France: des rêves à la réalité pour la ville écolo de Lyon

Dans cette photo d'archive , un client conduit un nouveau vélo «VeloV» à louer à Villeurbanne près de Lyon, dans le sud-est de la France . Lyon, troisième ville de France, est l'une des premières métropoles vertes d'Europe(AFP)
Dans cette photo d'archive , un client conduit un nouveau vélo «VeloV» à louer à Villeurbanne près de Lyon, dans le sud-est de la France . Lyon, troisième ville de France, est l'une des premières métropoles vertes d'Europe(AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 07 juillet 2021

France: des rêves à la réalité pour la ville écolo de Lyon

  • Un an après, cette cité industrielle de quelque 520 000 habitants (1,4 million dans l'agglomération), point de passage vers le sud de la France et l'est de l'Europe, vit quelques changements et beaucoup de casse-têtes
  • Les compteurs y ont recensé plus de 15,7 millions de passages de cyclistes entre le 1er janvier et le 15 juin, contre 11,6 millions sur la même période en 2019

LYON :En juin 2020, Lyon, troisième ville de France, devenait l'une des principales métropoles écologistes d'Europe. Forêts urbaines, cantines entièrement bio, végétalisation des quartiers, ville "100% marchable et cyclable": les rêves étaient grands.

La ville "ne doit plus être un poids pour la planète", lançait le nouveau maire de Lyon (centre-est) Grégory Doucet, novice en politique de 47 ans élu parmi d'autres écologistes à la tête de grandes villes (comme Bordeaux dans le sud-ouest ou Strasbourg à l'est) lors d'une vague verte inédite.

Un an après, cette cité industrielle de quelque 520 000 habitants (1,4 million dans l'agglomération), point de passage vers le sud de la France et l'est de l'Europe, vit quelques changements et beaucoup de casse-têtes.

Les premiers pas ont été électriques et les procès en idéologie récurrents. Taxer le sacro-saint Tour de France cycliste de "machiste et polluant" est mal passé.

Tout comme l'annonce en février du retrait de la viande des menus scolaires, pour raisons sanitaires. La mesure, temporaire, a provoqué colère de l'opposition, manifestations d'agriculteurs, polémique au sein du gouvernement. Quelques semaines plus tard la viande était réintroduite.

Mais de nombreux chantiers ont été lancés - dont des forêts urbaines pas encore sorties de terre - et "l'état d'urgence climatique" a été décrété avec un tiers des investissements d'ici la fin du mandat en 2026 consacrés à la transition écologique.

Comment une grande métropole européenne se verdit-elle ? Pour mesurer ambitions et difficultés, le bureau de Lyon de l'AFP s'est penché sur trois domaines d'action.

Les cantines, laboratoire du «mieux manger»

Des menus "100% bio et 50% local" : c'est l'objectif affiché pour 2026. Reste qu'à l'échelle d'une ville comme Lyon, où plus de trois millions de repas scolaires sont servis annuellement, cela ne se fait pas comme ça.

Pour renouveler en 2022 le gestionnaire de la cuisine centrale des cantines, un appel d'offres a été lancé fin avril. Il doit répondre à ce cahier des charges, bras armé des ambitions écologistes. Qui se heurtent d'emblée à une réalité: dans le département du Rhône, seules 10% des exploitations sont en bio, selon la Chambre d'agriculture, comme dans les départements voisins de la Loire ou de l'Isère. Il a fallu revoir à la baisse.

"On a précisément la volonté politique de transformer la filière", explique le conseiller délégué à l'alimentation locale Gautier Chapuis. "On veut créer une dynamique de conversion", abonde l'adjointe à l'Éducation, Stéphanie Léger.

La ferme bio du Val Fleury, à l'ouest de la ville, coche déjà toutes les cases.

Avec une trentaine de vaches, l'éleveur Adrien Mazet produit 200.000 litres de lait par an, dont la moitié sert à produire des yaourts et crèmes dessert servis aux petits Lyonnais, via une coopérative.

