France: des rêves à la réalité pour la ville écolo de Lyon

Dans cette photo d'archive , un client conduit un nouveau vélo «VeloV» à louer à Villeurbanne près de Lyon, dans le sud-est de la France . Lyon, troisième ville de France, est l'une des premières métropoles vertes d'Europe(AFP)
Dans cette photo d'archive , un client conduit un nouveau vélo «VeloV» à louer à Villeurbanne près de Lyon, dans le sud-est de la France . Lyon, troisième ville de France, est l'une des premières métropoles vertes d'Europe(AFP)
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Publié le Mercredi 07 juillet 2021

France: des rêves à la réalité pour la ville écolo de Lyon

  • Un an après, cette cité industrielle de quelque 520 000 habitants (1,4 million dans l'agglomération), point de passage vers le sud de la France et l'est de l'Europe, vit quelques changements et beaucoup de casse-têtes
  • Les compteurs y ont recensé plus de 15,7 millions de passages de cyclistes entre le 1er janvier et le 15 juin, contre 11,6 millions sur la même période en 2019

LYON :En juin 2020, Lyon, troisième ville de France, devenait l'une des principales métropoles écologistes d'Europe. Forêts urbaines, cantines entièrement bio, végétalisation des quartiers, ville "100% marchable et cyclable": les rêves étaient grands.

La ville "ne doit plus être un poids pour la planète", lançait le nouveau maire de Lyon (centre-est) Grégory Doucet, novice en politique de 47 ans élu parmi d'autres écologistes à la tête de grandes villes (comme Bordeaux dans le sud-ouest ou Strasbourg à l'est) lors d'une vague verte inédite.

Un an après, cette cité industrielle de quelque 520 000 habitants (1,4 million dans l'agglomération), point de passage vers le sud de la France et l'est de l'Europe, vit quelques changements et beaucoup de casse-têtes.

Les premiers pas ont été électriques et les procès en idéologie récurrents. Taxer le sacro-saint Tour de France cycliste de "machiste et polluant" est mal passé.

Tout comme l'annonce en février du retrait de la viande des menus scolaires, pour raisons sanitaires. La mesure, temporaire, a provoqué colère de l'opposition, manifestations d'agriculteurs, polémique au sein du gouvernement. Quelques semaines plus tard la viande était réintroduite.

Mais de nombreux chantiers ont été lancés - dont des forêts urbaines pas encore sorties de terre - et "l'état d'urgence climatique" a été décrété avec un tiers des investissements d'ici la fin du mandat en 2026 consacrés à la transition écologique.

Comment une grande métropole européenne se verdit-elle ? Pour mesurer ambitions et difficultés, le bureau de Lyon de l'AFP s'est penché sur trois domaines d'action.

Les cantines, laboratoire du «mieux manger»

Des menus "100% bio et 50% local" : c'est l'objectif affiché pour 2026. Reste qu'à l'échelle d'une ville comme Lyon, où plus de trois millions de repas scolaires sont servis annuellement, cela ne se fait pas comme ça.

Pour renouveler en 2022 le gestionnaire de la cuisine centrale des cantines, un appel d'offres a été lancé fin avril. Il doit répondre à ce cahier des charges, bras armé des ambitions écologistes. Qui se heurtent d'emblée à une réalité: dans le département du Rhône, seules 10% des exploitations sont en bio, selon la Chambre d'agriculture, comme dans les départements voisins de la Loire ou de l'Isère. Il a fallu revoir à la baisse.

"On a précisément la volonté politique de transformer la filière", explique le conseiller délégué à l'alimentation locale Gautier Chapuis. "On veut créer une dynamique de conversion", abonde l'adjointe à l'Éducation, Stéphanie Léger.

La ferme bio du Val Fleury, à l'ouest de la ville, coche déjà toutes les cases.

Avec une trentaine de vaches, l'éleveur Adrien Mazet produit 200.000 litres de lait par an, dont la moitié sert à produire des yaourts et crèmes dessert servis aux petits Lyonnais, via une coopérative.

