Au Liban, un numéro contre le suicide submergé par des appels désespérés

Christine el-Zein, une opératrice bénévole, répond aux appels d'Embrace, une ONG qui gère une hotline de prévention du suicide, à Beyrouth le 1er septembre 2021 (Photo, AFP)
Christine el-Zein, une opératrice bénévole, répond aux appels d'Embrace, une ONG qui gère une hotline de prévention du suicide, à Beyrouth le 1er septembre 2021 (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 24 septembre 2021

Au Liban, un numéro contre le suicide submergé par des appels désespérés

  • Le numéro vert «Embrace Lifeline» (1564) mobilise des volontaires qui, sans relâche, écoutent des citoyens épuisés par des batailles quotidiennes sans fin
  • L'effondrement économique et l'explosion du 4 août 2020 ont provoqué chez les Libanais traumatisés une véritable crise de santé mentale

BEYROUTH : A l'autre bout du fil, un père de famille annonce qu'il veut se suicider car il ne parvient plus à nourrir ses quatre enfants. Au Liban, touché par une crise socio-économique inédite, la sonnerie du seul numéro vert de prévention contre le suicide ne cesse de retentir.


Avec environ 1.100 appels par mois --des dizaines par jour--, le nombre d'appels a plus que doublé en un an. L'effondrement économique du pays, mais aussi l'explosion le 4 août 2020 au port de Beyrouth qui a ravagé la capitale, a provoqué chez les Libanais traumatisés une véritable crise de santé mentale.


Le phénomène a été exacerbé par le départ massif de médecins --dont des spécialistes de la santé mentale--, ainsi qu'une pénurie de médicaments, y compris d'anxiolytiques et d'antidépresseurs, introuvables dans les pharmacies.


Le numéro vert "Embrace Lifeline" (1564) mobilise des volontaires qui, sans relâche, écoutent des Libanais épuisés par des batailles sans fin pour trouver de l'essence, de quoi se nourrir, un emploi ou fuir le pays.


"Beaucoup de gens ont perdu espoir", résume Mia Atoui, cofondatrice de l'ONG Embrace, qui gère cette ligne téléphonique.


"Ce matin, nous avons été réveillés à 05H30 par un sans-abri de 31 ans qui voulait se suicider", confie-t-elle à l'AFP.


"La semaine dernière, c'était un père de famille dans la vallée de la Békaa qui voulait mettre fin à ses jours parce qu'il n'a plus les moyens de nourrir ses quatre enfants", ajoute-t-elle.


Un exemple non isolé: Magalie Eid, volontaire de 23 ans à Embrace depuis deux ans, se souvient de l'appel d'une veuve.


"Elle n'avait pas les moyens de nourrir (ses trois enfants), elle ne savait pas si elle devait mettre fin à ses jours, ou si elle devait se tuer avec ses enfants."

Aide gratuite

De plus en plus de mineurs appellent, leur nombre représentant désormais environ 15% des appels en juillet, selon des statistiques compilées par Embrace.


Pour répondre aux appels croissants, le numéro vert fonctionne désormais 21 heures par jour, contre 17 heures auparavant, avec pour objectif d'assurer un service 24h/24 dans les prochains mois.


De l'aide psychologique gratuite a également été mise en place avec une centaine de personnes déjà inscrites sur une liste d'attente.


Depuis deux ans, le pays enchaîne tragédies et traumatismes.


Les espoirs déçus après le soulèvement populaire d'octobre 2019 --qui avait pour objectif de renverser une classe politique accusée de corruption et inamovible depuis des décennies-- se sont conjugués à une pandémie et l'explosion dévastatrice au port de Beyrouth en 2020.


La situation a encore empiré depuis fin juin avec l'effondrement d'un système de subventions, ce qui a provoqué des pénuries en tous genres et poussé de nombreux Libanais à fuir le pays.

«Mission impossible»

"Nous observons plus de cas d'anxiété et de dépression, mais aussi des situations plus graves", souligne Fadi Maalouf, chef du département de psychiatrie à l'hôpital américain de Beyrouth.


