Que représente l'élection d'Ebrahim Raïssi pour l'Iran et le monde ?

Le président iranien Hassan Rouhani, (g), se joint au président élu Ebrahim Raïssi lors d'une conférence de presse pour féliciter ce dernier pour sa victoire dans une élection dans laquelle la plupart des rivaux importants ont été exclus. (AFP)
Le président iranien Hassan Rouhani, (g), se joint au président élu Ebrahim Raïssi lors d'une conférence de presse pour féliciter ce dernier pour sa victoire dans une élection dans laquelle la plupart des rivaux importants ont été exclus. (AFP)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
La montée de la pauvreté, les perturbations grandissantes et la crise économique secouent le régime de Téhéran. (AFP)
La montée de la pauvreté, les perturbations grandissantes et la crise économique secouent le régime de Téhéran. (AFP)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
Une affiche de campagne électorale recouvre la façade d'un bâtiment sur la place Valiasr à Téhéran, la capitale de l'Iran, le 19 juin 2021, un jour après l'élection présidentielle. (AFP / Atta Kenare)
Une affiche de campagne électorale recouvre la façade d'un bâtiment sur la place Valiasr à Téhéran, la capitale de l'Iran, le 19 juin 2021, un jour après l'élection présidentielle. (AFP / Atta Kenare)
Le taux de participation aux élections présidentielles en Iran a été le plus bas depuis des décennies. (AFP)
Le taux de participation aux élections présidentielles en Iran a été le plus bas depuis des décennies. (AFP)
Avec un ultraconservateur à la présidence, le CGRI aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région de manière qui engendrerait des troubles, préviennent les critiques. (Photo du bureau de l'armée iranienne via AFP)
Avec un ultraconservateur à la présidence, le CGRI aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région de manière qui engendrerait des troubles, préviennent les critiques. (Photo du bureau de l'armée iranienne via AFP)
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Publié le Lundi 21 juin 2021

Que représente l'élection d'Ebrahim Raïssi pour l'Iran et le monde ?

Le président iranien Hassan Rouhani, (g), se joint au président élu Ebrahim Raïssi lors d'une conférence de presse pour féliciter ce dernier pour sa victoire dans une élection dans laquelle la plupart des rivaux importants ont été exclus. (AFP)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
La montée de la pauvreté, les perturbations grandissantes et la crise économique secouent le régime de Téhéran. (AFP)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
Une affiche de campagne électorale recouvre la façade d'un bâtiment sur la place Valiasr à Téhéran, la capitale de l'Iran, le 19 juin 2021, un jour après l'élection présidentielle. (AFP / Atta Kenare)
Le taux de participation aux élections présidentielles en Iran a été le plus bas depuis des décennies. (AFP)
Avec un ultraconservateur à la présidence, le CGRI aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région de manière qui engendrerait des troubles, préviennent les critiques. (Photo du bureau de l'armée iranienne via AFP)
  • Un juge sanctionné par les États-Unis devient le nouveau président après des élections considérées comme truquées en sa faveur
  • Le point déterminant du mandat de Raïssi sera sa capacité à améliorer la vie quotidienne des Iraniens

​​​​​​MISSOURI, États-Unis / IRBIL, Kurdistan irakien : Dans un clip populaire en Iran datant de plusieurs années, on voit une longue file de personnes, au visage renfrogné, qui attendent leur tour dans une cafétéria. Quand leur tour arrive de faire leur choix, on voit le chef, au visage sinistre, qui leur propose de la viande étrange remplie de vers et de la bave remplie de mouches.

Nombreux sont les artistes iraniens qui attaquent de cette manière indirecte les dirigeants religieux. En effet, il est toujours interdit de critiquer ouvertement les principaux fondements du système politique. La victoire du religieux ultra-conservateur Ebrahim Raïssi lors de la présidentielle de vendredi a souligné, plus que jamais, le peu de choix dont disposent les Iraniens lorsqu'il s'agit d'elire leurs dirigeants.

Si les électeurs dans de nombreux pays se plaignent souvent de ne pas pouvoir faire de choix judicieux dans les élections, l'Iran porte ce phénomène à son paroxysme. C'est le Conseil des gardiens, un organisme non élu constitué de religieux et de juristes (dont trois ont été nommés par Raïssi), qui sélectionne les candidats potentiels aux postes vacants en politique.

