Après la gifle australienne, la France cherche sa voie dans l'Indo-Pacifique

Une photo prise le 5 décembre 2016 montre un sous-marin nucléaire à la base navale de l'Ile Longue, dans l'ouest de la France. (Photo, AFP)
Une photo prise le 5 décembre 2016 montre un sous-marin nucléaire à la base navale de l'Ile Longue, dans l'ouest de la France. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 16 septembre 2021

Après la gifle australienne, la France cherche sa voie dans l'Indo-Pacifique

  • Depuis quelques années, tous les yeux sont braqués sur cette immense région qui s'étend des côtes est-africaines aux ouest-américaines, criblée de points névralgiques, économiques ou militaires
  • «Un coup dur pour le président Macron, avec de grosses implications commerciales, qui pourrait pousser Paris à reconsidérer ses partenariats stragégiques avec la sphère anglophone»

PARIS: L'annulation brutale du contrat de sous-marins avec l'Australie ébranle la stratégie indo-pacifique de Paris, une priorité de la France qui cherche une voie, avec l'Europe, pour exister dans cet épicentre des tensions entre les géants chinois et américain.

"C'est un coup très dur", relève le chercheur français Antoine Bondaz, de la Fondation de la recherche stratégique (FRS), pour qui il est "fondamental que cela ne remette pas en cause l'ensemble de la stratégie".

"Un coup dur pour le président Macron, avec de grosses implications commerciales, qui pourrait pousser Paris à reconsidérer ses partenariats stragégiques avec la sphère anglophone", estime pour sa part le chercheur du Lowy Institute australien Hervé Lemahieu. 

Le président français a fait de l'Indo-Pacifique une priorité dès 2018. Depuis quelques années, tous les yeux sont braqués sur cette immense région qui s'étend des côtes est-africaines aux ouest-américaines, criblée de points névralgiques, économiques ou militaires, et qui abritera 60% de la population et du PIB mondial en 2030.

Une région d'autant plus cruciale que, si les Etats-Unis et la Chine doivent tomber dans le fameux "piège de Thucydide", théorie qui prévoit qu'un empire dominant doit affronter un empire émergent, il est fort probable qu'elle devienne le théâtre de cette confrontation.

Alors Paris joue sur plusieurs leviers: militaire, diplomatique, économique, et noue des relations privilégiées avec certains pays clés de la région: Inde, Australie, Japon, notamment.

Essayer de participer

"En tant que seul pouvoir européen avec des territoires en Indo-Pacifique, des bases militaires permanentes, des capacités sur place et une vision stratégique pour la région, la France essaye de participer au nouveau 'grand jeu' au niveau régional et mondial, et encourage les Européens à être plus mobilisés pour la défense de leurs intérêts dans la région", résume le chercheur français Nicolas Regaud pour le think tank australien Aspi.

D'autant qu'il n'y a pas d'architecture de sécurité dans cette zone où cohabitent une multitudes d'organisations: Asean, Organisation de Shanghaï, Apec, Quad, etc. Et désormais AUKUS, le nouvel accord Australie, Royaume-Uni, Etats-Unis.

"Nous avons une géométrie très flexible", euphémise un diplomate d'un pays riverain.

Dans cette polyphonie où grondent "sotto voce" les tambours de guerre, l'ambition française est de ne pas se laisser enfermer dans la bipolarité Washington-Pékin, et leur politique de plus en plus agressive.

"Dessiner une voie médiane, cela nécessite d'abord d'être reconnu comme un acteur légitime", expliquait récemment au Monde le général François Lecointre, alors chef d'état-major des armées. "Nous sommes des alliés fidèles des Américains, mais nous ne souhaitons pas être vassalisés".

«Un mauvais coup inacceptable» pour Barnier

"À coup sûr, c'est un mauvais coup porté par l'Australie, peut-être par d'autres pays contre la France. Cela aura des conséquences. Dans l'immédiat, c'est un mauvais coup entre alliés, un mauvais coup inacceptable, c'est un mauvais coup pour l’emploi", a déclaré l'ancien commissaire européen, lors d'un déplacement au salon international de l’élevage (SPACE) à Rennes.