Certains patients "ont réduit leur traitement" en raison du manque de médicaments "ou décidé d'arrêter leur traitement, devenant ainsi encore plus déprimés, voire suicidaires", explique M. Maalouf. "Tous étaient stables avant."


Avec une demande en forte hausse, la psychologue Nanar Iknadiossian a du mal à suivre le rythme. 


La femme de 29 ans travaille 13 heures par jour sans répit et reçoit de nouvelles sollicitations qu'elle est obligée de décliner.


Or, ses patients ont besoin "d'approches thérapeutiques très rapides axées sur des solutions", explique-t-elle à l'AFP. "C'est comme des soins de premiers secours psychologiques (...) nous ne faisons que limiter les dégâts."


D'une ampleur sans précédent, la crise a provoqué une paupérisation à grande échelle: près de 80% de la population vit aujourd'hui sous le seuil de pauvreté selon l'ONU.


Pour Bouchra, une bénévole de 26 ans à l'ONG Embrace, son travail est devenu une "mission impossible". 


"Nous sommes censés redonner de l'espoir dans un pays où l'espoir n'existe plus."


Les alliés excluent un rôle naval dans le détroit d'Ormuz alors que Trump cherche une coalition

Des pétroliers sont ancrés à Mascate, à Oman, le 7 mars 2026, alors que l'Iran promet de fermer le détroit d'Ormuz, dans le cadre du conflit américano-israélien avec l'Iran. (Photo d'archives Reuters)
Des pétroliers sont ancrés à Mascate, à Oman, le 7 mars 2026, alors que l'Iran promet de fermer le détroit d'Ormuz, dans le cadre du conflit américano-israélien avec l'Iran. (Photo d'archives Reuters)
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  • M. Trump a déclaré que Washington avait contacté sept pays pour participer à l'effort naval, mais il ne les a pas identifiés
  • Dans un message publié sur les réseaux sociaux au cours du week-end, il a déclaré qu'il espérait que la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et la Grande-Bretagne participeraient à l'opération

Le détroit d'Ormuz achemine environ un cinquième de l'approvisionnement mondial en pétrole, ce qui fait de toute perturbation un risque majeur pour les marchés mondiaux de l'énergie.
Le Japon, l'Australie et plusieurs alliés européens ont déclaré lundi qu'ils ne prévoyaient pas d'envoyer des navires de guerre pour escorter des bateaux dans le détroit d'Ormuz, après que le président américain Donald Trump a appelé ses partenaires à former une coalition pour rouvrir cette voie d'eau stratégique.

Cette demande intervient alors que la guerre américano-israélienne contre l'Iran entre dans sa troisième semaine, perturbant le trafic maritime et ébranlant les marchés mondiaux de l'énergie. M. Trump a fait valoir que les pays fortement dépendants du pétrole du Golfe devraient contribuer à sécuriser le détroit, par lequel transite environ 20 % de l'approvisionnement énergétique mondial.

"Je demande à ces pays de venir protéger leur propre territoire, car c'est leur territoire", a déclaré M. Trump aux journalistes à bord d'Air Force One, dimanche, alors qu'il se rendait de Floride à Washington. "C'est l'endroit d'où ils tirent leur énergie.

M. Trump a déclaré que Washington avait contacté sept pays pour participer à l'effort naval, mais il ne les a pas identifiés. Dans un message publié sur les réseaux sociaux au cours du week-end, il a déclaré qu'il espérait que la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et la Grande-Bretagne participeraient à l'opération.

Cependant, plusieurs gouvernements se sont empressés lundi de prendre leurs distances avec tout déploiement militaire potentiel.

Le premier ministre japonais, Sanae Takaichi, a déclaré que Tokyo n'avait pas pris la décision d'envoyer des navires d'escorte, citant les contraintes de la constitution pacifiste du Japon.

"Nous n'avons pris aucune décision concernant l'envoi de navires d'escorte", a déclaré M. Takaichi au parlement.

L'Australie a également indiqué qu'elle ne fournirait pas de forces navales.

