Les civils yéménites paient le prix du retrait des Houthis de la liste américaine de terrorisme

Des combattants houthis nouvellement recrutés participent à un rassemblement dans la capitale Sanaa. (Photo, AFP/Archives)
Des combattants houthis nouvellement recrutés participent à un rassemblement dans la capitale Sanaa. (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Dimanche 26 septembre 2021

Les civils yéménites paient le prix du retrait des Houthis de la liste américaine de terrorisme

  • La cartographie des conflits montre que les milices ont tué plus de personnes depuis que l'administration Biden a révoqué la désignation des Houthis comme organisations terroristes étrangères
  • Un diplomate saoudien affirme que le Royaume continuera d'utiliser les mécanismes de l'ONU pour montrer le véritable visage terroriste des Houthis

LONDRES : Sept mois après que les États-Unis ont retiré les Houthis de leur liste d'organisations terroristes étrangères, la milice tue plus de personnes qu'auparavant et intensifie ses efforts pour soumettre l'ensemble du pays du Yémen à sa doctrine extrémiste, selon des experts.

Quelques jours après leur expulsion, les Houthis ont intensifié leur assaut contre Marib au Yémen, une province qui fournit un abri temporaire à des milliers de personnes déplacées à l'intérieur du pays et sert de bastion pour le gouvernement soutenu par l'ONU contre la tyrannie religieuse des Houthis. 

Six mois plus tard, le siège de Marib continue de faire quotidiennement des victimes, des deux côtés, et prolonge la double crise humanitaire et économique du Yémen.

Si l'on se fie à ces développements au Yémen, l'un des premiers actes de Joe Biden en tant que président américain s'est gravement retourné contre lui. 

«Je révoque la désignation d'Ansar Allah, parfois appelé les Houthis, en tant qu'organisation terroriste étrangère», a déclaré Biden, le 12 février.

Faisant référence à la «situation humanitaire désastreuse au Yémen», Biden a affirmé que l'inclusion du groupe sur la liste ne ferait qu'entraver l'acheminement de l'aide. 

«En nous concentrant sur l’allégement de la situation humanitaire au Yémen, nous espérons que les parties yéménites pourront encore se concentrer sur le dialogue».

Certes, Il est toujours facile de porter des jugements après coup, mais l'équipe Biden n'a jamais vraiment essayé de défendre la logique derrière l’action de retirer les houthis de la liste américaine de  terrorisme, avec des preuves. 

«Le retrait de cette liste a donné aux Houthis et, plus important encore, à leurs protecteurs iraniens un sentiment d'impunité», a déclaré à Arab News Michael Rubin, chercheur principal à Institut de l'entreprise américaine pour la recherche sur les politiques publiques. «Le retrait de la liste a également affaibli les efforts internationaux qui visaient à empêcher l'approvisionnement et le financement des Houthis».

En fait, la justification de l'administration Biden pour la retrait des Houthis de la liste, pour faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire, n'a jamais eu de sens en premier lieu.

«Il y avait déjà un système d'inspection» en place, a signalé Rubin. «L'ONU avait fait rapport à plusieurs reprises sur la livraison de produits humanitaires. 

Paradoxalement, ce sont souvent les Houthis qui ont empêché la livraison de marchandises vers des villes comme Taïz qui ne sont pas sous leur contrôle».

D’après Rubin, la décision de Biden de retirer les Houthis de la liste américaines des organisations terroristes étrangères, était plus liée à la politique intérieure américaine que le bien pour le peuple yéménite, et cela a peut-être encouragé d'autres groupes terroristes régionaux d’entrer dans le processus.

«Le retrait des houthis de la liste américaine par l'administration Biden avait plus à voir avec l'inversion de ce que l'ancien président Donald Trump avait fait qu'une quelconque considération des réalités sur le terrain», a-t-il expliqué.

«En tant que tel, le retrait des houthis de la liste américaine par Biden pour des raisons purement politiques a fragilisé la légitimité de la liste américaine, et a également encouragé d'autres groupes terroristes à exiger leur retrait de cette liste comme concession diplomatique».

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Des drones chargés de missiles, utilisés par les Houthis au Yémen dans des combats contre les forces de la coalition dirigées par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. (Photo, AFP/Archives)

Non seulement le retrait des houthis de la liste américaine n'a pas réussi à résoudre concrètement la situation humanitaire au Yémen, mais il a peut-être aussi coûté la vie à plus de personnes.