En ce jeudi de mai, jour de visite pour l'AFP, la conditionneuse tourne sans relâche pour préparer 27.000 pots à la vanille. Par un simple tuyau, la traite matinale alimente directement la machine à yaourts : "On peut difficilement faire moins en termes d'empreinte carbone", s'amuse le trentenaire.

Ce "signal fort" de la mairie sur le bio va, espère-t-il, "susciter des vocations car on renouvelle péniblement une exploitation sur trois dans la région".

Jadis, les collines environnantes ne manquaient ni d'agriculteurs ni de petites unités de production, avant que l'industrie alimentaire et la grande distribution imposent un autre modèle.

Récemment, dans les environs, Adrien Mazet a créé une fromagerie, un atelier de transformation de fruits a vu le jour et une légumerie-conserverie est en projet. Une renaissance ?

Pour conjuguer bio et local en quantité significative, "il faut avoir les outils adaptés" à proximité, souligne l'éleveur partisan d'une agriculture "paysanne", "à taille humaine", destinée à faire vivre le territoire qui l'entoure.

Actuellement, les omelettes de la cantine arrivent toutes prêtes de Bretagne (nord-ouest), qui concentre les ateliers de transformation, et la casserie la plus proche pour se fournir en oeufs liquides est à plus de 100 km...

Ruser

À Rillieux-la-Pape, au nord de Lyon, la cuisine centrale prépare les 28 000 repas servis en moyenne, quatre jours par semaine, dans les écoles.

Ce jour de juin, c'est poisson-purée. Près de six tonnes de pommes de terre, produites à trois km de là, ont été livrées pour être mécaniquement épluchées, désinfectées, rincées ; avant d'être cuites, écrasées, mélangées au lait dans des marmites de 250 kg.

Trouver localement de la patate ou de la carotte bio, en quantités suffisantes, est possible en développant les cultures maraîchères ou de plein champ chez des éleveurs en quête de diversification. Mais pour des cultures plus techniques comme le concombre ou la tomate, c'est compliqué.

Les contraintes sont nombreuses: saisonnalité des produits, aléas climatiques, calibrages. Et surtout, une réglementation qui interdit le critère du local dans les appels d'offres...

Les écologistes contournent l'obstacle en rusant.

Par exemple, pour le poulet, ils demandent au futur prestataire de proposer différents morceaux (émincés, blancs, etc.) et non plus seulement des cuisses. Cela permettra à des producteurs plus petits, des environs, de proposer leur viande, alors que seuls de gros opérateurs, plus lointains, peuvent fournir 30 000 cuisses d'un coup.

Reste que sur le papier, la mairie n'exige que 75% de bio et non les 100% promis durant la campagne, regrette l'Association des producteurs bio du Rhône et de la Loire (Ardab).

Confrontés au principe de réalité, les élus admettent qu'ils "ne mesuraient pas toutes les contraintes" et craignaient de se retrouver le bec dans l'eau en en demandant trop.

La voiture dans le collimateur des Verts

Chaque matin, Karine Arditti, professeure d’histoire-géographie de 44 ans, enfourche son vélo-cargo, conduit sa fille de cinq ans à l'école avant de poursuivre sa route vers un lycée de Villeurbanne, limitrophe de Lyon.

Les conditions de circulation s'améliorent, note-t-elle, notamment grâce aux "coronapistes", ces voies cyclables qui ont fleuri à la faveur des confinements. "Les relations sont plus apaisées avec les automobilistes."

"Apaiser la voirie": c'est le leitmotiv des écologistes à Lyon. En clair: moins de voitures, plus de piétons, de vélos et de transports en commun, "une ville 100% cyclable et marchable." Pas si simple.

L’objectif est de passer de 1000 à 2000 km de pistes sur le mandat dans les 59 communes de l'agglomération. A la faveur de la crise sanitaire, 33 km d’aménagements cyclables ont été pérennisés, soit plus 10% de voies en moins d’un an.

