Comment Al-Hachd Al-Chaabi irakien est devenu un instrument de politique étrangère de Téhéran

Un agent de sécurité se tient à côté de pancartes dénonçant Al-Hachd Al-Chaabi alors que des Kurdes irakiens assistent à une manifestation devant le consulat américain à Erbil en 2017. (Photo, Archive/AFP)
Un agent de sécurité se tient à côté de pancartes dénonçant Al-Hachd Al-Chaabi alors que des Kurdes irakiens assistent à une manifestation devant le consulat américain à Erbil en 2017. (Photo, Archive/AFP)
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Publié le Lundi 14 juin 2021

Comment Al-Hachd Al-Chaabi irakien est devenu un instrument de politique étrangère de Téhéran

  • Ce regroupement de milices à prédominance chiite a été fondé en juin 2014 pour défendre l'Irak contre Daech
  • Compte tenu de ses investissements dans ses réseaux affiliés, il est peu probable que l'Iran abandonne le contrôle du Hachd

ERBIL, KURDISTAN IRAKIEN : Cela fait sept ans que le drapeau jaune d'Al-Hachd Al-Chaabi est apparu pour la première fois dans la campagne contre Daech, le groupe extrémiste qui s'est emparé de pans entiers du Nord de l'Irak et de l'Est de la Syrie en 2014. Après l’invasion par Daech de grandes parties du nord de l'Irak, y compris Mossoul, en 2014, les combattants d'Al-Hachd Al-Chaabi, ou Forces de mobilisation populaire, ont gagné l’estime de nombreux Irakiens pour avoir répondu à l'appel aux armes du Grand Ayatollah Ali Al-Sistani.

Depuis, cette organisation qui regroupe des milices majoritairement chiites a malheureusement adopté une cause plus sinistre. Le mois dernier, un convoi de combattants du Hachd a fait une démonstration de force dans la zone verte de Bagdad, centre ultrasécurisé de la vie politique irakienne, et a contraint les élus du pays à libérer Qassem Mousleh, un commandant du Hachd proche de l'Iran qui avait été arrêté dans la province d’al Anbar, à l'ouest de l’Irak.

Mousleh a la réputation d'être un milicien brutal. Fin 2019, des milliers d’Irakiens, principalement des jeunes, se sont rendus dans le centre de Bagdad pour protester contre la corruption systémique et l'ingérence de l'Iran dans les affaires de leur pays.

Après des jours de manifestations, des snipers qui appartiendraient aux unités du Hachd se sont positionnés sur les toits voisins et ont tué des dizaines de personnes. Mousleh et ses sponsors iraniens auraient joué un rôle déterminant dans l’émission de l'ordre de tirer. Sa récente arrestation était liée au meurtre, le 9 mai, d'Ihab Al-Wazni, un important activiste de la ville sanctuaire de Karbala, dans le Sud du pays.

« De nombreux activistes irakiens ont dénoncé la capacité des milices soutenues par l'Iran à opérer en dehors des limites de la loi, et il est logique que ces milices cherchent ensuite à faire taire toute personne travaillant pour restreindre leur pouvoir », affirme Emily Hawthorne, analyste pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord chez Stratfor, à Arab News.

Kyle Orton, un chercheur indépendant sur le Moyen-Orient, pense que les milices contrôlées par l'Iran en Irak sont à l'origine des pires atrocités contre les manifestants anti-corruption. « C’est assez clair, le Hachd est plus puissant que les forces de sécurité irakiennes, à la fois dans sa capacité à contrôler l'espace social et la rue, et la sphère politique, avec son contrôle des ministères clés et son bloc parlementaire jouissant d’un droit de veto», a-t-il déclaré à Arab News.

Le Hachd a été fondé en juin 2014 pour défendre l'Irak contre Daech après la conquête de Mossoul par ce groupe extrémiste.

En 2018, une trentaine de milices sous l'égide d'Al-Hachd-Al-Chaabi ont été officiellement incluses, et payées, par les forces de sécurité irakiennes. Le groupe a une présence significative au parlement irakien à travers la coalition Fateh, qui compte plus de 40 sièges dans une assemblée de 329 sièges.