En ce jeudi de mai, jour de visite pour l'AFP, la conditionneuse tourne sans relâche pour préparer 27.000 pots à la vanille. Par un simple tuyau, la traite matinale alimente directement la machine à yaourts : "On peut difficilement faire moins en termes d'empreinte carbone", s'amuse le trentenaire.

Ce "signal fort" de la mairie sur le bio va, espère-t-il, "susciter des vocations car on renouvelle péniblement une exploitation sur trois dans la région".

Jadis, les collines environnantes ne manquaient ni d'agriculteurs ni de petites unités de production, avant que l'industrie alimentaire et la grande distribution imposent un autre modèle.

Récemment, dans les environs, Adrien Mazet a créé une fromagerie, un atelier de transformation de fruits a vu le jour et une légumerie-conserverie est en projet. Une renaissance ?

Pour conjuguer bio et local en quantité significative, "il faut avoir les outils adaptés" à proximité, souligne l'éleveur partisan d'une agriculture "paysanne", "à taille humaine", destinée à faire vivre le territoire qui l'entoure.

Actuellement, les omelettes de la cantine arrivent toutes prêtes de Bretagne (nord-ouest), qui concentre les ateliers de transformation, et la casserie la plus proche pour se fournir en oeufs liquides est à plus de 100 km...

Ruser

À Rillieux-la-Pape, au nord de Lyon, la cuisine centrale prépare les 28 000 repas servis en moyenne, quatre jours par semaine, dans les écoles.

Ce jour de juin, c'est poisson-purée. Près de six tonnes de pommes de terre, produites à trois km de là, ont été livrées pour être mécaniquement épluchées, désinfectées, rincées ; avant d'être cuites, écrasées, mélangées au lait dans des marmites de 250 kg.

Trouver localement de la patate ou de la carotte bio, en quantités suffisantes, est possible en développant les cultures maraîchères ou de plein champ chez des éleveurs en quête de diversification. Mais pour des cultures plus techniques comme le concombre ou la tomate, c'est compliqué.

Les contraintes sont nombreuses: saisonnalité des produits, aléas climatiques, calibrages. Et surtout, une réglementation qui interdit le critère du local dans les appels d'offres...

Les écologistes contournent l'obstacle en rusant.

Par exemple, pour le poulet, ils demandent au futur prestataire de proposer différents morceaux (émincés, blancs, etc.) et non plus seulement des cuisses. Cela permettra à des producteurs plus petits, des environs, de proposer leur viande, alors que seuls de gros opérateurs, plus lointains, peuvent fournir 30 000 cuisses d'un coup.

Reste que sur le papier, la mairie n'exige que 75% de bio et non les 100% promis durant la campagne, regrette l'Association des producteurs bio du Rhône et de la Loire (Ardab).

Confrontés au principe de réalité, les élus admettent qu'ils "ne mesuraient pas toutes les contraintes" et craignaient de se retrouver le bec dans l'eau en en demandant trop.

La voiture dans le collimateur des Verts

Chaque matin, Karine Arditti, professeure d’histoire-géographie de 44 ans, enfourche son vélo-cargo, conduit sa fille de cinq ans à l'école avant de poursuivre sa route vers un lycée de Villeurbanne, limitrophe de Lyon.

Les conditions de circulation s'améliorent, note-t-elle, notamment grâce aux "coronapistes", ces voies cyclables qui ont fleuri à la faveur des confinements. "Les relations sont plus apaisées avec les automobilistes."

"Apaiser la voirie": c'est le leitmotiv des écologistes à Lyon. En clair: moins de voitures, plus de piétons, de vélos et de transports en commun, "une ville 100% cyclable et marchable." Pas si simple.

L’objectif est de passer de 1000 à 2000 km de pistes sur le mandat dans les 59 communes de l'agglomération. A la faveur de la crise sanitaire, 33 km d’aménagements cyclables ont été pérennisés, soit plus 10% de voies en moins d’un an.

