Afghanistan: début de retour à l'obscurantisme taliban dans les zones récemment conquises

Des habitants des zones récemment conquises par les talibans confirment qu'ils semblent revenir à leurs vieilles méthodes (Photo, AFP).
Des habitants des zones récemment conquises par les talibans confirment qu'ils semblent revenir à leurs vieilles méthodes (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 14 juillet 2021

Afghanistan: début de retour à l'obscurantisme taliban dans les zones récemment conquises

  • Depuis que les forces étrangères ont entamé début mai leur départ définitif du pays, prévu pour s'achever d'ici fin août, les talibans ont pris le contrôle de vastes territoires ruraux dans le pays
  • Ils ont notamment pris pied dans certaines zones du Nord - comme la province de Takhar - qu'ils n'avaient jamais contrôlées du temps où ils dirigeaient le pays, entre 1996 et 2001

KUNDUZ: Quelques jours après s'être emparés d'un district isolé de la province de Takhar dans le Nord de l'Afghanistan, les talibans ont annoncé dans une lettre à l'imam local les nouvelles règles en vigueur : barbe obligatoire pour les hommes, femmes sous tutelle.

Leur lettre « disait que les femmes ne pouvaient aller au marché sans un accompagnateur masculin et que les hommes ne devaient pas raser leur barbe », explique Sefatullah, 25 ans, un habitant du district de Kalafgan, tombé récemment aux mains des insurgés.

Fumer est désormais interdit, poursuit-il, et les talibans ont averti qu'ils « s'occuperaient sérieusement » de quiconque violerait ces règles.

Depuis que les forces étrangères ont entamé début mai leur départ définitif du pays, prévu pour s'achever d'ici fin août, les talibans ont pris le contrôle de vastes territoires ruraux dans le pays et de postes-frontières clés avec l'Iran, le Turkménistan et le Tadjikistan.

Ils ont notamment pris pied dans certaines zones du Nord - comme la province de Takhar - qu'ils n'avaient jamais contrôlées du temps où ils dirigeaient le pays, entre 1996 et 2001 et qui n'avaient donc jamais connu l'interprétation ultra-rigoriste de la charia alors instaurée par les « étudiants en religion ».

Le premier poste-frontière important saisi par les insurgés, en juin, a été celui de Shir Khan Bandar, frontalier du Tadjikistan, un axe névralgique pour les relations économiques avec l'Asie centrale.

« Après que Shir Khan Bandar est tombé, les talibans ont ordonné aux femmes de ne pas sortir de leur maison », raconte Sajeda, 24 ans, qui travaillait alors dans une usine de la ville.

« Beaucoup de femmes et jeunes filles travaillaient dans la broderie, la couture ou fabriquaient des chaussures (...) L'ordre des talibans nous a terrifiées », dit-elle par téléphone.

Vice et vertu

Lorsqu'ils étaient au pouvoir, avant d'être renversés fin 2001 par une coalition internationale menée par les États-Unis, les talibans ont imposé leur version particulièrement stricte de la loi islamique.

Jeux, musique, photographies, télévision étaient interdits. Les voleurs avaient les mains coupées, les meurtriers étaient exécutés en public et les homosexuels tués.

Les femmes avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin et de travailler, les filles d'aller à l'école. Les femmes accusées de crimes comme l'adultère étaient fouettées et lapidées à mort.

Les hommes devaient garder une barbe longue, assister aux prières sous peine d'être battus et étaient contraints de porter le vêtement traditionnel.

Cette semaine, un communiqué attribué aux talibans a circulé sur les réseaux sociaux, ordonnant aux villageois de marier leurs filles ou veuves aux combattants du mouvement.

Ce texte a fait resurgir le souvenir des édits du ministère pour la Promotion de la vertu et la Répression du vice qui faisait régner la terreur durant leur régime.

Les talibans, qui veillent à afficher une image plus modérée, à mesure qu'ils étendent leur mainmise et se rapprochent d'une possible nouvelle conquête du pouvoir, ont nié avoir publié ce communiqué, le qualifiant de propagande.

« Valeurs islamiques »

« C'est une accusation sans fondement », a déclaré Zabihullah Mujahid, un porte-parole du groupe. « Ce sont des rumeurs propagées à l'aide de faux documents. »

Mais des habitants des zones récemment conquises par les talibans confirment qu'ils semblent revenir à leurs vieilles méthodes.

