Exposition à Paris: comment artistes et scientifiques travaillent de concert depuis 400 ans

Cette photographie montre un mérion, un petit rongeur, lors d'une opération de taxidermie dans le cadre des préparatifs de la future exposition « Désert » qui se tiendra à la Grande Galerie de l'Évolution en avril 2025 au Muséum d'Histoire Naturelle.
Cette photographie montre un mérion, un petit rongeur, lors d'une opération de taxidermie dans le cadre des préparatifs de la future exposition « Désert » qui se tiendra à la Grande Galerie de l'Évolution en avril 2025 au Muséum d'Histoire Naturelle.
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Exposition à Paris: comment artistes et scientifiques travaillent de concert depuis 400 ans

Exposition à Paris: comment artistes et scientifiques travaillent de concert depuis 400 ans
  • La collection de vélins, créée par Gaston d'Orléans, témoigne de l'alliance entre arts et sciences avec plus de 7.000 représentations d'espèces.
  • Les dessins scientifiques, même à l'ère de la photographie, restent importants car ils permettent de représenter toutes les caractéristiques d'une espèce.

PARIS: La délicatesse d'une fleur de laurier rose, les couleurs éclatantes d'un perroquet encapuchonné ou la férocité d'une lionne dévorant une antilope: dessiner la faune et la flore fait partie intégrante de la démarche scientifique depuis 400 ans, rappelle une exposition au Muséum d'histoire naturelle, à Paris.

"On ne peut pas faire d'histoire naturelle sans le truchement d'une pratique artistique", souligne Alice Lemaire, directrice des bibliothèques et de la documentation au sein du Muséum national d'histoire naturelle et commissaire de l'exposition "Artistes au Muséum", visible à Paris à partir de mercredi et jusqu'au 7 mars 2027.

Depuis l'établissement des Jardins du Roy, sous Louis XIII en 1626, puis la création officielle de l'institution en 1793, les scientifiques ont travaillé avec les artistes pour étayer leurs connaissances, et ceux-ci ont nourri leurs univers en accompagnant les découvertes.

Lors des missions scientifiques qui ont jalonné les 18 et 19e siècles, le binôme scientifique/artiste est un composant essentiel.

"Les dessinateurs sont là pour pouvoir expliquer sur le terrain les espèces qu'on rencontre et aussi illustrer les journaux", rappelle Alice Lemaire.

Certains scientifiques ont tous les talents, à l'image du naturaliste Joseph de Jussieu, mais la plupart du temps, les binômes restent les mêmes pendant de nombreuses années.

Au sein du Muséum, des affiches ont également été réalisées, pouvant servir lors de cours de biologie par exemple, afin d'expliciter les théories.

Il existe d'ailleurs toujours, depuis 1793, des cours de dessin de plantes et d'animaux au Musée.

"Une des particularités du Muséum, c'est la nécessité d'une pratique artistique pour construire le savoir naturaliste", souligne la commissaire.

7.000 vélins

Au milieu des illustrations, tableaux, sculptures ou autres animaux naturalisés, l'incroyable collection de vélins du Muséum constitue l'un des témoignages les plus impressionnants de ce compagnonnage entre arts et sciences.

"Cette collection a été créée indépendamment du Muséum par Gaston d'Orléans, le frère de Louis XIII, prince, érudit et mécène, qui avait à Blois un jardin botanique. Il a voulu garder la trace des espèces rares de son jardin, ainsi que celles des oiseaux de ses volières", raconte Alice Lemaire.

Comme c'est un prince, il choisit le support le plus noble, le vélin, un parchemin très fin fabriqué à partir de la peau de veaux jeunes ou morts-nés.

"Et il choisit le miniaturiste le plus célèbre de son époque, Nicolas Robert. A sa mort, sans héritier, c'est Louis XIV qui hérite de cette collection, qui devient alors royale".

Par la suite, de nouvelles espèces découvertes se trouvent illustrées, leur nombre dépassant aujourd'hui les 7.000 représentations.

Le vélin pose désormais des questions éthiques et d'autres matières sont utilisées. Les couleurs elles, restent au coeur du travail.

"C'est un enjeu qui traverse les siècles. Par exemple, les poissons perdent leurs couleurs quand on les sort de l'eau", souligne Alice Lemaire.

Les progrès technologiques, notamment l'arrivée de la photographie, n'ont pas jeté pour autant le dessin scientifique aux oubliettes.

"Le premier ouvrage illustré de photos de spécimens naturalistes a été réalisé au Muséum. Mais si la photo répond à tout un tas de questions, elle ne vient pas supplanter le dessin", explique la commissaire.

Dans un seul et même dessin scientifique, les espèces sont représentées avec toutes leurs caractéristiques possibles, alors que la photo ne montre qu'un seul individu d'une espèce.

Le dessin permet donc une identification immédiate d'un individu, ce qui n'est pas forcément le cas d'une photo.

Les interactions entre arts et sciences agissent aussi dans l'autre sens, et l'exposition présente des oeuvres d'artistes dont l'univers s'est inspiré du savoir scientifique diffusé par le Muséum.

Il y a notamment les sculptures animalières de François Pompon, des photographies, mais aussi quelques peintures de maîtres.

On peut ainsi retrouver une esquisse de "La chasse aux lions" d'Eugène Delacroix, peint en 1854, témoignage d'autant plus important que l'original de la version définitive de l'oeuvre a été endommagé par un incendie en 1870.