Les compteurs y ont recensé plus de 15,7 millions de passages de cyclistes entre le 1er janvier et le 15 juin, contre 11,6 millions sur la même période en 2019.

"Les ventes de vélo ont explosé, les marchands sont en manque de stock", confirme Frédérique Bienvenue, co-présidente de l'association La Ville à Vélo.

Un projet phare de Réseau express vélo (REV), vient d'être lancé, 250 km de pistes à créer ou aménager d'ici 2026 pour relier les communes de l'agglomération à la ville-centre.

Pourtant, les pro-vélo restent frustrés. "Au bout d’un an on en est encore à des réunions de concertation" sur la mise en place de pistes en dur et du REV, souligne Mme Bienvenue. "La voirie, c'est forcément du temps long", répond un vice-président de la métropole Fabien Bagnon.

Les adeptes du cycle s'agacent aussi de devoir partager les ressources... avec les piétons. "On nous a annoncé un doublement du budget +mobilités actives+ à 320 millions d’euros mais cela comprend aussi la remise à niveau de l’espace +marchable+. Un énorme budget va partir là-dessus", dit Mme Bienvenue.

«Dissuader»

Car avoir "une ville qui respire", c'est aussi mettre l’accent sur la piétonnisation.

"On ne souhaite pas rendre la voiture invisible mais qu’il y en ait moins", explique Valentin Lungenstrass, adjoint à la mobilité et à la logistique urbaine. "Le principe revient à réorganiser la circulation pour dissuader les automobilistes qui n’ont rien à y faire" d'emprunter des petites rues en suivant leurs applications de guidage.

Le cap fixé est celui d’un parc automobile "réduit et dépollué" avec bannissement du diesel d’ici 2026 dans la Zone à faibles émissions. Ce qui fâche de nombreux élus et automobilistes, dont 70% roulent au diesel.

L'association "40 millions d'automobilistes" dénonce une mesure "discriminatoire envers les foyers les plus modestes".

"Ce qui me gêne, c'est quand on prend une mesure sans faire de plan de circulation ou d'étude d'impact, quand on fait de la politique", accuse Pierre Chasseray, délégué général de l'association. "Leur objectif, c'est de créer des bouchons."

"Les embouteillages, est-ce bon pour le climat?", tweetait récemment l'ancien maire, Gérard Collomb, passé dans l'opposition.

"Je ne ne veux pas de bouchons, je veux moins de voitures pour créer plus de places pour les autres", se défend le président de la Métropole de Lyon Bruno Bernard.

Comme à New York ou La Paz, pour diminuer la part de la voiture individuelle, les Verts de Lyon comptent sur un téléphérique urbain pour relier l'ouest au sud de la ville fin 2025, avec à terme l'ambition de transporter 20000 à 25000 voyageurs par jour.

Mais là aussi, ça grince : ses opposants évoquent le survol de quartiers résidentiels et de bâtiments historiques ou classés, des pollutions visuelles et sonores, la crainte d'expropriations, le coût de 160 millions d'euros au moins...

"Quand on a près de 6 km de câble à une vingtaine de mètres au-dessus des maisons, huit gares et 40 pylônes, ça va se voir !", s'alarme Patrick Romestaing, habitant de Sainte-Foy-lès Lyon, membre de l’association Touche Pas à Mon Ciel.

Un urbanisme vert par petites touches

"Un projet qui part à la poubelle... Un autre... Encore un autre". Le promoteur Didier Caudard-Breille, réputé pour ses constructions innovantes, égraine les projets bloqués depuis l'arrivée des Verts à Lyon.

A la maison du projet, qui présente le visage futur du quartier d'affaires de La Part Dieu, la maquette a été changée début juin : les tours qui devaient donner un "skyline" digne d'une métropole européenne, comparable à Milan ou Munich, ont disparu.

"Tout ce qui est au-dessus de 50 mètres" "a été enlevé", décrypte-t-on à la société publique chargée d'aménager le site, la SPL Part Dieu.

