Le gouvernement français face aux antivaccins

«Non au pass nazitaire», «fausse pandémie, vraie dictature», «Pays de Pasteur, pas de passepeur» ou «Je ne suis pas un QR code», pouvait-on lire sur les pancartes d'un cortège à Paris. (Photo, AFP)
«Non au pass nazitaire», «fausse pandémie, vraie dictature», «Pays de Pasteur, pas de passepeur» ou «Je ne suis pas un QR code», pouvait-on lire sur les pancartes d'un cortège à Paris. (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 19 juillet 2021

Le gouvernement français face aux antivaccins

  • Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal qualifie ces manifestants anti-vaccins de «frange capricieuse et défaitiste»
  • Juste après le discours du président lundi, plus de 1,7 million de rendez-vous ont été pris pour une vaccination en 24 heures

PARIS: Face à une mobilisation plus forte qu'attendue des antivaccins, le gouvernement se retrouve au défi de convaincre les hésitants mais garde aussi l'œil sur les adversaires les plus radicaux du pass sanitaire, dont la virulence inquiète certains élus.

Le ministère de l'Intérieur a recensé samedi 136 rassemblements qui ont réuni 114 000 personnes, dont 18 000 à Paris, pour protester contre l'extension du pass sanitaire et la "dictature" qu'elle représente pour certains. 

Un nombre non négligeable de Français dont le gouvernement ne sait s'il doit les discréditer, au risque de les braquer, ou tenter de les convaincre.

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal qualifie ces manifestants anti-vaccins de "frange capricieuse et défaitiste, très minoritaire, qui se satisferait bien de rester dans le chaos et l'inactivité", dimanche dans une interview au journal Le Parisien. Il leur oppose "la France laborieuse et volontariste, qui veut mettre le virus derrière elle et travailler".

Juste après le discours du président lundi, plus de 1,7 million de rendez-vous ont été pris pour une vaccination en 24 heures, sur le seul site Doctolib.

Une large majorité de Français (76%) approuve la décision du chef de l'État de rendre obligatoire la vaccination pour les personnels soignants et d'autres professions, avec sanctions à la clef, selon un sondage Elabe pour BFMTV mardi.

L'extension du pass sanitaire (vaccination complète ou test négatif récent) recueille aussi une majorité d'approbations, qui varie de 58% à 76% suivant les lieux concernés.

Fort de ce soutien, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a écrit dimanche aux préfets pour leur demander de la fermeté dans l'application des nouvelles mesures anti-Covid, en réclamant notamment des fermetures administratives pour les boîtes de nuit ne respectant pas le contrôle du pass sanitaire.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a dénoncé de son côté vendredi l'opposition d'une "ultra-minorité" contre l’extension du pass sanitaire, regrettant "l'outrance permanente" de ces opposants, qui avancent des choses "totalement délirantes".

Mais entre les convaincus et les plus hostiles, "il y a évidemment des Français qui doutent sincèrement, à convaincre", admet le porte-parole du gouvernement, qui appelle chacun des 37 millions de vaccinés à l'y aider, "dans son cercle familial, amical ou professionnel". 

«Dictature»

Samedi à Paris, en tête du défilé figuraient l'ex-numéro 2 du Front national Florian Philippot, la députée ex-LREM covidosceptique Martine Wonner, le chanteur Francis Lalanne ou encore l'ex-égérie "gilets jaunes" Jacline Mouraud.

"Non au pass nazitaire", "fausse pandémie, vraie dictature", "Pays de Pasteur, pas de passepeur" ou "Je ne suis pas un QR code", pouvait-on lire sur les pancartes du cortège, tandis qu'étaient visibles quelques tracts détournant l'étoile jaune avec la mention "pass sanitaire".

Une utilisation d'un symbole de l'oppression des juifs par les nazis insupportable pour de nombreux hommes politiques.

Ainsi, si le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a estimé que le vaccin obligatoire semblait être une "mesure disproportionnée", il a toutefois souligné que l'opposition au pass vaccinal ne devait pas s'exprimer "avec des termes tout à fait inappropriés. Non, le vaccin librement consenti n'est pas un apartheid et sa diffusion ce n'est pas la Shoah", a-t-il dit.

"Comparer le #PassSanitaire avec la #Shoah ou l'étoile jaune est complètement dégueulasse. Certains deviennent fous !", a pour sa part twitté Robert Menard, maire de Béziers proche du RN.

