a cinglé Donald Trump, menaçant directement Madrid de "cesser" complètement les relations commerciales entre les deux pays.

Malgré des difficultés à adopter une position commune très clairement définie face aux attaques menées contre l'Iran, ces tentatives d'intimidation ont valu au chef du gouvernement espagnol une série de marques de soutien de ses homologues européens, du président du Conseil européen Antonio Costa au président français Emmanuel Macron.

- "Pas la moindre idée" -

La prise de position du chef du gouvernement espagnol, qui a pourtant aussi condamné la riposte iranienne et redit son opposition au régime "des ayatollahs", lui a aussi valu un message chaleureux sur X du président iranien, qui a salué la "conduite responsable" de l'Espagne.

Dans la soirée, la porte-parole de la Maison Blanche a cependant semé le doute pendant quelques instants, assurant que l'Espagne avait finalement "accepté de coopérer" avec les forces armées américaines.

"Je pense qu'ils ont entendu haut et fort le message du président hier", a déclaré Karoline Leavitt, avant d'être quasi immédiatement démentie par le ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel Albares.

La position de l'Espagne "n'a absolument pas changé", a assuré le ministre sur la radio Cadena Ser, démentant "catégoriquement" toute intention de coopérer avec les Etats-Unis dans ce conflit. "D'où cela peut-il venir (ces déclarations, ndlr)? Je n'en ai pas la moindre idée", a-t-il asséné, réitérant le refus espagnol de laisser les Etats-Unis utiliser les bases andalouses au coeur d'un traité signé entre les deux pays en 1953, quand Franco dirigeait encore l'Espagne.

Sur le plan intérieur, la prise de position de Pedro Sanchez, dont le gouvernement appelle depuis samedi à une cessation des hostilités et une résolution pacifique du conflit, est vue par certains observateurs comme un moyen de resserrer son électorat autour d'une thématique qui fait consensus au sein de la gauche espagnole.

- "Immense animosité" -

Entre défaites dans des scrutins régionaux, affaires judiciaires visant des proches et accusations de harcèlement sexuel au sein de son Parti socialiste (PSOE), le moment politique est en effet délicat pour le dirigeant socialiste, à un an des prochaines législatives attendues au printemps 2027.

Sur X, le patron du Parti populaire (droite), principal parti d'opposition, Alberto Núñez Feijóo, a exhorté Donald Trump à "respecter" l'Espagne, tout en accusant Pedro Sanchez d'utiliser la politique étrangère à des fins "partisanes".

Même le quotidien El País, réputé proche de la gauche, a mis en garde Pedro Sanchez mercredi matin, avant son intervention, en lui suggérant "d'éviter la tentation (...) d'utiliser l'immense animosité qui existe à l'égard de Trump dans la société espagnole pour gagner en popularité".

Le slogan pacifiste "Non à la guerre" avait été utilisé par la gauche espagnole en 2003 lors de l'intervention militaire des Etats-Unis en Irak, où des troupes de Madrid avaient été déployées un temps, sous le gouvernement de droite de José Maria Aznar, alors très aligné sur les positions américaines.

Les attentats jihadistes qui avaient fait 192 morts le 11 mars 2004 dans quatre trains de banlieue à Madrid avaient dans ce contexte été attribués par de nombreux Espagnols à cette intervention en Irak, et la gauche avait remporté les législatives organisées trois jours plus tard.


Près de 150 disparus dans le naufrage d'une frégate iranienne au large du Sri Lanka

Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays. (AFP)
Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays. (AFP)
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  • La cause de ce qui pourrait être une explosion survenue à bord de la frégate, qui aurait auparavant participé à un exercice militaire dans le port indien de Visakhapatnam, n'est pas encore déterminée
  • Ce naufrage survient en pleine guerre au Moyen-Orient, après le lancement de frappes contre l'Iran par Israël et les Etats-Unis

COLOMBO: Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays.

La marine sri‑lankaise a secouru 32 marins de la frégate IRIS  Dena, mais l'espoir s'amenuise pour les 148 autres membres d'équipage, a indiqué le ministre des Affaires étrangères de l'île et des responsables de l'armée.

La cause de ce qui pourrait être une explosion survenue à bord de la frégate, qui aurait auparavant participé à un exercice militaire dans le port indien de Visakhapatnam, n'est pas encore déterminée.

Ce naufrage survient en pleine guerre au Moyen-Orient, après le lancement de frappes contre l'Iran par Israël et les Etats-Unis.

Le ministre des Affaires étrangères, Vijitha Herath, a indiqué au parlement que les 32 Iraniens secourus, "grièvement blessés", avaient été transportés vers un hôpital situé au sud de l'île.

Deux navires de la marine et un avion ont été déployés pour rechercher d'éventuels survivants.

Un appel de détresse a été lancé mercredi à l'aube depuis la frégate et, moins d'une heure plus tard, un navire est arrivé sur la zone, à environ 40 kilomètres au sud du port méridional de Galle, a précisé le ministre.

La frégate avait complètement coulé et il ne restait plus qu'une nappe d'hydrocarbure lorsque les bateaux de la marine sri-lankaise sont arrivés sur place.

Les recherches se poursuivent 

"Nous poursuivons les recherches, mais nous ne savons pas encore ce qu'il est advenu du reste de l'équipage", a déclaré à l’AFP un responsable de l'armée.

Le directeur de l'hôpital de Karapitiya, à Galle, S. D. Ranga, a indiqué qu'on lui avait signalé qu'il pourrait y avoir des morts, mais que seuls 32 marins blessés avaient été amenés.

Un député de l'opposition a demandé si le navire avait subi un bombardement dans le cadre de la guerre au Moyen-Orient mais il n'y a pas eu de réaction immédiate du gouvernement.

Contacté par l'AFP, l'ambassadeur iranien à Colombo, Alireza Delkhosh, n'était pas immédiatement joignable.

"Nous avons répondu à un appel de détresse conformément à nos obligations internationales étant donné que c'est dans notre zone de recherches et de sauvetage de l'océan Indien", a précisé à l'AFP un porte-parole de la marine sri-lankaise Buddhika Sampath.

"Nous avons retrouvé quelques corps dans la zone où le navire a sombré", a-t-il annoncé un peu plus tard.

Le Sri Lanka est resté neutre depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, appelant au dialogue.

Un peu plus d'un million de Sri-Lankais travaillent au Moyen-Orient, représentant une source cruciale de devises pour ce pays qui se relève à peine de sa pire crise économique survenue en 2022.

La marine et l'armée de l'air sri-lankaises ont toutes deux indiqué qu'elles ne diffuseraient pas d'images des opérations de secours car elles concernaient l'armée d'un autre pays.