Quelque 100 000 m2 de constructions sont passés à la trappe, deux voies de circulation ont été réservées aux "modes doux" de déplacement, les rares espaces verts prévus seront élargis.

Végétalisé et "apaisé", le premier quartier d'affaires de France hors Paris doit devenir un endroit "à vivre", au service de ses habitants, ambitionnent les écologistes qui présentaient leur premier grand chantier.

Michel Le Faou, qui pilota la politique d'urbanisme de la précédente équipe, s'attendait à "beaucoup plus percutant": pour lui, les écologistes "se sont contentés de +greenwasher+ le projet existant".

La transformation de ce quartier symbolique des errements des années 70, avec son architecture brutaliste et la priorité donnée à la voiture, était déjà bien engagée avant leur arrivée.

D'autres chantiers, moins écologiquement vertueux, étaient trop avancés pour être remis en cause. Les nouveaux élus ont dû avaler la construction d'un spectaculaire gratte-ciel jouxtant la gare, dont les premiers étages sortent de terre. Ou couper le ruban après l'achèvement des travaux du centre commercial de La Part-Dieu - le plus vaste d'Europe en centre-ville.

Ailleurs, par petites touches, depuis un an, une multiplicité de petites annonces esquissent la ville verte de demain: piétonnisation devant les écoles, plantation de mini-vergers, réduction des places de parking au profit du vélo.

Mais l'opposition reproche aux écologistes un manque d'ambition, attesté par l'absence de ces grands projets qui ont marqué les mandatures précédentes, comme la réhabilitation des berges du Rhône et de la Saône.

"Ce qui a porté la visibilité de Lyon depuis 40 ans était sa capacité à se projeter vers l'avant grâce à des projets emblématiques", estime M. Le Faou. "On en voit peu sortir et ceux en cours sont soumis à réinterrogation ou mis en +stand-by+."

Prendre son temps

Ce choix de prendre son temps avant de fixer les grandes orientations de la ville pour des décennies, les Verts l'assument. 

"Je ne veux pas signer les permis de construire de bâtiments qu'il faudra détruire dans moins de 40 ans", affirme l'adjoint à l'Urbanisme de la ville, Raphaël Michaud qui dénonce le lancement dans le passé d'opérations trop "expérimentales".

Même le nouveau quartier branché de la Confluence, où se multiplient les initiatives écologiques, ne trouve pas grâce à ses yeux. Trop "bling-bling", avec ses architectes stars (Kengo Kuma, Jean Nouvel, Rudy Ricciotti...).

Avec le projet Hikari, qui ambitionnait de devenir le premier îlot urbain à énergie positive d’Europe, "on s’est ridiculisés". Les futurs projets seront tous examinés sous le prisme de leur contribution à la transition écologique, assure l'élu.

En matière de planification urbaine, les Vert ne partent pas d'une page blanche à Lyon.

Sans être la "ville du quart d'heure", où les déplacements ne prennent pas plus de 15 minutes comme ils l'appellent de leur vœux, l'agglomération est déjà largement multipolaire, avec l'arrivée des nouveaux quartiers où cohabitent assez harmonieusement bureaux et logements.

Mais l'attractivité de la troisième ville de France a propulsé les prix de l'immobilier à des niveaux jamais atteints en province.

"La priorité du mandat, c'est le logement abordable, pas le logement tout court", insiste M. Michaud.

Sauf qu'au-delà des baux fonciers solidaires et de l'augmentation du budget des logements sociaux, pour faire vivre ses ambitions en matière immobilière, l'exécutif devra trouver où construire puisqu'il s'est engagé à ne pas bétonniser des surfaces encore intactes et à rebasculer en zones agricoles nombre de terrains jusqu'alors promis à l'urbanisation.