Les compteurs y ont recensé plus de 15,7 millions de passages de cyclistes entre le 1er janvier et le 15 juin, contre 11,6 millions sur la même période en 2019.

"Les ventes de vélo ont explosé, les marchands sont en manque de stock", confirme Frédérique Bienvenue, co-présidente de l'association La Ville à Vélo.

Un projet phare de Réseau express vélo (REV), vient d'être lancé, 250 km de pistes à créer ou aménager d'ici 2026 pour relier les communes de l'agglomération à la ville-centre.

Pourtant, les pro-vélo restent frustrés. "Au bout d’un an on en est encore à des réunions de concertation" sur la mise en place de pistes en dur et du REV, souligne Mme Bienvenue. "La voirie, c'est forcément du temps long", répond un vice-président de la métropole Fabien Bagnon.

Les adeptes du cycle s'agacent aussi de devoir partager les ressources... avec les piétons. "On nous a annoncé un doublement du budget +mobilités actives+ à 320 millions d’euros mais cela comprend aussi la remise à niveau de l’espace +marchable+. Un énorme budget va partir là-dessus", dit Mme Bienvenue.

«Dissuader»

Car avoir "une ville qui respire", c'est aussi mettre l’accent sur la piétonnisation.

"On ne souhaite pas rendre la voiture invisible mais qu’il y en ait moins", explique Valentin Lungenstrass, adjoint à la mobilité et à la logistique urbaine. "Le principe revient à réorganiser la circulation pour dissuader les automobilistes qui n’ont rien à y faire" d'emprunter des petites rues en suivant leurs applications de guidage.

Le cap fixé est celui d’un parc automobile "réduit et dépollué" avec bannissement du diesel d’ici 2026 dans la Zone à faibles émissions. Ce qui fâche de nombreux élus et automobilistes, dont 70% roulent au diesel.

L'association "40 millions d'automobilistes" dénonce une mesure "discriminatoire envers les foyers les plus modestes".

"Ce qui me gêne, c'est quand on prend une mesure sans faire de plan de circulation ou d'étude d'impact, quand on fait de la politique", accuse Pierre Chasseray, délégué général de l'association. "Leur objectif, c'est de créer des bouchons."

"Les embouteillages, est-ce bon pour le climat?", tweetait récemment l'ancien maire, Gérard Collomb, passé dans l'opposition.

"Je ne ne veux pas de bouchons, je veux moins de voitures pour créer plus de places pour les autres", se défend le président de la Métropole de Lyon Bruno Bernard.

Comme à New York ou La Paz, pour diminuer la part de la voiture individuelle, les Verts de Lyon comptent sur un téléphérique urbain pour relier l'ouest au sud de la ville fin 2025, avec à terme l'ambition de transporter 20000 à 25000 voyageurs par jour.

Mais là aussi, ça grince : ses opposants évoquent le survol de quartiers résidentiels et de bâtiments historiques ou classés, des pollutions visuelles et sonores, la crainte d'expropriations, le coût de 160 millions d'euros au moins...

"Quand on a près de 6 km de câble à une vingtaine de mètres au-dessus des maisons, huit gares et 40 pylônes, ça va se voir !", s'alarme Patrick Romestaing, habitant de Sainte-Foy-lès Lyon, membre de l’association Touche Pas à Mon Ciel.

Un urbanisme vert par petites touches

"Un projet qui part à la poubelle... Un autre... Encore un autre". Le promoteur Didier Caudard-Breille, réputé pour ses constructions innovantes, égraine les projets bloqués depuis l'arrivée des Verts à Lyon.

A la maison du projet, qui présente le visage futur du quartier d'affaires de La Part Dieu, la maquette a été changée début juin : les tours qui devaient donner un "skyline" digne d'une métropole européenne, comparable à Milan ou Munich, ont disparu.

"Tout ce qui est au-dessus de 50 mètres" "a été enlevé", décrypte-t-on à la société publique chargée d'aménager le site, la SPL Part Dieu.

Quelque 100 000 m2 de constructions sont passés à la trappe, deux voies de circulation ont été réservées aux "modes doux" de déplacement, les rares espaces verts prévus seront élargis.