Quant à l'appel de la députée Wonner aux manifestants contre le pass sanitaire à "faire le siège des parlementaires" et "envahir leurs permanences", il a poussé le patron des députés LREM Christophe Castaner à souhaiter la saisine de la justice, tandis que des membres du groupe parlementaire Libertés et Territoires ont demandé dimanche son départ de leurs rangs.

Gérald Darmanin avait, dès vendredi soir, donné instruction aux préfets de renforcer la protection des élus. Le même jour, une quinzaine de manifestants anti-vaccins avaient envahi la permanence du président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand (LREM) à Châteaulin (Finistère), avant d'être mis en fuite par une patrouille de gendarmerie.


66 noms de plus au mémorial des reporters morts en action dans le monde

L'émotion a envahi le sous-bois accueillant le mémorial lors de la prise de parole de la nièce de Shireen Abu Akleh, Lina (à gauche), célébrant «sa tante, sa meilleure amie, son inspiration», qui souhaitait «justice, vérité et paix pour le monde» (Photo, AFP).
L'émotion a envahi le sous-bois accueillant le mémorial lors de la prise de parole de la nièce de Shireen Abu Akleh, Lina (à gauche), célébrant «sa tante, sa meilleure amie, son inspiration», qui souhaitait «justice, vérité et paix pour le monde» (Photo, AFP).
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  • Les proches de plusieurs victimes de l'année 2021-2022, parmi lesquelles figure ausi le Français Frédéric Leclerc-Imhoff, ont pris la parole durant la cérémonie
  • Le Prix Bayeux, qui se tient du 3 au 9 octobre, met à l'honneur des reportages de guerre du monde entier

BAYEUX: Une stèle portant 66 nouveaux noms de journalistes morts ces deux dernières années dans l'exercice de leurs fonctions, dont l'Américano-Palestinienne Shireen Abu Akleh et l'Ukrainien Maks Levin, a été inauguré jeudi au mémorial des Reporters de Bayeux, dans le nord-ouest de la France.

Les proches de plusieurs victimes de l'année 2021-2022, parmi lesquelles figure ausi le Français Frédéric Leclerc-Imhoff, ont pris la parole durant la cérémonie, organisée par l'ONG Reporters sans Frontières (RSF) dans le cadre du Prix Bayeux des correspondants de guerre 2022.

L'émotion a envahi le sous-bois accueillant le mémorial lors de prises de parole successives de la nièce de Shireen, Lina, célébrant "sa tante, sa meilleure amie, son inspiration", qui souhaitait "justice, vérité et paix pour le monde", et de Sylviane, la mère de Frédéric Leclerc-Imhoff, selon laquelle il "n'a pas donné sa vie pour l'information, on la lui a prise".

Après la mort de son fils, la mère du reporter avait envoyé un message au secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, déclarant que "sa courte vie aura eu un sens", comme celle de Maks Levin.

Ce dernier "voulait faire une photo qui mettrait fin à cette guerre (l'invasion de l'Ukraine par la Russie, NDLR)", selon Markiian Lyseiko, l'un de ses amis, lui aussi photographe de guerre.

RSF a publié en juin une enquête menée en Ukraine accusant des soldats russes d'avoir tué, et peut-être torturé, le photoreporter ukrainien Maks Levin en mars.

Frédéric Leclerc-Imhoff était un journaliste pigiste français de 32 ans, également tué en Ukraine, dans le Donbass au printemps.

Star d'Al Jazeera, la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh avait elle été tuée par balle le 11 mai alors qu'elle couvrait une opération militaire israélienne dans un camp palestinien des territoires occupés.

Interrogé par l'AFP, le secrétaire général de RSF a rappelé que 400 journalistes sont en détention aujourd'hui dans le monde et que 50 à 70 sont assassinés tous les ans du fait de l'exercice de leur profession, dont 31 depuis le 1er janvier.

"Nous sommes dans un moment d'explosion de la communication et les pouvoirs, quels qu'ils soient, n'ont plus d'intérêt à passer par le filtre des journalistes. Certains estiment même que leur intérêt est de les éliminer", a analysé M. Deloire.