Alexander Jalil est analyste pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord au sein de l'Armed Conflict Location Event Data Project (ACLED), une organisation hautement spécialisée dédiée à l'enregistrement des cas de violence mortelle et non mortelle dans des conflits ou des endroits politiquement instables à travers le monde.

Jalil a déclaré à Arab News que les données de l’ACLED, minutieusement collectées et vérifiées sur la base de sources locales, indiquent que non seulement les Houthis ont été impliqués dans une plus grande intensification des combats au Yémen après avoir été retirés de la liste des terroristes, mais qu'ils étaient en fait responsables de décès de plus de personnes.

«Les événements survenus au cours des six mois qui ont suivi le retrait du groupe de la liste americaine de terrorisme ont également été plus meurtriers, car le nombre de décès a augmenté entre le 12 février 2021 et le 12 août 2021, par rapport au 12 août 2020 , et le 12 février 2021», a signalé Jalil.

 

EN CHIFFRES

* 7 998 – Le nombre de décès attribués aux Houthis au cours des 6 mois précédant leur retrait de la liste américaine de terrorisme.

 * 9 312 – Le nombre de décès attribués aux Houthis au cours des 6 mois qui ont suivi leur retrait de la liste américaine de terrorisme.

(Source : ACLED)

 

Les données de l'ACLED montrent qu'au cours des six mois précédant le retrait des Houthis de la liste noire du terrorisme, ils étaient responsables de 7 998 décès. Au cours des six mois qui ont suivi leur retrait de cette liste, ils ont tué 9 312 personnes, soit une augmentation de plus de 1 314. 

On ne sait pas exactement ce qui a causé cette augmentation du nombre de décès, mais Asif Shuja, chercheur principal spécialisé en affaires Perses à l'Institut du Moyen-Orient de l'Université nationale de Singapour, a déclaré à Arab News que «Le retrait des Houthis par l'administration Biden a fait pencher la balance en faveur de l'Iran».

Le régime iranien soutient depuis longtemps les Houthis, qui sont idéologiquement alignés sur la doctrine de Téhéran du Velayat-e faqih  ou la tutelle du juriste islamique. Cette idéologie place le contrôle suprême de l'État entre les mains de l'ayatollah Ali Khamenei sur la base d'une vision du monde religieuse prescrite par son prédécesseur révolutionnaire Ruhollah Khomeini.

L'intervention de l'Arabie saoudite au Yémen en 2015 a été lancée afin de soutenir le gouvernement yéménite légitime, qui a été chassé de la capitale Sanaa par les Houthis plus tôt cette année-là, et d'empêcher de nouvelles attaques contre le royaume.

Téhéran fournit désormais des fonds, des armes, des entraînements et des missiles balistiques aux Houthis, dont beaucoup se sont retournés contre l'Arabie saoudite, ses citoyens et ses alliés.

Les Houthis ont lancé une vague d'attaques de missiles balistiques et de drones contre le Royaume le 4 septembre, défiant les appels de la communauté internationale à un retour à la table des négociations. 

Tous les missiles et drones ont été interceptés et détruits, mais la chute de débris d'un missile abattu au-dessus de la province de l'Est a blessé un garçon et une fille dans la ville de Dammam.

La chute de débris a également endommagé 14 maisons d'habitation, selon le porte-parole de la coalition, le général de brigade Tourki Al-Malki, dans un communiqué diffusé par l'agence de presse saoudienne.

Un deuxième missile a visé la région sud-ouest de Najran suivi d'un troisième sur la région adjacente de Jazan. Plus tôt ce même jour, les défenses aériennes de la coalition ont intercepté trois drones piégés lancés par les Houthis.

Les tentatives des Houthis de prendre pour cibles des civils et des biens civils sont non seulement hostiles et barbares, mais aussi «incompatibles avec les valeurs célestes et les principes humanitaires», a déclaré Al-Maliki à la SPA.

Une autre attaque, survenue la fin du mois d’août, a touché l’aéroport d'Abha, blessant huit civils et endommageant un avion de ligne.

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Un discours du leader chiite Houthi Abdel-Malik Al-Houthi est projeté alors que des partisans participent à un rassemblement. (Photo, AFP/Archives)

«Les attaques des Houthis perpétuent le conflit, prolongent les souffrances du peuple yéménite et compromettent les efforts de paix à un moment critique», a déclaré le secrétaire d'État américain Antony Blinken dans un communiqué, à l'époque.