Sur le terrain, les unités du Hachd ont ciblé à plusieurs reprises la base aérienne d'Ain Al-Assad à Anbar et même l'aéroport international d'Erbil au Kurdistan irakien, qui accueillent tous deux des troupes et du personnel américains. L'ambassade des États-Unis dans la zone verte de Bagdad a également été prise pour cible par la milice à plusieurs reprises.

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Des combattants d'Al-Hachd Al-Chaabi rassemblés autour de l'aéroport de Tal Afar, à l'ouest de Mossoul, pour rejoindre les forces irakiennes soutenues par des milices locales et une coalition dirigée par les États-Unis qui avançaient pour chasser Daech de la ville en août 2017. (Photo, Archive/AFP)

Alors que la plupart de ces attaques ont été menées avec des roquettes à courte portée, les plus récentes ont été menées à l'aide de drones chargés d'explosifs, soulignant l'évolution des capacités militaires de ces groupes.

« Les motifs de ces opérations répondent à plusieurs enjeux », déclare à Arab News Joel Wing, auteur du blog « Musings on Iraq ». « Les brigades du Hachd et l'Iran veulent que l'armée américaine quitte l'Irak. Ce serait une grande victoire pour eux si cela se produisait ».

Pour l’Iran, les attaques des milices irakiennes qu’il soutient sont un moyen « de faire pression sur les États-Unis au sujet de son programme nucléaire et des sanctions que subit la République islamique. »

La multitude d'unités différentes chapeautées par le Hachd est déconcertante. Il existe des milices fidèles au grand ayatollah irakien Ali Al-Sistani, largement considéré comme une figure chiite modérée qui s’oppose à l'ingérence étrangère en Irak. Il existe même des unités de défense tribales, les soi-disant «  Hachd sunnite ».

L’existence de ces groupes hétérogènes est motivé par la volonté de rendre l'organisation plus diversifiée et donc plus légitime, tant au niveau national qu'international. « La réalité est qu'il s'agit d'une tactique de « front populaire ». Tous ces groupes sont interdépendants et reçoivent leurs ordres du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) iranien », affirme Orton.

Derrière une façade constituée de noms et d'acronymes, l'Iran parraine un éventail de commandants plus efficaces, selon les analystes. « Les brigades les plus puissantes du Hachd sont toutes pro-Iran », déclare Wing, qui cite pour l’exemple l'Organisation Badr, Asaeb Ahl Al-Haq ou Kataeb Hezbollah.

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Abou Mahdi Al-Mouhandes, chef du Kataeb Hezbollah, a été tué aux côtés du commandant iranien Qassem Soleimani à l'aéroport international de Bagdad. (Photo, Archive/AFP)

La politique iranienne en Irak a cependant connu plusieurs revers. En janvier 2020, les États-Unis ont tué Qassem Soleimani, le chef de la Force Al-Qods, le bras du CGRI à l’étranger, lors d'une frappe de drone. Soleimani a été l'architecte de la politique iranienne en Irak et ailleurs au Moyen-Orient, du Liban à la Syrie et au Yémen.

Fait révélateur, Abou Mahdi Al-Mouhandes, chef du Kataeb Hezbollah, a été tué à côté de Soleimani alors qu'ils sortaient de l'aéroport international de Bagdad.

En mai, l’agence Reuters a rapporté que l'Iran avait changé sa stratégie vis-à-vis des milices qu’il sountient. Au lieu de s'appuyer sur des groupes largement établis, Téhéran a entamé la formation de petits groupes d'élite qui seront plus loyaux et mieux entrainés pour mener les opérations iraniennes dans la région.

« Ce changement de stratégie accorde à l'Iran, et à des groupes bien établis comme le Kataeb Hezbollah, la possibilité de dénoncer les actions d'un groupe plus petit et plus efficace. C'est révélateur d'un désir de protéger la position politique dont jouit un groupe bien connu comme Kataeb Hezbollah dans a sphère politique irakienne », déclare Hawthorne, l'analyste de Stratfor, à Arab News.