A Yawan, un district de la province du Badakhshan - autre province où il n'avaient jamais pris pied - les insurgés ont rassemblé la population locale dans une mosquée à leur arrivée et immédiatement imposé certaines règles strictes.

« Tout le monde doit porter un turban et aucun homme ne peut se raser », rapporte Nazir Mohammad, 32 ans. « Les filles scolarisées au-delà de la sixième année (celles âgées de 11-12 ans, ndlr) ont été interdites de retourner en classe ».

Les talibans ont maintes fois promis que s'ils revenaient au pouvoir, ils respecteraient les droits humains, en particulier ceux des femmes, en accord avec les « valeurs islamiques ». Mais il existe dans le monde musulman de multiples manières d'interpréter celles-ci. Et certaines zones du pays restent très traditionalistes, même sans l'emprise talibane.

Sajeda, elle, a préféré ne pas attendre d'en savoir plus sur les intentions réelles des talibans. Quelques jours après leur arrivée, elle s'est enfuie vers Kunduz, la grande ville du Nord-Est afghan.

« Nous n'aurions jamais pu jamais travailler dans un endroit sous le contrôle des talibans », conclut-elle. « Donc, nous sommes parties. »


Israël appelé à libérer un avocat franco-palestinien des droits de l’homme

L’avocat en droits humains franco-palestinien, Salah Hamouri, a été arrêté le 7 mars dans son domicile à Jérusalem-Est sur la base de preuves secrètes, selon Human Rights Watch. (Photo, AFP)
L’avocat en droits humains franco-palestinien, Salah Hamouri, a été arrêté le 7 mars dans son domicile à Jérusalem-Est sur la base de preuves secrètes, selon Human Rights Watch. (Photo, AFP)
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  • «À travers Salah Hamouri, les autorités israéliennes intensifient leur attaque totale contre la société civile palestinienne», dénonce Human Rights Watch
  • «La situation de M. Hamouri incarne la lutte des défenseurs palestiniens des droits de l’homme contre l’apartheid et la persécution infligés par Israël», écrit l’ONG

LONDRES: L’ONG Human Rights Watch (HRW) a demandé à Israël de libérer l’avocat en droits humains franco-palestinien, Salah Hamouri, âgé de 37 ans, et de rétablir son statut de résident dans sa ville natale, Jérusalem.

M. Hamouri a été arrêté le 7 mars dans son domicile à Jérusalem-Est sur la base de preuves secrètes, et aucune accusation n’a été portée contre lui depuis lors, selon HRW. Son statut de résident a été révoqué le 17 octobre 2021 pour «rupture d’allégeance» à Israël et pour son association présumée avec le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Il a été accusé de mener des «activités hostiles, dangereuses et graves contre l’État d’Israël».

HRW rappelle qu’en vertu du droit international, il est interdit aux pays occupants de contraindre les peuples occupés à leur prêter serment d’allégeance. M. Hamouri a travaillé pour Addameer, un groupe palestinien de défense des droits des prisonniers qui a été interdit en Israël en 2021 moins d’une semaine avant son arrestation et qualifié de «terroriste» par les autorités.

L’avocat risque aujourd’hui une éventuelle expulsion vers la France. Le directeur de recherches sur Israël et la Palestine à HRW, Omar Shakir, explique que «les autorités israéliennes détiennent Salah Hamouri depuis des mois sans procès ou chefs d’accusation, ont interdit le groupe de défense des droits de l’homme pour lequel il travaille et ont révoqué son statut juridique à Jérusalem».

«La situation de M. Hamouri incarne la lutte des défenseurs palestiniens des droits de l’homme contre l’apartheid et la persécution infligés par Israël», ajoute le chercheur.

L’armée israélienne a d’abord détenu M. Hamouri pendant trois mois, à partir du 10 mars, sur la base d’informations secrètes à propos de son implication présumée dans le FPLP. Sa détention a été prolongée le 6 juin et elle doit expirer le 5 septembre, mais l’ordre de détention peut être renouvelé.

M. Hamouri a fait appel de son emprisonnement mais le recours a été rejeté par une cour d’appel militaire le 4 août. Aucune preuve n’a jamais été présentée contre lui, et son incarcération constitue une violation de son droit à la liberté d’association, précise HRW.

En décembre 2021, l’assurance maladie de M. Hamouri a été résiliée sous prétexte qu’il avait quitté le pays et qu’il ne pouvait plus prouver sa résidence à Jérusalem-Est. En juillet, l’avocat a écrit au président français, Emmanuel Macron, pour l’informer de sa situation, ce qui lui a valu d’être désigné «détenu de haute sécurité» et transféré hors des Territoires occupés vers la prison de Hadarim, en Israël – une autre violation du droit international.

