Liban : L’UE exige des réformes avant de participer à la reconstruction

Le commissaire européen chargé de la gestion des crises, Janez Lenarcic (Photo, Olivier HOSLET/POOL/AFP).
Le commissaire européen chargé de la gestion des crises, Janez Lenarcic (Photo, Olivier HOSLET/POOL/AFP).
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Publié le Dimanche 13 septembre 2020

Liban : L’UE exige des réformes avant de participer à la reconstruction

  • « Je parle de gouvernance, pas seulement de réformes économiques. Il doit y avoir un changement dans la façon dont ce pays est gouverné » a martelé Janez Lenarcic
  • « La vitesse est importante, le Liban n'a pas de temps à perdre », a souligné à cet égard le commissaire européen

BEYROUTH : Le commissaire européen chargé de la gestion des crises, Janez Lenarcic, a appelé samedi soir à la formation dans les plus brefs délais d'un gouvernement « crédible », condition sine qua non au déblocage de la deuxième phase de soutien de l'UE à un Liban en crise. 

« Nous avons besoin d'un gouvernement crédible, jouissant de la confiance du peuple libanais et déterminé à conduire le pays dans la bonne direction », a plaidé Lenarcic.

Arrivé à Beyrouth à bord d'un vol humanitaire, le troisième affrété par l'UE après l'explosion dévastatrice début août au port, le commissaire européen a participé aux livraisons d'aides, dont des ambulances destinées à la Croix-rouge libanaise, avant de rencontrer le nouveau Premier ministre Moustafa Adib chargé de former une nouvelle équipe ministérielle.

Le Liban a connu une explosion gigantesque le 4 août au port de Beyrouth ayant dévasté des quartiers entiers de la capitale, faisant plus de 190 morts et 6.500 blessés et laissant 300.000 personnes sans abri.

« À elle seule, l'UE a mobilisé 64 millions d'euros rien que pour la réponse d'urgence, en sus des contributions individuelles des différents États membres, qui s'élèvent également à environ 65 millions d'euros », a indiqué Lenarcic.  

« La phase suivante sera celle de la reconstruction mais elle devra aller de pair avec des réformes car la communauté internationale n'est pas disposée à soutenir les pratiques qui ont conduit à l'effondrement financier et à la crise économique », a-t-il ajouté.

« La classe politique libanaise doit répondre aux demandes des gens, et c'est aussi ce que la communauté internationale attend ». 

« Je parle de gouvernance, pas seulement de réformes économiques. Il doit y avoir un changement dans la façon dont ce pays est gouverné », a-t-il martelé. 

Le FMI, une priorité

Le Liban vit depuis l'automne dernier au rythme d'une pression accrue de la rue ayant forcé deux gouvernements à démissionner, sur fond d'une crise économique profonde, amplifiée par le Covid-19.

L'ex-Premier minsitre, Hassan Diab, a rendu le tablier quelques jours après le drame du port. 

Le 1er septembre un nouveau chef de gouvernement, Moustafa Adib, a été désigné tandis que les forces politiques se sont engagées, sous la pression de la France, à former un nouveau cabinet de « mission » exigé par Paris dans un délai de 15 jours dans un pays où ce processus peut s'étaler sur plusieurs mois.       

« La vitesse est importante, le Liban n'a pas de temps à perdre », a souligné à cet égard le commissaire européen.  

« J'espère que le (prochain) gouvernement parviendra à gagner la confiance du peuple libanais car c'est là le gain le plus nécessaire ». 

Quant aux réformes à entreprendre, « l'une des premières missions devra être de conclure un accord avec le FMI ». « Cela débloquerait des ressources substantielles dont le Liban a désespérément besoin pour relancer son économie », a-t-il insisté.

Le cas échéant, « l'UE fournira une part substantielle des » quelque huit milliards de dollars de pertes directes et indirectes estimées par la Banque mondiale dues à l'explosion du 4 août, a assuré le commissaire européen.   

« Le Hezbollah, une réalité »

Janez Lenarcic s'est voulu enfin nuancé sur la question épineuse du mouvement chiite pro-iranien Hezbollah, poids lourd de la vie politique libanaise, et classé comme organisation terroriste par les Etats-Unis et certains pays de l'UE.  