Abdellah Al-Mouallimi, ambassadeur d'Arabie saoudite auprès de l'ONU, a déclaré à Arab News que le Royaume s'employait activement à révéler la véritable nature de la milice houthie en tant qu'organisation terroriste par l'intermédiaire du Conseil de sécurité de l'ONU.

«Lorsque nous envoyons des lettres au Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) ou au secrétaire général concernant les différentes attaques que les Houthis tentent de lancer contre l'Arabie saoudite, notre objectif principal est simplement d'enregistrer ce fait», a-t-il indiqué.

Al-Mouallimi a ajouté : «Nous repoussons ces attaques, les déjouons bien avant qu'elles n'atteignent des cibles dans la plupart des cas, et nous les exposons à la communauté internationale. Nous les dévoilant à la communauté internationale et au monde entier».

L'Arabie saoudite a confronté les Houthis avec force, mais a aussi sans cesse fait pression pour une résolution pacifique de la guerre au Yémen, qui place le peuple au cœur de tout règlement politique. Mais une fin pacifique au conflit n'est pas un objectif partagé par la milice houthie.

Dans son discours à l'Assemblée générale des Nations Unies mercredi, le roi Salmane d'Arabie saoudite a déclaré : «L'initiative de paix au Yémen présentée par le Royaume en mars dernier devrait mettre fin à l'effusion de sang et au conflit. Elle devrait mettre un terme aux souffrances du peuple yéménite. Malheureusement, la milice terroriste houthie rejette les solutions pacifiques». 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Liban: le président condamne les frappes israéliennes meurtrières

Un bâtiment lourdement endommagé est photographié dans le village d’Ali al-Nahri, au centre de la vallée orientale de la Bekaa, au Liban, le 21 février 2026, à la suite de frappes israéliennes. (AFP)
Un bâtiment lourdement endommagé est photographié dans le village d’Ali al-Nahri, au centre de la vallée orientale de la Bekaa, au Liban, le 21 février 2026, à la suite de frappes israéliennes. (AFP)
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  • Vendredi, dix personnes ont été tuées dans la vallée de la Bekaa et deux dans le camp palestinien d’Ain el-Héloué
  • Israël affirme viser des centres de commandement du Hezbollah et du Hamas, tandis que le président Joseph Aoun parle d’« agression flagrante » menaçant la stabilité et les efforts diplomatiques

BEYROUTH: Le président libanais a condamné samedi les attaques israéliennes meurtrières ayant visé son pays la veille, un député du Hezbollah appelant de son côté à suspendre les réunions du comité de surveillance du cessez-le-feu entre Israël et le mouvement pro-iranien.

Vendredi, dix personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes sur la vallée de la Bekaa (est), et deux autres dans le camp palestinien de Ain el-Héloué (sud). L'armée israélienne a affirmé qu'elle y avait visé des "centres de commandement" du Hezbollah et du Hamas palestinien.

Ces attaques sont une "agression flagrante visant à mettre à mal les efforts diplomatiques" du Liban et de "pays amis" pour "la stabilité et l'arrêt des hostilités israéliennes contre le Liban", a déclaré le président Joseph Aoun dans un communiqué.

Les bombardements israéliens sont réguliers au Liban, en dépit d'un cessez-le-feu ayant mis fin en novembre 2024 à la guerre entre Israël et le Hezbollah. L'armée israélienne dit y viser le mouvement pro-iranien, qu'elle accuse de se réarmer, et son allié du Hamas.

Un commandant du Hezbollah a été tué dans une des frappes de vendredi dans la Bekaa, a indiqué le mouvement.

Le député du Hezbollah Rami Abou Hamdane a déclaré samedi que le mouvement "n'acceptera pas que les autorités se comportent en simples analystes politiques, faisant peu de cas de frappes israéliennes auxquelles nous ne sommes habitués".

Il a appelé le gouvernement à suspendre les réunions du comité de surveillance du cessez-le-feu - auquel participent les États-Unis, la France, le Liban, Israël et les Nations unies -, "jusqu'à ce que l'ennemi arrête ses attaques". Il est prévu que le comité se réunisse la semaine prochaine.

Le gouvernement libanais a annoncé en début de semaine que l'armée disposerait d'une période de quatre mois, renouvelable, pour mettre en oeuvre la deuxième phase de son plan visant à désarmer le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'un an de conflit avec Israël.

Les autorités israéliennes jugent insuffisants les progrès réalisés.

Plus de 370 personnes ont été tuées dans des raids israéliens au Liban depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, selon un bilan de l'AFP fondé sur les données des autorités libanaises.