Il a cependant relevé que, "sur la décennie, il y a une baisse des journalistes tués. Les rédactions sont beaucoup plus précautionneuses aujourd'hui, peut-être parce que les conflits en Irak et en Syrie ont été très meurtriers".

Le Prix Bayeux, qui se tient du 3 au 9 octobre, met à l'honneur des reportages de guerre du monde entier. La remise des prix aura lieu samedi.


Livraisons d'armes à l'Ukraine: Moscou convoque l'ambassadeur français

Des canons-obusiers de 155 mm montés sur camion Caesar du 3e Régiment d'artillerie de marine, participent au défilé militaire annuel du 14 juillet sur l'avenue des Champs-Élysées à Paris le 14 juillet 2018 (Photo, AFP).
Des canons-obusiers de 155 mm montés sur camion Caesar du 3e Régiment d'artillerie de marine, participent au défilé militaire annuel du 14 juillet sur l'avenue des Champs-Élysées à Paris le 14 juillet 2018 (Photo, AFP).
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  • Depuis le début de l'offensive russe en Ukraine, le 24 février, Paris a livré du matériel militaire à Kiev, notamment 18 canons longue portée Caesar
  • Paris étudie également la possibilité de livrer à Kiev 20 véhicules blindés Bastion

MOSCOU: La Russie a convoqué jeudi l'ambassadeur français, Pierre Lévy, au ministère des Affaires étrangères à Moscou pour protester contre les livraisons d'armes à l'Ukraine, au moment où Kiev a repris des territoires avec l'aide de ces armements.

"La partie russe a souligné les dangers qu'entraînent l'augmentation des livraisons d'armes et de matériel au régime de Kiev, ainsi que l'intensification des programmes d'entraînement pour la formation de militaires ukrainiens", a indiqué la diplomatie russe dans un communiqué.

"Cette ligne contredit les déclarations depuis Paris de responsables officiels qui disent vouloir un règlement pacifique en Ukraine", a ajouté cette source, précisant que l'ambassadeur français s'était entretenu avec un vice-ministre russe, Alexandre Grouchko.

Le 20 septembre déjà, Pierre Lévy s'était entretenu à Moscou avec M. Grouchko. Dans un communiqué, la diplomatie russe avait alors jugé "inacceptable" la poursuite "du gavage de l'Ukraine avec des armes occidentales, dont françaises".

Depuis le début de l'offensive russe en Ukraine, le 24 février, Paris a livré du matériel militaire à Kiev, notamment 18 canons longue portée Caesar, particulièrement redoutables pour frapper les lignes d'approvisionnement à l'arrière du front.

La France envisage de fournir à Kiev six à 12 exemplaires supplémentaires de ce canon de 155 mm monté sur camion, prélevés sur une commande destinée au Danemark, a indiqué lundi une source proche du dossier, confirmant une information du quotidien Le Monde.

Paris étudie également la possibilité de livrer à Kiev 20 véhicules blindés Bastion.

L'Ukraine, après avoir reçu de nombreuses livraisons d'armes occidentales, surtout américaines, mène depuis début septembre plusieurs contre-offensives avec succès et a repris d'importants territoires aux forces russes.


Les investigations sur l'assassinat de Samuel Paty terminées

Le 16 octobre 2020, le professeur d'histoire-géographie, âgé de 47 ans, avait été poignardé puis décapité près de son collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), par Abdoullakh Anzorov, réfugié russe d'origine tchétchène, tué peu après par la police (Photo, AFP).
Le 16 octobre 2020, le professeur d'histoire-géographie, âgé de 47 ans, avait été poignardé puis décapité près de son collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), par Abdoullakh Anzorov, réfugié russe d'origine tchétchène, tué peu après par la police (Photo, AFP).
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  • Les magistrats ont informé les parties de la fin de l'information judiciaire dans laquelle 14 personnes sont poursuivies
  • Les parties ont désormais un mois pour envoyer aux juges leurs observations

PARIS: Les juges d'instruction antiterroristes ont clôturé jeudi leurs investigations dans le dossier Samuel Paty, alors que la France s'apprête à commémorer les deux ans de l'assassinat de l'enseignant par un jeune homme radicalisé rapidement tué par la police.

Les magistrats ont informé les parties de la fin de l'information judiciaire dans laquelle 14 personnes sont poursuivies, a indiqué une source judiciaire, confirmant une source proche du dossier.