Sophie Adenot transmet «plein de bonnes ondes» aux écoliers pour la rentrée

Cheveux flottant en l'air et tout sourire, la Française a reconnu être "un petit peu fatiguée" après trois sorties extravéhiculaires (EVA) réalisées en quinze jours, confiant que le simple fait de tenir un stylo pour prendre des notes était "douloureux". (AFP)
Cheveux flottant en l'air et tout sourire, la Française a reconnu être "un petit peu fatiguée" après trois sorties extravéhiculaires (EVA) réalisées en quinze jours, confiant que le simple fait de tenir un stylo pour prendre des notes était "douloureux". (AFP)
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  • Cheveux flottant en l'air et tout sourire, la Française a reconnu être "un petit peu fatiguée" après trois sorties extravéhiculaires (EVA) réalisées en quinze jours
  • Mais ces EVA "resteront le point culminant" de sa première mission à bord de l'ISS

PARIS: Sophie Adenot a transmis mercredi "plein de bonnes ondes" aux écoliers pour la rentrée, en répondant aux questions des journalistes depuis la Station spatiale internationale (ISS) au lendemain de sa troisième sortie dans l'espace.

"Quand on rentre, ce n'est pas toujours drôle. On sait qu'il y aura plein d'équations de maths ou des matières qu'on n'aime pas forcément. Ce que je voudrais dire à tous les jeunes, c'est qu'un jour ça débouchera sur quelque chose qui vous fera vraiment plaisir et qui vous permettra de vous éclater dans votre profession ou dans la vie", a déclaré l'astronaute de 44 ans, mère d'un jeune garçon.

Cheveux flottant en l'air et tout sourire, la Française a reconnu être "un petit peu fatiguée" après trois sorties extravéhiculaires (EVA) réalisées en quinze jours, confiant que le simple fait de tenir un stylo pour prendre des notes était "douloureux".

Mais ces EVA "resteront le point culminant" de sa première mission à bord de l'ISS. "C'est très impressionnant de voir la Terre sous nos pieds", a-t-elle raconté, comparant la sortie de la station à la sensation "d'ouvrir la portière d'une voiture et de se retrouver les pieds au bord d'une falaise".

Première femme française à s'aventurer dans le vide spatial, Sophie Adenot a réalisé trois sorties les 18 et 25 août et le 1er septembre. Les deux premières en binôme avec l'Américain Anil Menon pour remplacer une antenne défectueuse et la troisième avec Jessica Meir au cours de laquelle elles ont effectué en parallèle plusieurs tâches de maintenance.

Des expériences "très, très différentes les unes des autres", a-t-elle détaillé. "La première est vraiment difficile parce que c'est ce grand saut dans l'inconnu, alors qu'après, la deuxième et la troisième, on progresse dans la confiance en soi, même si c'est dans un environnement très hostile".


Hélène Huby, l’ambition de faire de l'espace un monde coopératif incluant les pays arabes

À moins de cinquante ans, Hélène Huby dirige l’une des entreprises spatiales européennes les plus ambitieuses, avec 650 collaborateurs, des contrats qui se chiffrent en milliards et un projet qui dépasse largement la seule prouesse technologique. (Photo Arlette Khouri)
À moins de cinquante ans, Hélène Huby dirige l’une des entreprises spatiales européennes les plus ambitieuses, avec 650 collaborateurs, des contrats qui se chiffrent en milliards et un projet qui dépasse largement la seule prouesse technologique. (Photo Arlette Khouri)
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  • Il y a chez Hélène Huby une manière presque désarmante de raconter un parcours qui, vu de l’extérieur, n’a rien d’ordinaire
  • Comment est-elle « tombée dans la marmite de l’espace » ? Sa réponse tient en quelques mots : « Par chance. »

PARIS: À moins de cinquante ans, Hélène Huby dirige l’une des entreprises spatiales européennes les plus ambitieuses, avec 650 collaborateurs, des contrats qui se chiffrent en milliards et un projet qui dépasse largement la seule prouesse technologique.

Son ambition est de construire les moyens de transport de l’espace de demain, mais aussi de contribuer à façonner un espace qui serait un lieu de coopération entre les nations, une vision dans laquelle le monde arabe, et notamment l’Arabie saoudite, occupe une place qu’elle entend développer.