La participation au scrutin présidentiel en Iran a été la plus basse depuis des décennies. (AFP)
La participation au scrutin présidentiel en Iran a été la plus basse depuis des décennies. (AFP)

De nombreuses estimations affirment que le conseil des gardiens écarte plus de 90 % des candidats qui prennent la peine de postuler à une fonction politique. Il a rejeté cette année la candidature des candidats réformateurs populaires alliés au président sortant Hassan Rouhani, mais aussi celle des partisans de la ligne dure populiste.

Ainsi, parmi les candidats exclus des élections figuraient l'actuel vice-président Eshaq Jahingiri, le président du Parlement Ali Larijani (tous deux alliés de Rouhani) et l'ancien président populiste de droite Mahmoud Ahmedinejad. Ces anciens acteurs politiques iraniens sont parmi les rares à avoir été autorisés à se présenter aux élections précédentes et leur adhésion aux principes fondamentaux de la République islamique ne fait pas de doute.

Pourtant, le Conseil des gardiens les a jugés trop menaçants. Il a donc disqualifié leur candidature (ainsi que celle de toutes les femmes, qui ne peuvent en aucun cas se présenter à de telles élections). Dans un tel climat, la participation électorale semble être la plus basse depuis des décennies. Or c’est une chose peu étonnante.

Comment évaluer alors la légitimité de la présidentielle iranienne ?

Une affiche de campagne électorale recouvre la façade d'un bâtiment sur la place Valiasr à Téhéran, la capitale de l'Iran, le 19 juin 2021, un jour après l'élection présidentielle. (AFP / Atta Kenare)
Une affiche de campagne électorale recouvre la façade d'un bâtiment sur la place Valiasr à Téhéran, la capitale de l'Iran, le 19 juin 2021, un jour après l'élection présidentielle. (AFP / Atta Kenare)

« Cela dépend de votre définition du terme ‘légitime’ », explique à Arab News Barbara Slavin, directrice de l'initiative Future of Iran au Conseil atlantique. " De tout temps, le Conseil des gardiens a passé au crible tous les candidats jugés insuffisamment loyaux envers le système, bien que la définition de 'loyal' ne se soit jamais aussi fortement sous-traitée que lors de cette élection. "

Arash Azizi , auteur de l’ouvrage «The Shadow Commander : Soleimani, the US, and Iran's Global Ambitions» (Le Commandant de l'Ombre : Soleimani, les États-Unis et les ambitions de l'Iran dans le monde), se montre moins indulgent que Mme Slavin.  « En 2021, Raïssi a remporté à peu près le même nombre de voix qu'il a obtenues en 2017 lorsqu'il a perdu les élections. Sauf qu'il a gagné cette fois-ci parce que la majorité des gens ont boycotté les élections », déclare Azizi à Arab News.

« Même si nous nous fions aux chiffres officiels, cette participation est la plus basse de l'histoire de la République islamique, et c'est la première fois que la majeure partie des gens ne votent pas à une élection présidentielle. Sans oublier que près de quatre millions d'électeurs ont invalidé leur bulletin de vote ».

Outre le peu de choix en matière de candidats politiques, les postes décisionnels les plus importants du pays ne sont de toute façon pas soumis à l'élection. Le chef suprême - actuellement l'ayatollah Khamenei, successeur de l'ayatollah Khomeini depuis 1988 - est choisi par le Conseil des gardiens. Les dirigeants du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ne sont pas non plus élus, et pourtant, ils prennent un grand nombre des décisions politiques les plus déterminantes pour le pays.

Le guide suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei. (AFP)
Le guide suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei. (AFP)

« Les Iraniens étaient exaspérés par le manque de choix et pessimistes quant à la possibilité de mener une vie meilleure sous ce régime », explique Barbara Slavin à Arab News. « Cela fait 25 ans qu'ils participent en grand nombre aux élections présidentielles en espérant parvenir à un changement évolutif et pacifique ».

« Mais au fur et à mesure que la société iranienne progresse, le système devient plus répressif et moins représentatif. De surcroît, s'abstenir de voter représente une certaine manière de protester dans un système qui conçoit le vote comme un devoir patriotique ».