"Nous savons à quel point c'est important, mais ce n'est pas quelque chose qui nous a été demandé ou auquel nous contribuons", a déclaré Catherine King, ministre du gouvernement du Premier ministre Anthony Albanese, à la chaîne ABC.

Les gouvernements européens ont également fait part de leur réticence à participer à une nouvelle mission navale dans le Golfe.

Le premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré que la sécurisation du détroit d'Ormuz ne serait pas une mission de l'OTAN.

La Grèce a déclaré qu'elle ne participerait pas aux opérations militaires dans le détroit, le porte-parole du gouvernement, Pavlos Marinakis, affirmant qu'Athènes ne contribuerait qu'à la mission navale de l'Union européenne Aspides en mer Rouge.

Le ministre de la défense, Boris Pistorius, a déclaré que l'extension de la mission Aspides de l'UE au détroit d'Ormuz nécessiterait un nouveau cadre juridique et un mandat parlementaire à Berlin.

Le porte-parole du gouvernement allemand a ajouté que l'on ne savait pas si Washington avait formulé une demande officielle d'assistance.

L'Italie a adopté un ton similaire, le ministre des affaires étrangères Antonio Tajani déclarant qu'il ne voyait pas de mission navale existante pouvant être étendue au détroit et soulignant que la diplomatie restait la réponse appropriée à la crise.

Une mission navale de l'UE à l'étude

Les ministres des affaires étrangères de l'Union européenne devraient discuter des mesures possibles pour aider à protéger les routes maritimes dans la région, et notamment de la possibilité pour la mission navale de l'Union européenne en mer Rouge de jouer un rôle.

Kaja Kallas, responsable de la politique étrangère de l'UE, a déclaré que l'extension de l'opération Aspides, lancée en 2024 pour protéger les navires commerciaux des attaques des Houthis du Yémen, pourrait être le moyen le plus rapide de renforcer la sécurité maritime.

"Il est dans notre intérêt de garder le détroit d'Ormuz ouvert, a déclaré Mme Kallas à des journalistes à Bruxelles.

Toutefois, des diplomates ont indiqué qu'il était peu probable que les États membres de l'UE élargissent immédiatement le mandat de la mission.

Aspides déploie actuellement trois navires de guerre français, grecs et italiens en mer Rouge.

Pression sur la Chine et ses alliés

M. Trump a également exhorté la Chine à rétablir le trafic maritime dans le détroit et a laissé entendre qu'il pourrait reporter une visite prévue à Pékin si le soutien n'était pas au rendez-vous.

"Je pense que la Chine devrait aussi aider parce qu'elle tire 90 % de son pétrole du détroit", a déclaré M. Trump au Financial Times. "Nous pourrions retarder notre visite".

Le ministère chinois des affaires étrangères n'a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire.

Bien que certains navires iraniens aient continué à emprunter la voie navigable et qu'un nombre limité de navires étrangers l'aient traversée, la majeure partie du trafic de pétroliers a été interrompue depuis que les États-Unis et Israël ont lancé une campagne de bombardement à grande échelle contre l'Iran le 28 février.


Le prince héritier saoudien et le président des Émirats arabes unis mettent en garde contre une escalade régionale dangereuse

Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed bin Salman, à gauche, et le président des Émirats arabes unis Cheikh Mohamed bin Zayed Al-Nahyan. (AFP)
Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed bin Salman, à gauche, et le président des Émirats arabes unis Cheikh Mohamed bin Zayed Al-Nahyan. (AFP)
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  • Les deux dirigeants ont affirmé que les pays du CCG ne ménageraient aucun effort pour défendre leurs territoires et mobiliser toutes les capacités disponibles pour préserver la stabilité régionale
  • Cet appel a eu lieu alors que l'ambassadeur d'Iran en Arabie saoudite, Alireza Enayati, a cherché à détourner la responsabilité de Téhéran

RIYAD: Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman et le président des Émirats arabes unis Mohamed bin Zayed Al-Nahyan se sont entretenus par téléphone lundi, condamnant la poursuite des attaques iraniennes contre les États du Golfe comme une escalade dangereuse menaçant la sécurité régionale, a rapporté l'agence de presse saoudienne.