"Ce qui m'interroge, c'est les conditions dans lesquelles ce contrat a été négocié, annoncé et accompagné politiquement", a-t-il ajouté. "Je tire de cela deux premières leçons, une sur l'influence française, qui diminue en Europe et dans le monde. Donc, comme candidat, et demain si les Français et les Françaises me choisissent comme président de la République, je mettrai en place une stratégie d'influence française, méthodique".

"Il y a urgence dans tous les domaines pour reconstruire l’influence de la France. L'influence de la France ne se décrète pas, elle ne tombe pas du ciel, elle se construit de façon méthodique dans tous les domaines, qui incluent les 3 millions et demi de Français qui vivent à l’étranger", a détaillé l'ancien ministre et ex-négociateur du Brexit.

"Puis sur la recherche, l'industrie, nous avons des questions à nous poser: comment consolider notre effort de défense? Comment construire une meilleure réponse européenne entre les 27 pays de l'Union sur ces questions? Là aussi, cela ne se décrète pas, pour porter cette ambition de politique européenne de défense, il faut de la ténacité avec nos 26 partenaires de l'Union européenne", a estimé M. Barnier.

Les «poids-moyens»

Paris essaye donc de déployer des moyens militaires dans la zone, mais mise aussi beaucoup sur des partenariats avec d'importants acteurs de la région.

L'Indo-Pacifique compte "de nombreux 'poids moyens': des pays significatifs qui ne sont ni la Chine ni les Etats-Unis, et qui, en travaillant ensemble, peuvent peser sur l'équilibre de pouvoir", analyse le chercheur australien Rory Medcalf dans le livre "L'empire Indo-Pacifique".

La France s'est ainsi rapprochée de l'Inde: vente de Rafale, opérations militaires conjointes dans l'océan Indien, ouverture à la marine indienne de ses bases à Djibouti, aux Emirats, à la Réunion... 

Un autre de ces pays sur lequel misait Paris était l'Australie, notamment avec ce contrat désormais caduc. "Il était l'élément central de la coopération franco-australienne", souligne une source proche du dossier.

Ce revers montre les limites de "se reposer sur trois pays, dont deux sont des alliés des USA (Japon et Australie, ndlr), et tous membres du Quad (une structure USA-Japon-Australie-Inde orientée contre la Chine, ndlr)", explique M. Bondaz. 

"Vu la menace chinoise, la France n'est pas un allié de premier plan pour ces pays. Donc Paris doit chercher d'autres partenariats, comme avec l'Indonésie, la Corée du Sud", selon lui.

La relation franco-australienne devra elle trouver d'autres voies car "l'Australie reste un partenaire incontournable dans le Pacifique Sud, on ne peut pas changer la géographie", relève-t-il.

L'échelle européenne

Au-delà du domaine militaire, Paris joue aussi sur les leviers diplomatiques et économiques, en essayant de stimuler et d'accompagner Bruxelles.

La France a nommé fin 2020 son premier ambassadeur chargé de l'Indo-Pacifique. Elle s'implique et adhère à certaines structures régionales, comme l'an dernier à l'Association des Etats riverains de l'océan Indien (IORA). Economiquement, un des enjeux est de soutenir les petits Etats du Pacifique auxquels la Chine propose son aide pour accroître son influence.

Mais "c'est à l'échelle de l'Union européenne que cela va se jouer", explique une source diplomatique. L'UE va dévoiler jeudi sa stratégie Indo-Pacifique.

"L'Europe doit être plus présente et active dans la région", a déclaré mercredi la présidente de la Commission Ursula von der Leyen dans son discours sur l'Etat de l'Union.