L'ÉCONOMIE POLITIQUE DE L'IRAN EN CHIFFRES

40 % - Le taux d'inflation en Iran en 2019.

 

5 % - Hausse du taux de pauvreté ces deux dernières années.

 

3,7 millions - Nombre de personnes qui ont rejoint le registre de la pauvreté au cours de cette période.

 

83 millions - Nombre d'habitants en Iran en 2019.

Par le passé, Khamenei, tout comme les commandants du CGRI, préféraient autoriser un nombre limité de candidats aux élections présidentielles et s'abstenaient d'intervenir de manière trop directe ou évidente dans le processus politique.

Ils se servaient du système électoral extrêmement restrictif pour tâter l'humeur du peuple, tentaient de se donner une certaine légitimité en revendiquant un mandat démocratique, et guettaient les cartes politiques que les différentes élites de la société iranienne allaient brandir.

Khamenei n'intervenait publiquement pour redresser la barre que lorsqu'il jugeait que l'Iran s'éloignait trop de son cap.

En coulisses, ces dirigeants non élus jouent bien entendu un rôle actif dans quasiment tous les domaines, depuis la politique économique et les directives sur l'exécution des prisonniers politiques jusqu'à la stratégie des négociations sur le nucléaire iranien et d'autres questions telles que les opérations secrètes à l'étranger et le financement de diverses forces mandataires de l'Iran dans la région.

La montée de la pauvreté, les perturbations grandissantes et la crise économique secouent le régime de Téhéran. (AFP)
La montée de la pauvreté, les perturbations grandissantes et la crise économique secouent le régime de Téhéran. (AFP)

Ces dernières années, l’économie en crise conjuguées aux protestations populaires de plus en plus nombreuses semblent avoir secouée le régime. Dans ces circonstances, les dirigeants effectifs craignent de laisser aux Iraniens un semblant de choix lors des élections de cette année.

Sur cette toile de fond, la nomination de M. Raïssi à la présidence enverrait, selon toute vraisemblance, un message au peuple iranien. Protégé de Khamenei, Raïssi est responsable des exécutions en masse de dizaines de milliers de dissidents iraniens au cours des 30 dernières années. En 1988, il a été à la tête de « comités de la mort » qui ont enterré dans des fosses communes les prisonniers politiques tués.

Selon le Centre pour les droits de l'homme en Iran, l'ayatollah Hossein Ali Montazeri, alors héritier présomptif de l'ayatollah Khomeini, a lui-même dénoncé les comités de la mort lorsqu'il a déclaré : « A mon avis, c'est le plus grand crime commis dans la République islamique depuis la révolution de 1979 et l'histoire nous condamnera pour cela [...]. Vous serez condamnés comme des criminels dans les annales de l'histoire ».

Le président iranien Hassan Rouhani est vivement critiqué par les conservateurs pour la mauvaise exécution d'un programme de distribution de nourriture aux familles à faibles revenus dans la république islamique frappée par les sanctions (photo d'archive AFP).
Le président iranien Hassan Rouhani est vivement critiqué par les conservateurs pour la mauvaise exécution d'un programme de distribution de nourriture aux familles à faibles revenus dans la république islamique frappée par les sanctions (photo d'archive AFP).

À ce jour, l'Iran se classe juste derrière la Chine - un pays beaucoup plus étendu - pour ce qui est du nombre d'exécutions qu'il mène chaque année. Celles-ci sont menées au terme de simulacres de procès à huis clos, au cours desquels les accusés ne sont pas autorisés à consulter les preuves à charge ni à confronter leurs accusateurs, et un nombre disproportionné d'accusés sont issus des minorités ethniques et religieuses d'Iran. Près de la moitié des personnes exécutées sont des Kurdes iraniens, qui ne représentent cependant que la moitié de la population iranienne, voire moins.

Aujourd'hui président, Raïssi a occupé la fonction de chef du pouvoir judiciaire qui supervisait ce système ainsi que les exécutions massives de dissidents. Avant de devenir chef de la justice en 2019, il a rempli les fonctions de procureur général (de 2014 à 2016), de chef adjoint de la justice (de 2004 à 2014), ainsi que de procureur et de procureur adjoint de Téhéran dans les années 1980 et 1990.