« Le Hezbollah est une réalité au Liban, nous aimerions voir toute la classe politique libanaise s'unir derrière la tâche énorme » qui incombe au prochain gouvernement, a-t-il affirmé. « Nous pensons qu'il devrait assumer sa part dans les efforts » de réforme.

Washington a imposé cette semaine des sanctions contre deux ministres proches du Hezbollah, tandis que de nouvelles sanctions pourraient toucher d'autres membres de la classe dirigeante libanaise.  

Mais au niveau européen, « les sanctions, du moins pour le moment, ne sont pas à l'ordre du jour » contre les partis au pouvoir, toutes tendances confondues, a assuré Lenarcic.  


Visite du président libanais à Washington: le Hezbollah dénonce une «soumission» à un pouvoir étranger

Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère". (AFP)
Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère". (AFP)
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  • Les violences ont baissé d'intensité depuis la signature en juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, en parallèle de négociations entamées en avril entre le Liban et Israël dans une tentative de dissocier le dossier libanais
  • Malgré l'accalmie dans les combats, l'armée israélienne continue de mener des frappes intermittentes et opérations dans et près des zones qu'elle continue d'occuper dans le sud

BEYROUTH: Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère".

Joseph Aoun a été reçu mardi à la Maison Blanche par Donald Trump, qui a dit vouloir "beaucoup aider" le Liban, au moment où un accord avec Israël parrainé par Washington entre dans sa première phase.

Cet accord conclu en juin prévoit le déploiement de l'armée libanaise dans des "zones pilotes" évacuées par Israël - qui occupe une partie du sud du pays désignée comme "zone de sécurité" - sous réserve du désarmement du Hezbollah pro-iranien.

La formation pro-iranienne, qui s'oppose à l'accord, a déploré dans un communiqué que la visite de M. Aoun n'avait "débouché sur aucun engagement américain" sur un retrait de l'armée israélienne du sud du Liban, ni n'avait mis fin aux tirs israéliens, ni permis un retour sûr des déplacés dans cette région.

"Dans la série ininterrompue des concessions" du pouvoir, cette visite a révélé "l’ampleur de la dépendance et de la soumission à une tutelle étrangère", a ajouté le Hezbollah.

Pendant l'entrevue, Joseph Aoun a insisté sur la nécessité d'un "retrait total" israélien pour avancer dans la mise en oeuvre de l'accord.

Le Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en attaquant Israël, en soutien à l'Iran, a réitéré son refus des négociations directes entre Israël et le Liban.

L'armée libanaise a entamé mardi son déploiement dans le village de Zawtar al-Gharbiya dont l'armée israélienne contrôlait les abords.

Le chef de l'armée, Rodolphe Haykal, s'est rendu jeudi sur place où il "a passé en revue les mesures prises" afin de " garantir le retour en sécurité des habitants", selon un communiqué de l'armée.

Un photographe de l'AFP a vu des équipes de secours entrer dans cette localité, qui reste interdite d'accès aux habitants.

Elles ont récupéré trois corps, et poursuivent des opérations de recherche, a rapporté l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).

Les violences ont baissé d'intensité depuis la signature en juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, en parallèle de négociations entamées en avril entre le Liban et Israël dans une tentative de dissocier le dossier libanais de la guerre régionale.

Malgré l'accalmie dans les combats, l'armée israélienne continue de mener des frappes intermittentes et opérations dans et près des zones qu'elle continue d'occuper dans le sud.

L'ANI a rapporté une "forte explosion" dans la localité frontalière d'al-Tiri, l'attribuant à l'armée israélienne. Des tirs israéliens dans une autre localité du sud ont blessé un travailleur syrien, a ajouté l'agence.

Des secouristes affiliés au Hezbollah ont rapporté qu'une frappe israélienne près de Nabatiyé al-Fawqa avait visé une ambulance qui se rendait sur le site d'une précédente frappe, et blessé deux secouristes.