Il y a chez Hélène Huby une manière presque désarmante de raconter un parcours qui, vu de l’extérieur, n’a rien d’ordinaire.

Comment est-elle « tombée dans la marmite de l’espace » ? Sa réponse tient en quelques mots : « Par chance. »

Son mari ayant accepté un poste à Brême, en Allemagne, elle cherchait alors un nouvel emploi. Un poste se présente chez Airbus, elle le prend, et c’est là, dit-elle, qu’elle découvre sa vocation.

« C’est tout », résume-t-elle avec une simplicité qui contraste singulièrement avec la trajectoire qui va suivre.

Elle va travailler « énormément ». Elle est remarquée par le directeur technique d’Airbus Defence and Space, qui lui propose de prendre la direction de l’innovation du groupe.

The Exploration Company

Un pari considérable puisque, lorsqu’elle entre dans le secteur, elle ne connaît pratiquement rien au spatial. Elle saisit sa chance et, de son propre aveu, « livre » plutôt bien. La progression sera ensuite fulgurante.

Elle passe par ArianeGroup, où elle dirige notamment un projet de petite fusée, avant de revenir chez Airbus. Elle y devient vice-présidente en charge de l’European Service Module, la partie européenne de la capsule Orion, celle qui a effectué le tour de la Lune.

L’Europe produisait la moitié de cette capsule et, en y travaillant, une idée commence à s’imposer à elle : « Pourquoi ne pas construire la capsule entière ? »

En 2021, Huby quitte Airbus et fonde The Exploration Company. Cinq ans plus tard, confie-t-elle, deux prototypes de capsule ont volé, mais aucun n’a accompli la totalité de sa mission. Seul le dernier a réussi l’essentiel de ce qui lui était demandé.

Le prochain objectif est autrement plus important : il consiste à faire voler la capsule définitive vers une station spatiale. Le calendrier prévoit un premier vol en novembre 2028, mais, dans ce secteur, les retards sont fréquents et la date pourrait évoluer.

Ce qui interpelle chez Huby, c’est qu’elle ne parle pas d’abord de croissance ou de valorisation. Elle parle d’impact. « Ce qui me drive, c’est l’impact », explique-t-elle, et l’idée d’avoir, à la fin d’une vie bien remplie, créé « un maximum d’impact positif ».

C’est, dit-elle, en observant les manques et en essayant de les combler que s’est construit son projet. L’Europe n’avait pas de capsule : elle décide d’en créer une.

Mais elle identifie un autre manque, qui réside dans la manière dont l’humanité s’apprête à construire son avenir dans l’espace, qui n’est pas seulement une nouvelle frontière technologique, mais appartient à notre avenir collectif.

Or, constate-t-elle, cet espace se construit aujourd’hui de manière de plus en plus « confrontationnelle », notamment à travers la rivalité entre les États-Unis et la Chine.

À l’inverse, sa réponse consiste à construire des véhicules entre plusieurs pays, à faire travailler ensemble des nations différentes et à créer, par la technologie, des collaborations concrètes.

Une ambition qui dépasse la technologie et qu’elle tente de réaliser avec The Exploration Company, qui s’est spécialisée dans ce qu’elle appelle « la verticale du transport spatial ».

D’un côté, les fusées permettent d’aller de la Terre vers l’espace. De l’autre, les capsules assurent le transport entre l’espace, les stations spatiales et le retour sur Terre.

L’entreprise veut progressivement maîtriser cette chaîne : construire les véhicules, mais aussi les opérer. Une concentration qui rappelle, selon Huby, la manière dont une compagnie aérienne pourrait à la fois construire et exploiter ses avions.

Le défi financier est à la hauteur de l’ambition : il faut environ un demi-milliard d’euros pour développer une capsule cargo, autour de quatre milliards pour une capsule destinée au vol habité, et encore plusieurs milliards pour développer un très gros lanceur.