En effet, il est le premier responsable iranien à accéder à la présidence tout en étant soumis aux sanctions américaines et européennes pour son implication antérieure dans des violations des droits de l'homme.

Le message adressé au peuple iranien semble donc tout à fait évident : vous devez rester sage et obéir aux règles, sinon gare à vous.

« Cela fait bien longtemps que Khamenei et l'establishment religieux ont délibérément choisi de bannir toute forme de concurrence politique. Les réformistes se sont noyés dans le sang à la suite de l'écrasement du mouvement vert iranien en 2009. Ainsi, bon nombre de ses dirigeants ont été incarcérés pendant de longues années et ses principaux partis politiques ont été bannis", confie M. Azizi à Arab News.

« L'aile centriste du régime, représentée par Rouhani, a elle aussi été écartée de la scène politique par la suite. Les conservateurs favorables à Khamenei détiennent désormais le pouvoir judiciaire, le parlement et la présidence. Ces deux derniers postes ont été acquis lorsque tous les principaux rivaux électoraux ont été écartés par le Conseil des gardiens ».

La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (IRGC). (Photo d'archive AF)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (IRGC). (Photo d'archive AF)

La situation à laquelle nous assistons aujourd’hui est comparable à l'abolition en 1975 du système multipartite par le shah d'Iran, selon M. Azizi pour qui « la situation actuelle ressemble énormément à celle de la République islamique de 1975, comme le soulignent certains historiens. Le régime risque de regretter le jour où il est devenu une entité de plus en plus monolithique ».

Se tournant vers l'avenir, Barbara Slavin, de l'Atlantic Council, affirme qu'il convient aujourd'hui de voir si l'administration Raïssi sera à même d'améliorer la vie des Iraniens ordinaires, car « c'est ce qui déterminera son héritage », plutôt que de discuter de la légitimité de l'élection présidentielle.

« Les Iraniens pourront probablement aspirer à une économie légèrement améliorée à condition que  Téhéran se conforme à nouveau à l'accord sur le nucléaire de 2015 et que les sanctions sont à nouveau levées », dit-elle.

« Mais cela dépendra en grande partie de la compétence ou de la défaillance de l'équipe de Raïssi mais aussi de la volonté ou du manque de volonté des entreprises étrangères d'investir en Iran. Je prévois que la répression des opposants se poursuivra, voire s'accélérera ».

Aux yeux de Arash Azizi, l'élection de Raïssi n'entraînera aucun changement brusque dans la vie des Iraniens ni de changement radical dans les politiques. « Il se montrera prudent car son objectif principal est de se préparer pour la crise de succession qu'entraînera la mort de Khamenei un jour où il pourra être sur la liste des candidats au poste de guide suprême », déclare-t-il à Arab News.

« Fait intéressant, le chef de Cabinet de Rouhani, Mahmod Vaezi, a récemment spéculé que la vie des citoyens pourrait s'améliorer sous la présidence de Raïssi dans la mesure où des négociations, voire un accord, avec l'Occident seront engagées avant la prise de fonction de Raïssi, ce qui devrait alléger la pression qui pèse sur l'économie ».

Cela dit, quelles seront les conséquences de l'accession de M. Raïssi à la présidence sur les relations de l'Iran avec les autres pays ?

Si l'on compare avec Rouhani, plus affable et modéré, Raïssi semble moins enclin, capable ou désireux de mener une offensive de séduction à l'étranger. La diplomatie iranienne pourrait donc changer quelque peu de style, mais la substance de la politique iranienne ne sera probablement pas si différente de celle de l'administration précédente.

De toute manière, ce n'est pas Rouhani qui a pris les décisions les plus importantes en matière de politique étrangère de l'Iran. Il n'était, avec son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, que de simples messagers.

« Ce n’est pas l'administration Rouhani qui a élaboré ou mis en œuvre la politique de l'Iran vis-à-vis du monde arabe. Ainsi, un nouveau président n'apportera pas de changement immédiat à cet égard », explique M. Azizi à Arab News. « Mais le CGRI accédera plus librement aux structures de l'État qu'il ne contrôlait pas jusqu'à présent et aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région ».