Macron affirme que «les Européens ne sont pas les prédateurs» du XXIe siècle en Afrique

Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report. (AFP)
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  • Face aux critiques visant les ex-puissances coloniales, il assure que "le paradoxe est que les Européens ne sont pas les prédateurs de ce siècle"
  • "L'Europe défend l'ordre international, le multilatéralisme efficace, l’État de droit, le commerce libre et ouvert", tandis que les États-Unis et la Chine "sont dans une logique de confrontation commerciale", sans respect des règles

NAIROBI: Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report.

Dans cette interview, M. Macron rappelle avoir "condamné avec force la colonisation" dès 2017, année de son arrivée au pouvoir.

"Mais je ne lui imputerai pas tout" (à la colonisation), car "on ne doit pas non plus exonérer de toute responsabilité les sept décennies qui ont suivi les indépendances" de la plupart des anciennes colonies européennes en Afrique, ajoute-t-il, appelant les dirigeants africains à "améliorer la gouvernance".

Face aux critiques visant les ex-puissances coloniales, il assure que "le paradoxe est que les Européens ne sont pas les prédateurs de ce siècle". "L'Europe défend l'ordre international, le multilatéralisme efficace, l’État de droit, le commerce libre et ouvert", tandis que les États-Unis et la Chine "sont dans une logique de confrontation commerciale", sans respect des règles, dit-il.

Sur les minerais critiques et les terres rares, "la Chine, pour la citer, est dans une logique prédatrice: elle transforme chez elle" et crée "des dépendances avec le reste du monde", estime-t-il. "Ce n’est pas ce que nous proposons", insiste le président français, défendant une "stratégie d'autonomie pour l'Europe comme pour l'Afrique" pour ne "pas dépendre d’un nouvel empire, quel qu'il soit".

Il prône une fois de plus une transformation de "l’architecture financière internationale", notamment afin de "mettre en place un système de garanties financières pour faire venir les investisseurs privés" en Afrique - son cheval de bataille avec le président kényan William Ruto, qui sera mardi au menu du second jour du sommet Africa Forward à Nairobi.

Interrogé sur les militaires qui ont pris le pouvoir dans trois pays sahéliens (Mali, Burkina Faso et Niger) entre 2020 et 2023, précipitant le divorce avec la France et le départ de l'armée française, Emmanuel Macron répond: "J'ai la conviction qu’il faut laisser ces États et leurs dirigeants, même putschistes, tracer leur propre chemin".

Il réitère que la France était présente militairement au Sahel à la demande de ces pays pour combattre la menace jihadiste. "Quand notre présence n’a plus été souhaitée, après les coups d’État, nous sommes partis. Cela n'a pas été une humiliation, mais une réponse logique à une situation donnée", assure-t-il.

"Une ère nouvelle va s’ouvrir. Le Sahel retrouvera un jour une gouvernance normale" avec des dirigeants "démocratiquement élus, qui se soucient véritablement de leur peuple", selon le chef de l’État français.


Départ de Vallaud: Faure appelle le PS à «avancer d'un même pas», «le congrès permanent ce n'est pas possible»

Boris Vallaud, président du groupe parlementaire « Socialistes et Apparentes », assiste à une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 16 décembre 2025. (AFP)
Boris Vallaud, président du groupe parlementaire « Socialistes et Apparentes », assiste à une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 16 décembre 2025. (AFP)
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  • Olivier Faure a appelé lundi les socialistes "à avancer d'un même pas"
  • "Je ne suis pas un fanatique de quelque processus que ce soit. Je veux un processus qui soit commun à tous, qui permette de se mettre d'accord sur la façon d'arriver à un candidat commun"

PARIS: Olivier Faure a appelé lundi les socialistes "à avancer d'un même pas", jugeant que "le congrès permanent, ce n'est pas possible" après le départ fracassant de Boris Vallaud de la direction du PS sur fond d'opposition à une primaire pour désigner le candidat de la gauche hors LFI à la présidentielle.