Elle ne promet pas l’impossible. Elle sait que les délais peuvent glisser, que les prototypes peuvent échouer et que la technologie doit encore faire ses preuves. Mais son obsession du moment est étonnamment simple : « Faire fonctionner le produit. »

Cette même lucidité apparaît lorsqu’elle parle de durabilité. Elle refuse de présenter le spatial comme une activité propre par nature : « Une fusée, ça pollue », reconnaît-elle sans détour.

L’enjeu est donc de réduire autant que possible son impact par la réutilisation des capsules et des fusées, le recours au biométhane pour les futurs lanceurs et une attention portée à la chaîne de production.

Mais là encore, Huby refuse de se départir de sa prudence. La priorité, insiste-t-elle, est que les véhicules fonctionnent. Ensuite viendra la possibilité d’aller encore plus loin dans la réduction de leur empreinte environnementale.

Thomas Pesquet

La capsule a ainsi été conçue pour que la partie non réutilisable se désintègre dans l’atmosphère au moment de la séparation, plutôt que de devenir un nouveau débris spatial.

Cette approche est révélatrice de sa manière de penser : elle ne prétend pas résoudre tous les problèmes du monde, mais estime que chaque acteur doit prendre sa part de responsabilité.

Cette conviction explique aussi son engagement aux côtés du président français Emmanuel Macron pour le sommet spatial organisé à Paris, les 9 et 10 septembre.

Avec le cosmonaute Thomas Pesquet, qui partage avec elle un même attachement au vol habité et à l’ambition européenne dans l’espace, elle a été choisie comme envoyée spéciale du sommet.

Plus de 120 délégations sont attendues et l’enjeu dépasse largement les questions techniques. Il s’agit de réfléchir à la manière dont l’humanité va vivre et coopérer dans cet espace qui devient progressivement une nouvelle frontière.

C’est dans cette même logique qu’elle regarde avec beaucoup d’intérêt vers le monde arabe. The Exploration Company est déjà implantée aux Émirats arabes unis et y développe des collaborations avec différents partenaires.

Des discussions sont également engagées avec l’Arabie saoudite, indique Huby, qui estime que le monde arabe deviendra l’un des grands leaders du spatial au cours des dix prochaines années.

Elle y voit des pays qui ont de l’ambition, une compréhension fine de la technologie et surtout une capacité à inscrire leurs décisions dans la durée.

Elle cite notamment l’Arabie saoudite, qui a fixé des objectifs de production locale dans le domaine militaire et les a poursuivis jusqu’à leur réalisation.

Toutefois, il y a chez elle une volonté de se différencier d’une certaine approche, parfois reprochée aux entreprises occidentales lorsqu’elles arrivent dans la région. Elle ne veut pas venir chercher de l’argent, elle veut d’abord apporter quelque chose.

The Exploration Company, explique-t-elle, a investi dans la région avant même de recevoir un investissement local. L’entreprise y a créé des emplois, développé des technologies et contribué à l’écosystème.

Si les gouvernements de la région souhaitent ensuite soutenir financièrement l’entreprise, ils seront évidemment les bienvenus. Mais le message est clair : la relation doit commencer par une contribution, par la création et par le développement des compétences.

Il reste enfin une autre Huby, celle qui apparaît entre deux réponses techniques et qui, interrogée sur son statut de femme dans un univers encore très masculin, répond simplement qu’il y en a « quelques-unes ».

Et surtout celle qui écarte le surnom d’« Elon Musk française » et répond : « On en reparlera quand nos produits auront volé. »


France Volontaires et l’Institut du monde arabe renforcent leur coopération 

Yann Delaunay, directeur général de France Volontaires et Anne-Claire Legendre,  présidente de l’Institut du monde arabe. (Photo fournie)
Yann Delaunay, directeur général de France Volontaires et Anne-Claire Legendre, présidente de l’Institut du monde arabe. (Photo fournie)
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  • Pour l’IMA, le partenariat doit permettre de renforcer les collaborations avec de jeunes professionnels et talents du monde arabe, en les associant à ses équipes et à ses projets
  • Pour France Volontaires, il ouvre un nouveau cadre de coopération avec l’une des principales institutions françaises consacrées aux relations entre la France et le monde arabe

PARIS : France Volontaires et l’Institut du monde arabe (IMA) ont signé lundi 31 août un accord visant à développer les échanges de volontaires entre la France et les pays arabes, avec l’objectif de renforcer les liens entre les sociétés civiles et de favoriser la circulation des compétences et des savoirs.