Avec un ultraconservateur à la présidence, le CGRI aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région de manière qui engendrerait des troubles, préviennent les critiques. (Photo du bureau de l'armée iranienne via AFP)
Avec un ultraconservateur à la présidence, le CGRI aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région de manière qui engendrerait des troubles, préviennent les critiques. (Photo du bureau de l'armée iranienne via AFP)

La vision de Barbara Slavin sur les ambitions iraniennes sous la présidence de Raïssi est plus nuancée. « Je pense qu'il sera réticent à prendre des risques en matière d'affaires étrangères, en partie parce qu'il espère succéder à Khamenei », confie-t-elle à Arab News.

« À mon avis, il va se focaliser sur la stabilisation de l'économie et essayer d'alléger les tensions qui l'opposent à ses voisins. En revanche, il ne gère pas les relations avec les diverses milices. Ce volet continuera à être géré par la Force al-Qods ».

Fait révélateur, M. Raïssi a tenu par le passé des propos dénotant sa volonté d'accepter les sanctions internationales contre l'Iran. Il voit dans ces sanctions une occasion pour l'Iran de développer davantage une économie indépendante, une économie « de résistance ».

Pour les ultraconservateurs comme Raïssi, une intégration trop poussée dans l'économie mondiale risque d'entraîner une certaine perversion culturelle et politique en Iran. Par conséquent, Raïssi et son maître, Khamenei, accepteront aisément toute mesure pourvu que ce ne soit pas une invasion militaire américaine.

L'administration Biden, qui maintient un vif intérêt pour la reprise de l'accord nucléaire, peut donc éprouver des difficultés à négocier avec une personne peu préoccupée par les sanctions et un certain isolement.

Toutefois, M. Azizi estime que le régime cherchera à conclure un accord pour que Washington réintègre l'accord sur le nucléaire avant que Raïssi ne prenne ses fonctions en août. « M. Raïssi héritera donc de cet accord et le préservera », explique-t-il, même si certains membres du CGRI le pousseront à autoriser « des actions plus aventureuses dans la région » et à refuser les propositions de réconciliation et de pourparlers émanant des pays du Golfe.

« Dans quelle mesure Raïssi sera-t-il réceptif à ces pressions ? C'est une question qui attend des réponses », confie Arash Azizi à Arab News.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.

 

 


Une famille pakistanaise brisée après la mort du père, dans l'attaque Houthie contre Abu Dhabi

Les fils de Mamoor Khan pleurent leur père dans leur maisonade Mir Ali, dans le Waziristan du Nord, au Pakistan, le 24 janvier 2022. (Photo, AN)
Les fils de Mamoor Khan pleurent leur père dans leur maisonade Mir Ali, dans le Waziristan du Nord, au Pakistan, le 24 janvier 2022. (Photo, AN)
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  • Mamoor Khan est mort dans une frappe de drone et de missile lancée par les Houthis, soutenus par l'Iran, sur Abu Dhabi
  • «Nous nous préparions pour son retour, mais nous avons reçu son cadavre à la place» a révélé le frère cadet de Khan

Les membres de la famille de Mamoor Khan attendaient avec impatience son retour dans la ville de Mir Ali, dans le nord du Pakistan. Mais quelques jours avant les retrouvailles familiales prévues, son corps est arrivé des Émirats arabes unis, laissant les proches engourdis par le choc et le chagrin.

Khan et deux ressortissants indiens ont été tués lorsque des frappes de drones et de missiles lancées par les Houthis soutenus par l'Iran au Yémen, ont touché des camions-citernes de carburant près des installations de stockage du géant pétrolier national Adnoc à Abu Dhabi le 17 janvier. Khan travaillait comme chauffeur pour un sous-traitant d’Adnoc.

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Une photo non datée de Mamoor Khan, un travailleur pakistanais du Waziristan du Nord qui a été tué lors d'une attaque houthie contre les Émirats arabes unis le 17 janvier 2022. (Photo fournie par la famille de Mamoor Khan)

«Nous nous préparions pour son retour», a révélé le frère cadet de Khan, Manzoor Ahmad, à Arab News. «Mais nous avons reçu son cadavre à la place.»

Khan, 49 ans, laisse dans le deuil ses parents, sa femme et ses huit enfants, qui attendaient avec impatience son retour pour des vacances à la fin du mois.