« Si les actions des RSF à El-Fasher ne sont pas un génocide, alors qu’est-ce que c’est ? » déclare l’ambassadeur du Soudan à l’ONU

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  • La mission d’enquête de l’ONU affirme que les atrocités des RSF au Darfour portent les « caractéristiques d’un génocide » après l’assaut meurtrier d’Al-Fasher
  • Le représentant permanent du Soudan auprès de l’ONU, Al-Harith Idriss Al-Harith Mohamed, accuse les Émirats arabes unis d’armer les RSF

​​​​​​NEW YORK : Lorsque la mission d’enquête soutenue par l’ONU sur le Soudan a conclu que les atrocités commises par les Forces de soutien rapide (RSF) dans et autour d’El-Fasher en octobre dernier portaient les « caractéristiques d’un génocide », cela a constitué l’une des évaluations internationales les plus accablantes du conflit à ce jour.

Le rapport d’investigation, publié jeudi, détaille les massacres, violences sexuelles, viols, tortures, enlèvements et le ciblage délibéré de communautés non arabes, en particulier les Zaghawa et les Fur, lors de l’assaut des RSF sur la ville darfourienne en octobre.

Plus de 6 000 civils ont été tués en seulement trois jours de carnage, tandis qu’environ 40 % de la population estimée à 260 000 habitants avant la guerre ont réussi à fuir Al-Fasher. Le sort du reste reste inconnu.

Pour Al-Harith Idriss Al-Harith Mohamed, représentant permanent du Soudan auprès de l’ONU, les conclusions confirment ce que Khartoum affirme depuis des mois.

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Vue aérienne de la fumée noire et des flammes sur un marché à Omdurman. (Reuters/Archives)

« Juridiquement, nous assistons à un génocide », a déclaré Al-Harith à Arab News dans une interview exclusive.

La guerre entre les Forces armées soudanaises et les RSF — un puissant groupe paramilitaire issu des milices Janjaweed du Darfour — a éclaté en avril 2023 après des mois de tensions croissantes sur la réforme du secteur de la sécurité et la transition politique.

Depuis lors, le Soudan est plongé dans ce que les agences humanitaires ont qualifié de pire crise humanitaire au monde. Cependant, l’assaut d’octobre sur El-Fasher, le dernier bastion important de l’armée au Darfour, a représenté un nouveau niveau de brutalité.

« Vous ne pouvez pas décrire le meurtre de 6 000 victimes en trois jours, l’enterrement de personnes vivantes, les viols et violences sexuelles, le ciblage des infrastructures hospitalières et le massacre de ceux qui fuyaient El-Fasher et d’autres villes pour échapper à la zone de combat en quête de sécurité », a déclaré Al-Harith.

« Alors si ce n’est pas un génocide, qu’est-ce qui pourrait être qualifié de génocide ? »

Il a souligné non seulement l’ampleur des meurtres, mais aussi l’intention — un élément juridique clé selon la Convention sur le génocide.

La mission d’enquête a conclu qu’au moins trois des cinq critères juridiques du génocide avaient été remplis par les actions des RSF : tuer des membres d’un groupe ethnique protégé ; causer des dommages corporels ou mentaux graves ; et infliger délibérément des conditions visant à provoquer la destruction physique totale ou partielle.

« N’oubliez pas la rhétorique qu’ils utilisent », a ajouté Al-Harith. « Ils publient des vidéos montrant des gens tués en fonction de leur origine ethnique. Ils détiennent des personnes dans des chars. Ils enchaînent des femmes et les vendent comme esclaves. Vous y croyez ? »

Pour Al-Harith, le catalogue des abus — meurtres ciblés ethniquement, violences sexuelles systématiques, destruction des infrastructures civiles — reflète non seulement des excès sur le champ de bataille mais aussi un motif idéologique.

« La milice se déclare racialement supérieure à ses victimes », a-t-il dit. « C’est une sorte d’endoctrinement démoniaque dans leur culture. »

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Combattants des RSF brandissant des armes et célébrant dans les rues d’El-Fasher. (RSF/AFP/Archives)

Le gouvernement soudanais a accusé à plusieurs reprises les Émirats arabes unis de fournir armes et soutien logistique aux RSF — accusation qu'Abou Dhabi nie fermement.

Lors de la Conférence de sécurité de Munich en février 2026, le Premier ministre soudanais Kamil Idris a publiquement accusé les Émirats de fournir des armes et de l’aide aux RSF, affirmant que le Soudan disposait de preuves « au-delà de tout doute raisonnable » provenant de sources de l’ONU et des États-Unis.