L'Iran menace de rétorsion tout pays «participant, coopérant ou aidant» les Etats-Unis dans leurs attaques 

Le chef de la diplomatie iranienne a déclaré vendredi, après une nouvelle nuit de bombardements américains, que tout pays "participant, coopérant ou aidant" les Etats-Unis serait tenu pour responsable par Téhéran. (AFP)
Le chef de la diplomatie iranienne a déclaré vendredi, après une nouvelle nuit de bombardements américains, que tout pays "participant, coopérant ou aidant" les Etats-Unis serait tenu pour responsable par Téhéran. (AFP)
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  • "Toute participation, coopération ou assistance à la commission d'une agression contre l'Iran engagera la responsabilité internationale des parties concernées"
  • L'Iran "se réserve le droit de prendre toutes les mesures nécessaires dans le cadre de la légitime défense"

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne a déclaré vendredi, après une nouvelle nuit de bombardements américains, que tout pays "participant, coopérant ou aidant" les Etats-Unis serait tenu pour responsable par Téhéran.

"Toute participation, coopération ou assistance à la commission d'une agression contre l'Iran engagera la responsabilité internationale des parties concernées", a déclaré Abbas Araghchi, ajoutant que l'Iran "se réservait le droit de prendre toutes les mesures nécessaires dans le cadre de la légitime défense", lors d'un discours au Kirghizistan à l'occasion d'une réunion de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

 

 


Nouvelles frappes américaines en Iran, sirènes d'alerte au Bahreïn 

Les Etats-Unis ont lancé vendredi une nouvelle série de frappes en Iran, tandis que les alliés houthis ont ouvert un autre front dans le conflit, revendiquant des attaques en mer Rouge qui font grimper le prix du baril de pétrole au-dessus des 100 dollars. (AFP)
Les Etats-Unis ont lancé vendredi une nouvelle série de frappes en Iran, tandis que les alliés houthis ont ouvert un autre front dans le conflit, revendiquant des attaques en mer Rouge qui font grimper le prix du baril de pétrole au-dessus des 100 dollars. (AFP)
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  • Dans la nuit de jeudi à vendredi, l'armée américaine a annoncé avoir achevé une nouvelle série de frappes contre des cibles militaires en Iran, faisant état de la "13e nuit consécutive" de bombardements
  • Des médias d'Etat iraniens ont quant à eux rapporté des explosions dans le sud du pays et sur l'île de Qeshm, près du détroit d'Ormuz

TEHERAN: Les Etats-Unis ont lancé vendredi une nouvelle série de frappes en Iran, tandis que les alliés houthis ont ouvert un autre front dans le conflit, revendiquant des attaques en mer Rouge qui font grimper le prix du baril de pétrole au-dessus des 100 dollars.

Les affrontements entre Téhéran et Washington, qui ont repris le 7 juillet, font craindre un blocage durable des exportations d'hydrocarbures puisque le stratégique détroit d'Ormuz est verrouillé par l'Iran et que les Houthis yéménites ont annoncé un blocus des navires d'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut.

Après avoir flambé jeudi, les cours refluaient légèrement vendredi en début d'échanges asiatiques, le Brent se maintenant autour du niveau de 100 dollars atteint la veille pour la première fois depuis mai, loin de l'accalmie qui avait suivi la signature d'un protocole d'accord irano-américain mi-juin.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, l'armée américaine a annoncé avoir achevé une nouvelle série de frappes contre des cibles militaires en Iran, faisant état de la "13e nuit consécutive" de bombardements.

Des médias d'Etat iraniens ont quant à eux rapporté des explosions dans le sud du pays et sur l'île de Qeshm, près du détroit d'Ormuz.

Face aux menaces sur la navigation dans la région, Donald Trump a affirmé jeudi soir que les fonds iraniens gelés aux Etats-Unis serviraient désormais à rembourser les dégâts sur les navires touchés dans le Golfe.

"A partir de maintenant, tous les dommages causés aux navires, à la cargaison ou à tout autre élément s'y rapportant, seront payés par l'argent iranien que les Etats-Unis ont en leur possession et contrôlent", a déclaré le président américain sur sa plateforme Truth Social, sans fournir davantage de détails sur le mécanisme envisagé.

Une menace qualifiée quelques heures plus tard de "précédent incendiaire" par le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, dans une publication sur X.