Son deuxième frère, Javed Khan, également chauffeur aux Émirats arabes unis, a été le premier à apprendre sa mort. Un employé d'Adnoc l'avait appelé pour lui dire qu'il avait été blessé lors de l'attaque et qu'il était hospitalisé à Abu Dhabi.

«Je ne savais toujours pas ce qui s'était passé, mais le site où mon frère travaillait était en feu», a-t-il confirmé. «J'ai demandé à l’employé qui m’a contacté de me dire clairement si mon frère était décédé. Il a répondu d'une voix étouffée, ‘oui’, et que son cadavre était à l'hôpital.»

Khan était le principal soutien de sa famille dans le Waziristan du Nord, un district tribal appauvri à la frontière pakistano-afghane, où des années de militantisme et d'opérations de sécurité ont contrecarré le développement social et économique.

Une semaine après les funérailles de Khan, son père, qui l'avait envoyé aux Émirats arabes unis il y a plus de deux décennies pour trouver une vie meilleure, a déclaré à Arab News qu'il avait encore du mal à parler de la perte de son fils.

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Yasir Ahmad, fils de Mamoor Khan, prie sur la tombe de son père à Mir Ali, dans le Waziristan du Nord, au Pakistan, le 24 janvier 2022. (Photo fournie par la famille de Mamoor Khan)

«J'ai eu l'impression d'enjamber un feu dévastateur quand j'ai appris la nouvelle de la mort de mon fils», a-t-il indiqué.

La mère de Khan est sous tranquillisants depuis qu'elle a reçu la nouvelle tragique.

«Chez nous, nous avons beaucoup souffert du militantisme, et quand Mamoor est parti pour les Émirats arabes unis, nous étions convaincus qu'il y mènerait une vie sûre», a témoigné son voisin et ami Munawar Shah Dawar. «Sa mort nous a dévastés, car il a été la proie d'un attentat terroriste là-bas aussi.»

Yasir Ahmad, le fils aîné de Khan, a dévoilé que son père et lui avaient de nombreux projets pour l'avenir de la famille et qu’ils en discutaient souvent au téléphone. L'un de ces projets, la création d'une petite entreprise, devait être mis en œuvre lors de la visite de Khan ce mois-ci. L'idée était que cette entreprise lui aurait permis plus tard de retourner définitivement à Mir Ali.

L'une des priorités de Khan était de veiller à ce que ses plus jeunes enfants reçoivent une éducation, ce qu'il avait demandé à Ahmad de superviser.

«Mon père voulait que mon jeune frère devienne médecin, pour qu'il puisse revenir et passer le reste de sa vie avec nous.»

«Nous n'avons plus rien maintenant, et même l'éducation de mes frères en souffrira parce que je suis un travailleur journalier, gagnant 600 roupies (1 roupie = 0,012 euro) par jour, ce qui n'est pas suffisant.»

Le corps de Khan a été rapatrié au Pakistan et enterré le 20 janvier.

Mustafa Haider, directeur général de la division de l'aide sociale à la Fondation des Pakistanais d'outre-mer, a déclaré à Arab News que les allocations de décès seraient versées à la famille et que la fondation envisageait également d’apporter un soutien financier sur ses propres fonds.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Un garçon musulman référé au programme anti-extrémiste du gouvernement britannique

Le garçon, qui avait du mal à faire ses devoirs, a été référé au programme de prévention anti-extrémisme après avoir été entendu dire qu'il souhaitait que l'école brûle. (Shutterstock)
Le garçon, qui avait du mal à faire ses devoirs, a été référé au programme de prévention anti-extrémisme après avoir été entendu dire qu'il souhaitait que l'école brûle. (Shutterstock)
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  • La mère a critiqué la décision et a déclaré: «Être un garçon brun, musulman et asiatique ne fait pas de vous un terroriste»
  • Une enquête sur l'incident n'a trouvé aucune preuve de liens avec l'extrémisme et aucune autre mesure n'a été prise

LONDRES: Un garçon de 11 ans issu d'une famille musulmane a été référé à un programme anti-extrémisme du gouvernement britannique, appelé Prevent, après avoir dit à un ami qu'il espérait que son école brûlerait.