Wing et Orton pensent tous deux que le passage à des unités plus petites masque une volonté de créer un engagement envers une domination politique durable, blanchie et légitimée par des dénonciations plausible. « Aujourd'hui, on ne sait pas si l'Iran tente de reprendre le contrôle de ces factions ou s'il soutient simplement tous les nouveaux groupes de façade créés par les brigades du Hachd, pour nier la responsabilité des attaques contre des cibles américaines en Irak », affirme Wing.

La mort de Soleimani pourrait bien avoir amené les différents centres de pouvoir iraniens à expérimenter des intérêts et des objectifs divergents. Les centres de pouvoir vont de la Force al-Qods, qui organise et forme les milices mandataires de Téhéran à travers le Moyen-Orient, au ministère iranien des Affaires étrangères.

« Il a été rapporté qu'ils ne sont pas tous d'accord sur la façon d'utiliser leurs alliés irakiens », a déclaré Wing à Arab News. « Les brigades du Hachd se sont également affrontées pendant un certain temps pour tenter de montrer qui était le chef de la résistance en Irak, et les attaques en faisaient partie. »

Orton considère que l'Iran adopte le même modèle en Irak qu'il l'a fait au Liban dans les années 1980, lorsqu'il a séparé le Hezbollah d'Amal, auparavant la milice chiite dominante dans le pays. « L’utilisation de ‘nouveaux’ pseudo-groupes ou fronts, là où ils existent – ​​certains sont entièrement imaginaires, existant uniquement en ligne pour revendiquer des attaques récentes – n’est que la dernière itération de cet effort pour intégrer la révolution islamique dans les conditions locales. »

Cet effort semble être de retour après le meurtre de Soleimani. Le Hachd semble réussir à étendre son contrôle sur de vastes zones du nord du Moyen-Orient. Mousleh, l'homme au centre des derniers affrontements entre les milices et le gouvernement central à Bagdad, est à la tête du Hachd à Anbar, traditionnellement un bastion sunnite.

Des miliciens du Hachd ont participé à des combats en Syrie voisine pour aider l'Iran à soutenir le régime d'Assad. Les groupes du Hachd ont également joué un rôle déterminant dans la capacité de l'Iran à transférer des armes par voie terrestre à travers l'Irak vers la Syrie.

Des groupes tels que Kataeb Hezbollah contrôlent d'importants points frontaliers avec la Syrie à Anbar et à Ninive, dans le nord de l'Irak, en plus de leurs propres routes de contrebande. « Ils sont capables de déplacer des hommes et du matériel à volonté », affirme Wing à Arab News, faisant référence aux forces paramilitaires.

Cela dit, l'Iran a été contraint de changer de tactique en réponse aux risques de l'armée de l'air israélienne. Au lieu d'expédier des missiles à travers l'Irak à ses mandataires de la milice en Syrie, il a commencé à livrer des pièces d'équipement plus petites avec des conseillers. Ceux-ci sont beaucoup moins détectables.

Compte tenu de tout ce qu'il a investi dans ces réseaux, les analystes sont sceptiques quant au fait que l'Iran abandonnera le contrôle sur eux, même si cela signifie un accord nucléaire global avec les États-Unis et les puissances occidentales qui comprend un allégement étendu des sanctions pour son économie.

« L’Iran ne neutralisera jamais des milices irakiennes, le Hezbollah ou les Houthis, car il est incapable de le faire ; ces groupes font partie intégrante et organique de la révolution », déclare  Orton à Arab News.

« Toute proposition dans les négociations nucléaires pour que l'Iran abandonne, d'une manière ou d'une autre, ses protégés est un échec en soi ».