Selon Addameer, il était menotté, fréquemment fouillé et placé dans une cage de détention pendant son transit à la prison de Ramleh, en Israël. Ses parents racontent qu’après son arrestation, des téléphones et un ordinateur portables ont été confisqués à M. Hamouri. En novembre, Amnesty International a confirmé les informations fournies par des groupes de défense des droits humains selon lesquelles son téléphone, ainsi que ceux d’autres militants palestiniens des droits humains, avaient été piratés à l’aide du logiciel Pegasus de la société israélienne NSO Group.

Le groupe israélien de défense des droits HaMoked, qui représente M. Hamouri, a indiqué que la contestation de la décision d’expulsion sera entendue en février 2023. En 2016, Israël a expulsé son épouse, Elsa Lefort, de nationalité française, lui interdisant de retourner dans le pays pendant dix ans pour des raisons de sécurité. Cela l’a séparée de son mari et de ses enfants, et l’a empêchée de rendre visite à M. Hamouri en détention.

Il a déjà été emprisonné entre 2005 et 2011, dont trois ans de détention provisoire, par un tribunal militaire dans le cadre d’un complot visant à assassiner l’ancien grand rabbin d’Israël – une affaire qui, selon l’ancien ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé, manquait de preuves et qui, selon HRW, ne respectait pas les normes de justice acceptables. M. Hamouri a également été détenu par Israël d’août 2017 à septembre 2018.

La veille de son arrestation au début de l’année, il avait déclaré dans le magazine Jacobin: «Ces actions n’ont qu’un seul but: me forcer à quitter la Palestine.» En avril, il a déposé une plainte pénale en France contre NSO Group, et un mois plus tard auprès de la Cour pénale internationale contre le gouvernement israélien.

Selon HaMoked, Israël maintenait 671 Palestiniens en détention administrative au début du mois d’août.

HRW a appelé Israël à mettre fin à cette pratique – affirmant qu’elle dépassait de loin toute disposition relative à la détention par les forces d’occupation prévue par le droit international – et à cesser sa campagne contre M. Hamouri.

«À travers Salah Hamouri, les autorités israéliennes intensifient leur attaque totale contre la société civile palestinienne et cherchent à créer un dangereux précédent qui leur permettrait d’expulser les Palestiniens plus rapidement. Les autorités françaises doivent exercer une pression sur Israël pour qu’il cesse de harceler M. Hamouri», écrit l’organisation.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Bangladesh: des Rohingyas plaident pour leur sécurité auprès de Bachelet

La Haute-commissaire des droits humains de l'ONU, Michelle Bachelet, visite un camp de réfugiés rohingyas à Ukhia le 16 août 2022 (Photo, AFP).
La Haute-commissaire des droits humains de l'ONU, Michelle Bachelet, visite un camp de réfugiés rohingyas à Ukhia le 16 août 2022 (Photo, AFP).
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  • Deux dirigeants de la communauté rohingya ont récemment été abattus dans un de ces camps où la sécurité est un problème récurrent
  • Des dizaines de meurtres, d'enlèvements et de rafles policières visant les réseaux de trafic de drogue se sont déroulés dans les camps

KUTUPALONG: La Haute-commissaire des droits humains de l'ONU, Michelle Bachelet, s'est rendue mardi dans des camps de Rohingyas dans le sud du Bangladesh, où des réfugiés ont plaidé pour leur sécurité après une série de meurtres et la hausse de la criminalité.

Selon les autorités, Mme Bachelet a passé plusieurs heures dans le dédale des camps de Rohingyas dans le district de Cox's Bazar, et rencontré des dirigeants de cette communauté, dans le cadre de sa visite de quatre jours dans ce pays d'Asie du Sud.

Environ 750 000 Rohingyas ont fui les exactions de l'armée en Birmanie et cherché asile en 2017 au Bangladesh voisin, où se trouvaient déjà plus de 100 000 réfugiés, victimes de précédentes violences.

Deux dirigeants de la communauté rohingya ont récemment été abattus dans un de ces camps où la sécurité est un problème récurrent.

Mme Bachelet "voulait s'informer sur des meurtres commis dans les camps. Nous en avons discuté", a raconté à l'AFP par téléphone, Maulvi Zafar, un imam de 30 ans.

