Les talibans se considèrent «plus qualifiés» que Kaboul pour gouverner l'Afghanistan

Le porte-parole des talibans Souhail Chahine, à gauche, avec d'autres membres de la délégation politique du mouvement des talibans afghans, lors d'une conférence de presse à Moscou. (Photo, AFP)
Le porte-parole des talibans Souhail Chahine, à gauche, avec d'autres membres de la délégation politique du mouvement des talibans afghans, lors d'une conférence de presse à Moscou. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 16 juillet 2021

Les talibans se considèrent «plus qualifiés» que Kaboul pour gouverner l'Afghanistan

  • «Nous devons d'abord parvenir à une solution concernant la feuille de route politique, puis nous allons opter pour un cessez-le-feu»
  • «L'Afghanistan ne sera jamais un centre de rivalités pour les pays voisins»

DUBAÏ : Les talibans sont plus qualifiés pour diriger une future organisation politique en Afghanistan que le gouvernement actuel de Kaboul, a déclaré mercredi un porte-parole du groupe à Arab News dans une interview exclusive, au milieu d'une flambée de violence et de doutes croissants sur l'avenir des négociations de paix soutenues par les États-Unis.

Des responsables talibans ont affirmé la semaine dernière que le groupe a pris le contrôle de 85% du territoire afghan. Une affirmation que Kaboul rejette comme une campagne de propagande acharnée, au moment où les forces étrangères, notamment des États-Unis, se retirent de l’Afghanistan après près de vingt ans de combats.

Le porte-parole des talibans, Souhail Chahine, a révélé que «des dizaines de secteurs» se rendent quotidiennement aux insurgés, malgré les «armes et les armements» disponibles avec les forces de sécurité afghanes.

Au cours des deux dernières semaines, les talibans ont envahi des zones frontalières de cinq pays : l'Iran, le Tadjikistan, le Turkménistan, la Chine et le Pakistan.

Lorsqu'on lui a demandé si les talibans disposent de l'expertise et du budget nécessaires pour gérer les affaires quotidiennes des zones qu'ils prennent, Chahine a répondu : «Nous sommes le peuple d'Afghanistan. Nous vivons parmi les gens. Nous avons de l'expérience non seulement depuis un an mais depuis 25 ans. Nos gouverneurs, chefs de sécurité, chefs de sécurité provinciaux, les juges... et tous les comités, qui effectuent le travail d’un ministère, existent déjà depuis 25 ans. Donc, tous nos gens ont de l'expérience. Ils sont plus expérimentés que ceux de l'administration de Kaboul».

Il a signalé qu'il n'y a eu aucun changement dans la circulation des personnes et des marchandises aux postes frontaliers contrôlés par les talibans, et que les commerçants poursuivent leurs activités «normalement».

«À présent, sous le contrôle de l'Émirat islamique d'Afghanistan, ils le font normalement, sans la moindre corruption ou entrave. Ils en sont très contents», poursuit-il.

Chahine explique que les écoles, les bureaux et tous les autres établissements des territoires expropriés par les talibans restent ouverts et opérationnels.

Néanmoins, il a appelé l'ONU et d'autres organisations internationales ainsi que d’autres pays à aider financièrement les talibans.

«C'est important pour que les services soient fournis aux civils», ajoute-t-il. «Nous avons maintenant 85% du territoire afghan sous notre contrôle. Donc, afin de garder tous ces fonctions intactes, opérationnelles et actives, nous avons besoin d'une aide financière».

Une partie de l'accord du retrait américain signé par les talibans et Washington en février de l'année dernière prévoit l'engagement du groupe à accomplir un cessez-le-feu et un accord de partage du pouvoir avec le gouvernement de Kaboul.

Mais peu de progrès ont été réalisés sur ce front, même les nombreux cycles de négociations depuis septembre.

«Nous devons d'abord parvenir à une solution concernant la feuille de route politique, puis nous allons opter pour un cessez-le-feu», précise Chahine lorsqu'on lui a demandé quelles sont les conditions des talibans pour accepter un cessez-le-feu. «C’est un processus ordonné».

Chahine assure par ailleurs qu'aucun individu ou groupe ne serait autorisé à utiliser le sol afghan pour attaquer un autre État. Il cite en particulier Al-Qaïda et les talibans de Tehrik Pakistan (TTP), responsables de dizaines d'attaques très médiatisées au pays voisin, et dont les leaders et les combattants seraient cachés en Afghanistan.

«En ce moment... nous n'avons pas l’ensemble du territoire de l'Afghanistan sous notre contrôle. Quand un nouveau gouvernement islamique sera en place, cette politique (de ne laisser personne utiliser le sol afghan) sera réellement mise en œuvre», dit-il.

«Nous nous sommes engagés de ne pas permettre à qui que ce soit d'utiliser le sol afghan pour mener des attaques contre les États-Unis, leurs alliés ou d'autres pays», maintient Chahine. Il affirme que les talibans ont déjà «envoyé leur message» à Al-Qaïda.