Végétalisé et "apaisé", le premier quartier d'affaires de France hors Paris doit devenir un endroit "à vivre", au service de ses habitants, ambitionnent les écologistes qui présentaient leur premier grand chantier.

Michel Le Faou, qui pilota la politique d'urbanisme de la précédente équipe, s'attendait à "beaucoup plus percutant": pour lui, les écologistes "se sont contentés de +greenwasher+ le projet existant".

La transformation de ce quartier symbolique des errements des années 70, avec son architecture brutaliste et la priorité donnée à la voiture, était déjà bien engagée avant leur arrivée.

D'autres chantiers, moins écologiquement vertueux, étaient trop avancés pour être remis en cause. Les nouveaux élus ont dû avaler la construction d'un spectaculaire gratte-ciel jouxtant la gare, dont les premiers étages sortent de terre. Ou couper le ruban après l'achèvement des travaux du centre commercial de La Part-Dieu - le plus vaste d'Europe en centre-ville.

Ailleurs, par petites touches, depuis un an, une multiplicité de petites annonces esquissent la ville verte de demain: piétonnisation devant les écoles, plantation de mini-vergers, réduction des places de parking au profit du vélo.

Mais l'opposition reproche aux écologistes un manque d'ambition, attesté par l'absence de ces grands projets qui ont marqué les mandatures précédentes, comme la réhabilitation des berges du Rhône et de la Saône.

"Ce qui a porté la visibilité de Lyon depuis 40 ans était sa capacité à se projeter vers l'avant grâce à des projets emblématiques", estime M. Le Faou. "On en voit peu sortir et ceux en cours sont soumis à réinterrogation ou mis en +stand-by+."

Prendre son temps

Ce choix de prendre son temps avant de fixer les grandes orientations de la ville pour des décennies, les Verts l'assument. 

"Je ne veux pas signer les permis de construire de bâtiments qu'il faudra détruire dans moins de 40 ans", affirme l'adjoint à l'Urbanisme de la ville, Raphaël Michaud qui dénonce le lancement dans le passé d'opérations trop "expérimentales".

Même le nouveau quartier branché de la Confluence, où se multiplient les initiatives écologiques, ne trouve pas grâce à ses yeux. Trop "bling-bling", avec ses architectes stars (Kengo Kuma, Jean Nouvel, Rudy Ricciotti...).

Avec le projet Hikari, qui ambitionnait de devenir le premier îlot urbain à énergie positive d’Europe, "on s’est ridiculisés". Les futurs projets seront tous examinés sous le prisme de leur contribution à la transition écologique, assure l'élu.

En matière de planification urbaine, les Vert ne partent pas d'une page blanche à Lyon.

Sans être la "ville du quart d'heure", où les déplacements ne prennent pas plus de 15 minutes comme ils l'appellent de leur vœux, l'agglomération est déjà largement multipolaire, avec l'arrivée des nouveaux quartiers où cohabitent assez harmonieusement bureaux et logements.

Mais l'attractivité de la troisième ville de France a propulsé les prix de l'immobilier à des niveaux jamais atteints en province.

"La priorité du mandat, c'est le logement abordable, pas le logement tout court", insiste M. Michaud.

Sauf qu'au-delà des baux fonciers solidaires et de l'augmentation du budget des logements sociaux, pour faire vivre ses ambitions en matière immobilière, l'exécutif devra trouver où construire puisqu'il s'est engagé à ne pas bétonniser des surfaces encore intactes et à rebasculer en zones agricoles nombre de terrains jusqu'alors promis à l'urbanisation.