Les deux dirigeants ont affirmé que les pays du CCG ne ménageraient aucun effort pour défendre leurs territoires et mobiliser toutes les capacités disponibles pour préserver la stabilité régionale.

Cet appel a eu lieu alors que l'ambassadeur d'Iran en Arabie saoudite, Alireza Enayati, a cherché à détourner la responsabilité de Téhéran, affirmant dans un billet X que "l'ennemi" - une référence aux États-Unis et à Israël - déployait des drones déguisés en drones Shahed de fabrication iranienne sous le nom de "drone Lucas".

M. Enayati a insisté sur le fait que l'Iran ne visait que les intérêts américains et israéliens dans la région, niant toute responsabilité dans les attaques contre les États du Golfe. Son message a suscité un scepticisme généralisé, les critiques soulignant que les dirigeants militaires iraniens avaient ouvertement menacé les pays du Golfe et que même les frappes visant les installations militaires américaines mettaient en danger les zones civiles avoisinantes.

Les autorités régionales affirment que des milliers de missiles et de drones iraniens ont été lancés en direction du Golfe depuis le début du conflit, fin février, frappant des aéroports, des ports, des infrastructures énergétiques et des zones civiles dans toute la région.

La semaine dernière, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution - soutenue par 13 de ses 15 membres et coparrainée par 135 pays - condamnant les attaques de l'Iran et exigeant l'arrêt immédiat des hostilités.


Israël dit avoir lancé des «opérations terrestres limitées» contre le Hezbollah dans le sud du Liban

L'armée israélienne a annoncé lundi avoir lancé des "opérations terrestres limitées et ciblées" contre le mouvement pro-iranien Hezbollah dans le sud du Liban. (AFP)
L'armée israélienne a annoncé lundi avoir lancé des "opérations terrestres limitées et ciblées" contre le mouvement pro-iranien Hezbollah dans le sud du Liban. (AFP)
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  • "Ces activités s'inscrivent dans le cadre des efforts défensifs plus larges visant à établir et à renforcer une posture défensive avancée, qui comprend le démantèlement de l'infrastructure terroriste et l'élimination des terroristes opérant dans la zone"
  • L'armée a précisé qu'avant l'entrée de ses soldats dans ce secteur, elle avait "mené des frappes d'artillerie et aériennes contre de nombreuses cibles terroristes"

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé lundi avoir lancé des "opérations terrestres limitées et ciblées" contre le mouvement pro-iranien Hezbollah dans le sud du Liban.

"Ces derniers jours, des soldats israéliens de la 91e division ont commencé des opérations terrestres limitées et ciblées contre des bastions clés du Hezbollah dans le sud du Liban, visant à renforcer la zone de défense avancée" en territoire libanais, le long de la frontière entre le nord d'Israël et le sud du Liban, a déclaré l'armée dans un communiqué.

"Ces activités s'inscrivent dans le cadre des efforts défensifs plus larges visant à établir et à renforcer une posture défensive avancée, qui comprend le démantèlement de l'infrastructure terroriste et l'élimination des terroristes opérant dans la zone, afin de (...) créer une couche supplémentaire de sécurité pour les habitants du nord d'Israël", ajoute le communiqué.

L'armée a précisé qu'avant l'entrée de ses soldats dans ce secteur, elle avait "mené des frappes d'artillerie et aériennes contre de nombreuses cibles terroristes".

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars, lorsque le Hezbollah a attaqué Israël en riposte à l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février par une frappe israélienne sur Téhéran.

Israël a lancé en riposte des frappes aériennes massives sur le Liban, qui ont déjà fait 850 morts, tout en menant des incursions dans les zones frontalières du sud du Liban, assurant vouloir ainsi protéger les populations du nord d'Israël.

Lors du précédent conflit entre Israël et le Hezbollah, en 2023 et 2024, 60.000 habitants du nord d'Israël avaient été déplacés par les combats. Le gouvernement israélien a promis cette fois d'éviter de tels déplacements de population.