On lui a également demandé comment un nouveau gouvernement des talibans ferait l’équilibre dans ses relations entre le Pakistan et l'Inde, qui ont tous deux des intérêts en Afghanistan.

«Nous ne voulons pas que l'Afghanistan soit un terrain de rivalités d'aucun pays… Une fois un gouvernement islamique en place, je crois que nous consacrerons notre temps à reconstruire le pays. Par conséquent, nous aimerions avoir une coopération avec d'autres pays, ce qui profite à notre peuple, mais, en même temps, nous ne voulons jamais que l'Afghanistan soit un centre de rivalités», affirme Chahine.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 

 

 

A Spin Boldak, les talibans se vengent sur les biens des officiels en fuite

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Des talibans en liesse hissant le drapeau blanc du mouvement dans la ville afghane de Spin Boldak non loin de la frontière pakistanaise. (Photo, AFP)

Peu après s'être emparés d'une zone frontalière clé avec le Pakistan, des combattants talibans ont envahi la ville afghane de Spin Boldak, pillant les domiciles des responsables gouvernementaux et fonctionnaires en fuite, ont raconté à l'AFP des habitants, joints par téléphone depuis Kandahar.

Les insurgés se sont emparés mercredi du principal poste-frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan et de la localité-clé de Spin Boldak, chef-lieu du district du même nom, située sur la route reliant Kandahar, la grande ville du Sud afghan, à la frontière pakistanaise.

"Les talibans rôdent sur des motos et dans des voitures à travers le marché" de Spin Boldak, à une trentaine de km de la frontière, raconte jeudi Sanaullah, un habitant. "Les maisons des responsables gouvernementaux sont pillées (...) on dirait que les insurgés ont attendu leur revanche durant deux décennies", depuis qu'ils ont été chassés du pouvoir en 2001 par une coalition internationale menée par les Etats-Unis.

Des photos postées sur les réseaux sociaux - dont l'authenticité n'a pu être vérifiée - montrent des talibans hissant le drapeau blanc du mouvement sur des bâtiments officiels. D'autres montrent des combattants se reposant dans des maisons abandonnées, au milieu de meubles et de vêtements éparpillés.

"Les combattants talibans ont pillé quasiment toutes les maisons des responsables locaux et, après, certains habitants sont même venus à leur tour les piller", a confirmé Jawed, un mécanicien de Spin Boldak.

Des habitants et commerçants de la zone ont indiqué à l'AFP que les talibans les avaient appelés à ne pas fuir, assurant qu'ils étaient en sécurité.

"Par haut-parleur, les talibans ont assuré aux gens qu'ils n'auraient aucun problème avec eux et qu'ils n'avaient aucune raison d'abandonner leurs domiciles", a déclaré Abdul Wali, un commerçant.

Des dizaines de pick-up appartenant aux talibans étaient garés jeudi sur le principal marché de Spin Boldak, alors que des groupes d'insurgés se déplaçaient alentour, a raconté Wali, un des rares commerçants ayant ouvert sa boutique.

La plupart des autres ont gardé le rideau fermé. "Les commerçants ont peur que la situation tourne mal", a expliqué à l'AFP l'un d'eux, Mohammad Rasoul. "Ils ont peur des pillages".

Le poste-frontière du district de Spin Boldak, plus important point de passage entre l'Afghanistan et le Pakistan et importante zone d'échange commercial entre les deux pays, a été rapidement fermé par les autorités pakistanaises mercredi dès que les talibans s'en sont emparés.

"Les talibans ont dit aux commerçants qu'ils étaient en contact avec les autorités pakistanaises pour trouver un accord et rouvrir le point de passage", a déclaré un commerçant Haji Hasti Mohammad, coincé du côté afghan de la frontière, où jeudi le drapeau blanc des "étudiants en religion" flottait toujours sur le poste-frontière.

"Il s'agit de la seule route commerciale dans le Sud afghan", en pleine saison des fruits, "on attend", dit-il.

A partir de vendredi, le passage entre les deux pays sera rouvert aux piétons, dont certains ont commencé à franchir la frontière sous "haute surveillance", a indiqué jeudi soir un responsable des gardes-frontières pakistanais.


Détroit d'Ormuz: l'Iran met en garde le Conseil de sécurité de l'ONU contre toute «action provocatrice»

 Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • Le détroit d'Ormuz, passage stratégique du marché mondial des hydrocarbures, est quasiment totalement bloqué par l'Iran en réaction à l'attaque américano-israélienne contre son territoire le 28 février
  • "M. Araghchi souligne que toute action provocatrice des agresseurs et de leurs soutiens, y compris au Conseil de sécurité de l'ONU concernant la situation dans le détroit d'Ormuz, ne fera que compliquer davantage la situation"

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz.