 

Twitter : @pauliddon

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Liban: "assiégés" par Israël, les derniers habitants de Tyr résistent

Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • À Tyr, des milliers de civils refusent de fuir malgré les bombardements israéliens et la menace d’une invasion, affirmant leur attachement à leur terre malgré la peur et les destructions
  • La ville est presque assiégée : infrastructures détruites, pénuries imminentes et situation humanitaire critique, tandis que les combats entre Hezbollah et Israël s’intensifient

TYR: "Ils devront nous faire partir par la force": malgré les bombes et la menace d'une invasion israélienne, Khalil est de ceux qui ont décidé de rester à Tyr, dans le sud du Liban, désormais très isolée du reste du pays.

Retranché avec sa femme et leur fils de deux ans dans un théâtre de la vieille ville après avoir fui leur maison bombardée, le trentenaire assure qu'il "ne (se) rendra pas": "Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici".

Bravant les ordres d'évacuation lancés par l'armée israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné - et dans quelques écoles.

Mais beaucoup se demandent combien de temps la ville millénaire pourra tenir.

Mardi, une dizaine d'explosions ont secoué Tyr et ses environs immédiats, ont constaté des journalistes de l'AFP. Il s'agissait des pires bombardements que la ville ait connus depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars.

Avions de chasse et drones israéliens tournoyaient dans le ciel jusqu'à la nuit tombée, larguant des bombes qui ont fait au moins 24 blessés dans le centre et provoquant d'immenses panaches de fumée noire.

Le groupe chiite pro-iranien, dont le drapeau jaune flanqué d'une kalachnikov flotte sur chaque lampadaire, est très implanté dans la cité célèbre pour ses plages de sable et ses ruines antiques.

Véritables maîtres d'une ville quasi-fantôme, ses hommes reconnaissables à leurs vêtements noirs, sont partout: postés aux abords des rond-points, sillonnant à scooter les rues désertes, inspectant les immeubles réduits en poussière.

Avant chaque frappe israélienne, ils tirent en l'air pour prévenir du danger immédiat les rares civils qui s'aventurent à l'extérieur.

Mercredi, l'armée israélienne a accusé le Hezbollah "d'implanter ses infrastructures militaires au sein des zones résidentielles" de Tyr.

- "Tout le monde a peur" -

Mustafa Ibrahim Al Sayed, 50 ans, ne quitte pas l'enceinte de l'école où il s'est réfugié avec ses deux femmes et leurs 11 enfants. Originaires d'un village frontalier, ils avaient déjà échoué à Tyr lors du précédent conflit, en 2024.

Malgré les menaces d'invasion terrestre, "je ne veux pas être déplacé ailleurs (...) Mes enfants se sont habitués à la guerre et ils connaissent tout le monde ici", dit-il.

L'armée israélienne a annoncé mardi son intention de s'emparer d'une partie du sud, dont Tyr, pour créer une zone tampon de 30 km de large.

"Tout le monde a peur pour sa maison et sa terre, mais que pouvons-nous faire?", poursuit M. Al Sayed. "Depuis 1978 (première invasion israélienne, NDLR), c'est la cinquième fois que je suis déplacé, j'ai passé toute ma vie en exil".

Plusieurs responsables de la mairie et des secours ont raconté à l'AFP que des officiers israéliens les ont directement appelés ces derniers jours pour leur ordonner de faire respecter les avis d'évacuation.

"Vous faites votre boulot, je fais le mien!", assure leur avoir répondu Mortada Mhanna, à la tête de l'unité de gestion des catastrophes de Tyr, qui court partout pour aider les déplacés.

"On a conseillé aux gens de partir, on leur a expliqué qu'on pouvait affréter des navettes escortées par l'armée, ils n'ont rien voulu savoir", ajoute-t-il.

Pour ce quadragénaire énergique, hors de question de quitter la ville tant qu'il y a des civils. "Je serai le dernier à quitter cet endroit", dit-il avec aplomb.

- Ville isolée -

Tyr est de plus en plus isolée. L'aviation a bombardé les principaux ponts qui enjambent le fleuve Litani, affirmant vouloir empêcher le Hezbollah de se réapprovisionner en armes.

Un seul relie encore Tyr à la capitale Beyrouth et au nord du pays, sur l'ancienne route côtière.