Les parties ont désormais un mois pour envoyer aux juges leurs observations. Si les investigations ne sont pas relancées, il appartiendra ensuite au Parquet national antiterroriste (Pnat) de rendre son réquisitoire définitif, avant une décision finale des juges d'instruction.

Le 16 octobre 2020, le professeur d'histoire-géographie, âgé de 47 ans, avait été poignardé puis décapité près de son collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), par Abdoullakh Anzorov, réfugié russe d'origine tchétchène, tué peu après par la police.

L'attaque terroriste avait suscité un immense émoi en France et à l'étranger. Le président Emmanuel Macron avait rendu un hommage national à l'enseignant dans la symbolique cour de la Sorbonne à Paris.

L'homme de 18 ans, radicalisé, lui reprochait d'avoir montré en classe des caricatures de Mahomet. Dans un message audio en russe, il avait revendiqué son geste en se félicitant d'avoir "vengé le prophète".

Il avait pris connaissance de la polémique visant le professeur quelques jours plus tôt via les réseaux sociaux où avaient été diffusées des vidéos de Brahim Chnina, père d'une collégienne visée par une exclusion pour indiscipline et qui prétendait avoir assisté au cours, et du sulfureux militant islamiste Abdelhakim Sefrioui.

«Complicité»

Quatorze personnes sont mises en examen, dont plusieurs collégiens.

Au premier rang, deux connaissances d'Anzorov de sa ville d'Evreux, Azim E. et Naïm B., qui l'ont accompagné pour acheter un couteau. Le second était allé avec lui jusqu'au collège de Conflans-Sainte-Honorine.

MM. Chnina et Sefrioui sont poursuivis pour complicité d'assassinat terroriste, soupçonnés d'avoir "ciblé" Samuel Paty via une vidéo et ainsi d'avoir "facilité la définition d'un projet criminel" par Abdoullakh Anzorov.

"L'information judiciaire a établi que notre client n'avait jamais été en contact avec le terroriste et il n'a jamais pu être prouvé que le terroriste avait pris connaissance de la vidéo de M. Sefrioui", ont commenté auprès de l'AFP les avocats de ce dernier, Mes Elise Arfi, Ouadie Elhamamouchi et Sefen Guez Guez.

"Des investigations plus poussées semblaient s’imposer sur certains aspects du dossier, tel que le rôle d'instigateur de Faruq Shami", un contact tadjik d'Anzorov en Syrie, "qui apparaît avoir été le mentor du terroriste", ont-ils ajouté.

Autre mise en cause pour cette "complicité" d'assassinat, Priscilla M., trentenaire convertie à l'islam, en lien sur les réseaux sociaux avec l'assassin, les jours précédents l'attaque.

Les juges antiterroristes ont estimé que celle surnommée "Cicatrice sucrée" sur les réseaux avait renforcé "la détermination d'Abdoullakh Anzorov à passer à l'acte criminel", facilité "la localisation de la victime" et lui avait donné "les arguments idéologiques pour commettre l'assassinat de Samuel Paty".

Son avocate n'a pas réagi.

Quant à la fille de M. Chnina, elle est mise en examen pour dénonciation calomnieuse : elle a admis avoir menti en affirmant que le professeur avait demandé aux élèves musulmans de se signaler et de sortir de la classe lors de ce cours.

Une quinzième personne, adolescente mineure, avait également été mise en examen mais son dossier a été disjoint, selon la source judiciaire.

Les avocats d'un des collégiens poursuivis, Me Dylan Slama et Me Mourad Battikh, se sont dits "satisfaits que cette affaire arrive enfin à son terme", évoquant un "soulagement" pour leur client et souhaitant qu'il puisse "reprendre une vie normale le plus rapidement possible".

L'assassinat avait entraîné une vive polémique et des accusations visant l'Intérieur et l'Education nationale, qui avaient été alertés de menaces visant le professeur mais qui, selon des membres de sa famille ayant porté plainte, n'avaient pas pris suffisamment en compte le péril.

Le parquet de Paris a ouvert en avril une enquête distincte visant des membres de l'administration pour non-assistance à personne en péril et non-empêchement de crime.

Sans ces fautes, "Samuel Paty aurait pu être sauvé", avait estimé l'avocate de cette partie de la famille Paty, Virginie Le Roy, qui n'a pas réagi jeudi.