M. Araghchi s'exprimait jeudi et le vote était initialement prévu vendredi, avant l'annonce de son report sine die.

Le détroit d'Ormuz, passage stratégique du marché mondial des hydrocarbures, est quasiment totalement bloqué par l'Iran en réaction à l'attaque américano-israélienne contre son territoire le 28 février.

"M. Araghchi souligne que toute action provocatrice des agresseurs et de leurs soutiens, y compris au Conseil de sécurité de l'ONU concernant la situation dans le détroit d'Ormuz, ne fera que compliquer davantage la situation", selon un communiqué de son ministère.

Porté par Bahreïn, le texte fait l'objet de discussions par les 15 membres du Conseil depuis dix jours, reflétant leurs divergences.

Le dernier projet de résolution insiste sur le fait que le Conseil autoriserait tout Etat ou toute coalition d'Etats à utiliser des moyens "défensifs" pour assurer la sécurité des navires. Une stipulation de mandat défensif absente au départ.

Mais il n'est pas certain que cela soit suffisant à convaincre la Russie et la Chine, qui ont un droit de veto.

"L'Iran a fermé le détroit d'Ormuz, empêchant les navires commerciaux et les pétroliers de passer et posant des conditions pour permettre le passage de certains", a dénoncé jeudi le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jassem Al-Budaiwi, au nom de cette organisation qui regroupe l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et Oman.

"Nous appelons le Conseil de sécurité à prendre toutes ses responsabilités et à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les couloirs maritimes et assurer la poursuite en toute sécurité de la navigation internationale", a-t-il insisté à New York, avant l'annonce du report.


Le patron du Pentagone obtient le départ du chef d'état-major de l'armée de terre

Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde. (AFP)
Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde. (AFP)
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  • Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George
  • Ce très haut gradé "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur la plateforme X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite"

WASHINGTON: Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George, a fait savoir un responsable américain à propos de ce limogeage qui survient en pleine guerre contre l'Iran.

Ce très haut gradé "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur la plateforme X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite."

Il ne donne pas la raison de ce départ soudain.

CBS News, qui a révélé l'information, cite un responsable américain anonyme affirmant que Pete Hegseth souhaite nommer à sa place quelqu'un qui pourra appliquer la vision de Donald Trump et de son ministre pour l'armée de terre.

Le général Randy George, diplômé de la prestigieuse académie militaire de West Point, qui a servi en Irak et en Afghanistan, avait été nommé à ce poste en 2023, sous le mandat du président démocrate, Joe Biden.

Il s'agit d'un départ forcé de plus chez les plus hauts gradés de l'armée américaine depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.

Le président américain avait, sans explication, limogé début 2025 Charles "CQ" Brown, le chef d'état-major des armées, pour le remplacer par Dan Caine.

Depuis, ce sont les chefs de la marine, des gardes-côtes, de l'agence d'espionnage NSA, ainsi que de nombreux autres, qui ont été poussés vers la sortie par le gouvernement de Donald Trump.

Selon le Washington Post et CBS, deux autres généraux, David Hodne, chargé du Commandement de la transformation et de l'entraînement de l'armée, et William Green Jr, à la tête du corps des aumôniers militaires, ont par ailleurs été mis à l'écart en même temps que le général George.

Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde.

Des parlementaires de l'opposition démocrate se sont inquiétés d'une potentielle politisation de l'armée, traditionnellement plus isolée des batailles politiciennes que le reste de l'appareil d'Etat américain.

Pete Hegseth a aussi décidé l'an passé de réduire le nombre de plus hauts gradés de l'ensemble de l'armée.

 


Trump menace de nouvelles destructions de ponts et de centrales en Iran

Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques. (AFP)
Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques. (AFP)
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  • "Les ponts sont les prochains, puis les centrales électriques!", a mis en garde Donald Trump sur son réseau Truth Social
  • Donald Trump avait précédemment applaudi jeudi la destruction d'un pont emblématique près de Téhéran. Huit civils ont été tués dans cette frappe contre ce pont en construction, selon les médias iraniens

WASHINGTON: Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques.

"Les ponts sont les prochains, puis les centrales électriques!", a mis en garde Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Donald Trump avait précédemment applaudi jeudi la destruction d'un pont emblématique près de Téhéran. Huit civils ont été tués dans cette frappe contre ce pont en construction, selon les médias iraniens.

Les Etats-Unis n'ont "même pas commencé" leur programme de destruction des infrastructures civiles du pays, a prévenu M. Trump dans la soirée.

Le dirigeant américain a répété à plusieurs reprises que la grande majorité des sites militaires, cibles premières de l'offensive américano-israélienne débutée le 28 février en Iran, avait déjà été endommagée ou détruite.

"Les dirigeants du nouveau régime (iranien) savent ce qu’il faut faire, et qu’il faut le faire VITE!", a ajouté le président américain, qui alterne menaces et appels à Téhéran à accepter un accord de cessez-le-feu.