"Si le dernier pont tombe, nous allons tout droit vers une catastrophe humanitaire", s'alarme Alwan Charafeddine, le maire adjoint de Tyr. "La ville sera assiégée et les convois de ravitaillement ne pourront plus l'atteindre".

"Nos stocks sont déjà presque épuisés", dit-il en énumérant les besoins en nourriture, en kits d'hygiène, mais aussi en carburant pour faire tourner les générateurs qui fournissent une bonne partie de l'électricité.

A 82 ans, Nada Reda Abu Sari n'est pas restée par choix. Cela fait des mois qu'elle dort sur un matelas jeté au sol, dans une salle de classe.

"Je suis malade, je n’ai même pas les moyens de m’acheter des médicaments", dit-elle en brandissant quelques boîtes vides. "Je ne dors plus. A chaque frappe, on se réveille, chaque jour, on meurt un peu plus".

La vieille dame n'a jamais revu sa maison de Dhaïra, l'un des villages frontaliers entourés de collines verdoyantes complètement détruits par les soldats israéliens en 2024.

"Nous n'avons plus ni foyer, ni terres, ni vignes, rien (...) mes enfants sont tous éparpillés et je n'ai aucune nouvelle d'eux", confie-t-elle sans pouvoir retenir ses sanglots.

"Est-ce que c'est ça, la vie? Parfois je me dis que je devrais me jeter à la mer".


Au moins 9 morts dans des raids israéliens contre le sud du Liban

Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 9 morts et plusieurs blessés, tandis que des ordres d’évacuation ont été donnés dans la banlieue sud de Beyrouth
  • Les tensions s’intensifient : Israël affirme cibler des infrastructures du Hezbollah, tandis que le mouvement riposte par des attaques de roquettes vers le nord d’Israël

BEYROUTH: Au moins neuf personnes, selon les médias officiels libanais, ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids israéliens contre des localités du sud du Liban, qu'Israël considère comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah.

D'après l'Agence nationale d'information (ANI), une attaque israélienne a fait au moins trois morts et 18 blessés dans la région de Nabatiyeh, et une autre quatre morts et un blessé à Aadloun, au sud de la ville de Saïda, également appelée Sidon.

Selon la même source, une frappe israélienne contre un appartement du camp de réfugiés de Mieh Mieh, également près de Saïda, a par ailleurs fait deux morts et quatre blessés.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Elle a aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, avoir "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants du mouvement, sans en préciser le nombre.

De son côté, le Hezbollah a affirmé mercredi matin avoir attaqué un char et des soldats israéliens près de la frontière, et tiré un "barrage de roquettes" vers Kiryat Shmona, dans le nord d'Israël.

Les sirènes d'alerte ont retenti dans cette ville de la vallée de la Houla, proche de la frontière libanaise. Les autorités israéliennes n'ont fait état d'aucune victime.

Mardi, une Israélienne d'une trentaine d'années avait été tuée dans le nord du pays par un autre tir de roquettes depuis le Liban.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

- Traces de sang -

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi, des frappes israéliennes avaient déjà tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud.

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, un village dans les montagnes au sud-est de Beyrouth qui est pourtant à l'écart des zones contrôlées par le Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

Beyrouth accuse les Gardiens de la révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah contre Israël, et a interdit leurs activités sur son territoire.

Mardi, la décision des autorités d'expulser l'ambassadeur d'Iran a provoqué une vive réaction du Hezbollah, qui leur a demandé de se rétracter.

"Nous demanderons à l’ambassadeur iranien de rester à Beyrouth et de considérer la mesure comme nulle et non avenue", a affirmé une source de l'organisation à l'AFP.


Nouvelles vagues d'attaques au Moyen-Orient, les négociations Washington-Téhéran restent à confirmer

Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
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  • L’Iran a intensifié les frappes (missiles et drones) contre Israël et plusieurs pays du Golfe, tandis qu’Israël poursuit ses bombardements en Iran et au Liban, aggravant le conflit régional
  • Les États-Unis proposent un plan de paix incluant un cessez-le-feu temporaire, des restrictions sur le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions, alors que le détroit d’Ormuz rouvre partiellement, faisant baisser les prix du pétrole

TEHERAN: L'Iran a tiré mercredi des salves de missiles et de drones contre ses voisins du Golfe et Israël, et celui-ci continue de bombarder Téhéran et le Liban, malgré la promesse américaine de négociations de paix qui a calmé les marchés.