Barrot entame à Riyad une tournée pour repenser et consolider les partenariats avec le Golfe

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, arrive aujourd’hui à Riyad, dans le cadre d’une tournée qui le mène à Doha, Abou Dhabi, puis en Oman, où il clôturera son déplacement vendredi. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, arrive aujourd’hui à Riyad, dans le cadre d’une tournée qui le mène à Doha, Abou Dhabi, puis en Oman, où il clôturera son déplacement vendredi. (AFP)
Short Url
  • À travers une série d’échanges diplomatiques récents, la diplomatie française affiche une ambition claire : consolider ses partenariats avec les pays du Golfe et adapter ses outils d’influence afin de contribuer à une architecture de sécurité plus stable
  • L’axe principal de cette stratégie consiste, selon Paris, à renforcer une approche commune avec les pays du Golfe et à accroître la coordination face aux tensions persistantes

PARIS: Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, arrive aujourd’hui à Riyad, dans le cadre d’une tournée qui le mène à Doha, Abou Dhabi, puis en Oman, où il clôturera son déplacement vendredi.

Cette visite survient au moment où le Moyen-Orient est secoué par les conflits, les rivalités régionales et les recompositions stratégiques, un contexte qui conduit Paris à redéfinir sa place et son rôle dans la région.

À travers une série d’échanges diplomatiques récents, la diplomatie française affiche une ambition claire : consolider ses partenariats avec les pays du Golfe et adapter ses outils d’influence afin de contribuer à une architecture de sécurité plus stable.

L’axe principal de cette stratégie consiste, selon Paris, à renforcer une approche commune avec les pays du Golfe et à accroître la coordination face aux tensions persistantes, notamment liées à l’Iran, afin de partager une lecture des menaces et d’élaborer des réponses durables.

Des équilibres régionaux en mutation 

Dans cette logique, la stabilité du Liban demeure une priorité, assure Paris, qui estime que ce pays, fragilisé par des crises à répétition, incarne à lui seul les risques d’un effondrement régional en chaîne.

Par ailleurs, Paris insiste sur une réalité : les équilibres sont en train de changer, et les pays du Golfe, profondément marqués par les conflits récents, de l’Ukraine à Gaza, n’en sortiront pas indemnes.

Leurs besoins évoluent, leurs attentes aussi. Pour Paris, il ne s’agit plus seulement de maintenir des alliances existantes, mais de les transformer.

Dans ce cadre, les partenariats de défense, notamment, doivent être repensés à l’aune de nouvelles formes de guerre, à savoir l’usage massif des drones, l’intégration de l’intelligence artificielle ou encore les conflits hybrides, qui redéfinissent les règles du jeu.

La France entend rester un partenaire de premier plan, non pas en renégociant immédiatement ses accords, mais en les adaptant progressivement. « Il est encore trop tôt pour revoir les textes », souligne-t-on côté diplomatique, « mais il est évident que les besoins ne sont plus les mêmes ».

L’autre priorité, selon la diplomatie française, consiste à sécuriser les flux économiques et énergétiques. La question de la liberté de circulation, notamment dans des zones sensibles comme le détroit d’Ormuz, est revenue au premier plan.

Pour réduire les risques, Paris pousse à la diversification des routes commerciales. Le projet « IMEC », qui constitue un corridor reliant l’Inde, le Golfe et l’Europe, s’inscrit dans cette logique.

Plusieurs variantes sont à l’étude, passant potentiellement par la Syrie, la Jordanie, l’Égypte ou encore le Liban. L’enjeu n’est pas tant de trancher immédiatement, affirme la diplomatie française, que de bâtir une feuille de route commune avec les partenaires régionaux et européens.

Car la France n’avance pas seule et, si elle se montre particulièrement active, notamment en tant que puissance méditerranéenne, elle s’inscrit dans une dynamique plus large au sein de l’Union européenne, sur la base d’une prise de conscience partagée : la sécurité économique nécessite une meilleure résilience des chaînes d’approvisionnement.

Un soutien français multidimensionnel au Liban 

Sur le plan diplomatique, les regards restent également tournés vers les négociations entre l’Iran et les États-Unis. Même si le dialogue n’est pas rompu, les discussions peinent à progresser.

Les points de blocage sont connus : l’enrichissement de l’uranium, la levée des sanctions et la gestion des stocks nucléaires, autant de dossiers sensibles qui continuent d’alimenter l’incertitude régionale.