"Je ne suis pas un fanatique de quelque processus que ce soit. Je veux un processus qui soit commun à tous, qui permette de se mettre d'accord sur la façon d'arriver à un candidat commun", a réagi M. Faure, partisan de la primaire, sur franceinfo.

 

 

 


Une Française rapatriée du MV Hondius positive à l'hantavirus, 22 cas contacts en France

Sur les cinq Français rapatriés et placés à l'isolement à Paris, l'état de santé d'une femme s'est "malheureusement dégradé cette nuit" et les "tests sont revenus positifs", a dit la ministre française de la Santé sur la radio France Inter. (AFP)
Sur les cinq Français rapatriés et placés à l'isolement à Paris, l'état de santé d'une femme s'est "malheureusement dégradé cette nuit" et les "tests sont revenus positifs", a dit la ministre française de la Santé sur la radio France Inter. (AFP)
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  • "Nous demandons" à ces 14 passagers "qu'ils nous contactent parce qu'il faut qu'on puisse renforcer l'isolement", a dit Stéphanie Rist
  • Une croisiériste néerlandaise infectée par le virus et depuis décédée avait voyagé à bord du vol Sainte-Hélène-Johannesbourg

PARIS: Une passagère française, rapatriée du bateau de croisière MV Hondius, a été testée positive à l'hantavirus, a annoncé lundi la ministre de la Santé Stéphanie Rist, faisant également état de 22 cas contacts identifiés en France.

Parmi les croisiéristes déjà évacués, un Américain et cette Française ont été testés positifs à l'hantavirus, contre lequel n'existe aucun vaccin ni traitement et qui peut provoquer un syndrome respiratoire aigu.

La crise à bord du MV Hondius, qui doit repartir pour les Pays-Bas lundi, a suscité l'inquiétude, ravivant les souvenirs de la pandémie de Covid, même si à ce stade l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ne recense que six cas confirmés d'hantavirus parmi huit cas suspects, comprenant trois personnes décédées de ce virus connu mais rare.

Sur les cinq Français rapatriés et placés à l'isolement à Paris, l'état de santé d'une femme s'est "malheureusement dégradé cette nuit" et les "tests sont revenus positifs", a dit la ministre française de la Santé sur la radio France Inter.

Les cinq passagers "sont hospitalisés dans des chambres avec des flux d'air qui permettent d'éviter la contamination", "ils sont évidemment isolés dans cet hôpital et y resteront jusqu'à nouvel ordre", au minimum 15 jours, a-t-elle ajouté.

Concernant les cas contacts, elle a confirmé qu'une vingtaine de Français avaient été identifiés : huit parmi les passagers du vol du 25 avril entre Sainte-Hélène et Johannesbourg, qui "ont été mis à l'isolement rapidement", et 14 à bord du vol Johannesbourg-Amsterdam.

"Nous demandons" à ces 14 passagers "qu'ils nous contactent parce qu'il faut qu'on puisse renforcer l'isolement", a dit Stéphanie Rist.

Une croisiériste néerlandaise infectée par le virus et depuis décédée avait voyagé à bord du vol Sainte-Hélène-Johannesbourg. Elle était aussi brièvement montée à bord de l'avion pour Amsterdam, mais n'avait finalement pas voyagé à son bord.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu "tiendra une nouvelle réunion" lundi après-midi "pour suivre au plus près l'évolution de la situation" sur le virus hantavirus, a annoncé la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.

"Nous suivons la situation avec la plus grande vigilance, sur la base d'un virus que l'on connaît, d'où les 42 jours d'isolement qui ont été décidés et un objectif qui reste le même, protéger les Françaises et les Français", a-t-elle ajouté sur BFMTV.

Elle a appelé à "ne pas créer de panique", "nous n'en sommes absolument pas à avoir ces discussions-là" comme lors de l'épidémie de Covid-19.

La variante du virus détectée à bord du navire MV Hondius, l'hantavirus Andes, est une souche rare qui peut se transmettre d'homme à homme avec un délai d'incubation pouvant aller jusqu'à six semaines.