Dans son nouvel ouvrage, Louis Blin Raconte le rêve d’Arabie de Bonaparte

Napoléon et l’Arabie est publié par les éditions Erick Bonnier.
Napoléon et l’Arabie est publié par les éditions Erick Bonnier.
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Dans son nouvel ouvrage, Louis Blin Raconte le rêve d’Arabie de Bonaparte

Dans son nouvel ouvrage, Louis Blin Raconte le rêve d’Arabie de Bonaparte
  • Napoléon voit l'Arabie comme un point stratégique reliant l'Europe à l'Inde, et tente d'établir des relations avec le chérif de La Mecque.
  • L'ouvrage souligne que l'Arabie était une entité politique et religieuse distincte, contrairement à la vision simpliste d'un prolongement de l'Égypte.

PARIS: Que cherchait Napoléon en Arabie ? Deux siècles après sa campagne d’Égypte, la question peut surprendre, mais elle prend un relief particulier à la lecture du nouvel ouvrage de Louis Blin, Napoléon et l’Arabie.

Car derrière l’expédition d’Égypte, l’historien et ancien diplomate fait apparaître une autre ambition, moins connue, celle d’un Bonaparte fasciné par l’Orient, qui voit dans la péninsule Arabique bien davantage qu’un territoire lointain et mystérieux.

Son regard se porte vers le Hedjaz, La Mecque, la mer Rouge, mais aussi vers l’Arabie centrale où, au début du XIXᵉ siècle, est en train de s’affirmer une nouvelle puissance, qui n’est autre que le premier État saoudien.

Le rapprochement peut sembler improbable, avec, d’un côté, Napoléon et son empire européen et, de l’autre, Saoud Ibn Abdelaziz, à la tête d’un État en pleine expansion au cœur de la péninsule.

Pourtant, leurs trajectoires vont se croiser, au moins diplomatiquement, dans une période où chacun cherche à bouleverser l’ordre établi.

Tout commence véritablement avec la campagne d’Égypte de 1798. Pour Napoléon, l’Égypte n’est pas une aventure isolée, car sa position ouvre sur la mer Rouge et rapproche la France du Hedjaz, de La Mecque et, au-delà, des routes menant vers l’Inde.

Le jeune général cherche notamment à nouer des relations avec le chérif de La Mecque, mais l’entreprise française provoque des réactions hostiles, puisque, en 1799, des Bédouins du Hedjaz participent à l’insurrection de Haute-Égypte contre les Français.

L’épisode révèle surtout à Napoléon une réalité que les Français connaissent encore très mal : l’Arabie n’est pas un simple prolongement géographique de l’Égypte, mais constitue un espace politique et religieux à part entière.

C’est précisément l’un des fils conducteurs du livre de Blin, qui consiste à remettre l’Arabie dans la géopolitique de son temps.

Le retour de Bonaparte en France ne met pas fin à son intérêt pour l’Orient. L’Europe devient son principal théâtre d’affrontement, mais son regard continue de se tourner vers l’Est.

La raison est stratégique, car l’un des moyens d’affaiblir la Grande-Bretagne est de menacer son empire des Indes, mais elle est aussi, selon Blin, profondément liée à la personnalité de Napoléon, qui « depuis son adolescence, est fasciné par l’Orient », explique Blin à Arab News en français.

Dans l’imaginaire napoléonien, l’Orient représente à la fois Alexandre le Grand, le monde musulman et la possibilité d’un empire universel. « Il considère que l’Orient et l’Occident sont les deux axes » de cette vision du monde, résume l’historien.

C’est dans cette perspective qu’à partir de 1804, Paris tente de prendre contact avec l’émirat d’al-Dir‘iyya, à l’époque capitale du pouvoir saoudien en pleine expansion.

L’un des passages les plus intéressants du livre est consacré au parallèle entre Napoléon et le prince Saoud Ibn Abdelaziz, appelé « Saoud le Grand » dans l’historiographie saoudienne.

« Ils sont montés en même temps, ils ont péri à peu près en même temps », relève Blin. Coïncidence ? Difficile de l’affirmer, souligne-t-il, mais la simultanéité des deux trajectoires est troublante.

Tous deux incarnent également une transformation profonde de leur environnement. Napoléon construit une puissance militaire nouvelle grâce notamment à une organisation plus efficace des troupes et à l’usage de l’artillerie.

Pendant ce temps, dans la péninsule, les Saoudiens disposent eux aussi d’armes à feu et réussissent surtout à réunir des tribus au sein d’une même force militaire.

Deux phénomènes de centralisation et de conquête apparaissent ainsi presque simultanément, dans deux mondes que l’histoire européenne a trop souvent racontés séparément, constate Blin.

Napoléon et les Saoudiens ne concluront finalement aucune alliance, mais les démarches françaises ont une conséquence durable et contribuent à faire connaître en Europe cette puissance émergente d’Arabie centrale.

Pour Blin, c’est là que se trouvent les premiers jalons d’une histoire franco-saoudienne beaucoup plus ancienne qu’on ne l’imagine. « Les Français comme les Saoudiens ont largement oublié cette histoire », indique-t-il. Pourtant, « l’histoire, même si elle est oubliée, travaille dans notre inconscient ».

Il cite notamment un épisode de la Première Guerre mondiale. En 1916, la France apporte son soutien au chérif de La Mecque, qui vient de lancer la révolte arabe contre les Ottomans. Pour l’historien, cette politique française fait écho, un siècle plus tôt, aux tentatives de Bonaparte de nouer des liens avec les pouvoirs du Hedjaz.

Finalement, ce qui donne au livre son intérêt contemporain, c’est le fait qu’il montre que les relations entre la France et l’Arabie saoudite ne commencent ni avec le pétrole ni avec les grands contrats économiques du XXᵉ siècle, mais qu’elles ont « une préhistoire beaucoup plus ancienne, faite de curiosité, de stratégie, de malentendus et de tentatives de rapprochement ».

Louis Blin, qui a exercé des fonctions diplomatiques dans le monde arabe, notamment en Arabie saoudite, revendique une démarche d’historien qui l’incite à aller vers les territoires et les périodes encore peu explorés.

Mais il ne cache pas non plus son objectif personnel : « Mon principal objectif dans tous mes livres, c’est le rapprochement franco-arabe. »

Avec Napoléon et l’Arabie, il réussit surtout à déplacer le regard, en soutenant que derrière Napoléon, le conquérant de l’Égypte et de l’Europe, apparaît un homme qui, jusqu’au bout, continue de penser l’Orient comme un espace essentiel de la puissance.

Et, parallèlement à cette ambition impériale française, surgit une Arabie en train de construire son propre État, ce qui mène à constater que deux histoires que l’on croyait éloignées se découvrent ainsi un point de rencontre.

Napoléon et l’Arabie est publié par les éditions Erick Bonnier.