Pour l’heure, les échanges se poursuivent à distance, sans avancée décisive, et dans ce paysage complexe, le Liban reste un dossier central pour Paris.

Le soutien français se veut multidimensionnel : humanitaire, militaire, diplomatique et économique. Plusieurs dizaines de millions d’euros ont déjà été mobilisées pour venir en aide aux populations, tandis qu’un appui renforcé à l’armée libanaise est envisagé.

Mais la question du Hezbollah illustre toute l’ambiguïté de la situation. La France a durci sa position, qualifiant désormais son action militaire de terroriste (depuis le décès de deux soldats français de la FINUL) et soutenant le principe d’un monopole des armes par l’État libanais.

Toutefois, elle ne renie pas une réalité politique : le Hezbollah demeure un acteur incontournable du paysage libanais.

Enfin, Paris insiste sur un point : sa stratégie ne s’inscrit pas dans une logique de rivalité avec les États-Unis. Il ne s’agit pas de se substituer à Washington, mais de proposer une offre complémentaire.

Les pays du Golfe sont les mieux placés pour choisir leurs partenaires, affirme Paris, qui entend simplement rester un acteur crédible. La démarche française repose sur la conviction que, dans un Moyen-Orient fragmenté, seule une approche collective peut permettre de stabiliser durablement la région, et que ne rien faire n’est plus une option.


Présidentielle en France: Marine Le Pen veut un second tour face au camp macroniste

La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national, Marine Le Pen, réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 28 avril 2026. (AFP)
La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national, Marine Le Pen, réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 28 avril 2026. (AFP)
Short Url
  • Marine Le Pen souhaite un second tour contre le bloc central lié à Emmanuel Macron pour obtenir une « élection de choix », plutôt qu’un duel contre Jean-Luc Mélenchon perçu comme un vote de rejet
  • Elle souligne le rôle potentiel de Édouard Philippe comme candidat rassembleur, tout en restant incertaine de sa propre candidature selon une décision judiciaire, avec Jordan Bardella en possible remplaçant

PARIS: A un an de la présidentielle en France, Marine Le Pen affirme dans un entretien à l'AFP qu'elle "souhaite un second tour face au bloc central" - le camp du président Emmanuel Macron - pour "avoir la force d'une élection de choix" plutôt qu'une "élection de rejet" en cas de duel face à dirigeant de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon.

"La présidentielle se jouera certainement entre le bloc central et le RN, s'ils arrivent à avoir un candidat commun", déclare la patronne du Rassemblement national (extrême droite), qui estime que "dans cette configuration, Edouard Philippe a un certain nombre de qualités mathématiques" car "il est en même temps issu de la droite, ancien Premier ministre macroniste" et "il plaît à la gauche, en tout cas il ne la dérange pas".

Si sa préférence va donc à un affrontement contre celui qu'elle qualifie de "candidat du parti unique" et d'incarnation de "l'extinction du clivage droite-gauche", la triple candidate à l'Elysée souligne que dans ce scénario "il y a une condition sine qua non, c'est qu'ils arrivent à ne pas être quinze sur la ligne de départ".

Dans le cas contraire, "le risque que Jean-Luc Mélenchon s'appuie sur un socle qui est plus fiable que le bloc central est réel", poursuit Mme Le Pen, qui "souhaite un second tour face au bloc central" parce qu'elle "pense que ce qui est à faire est très important (et) qu'il est nécessaire d'avoir la force d'une élection de choix et pas d'une élection de rejet de l'autre candidat".

Les rares sondages de second tour réalisés ces derniers mois ont en effet prédit une très large victoire (à plus de 70%) au RN face à Jean-Luc Mélenchon, chef du parti de La France insoumise (LFI) - mais seul Jordan Bardella, le président du RN, a été testé comme candidat. Le match serait en revanche beaucoup plus serré face à l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, donné gagnant dans les dernières enquêtes d'opinion, aussi bien contre Mme Le Pen que M. Bardella.