Cette convention structure leur coopération autour du volontariat international d’échange et de solidarité (V.I.E.S.), avec une attention particulière portée au principe de réciprocité. Celui-ci permet de développer des missions de volontariat dans les deux sens, en accueillant notamment au sein d’organisations françaises des jeunes issus des pays partenaires.

Pour l’IMA, le partenariat doit permettre de renforcer les collaborations avec de jeunes professionnels et talents du monde arabe, en les associant à ses équipes et à ses projets. Pour France Volontaires, il ouvre un nouveau cadre de coopération avec l’une des principales institutions françaises consacrées aux relations entre la France et le monde arabe.

Deux premières missions au sein de l’Institut du monde arabe

La convention prévoit la mise en place de deux premières missions de volontariat au sein de l’IMA.

La première sera confiée à Layan Qarain, une Jordanienne de 28 ans, dans le cadre d’une mission de Volontariat de solidarité internationale (VSI). Trilingue en arabe, français et anglais, elle apportera son expertise à la communication en langue arabe de l’Institut.

Son parcours comprend notamment des expériences à l’Ambassade de France en Jordanie et à l’Institut français de Jordanie, dans des fonctions liées à la communication institutionnelle. Son profil se situe ainsi à la croisée de la coopération internationale, de la culture et du dialogue entre la France et le monde arabe.

Selon France Volontaires, cette mission doit permettre à Qarain de mettre ses compétences au service de projets favorisant les échanges et la compréhension mutuelle entre les sociétés françaises et arabes.

La deuxième mission prévoit l’accueil d’un volontaire dans le cadre du Service Civique de réciprocité. Celui-ci travaillera notamment sur les relations avec les fondations et les acteurs de la philanthropie dans les pays du Golfe.

L’association La Guilde, membre de France Volontaires, accompagnera la mise en œuvre de ces deux missions pour le compte de l’Institut du monde arabe.

Un partenariat inscrit dans la durée

Au-delà de ces deux premières expériences, France Volontaires et l’IMA souhaitent utiliser cette convention pour identifier et développer de nouveaux projets communs.

France Volontaires accompagnera notamment les équipes de l’Institut et ses partenaires dans la découverte des différents dispositifs de volontariat international. Des sessions d’information et des ressources pratiques doivent permettre de faciliter la conception et la mise en œuvre de futures missions.

La convention est conclue pour une durée de quatre ans et fera l’objet d’un suivi annuel. Celui-ci permettra notamment de recenser les projets réalisés, de suivre le nombre de volontaires mobilisés et d’évaluer les résultats de la coopération.

Pour Anne-Claire Legendre, présidente de l’Institut du monde arabe, ce partenariat traduit concrètement la vocation de l’institution à rapprocher la France et le monde arabe.

« La réciprocité et le partage des compétences sont au cœur de cette démarche », a-t-elle déclaré.

De son côté, Yann Delaunay, directeur général de France Volontaires, considère le volontariat comme un outil permettant de transformer le dialogue entre les sociétés en expériences concrètes.

« Nous souhaitons créer des opportunités d’engagement qui permettent aux jeunes de France et des pays arabes de se rencontrer, de mettre leurs compétences au service de projets communs et de construire ensemble de nouvelles formes de coopération engagée et réciproque », a-t-il affirmé.

À travers cet accord, les deux organisations entendent ainsi donner une dimension plus concrète aux échanges franco-arabes, en misant sur la mobilité des jeunes, le partage d’expertises et la coopération entre les sociétés civiles.