PARIS : Où est-on chez soi lorsque la guerre vous oblige à fuir votre maison, lorsque les repères s’effacent et que le retour devient incertain ?
Pour des millions de personnes, cette question est devenue une réalité douloureuse, et c’est toute la force du thème choisi pour la septième édition de Menart Fair, qui se tient à Paris du 23 au 25 octobre.
« Where Is Home ? », une question qui résonne particulièrement dans un monde arabe meurtri par les conflits, de la Palestine au Liban, du Soudan au Yémen, sans oublier la Libye.
Derrière les déplacements de population, il y a des vies suspendues, des maisons abandonnées, des souvenirs que l’on emporte avec soi et des racines que l’on tente de préserver.
Mais il y a aussi cette question, plus intime : qu’est-ce qui fait que l’on se sent chez soi ? Est-ce un lieu, une terre, une langue, une famille, une odeur familière ou simplement le sentiment d’être à sa place ?
C’est autour de cette interrogation que Laure d’Hauteville, fondatrice de Menart Fair, a réuni une quarantaine de galeries venues du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et de leurs diasporas.
Installée à la Galerie Joseph, dans le Marais parisien, la foire offre une belle occasion de découvrir des artistes dont les œuvres racontent, chacune à leur manière, les liens que nous entretenons avec nos origines, nos souvenirs et les lieux qui nous construisent.
Sur les deux niveaux de la galerie, peintures, photographies, sculptures et installations se côtoient. Certaines œuvres interrogent l’absence et le déracinement, d’autres explorent la possibilité de se reconstruire, de vivre entre plusieurs cultures ou de se sentir chez soi ailleurs.
Ce qui frappe, c’est la diversité des réponses apportées à une même question, car le monde arabe ne se résume ni à ses traditions ni aux conflits qui le traversent.
Créée en 2021, Menart Fair s’est progressivement imposée comme un rendez-vous important pour les amateurs d’art et les collectionneurs.
Elle contribue à faire connaître en Europe des artistes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord encore trop peu représentés, tout en favorisant les échanges entre les cultures.

Organisée pendant la Semaine de l’Art à Paris, cette septième édition confirme la place particulière qu’elle occupe dans le paysage artistique international.
Parmi les temps forts de cette édition figure une nouveauté : le prix « Coup de cœur Boucheron », créé par la maison de haute joaillerie, partenaire de la foire depuis 2024.
Pour cette première édition, le choix s’est porté sur l’artiste émirienne Maitha Abdalla. Cette distinction entend soutenir la création émergente de la région MENA et donner davantage de visibilité à ses artistes sur la scène internationale.
Le prix lui a été remis le 22 octobre par Hélène Poulit-Duquesne, directrice générale de Boucheron, à l’occasion du vernissage de son œuvre Hug My Land.
Avec cette œuvre, l’artiste donne une forme très personnelle au thème de Menart Fair. Sa sculpture en bronze représente une silhouette féminine recroquevillée sur elle-même, les bras serrés autour de son corps.
On ne sait si elle cherche à se protéger, à se consoler ou à retenir sa propre chute.
Dans cette figure féminine, à la fois protectrice et protégée, Maitha Abdalla suggère une réponse émouvante à la question posée par la foire : peut-être faut-il parfois devenir sa propre terre d’accueil.
Avec ce prix, Boucheron affirme également son intérêt pour la création contemporaine, dans le prolongement de ses engagements auprès d’artistes et de projets culturels internationaux.
Au fond, ce qui rend cette édition de Menart Fair si attachante, c’est qu’elle parle d’exil et de déracinement sans enfermer les artistes dans la douleur.
L’art ne peut évidemment pas effacer les conséquences des guerres ni rendre aux déplacés les maisons qu’ils ont perdues. Il peut donner une voix à leurs expériences, faire naître une émotion et nous rapprocher de réalités parfois lointaines.