Le parti d'extrême droite ne connaîtra toutefois le nom de son candidat que le 7 juillet, dans la foulée de la décision de la cour d'appel de Paris, qui pourrait confirmer l'inéligibilité de Marine Le Pen, voire lui imposer le port d'un bracelet électronique.

"Si les juges ne m'en empêchent pas, je serai candidate", assure-t-elle, précisant que "si je ne peux pas être candidate ou si je ne peux pas faire campagne, ça revient au même". Elle devrait alors laisser la place à Jordan Bardella.


La France rend hommage à un militaire tué au Liban

Le caporal-chef, promu sergent à titre posthume, est le troisième militaire français tué depuis le début de la guerre menée par Israël et les Etats-Unis contre l'Iran, le 28 février.  Il était déployé depuis le 23 janvier dans le sud du Liban comme adjoint-chef de groupe cynotechnique spécialisé dans la détection d'explosifs au sein de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). (AFP)
Le caporal-chef, promu sergent à titre posthume, est le troisième militaire français tué depuis le début de la guerre menée par Israël et les Etats-Unis contre l'Iran, le 28 février. Il était déployé depuis le 23 janvier dans le sud du Liban comme adjoint-chef de groupe cynotechnique spécialisé dans la détection d'explosifs au sein de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). (AFP)
Short Url
  • Cette attaque a causé la mort d'un autre militaire français, l'adjudant Florian Montorio, et blessé trois autres soldats dont Anicet Girardin, venu porter secours à son chef d'élément
  • Anicet Girardin est décédé mercredi dernier des suites de ses blessures, après avoir été rapatrié en France

SUIPPES: Un hommage national a été rendu mardi dans la Marne, dans le nord-est de la France, au sergent Anicet Girardin, mort à 31 ans des suites de ses blessures après une embuscade au Liban.

Le caporal-chef, promu sergent à titre posthume, est le troisième militaire français tué depuis le début de la guerre menée par Israël et les Etats-Unis contre l'Iran, le 28 février.

Il était déployé depuis le 23 janvier dans le sud du Liban comme adjoint-chef de groupe cynotechnique spécialisé dans la détection d'explosifs au sein de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).

Le 18 avril, lors d'une mission de reconnaissance d'itinéraire visant à réaliser le ravitaillement d'un poste isolé de Casques bleus, sa patrouille "a été prise à partie par un groupe armé", a expliqué le 132e régiment d'infanterie cynotechnique de Suippes, où il s'était engagé en 2016.

Cette attaque a causé la mort d'un autre militaire français, l'adjudant Florian Montorio, et blessé trois autres soldats dont Anicet Girardin, venu porter secours à son chef d'élément.

Anicet Girardin est décédé mercredi dernier des suites de ses blessures, après avoir été rapatrié en France. Le lendemain, un hommage national avait été rendu à Florian Montorio au 17e régiment du génie parachutiste de Montauban (sud-ouest), d'où il était issu.

"La nation s'incline devant le sergent Anicet Girardin (...), le 145e mort pour la France au Liban depuis 1978", a déclaré la ministre française des Armées, Catherine Vautrin, qui présidait la cérémonie en présence du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Pierre Schill.

Elle a rendu hommage devant son cercueil recouvert du drapeau tricolore à un homme "consciencieux, discret, d'une fiabilité absolue" et qui était "apprécié de tous".

Les autorités françaises et l'ONU ont attribué l'attaque au mouvement pro-iranien Hezbollah, lequel a nié toute implication.

La mort d'Anicet Girardin "redit le tribut que la France paye, son rôle et sa responsabilité, en l'espèce dans le cadre de la Finul où elle est depuis des décennies", a aussi déclaré mardi Emmanuel Macron en marge d'un déplacement en Andorre.

"Nous attendons évidemment une condamnation claire des auteurs de cette attaque, et surtout que les poursuites soient faites comme il se doit. Mais la France peut être fière du rôle qu'elle joue au Liban et pour la paix", a ajouté le président français.