Iran et Etats-Unis négocient "en ce moment" pour tenter de mettre un terme au conflit, a affirmé mardi Donald Trump, ajoutant que son émissaire Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, le vice-président JD Vance et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio participent au processus.

Plusieurs médias, dont le New York Times et la chaîne de télévision israélienne Channel 12, avancent que l'administration Trump a proposé un plan de paix en 15 points à l'Iran par l'entremise du Pakistan, qui entretient de bonnes relations avec les deux parties.

Selon trois sources non identifiées citées par Channel 12, les Etats-Unis proposent un cessez-le-feu d'un mois, le temps que les autorités iraniennes étudient leurs demandes.

Toujours selon la chaîne israélienne, parmi les 15 points, cinq concernent le programme nucléaire iranien, d'autres imposent l'abandon du soutien aux alliés de l'Iran dans la région, comme le Hezbollah ou le Hamas, et un point insiste pour que le détroit d'Ormuz reste ouvert à la navigation maritime. En contrepartie l'Iran obtiendrait une levée des sanctions internationales à son encontre et un soutien pour son programme nucléaire civil.

- L'Iran desserre l'étreinte sur Ormuz -

L'Iran a justement affirmé que les "navires non hostiles" pouvaient désormais "bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz en coordination avec les autorités compétentes", selon l'Organisation maritime internationale (OMI).

Près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures transite par ce détroit stratégique, dont le blocage de fait par Téhéran ces dernières semaines a fait flamber les prix du pétrole.

Donald Trump a évoqué mardi "un très gros cadeau" lié aux hydrocarbures, sans donner de précisions, qui pourrait justement être lié à cette réouverture partielle du détroit.

En réaction à ces informations les cours du pétrole retombent mercredi, et les Bourses d'Asie sont revenues dans le vert.

Mais l'Iran, pour l'heure, n'a pas confirmé la moindre négociation.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien - présenté par le site d'informations Axios comme l'interlocuteur des Etats-Unis - a démenti en bloc. La diplomatie iranienne a juste reconnu en début de semaine avoir reçu, via des "pays amis", des "messages transmettant une demande américaine de négociations".

- Incendie à l'aéroport de Koweït -

La presse américaine évoque en outre l'envoi de 3.000 soldats parachutistes en renfort au Moyen-Orient, où la guerre ne donne aucun signe d'accalmie avec de nouvelles vagues d'attaques israéliennes contre l'Iran et le Liban, et de nouveaux tirs de missiles et de drones iraniens vers Israël, la Jordanie et plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont annoncé mercredi avoir lancé des attaques contre le nord et le centre d'Israël, dont la région de Tel-Aviv, ainsi que sur deux bases militaires américaines au Koweït, une en Jordanie et une au Bahreïn.

Selon les secours israéliens, 12 personnes ont été blessées mardi soir près de Tel-Aviv par un ou plusieurs missiles iraniens.

Au Koweït, une attaque de drones a mis le feu à un réservoir de carburant à l'aéroport international de l'émirat, selon l'Autorité de l'aviation civile du pays, qui n'a pas fait état de victime.

De son côté, comme au cours des nuits précédentes, l'armée israélienne a annoncé avoir "lancé une série de frappes visant les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran".

"Les bruits, les explosions et les missiles font désormais partie de notre vie quotidienne", a confié à l'AFP par téléphone une femme de 35 ans, originaire du Kurdistan iranien et résidant à Téhéran.

- Au moins 9 morts au Liban -

Israël poursuit également son offensive au Liban, où au moins neuf personnes ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids dans le sud du pays, région considérée par Israël comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, selon l'agence de presse officielle libanaise ANI.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes y ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.