Sa mère a déclaré au journal The Guardian: «Être un garçon brun, musulman et asiatique ne fait pas de vous un terroriste.»

Elle a admis que les propos de son fils étaient inacceptables mais a ajouté qu'ils étaient «isolés» et dus au stress. L'enfant souffrirait d'anxiété.

Une enquête menée par l'école sur l'incident n'a trouvé aucune preuve de liens avec des groupes extrémistes ou de cas antérieurs de rhétorique radicale.

«Les directives de Prevent mettent clairement l'accent sur le caractère approprié et la proportionnalité», a déclaré sa mère.

L'agent de Prevent qui a examiné l'affaire a décidé de ne pas prendre de mesures supplémentaires mais, conformément au protocole, les informations personnelles du garçon devaient être enregistrées pendant six ans dans une base de données antiterroriste de la police, mais sa mère est intervenue.

Elle s'est également plainte à l'école, située dans le nord de l'Angleterre, qu’elle n'avait pas été informée de l'incident ou du renvoi, et devrait recevoir des excuses.

«L'agent de Prevent m'a dit que l'affaire n'irait pas plus loin car il s’agit d’un garçon de 11 ans ayant des difficultés scolaires», a-t-elle déclaré. «Mon fils était devenu si mécontent et stressé par les exigences qui lui étaient imposées concernant les devoirs.»

Elle a ajouté qu'elle avait dû se battre pour que le nom de son fils soit retiré de la base de données antiterroriste.

«J'ai remporté une victoire partielle parce que la police a accepté de retirer son nom de sa base de données, mais je cherche des informations supplémentaires sur ses dossiers, qui sont détenus par le ministère de l'Intérieur britannique», a-t-elle déclaré.

Un porte-parole du ministère de l'Intérieur a déclaré: «Prevent est un programme de sauvegarde qui vise à détourner des individus de la radicalisation. Les données d’orientation du programme ne sont conservées que temporairement par la police, et les parents ou tuteurs peuvent demander qu'elles soient supprimées plus tôt, au moment propice.

«Toutes les données sont gardées totalement confidentielles, sauf en cas d'émergence d'un risque grave pour la sécurité. Les informations et les conseils sur l'utilisation et l'accès à la base de données centrale d’orientation Prevent appartiennent à la police et non au ministère de l'Intérieur.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Saoudien Nasser Hawsawi, sculpteur de son propre avenir

Nasser Hawsawi a précisé que sa connaissance des caractéristiques de divers matériaux et types de sol, ainsi que sa familiarisation avec la conception 3D, l'ont aidé à développer son métier. (Photo Fournie)
Nasser Hawsawi a précisé que sa connaissance des caractéristiques de divers matériaux et types de sol, ainsi que sa familiarisation avec la conception 3D, l'ont aidé à développer son métier. (Photo Fournie)
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  • L'autodidacte Nasser Hawsawi s'est révélé être une attraction populaire à Riyadh Oasis
  • «Je puis ma philosophie dans l'environnement et les choses que j'aime dessiner, ainsi que dans ce dont dont j'ai été témoin et ce que j’ai vécu»

LA MECQUE: Le travail du sculpteur Nasser Hawsawi a été un succès auprès des visiteurs de Riyadh Oasis, l'une des 14 zones mises en place autour de la capitale au cours de Riyadh Season.

Ingénieur de formation et originaire de La Mecque, ce Saoudien âgé de 30 ans sculpte depuis environ quatre ans seulement. C’est un autodidacte dont le travail lui a valu des éloges et des félicitations, ainsi que quelques fans célèbres.

«La sculpture est un art authentique qui représente les formes, les personnes, l'harmonie, le rythme, l'équilibre, le plaisir visuel et des aspects variés, dans le but d'atteindre une certaine profondeur artistique, véhiculant un sens artistique élevé en représentant les détails de la forme humaine», a précisé Hawsawi.

Il expose ses œuvres à Riyadh Oasis dans un studio ouvert aux visiteurs. Il a également effectué un certain nombre de démonstrations de sculpture en direct, au cours desquelles il a créé les sculptures de célèbres chanteurs arabes alors qu'ils se produisaient sur scène, notamment Nawal al-Zoghbi, Majid al-Mohandis et Assala Nasri, puis leur a présenté les œuvres à la fin du spectacle.