"Nous avons parlé du renforcement de la sécurité des camps. Nous avons exigé la sécurité", a-t-il ajouté.

Des dizaines de meurtres, d'enlèvements et de rafles policières visant les réseaux de trafic de drogue se sont déroulés dans les camps.

En septembre dernier, Mohib Ullah, un chef rohingya et militant pacifiste, avait été assassiné. Une manifestation de quelque 100 000 réfugiés, qu'il avait organisée pour marquer les deux ans de leur exode, avait fait sa renommée.

La police n'a pas nommé de suspects, mais des sources rohingyas ont déclaré à l'AFP que l'insurrection de l'Arakan Rohingya Solidarity Army (ARSA), qui opère à la fois dans l'État de Rakhine (ouest de la Birmanie) et dans les camps du Bangladesh, était à l'origine des meurtres de ces dirigeants.

En juin, la police a inculpé 29 Rohingyas, dont plusieurs cadres de l'ARSA, pour le meurtre de Mohib Ullah.

Le commissaire aux réfugiés du Bangladesh, Shah Rezwan Hayat, a déclaré à l'AFP que Mme Bachelet s'était enquise de certains incidents survenus dans les camps, et qu'il avait assuré que "toutes sortes de mesures avaient été prises par le gouvernement" pour améliorer la sécurité.

Il a ajouté que la Haute-commissaire avait également abordé le sujet de l'éducation et des moyens de subsistance des Rohingyas qui n'ont pas le droit de travailler. Il a assuré dans ce cadre que le gouvernement allait progressivement développer la scolarisation de tous les enfants réfugiés dans les camps.

Michelle Bachelet doit s'adresser à la presse mercredi, à Dacca, la capitale. L'ancienne présidente du Chili, âgée de 70 ans, doit quitter ses fonctions à l'ONU à la fin du mois.


En manque de bébés, la Chine annonce de nouvelles aides aux jeunes parents

 Cette photo d'archive prise le 2 août 2022 montre une femme poussant un chariot avec des jumeaux dans une rue de Pékin. (AFP).
Cette photo d'archive prise le 2 août 2022 montre une femme poussant un chariot avec des jumeaux dans une rue de Pékin. (AFP).
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  • Mardi, le ministère de la Santé a appelé le pouvoir central et les autorités locales à dépenser davantage dans la santé reproductive et à améliorer les services de garde d'enfants
  • Le pays le plus peuplé de la planète est confronté à une crise démographique, avec une population active vieillissante

PEKIN : La Chine a annoncé mardi de nouvelles mesures destinées à encourager les familles à avoir plus d'enfants, alors que son taux de natalité est au plus bas et que sa population devrait diminuer d'ici 2025.

Le pays le plus peuplé de la planète est confronté à une crise démographique, avec une population active vieillissante, une économie au ralenti et une croissance du nombre d'habitants la plus faible depuis des décennies.

Et même si les autorités ont mis fin en 2016 à leur stricte politique de l'enfant unique, puis ont autorisé l'an dernier jusqu'à trois enfants par couple, les naissances n'ont cessé de baisser au cours des cinq dernières années.

Mardi, le ministère de la Santé a appelé le pouvoir central et les autorités locales à dépenser davantage dans la santé reproductive et à améliorer les services de garde d'enfants.

Ces services sont largement insuffisants dans le pays.

Les autorités locales doivent "mettre en place des mesures de soutien actif à la fertilité", via des subventions, des déductions fiscales et de meilleures assurances santé, ainsi que des aides dans l'éducation, le logement et l'emploi destinées aux familles, préconise le ministère.

Les provinces doivent aussi s'assurer de disposer d'un nombre suffisant de garderies, d'ici la fin de l'année, pour les enfants de deux à trois ans.

Les villes chinoises les plus riches ont déjà mis en place des crédits immobiliers, des avantages fiscaux, des aides à l'enseignement et même des subventions pour encourager les femmes à avoir plus d'enfants. Les directives publiées mardi semblent vouloir étendre cette politique à l'ensemble du territoire.

Le taux de natalité en Chine a chuté l'an dernier à 7,52 naissances pour 1.000 habitants, au plus bas depuis le début de la série statistique en 1949, année de la fondation du Parti communiste chinois, selon le Bureau national des statistiques.

Le coût plus élevé de la vie et une évolution culturelle en faveur de familles plus petites sont parmi les raisons citées pour cette baisse des naissances.

Début août, les autorités sanitaires ont prévenu que la population chinoise reculerait d'ici 2025.