Interrogé sur les preuves que Khartoum possède pour étayer cette affirmation, Al-Harith a déclaré que des éléments avaient déjà été soumis au Conseil de sécurité de l’ONU.

« Nous avons soumis des preuves au Conseil de sécurité l’an dernier, avec des compléments successifs à la plainte », a-t-il dit. « Ces mémos sont accompagnés d’annexes, de vidéos, de photos, de listes d’armes — même les numéros de série de drones et de missiles indiquant la propriété. »

Il a souligné que le Soudan n’est pas seul à exprimer ces préoccupations. « Des institutions occidentales prestigieuses, des observateurs, des militants des droits humains, des instituts stratégiques, des analystes politiques, et même des membres du Congrès américain, ont soulevé ce problème », a-t-il dit.

« Certains membres du Congrès ont appelé à arrêter la vente d’armes américaines aux Émirats car, soutiennent-ils, les Émirats continuent de violer les clauses contractuelles en transférant des armes létales à un tiers. »

Les Émirats ont toujours rejeté ces allégations comme infondées. Pourtant, le message d’Al-Harith à Abou Dhabi était sans équivoque.

« Les Émirats porteront la pleine responsabilité juridique des crimes commis par la milice, qui a grandi grâce à une assistance continue et à la fourniture d’armes létales », a-t-il déclaré. « Ils doivent arrêter avant qu’il ne soit trop tard. »

Il a averti que le ressentiment envers les Émirats se répand.

« Cela a conduit à une profonde haine envers les Émirats, non seulement au Soudan mais dans toute la région », a-t-il dit. « Et ils n’ont pas le courage de dire : ‘Nous sommes désolés.’ Vous ne pouvez pas être partie à la médiation ; si vous voulez arrêter la guerre et instaurer la paix, vous devez venir avec la conscience claire. »

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Réfugiés soudanais d’El-Fasher arrivant dans un camp au Tchad. (Reuters/Archives)

Bien que très critique vis-à-vis du soutien externe aux RSF, Al-Harith a salué l’engagement diplomatique de l’Arabie saoudite.

Depuis le déclenchement de la guerre, Riyad a joué un rôle visible de médiation, accueillant des pourparlers entre les parties belligérantes à Djeddah en 2023 aux côtés des États-Unis. Le soi-disant processus de Djeddah visait à assurer des cessez-le-feu et l’accès humanitaire, bien que les accords aient souvent échoué.

« L’implication positive de l’Arabie saoudite est très bienvenue », a déclaré Al-Harith. « Leurs engagements et contributions humanitaires sont très importants. Leur soutien politique au gouvernement soudanais et à l’armée dans sa lutte pour repousser l’agression est énorme. »

Il a également évoqué ce qu’il a décrit comme un « condominium de paix à double niveau » qui a pris de l’ampleur après la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington en novembre dernier, estimant que cela contribuait à corriger ce qu’il considère comme une « interprétation erronée » du conflit.

Cependant, il a déclaré que la médiation doit être accompagnée d’une mise en œuvre effective. « Si vous voulez arrêter la guerre, dites à la milice — et faites-la tenir — ses engagements de Djeddah de 2023 », a-t-il déclaré.

Depuis trois ans, le gouvernement soudanais demande au Conseil de sécurité de l’ONU d’agir plus fermement contre les RSF, y compris par des sanctions et un embargo sur les armes à l’échelle nationale.

« La guerre ne s’arrêtera pas sans une position forte contre les atrocités de la milice », a déclaré Al-Harith. « Nous avons fait appel à la communauté internationale. »

Il a précisé que le comportement des RSF reflète une anarchie non limitée par des normes morales ou juridiques. « Imaginez donner un fusil à un électron libre qui ne se soumet à aucune morale ni éthique, qui ne respecte aucune loi. Il l’utilisera », a-t-il dit.

Le Soudan, a-t-il insisté, est « un État ancien », avec une armée nationale qui existe depuis plus d’un siècle avant la crise actuelle.

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Femmes et enfants déplacés du Kordofan du Sud assis par terre à El Obeid, État du Kordofan du Nord, Soudan. (Reuters/Archives)

« Ils (les RSF) veulent détruire l’armée par la milice et la remplacer par la milice — et ils appellent cela ‘réforme du secteur militaire et de sécurité’. C’est des absurdités », a-t-il dit.

Al-Harith a rejeté les affirmations des RSF selon lesquelles l’armée est influencée par les islamistes qui dominaient le Soudan sous l’ancien président Omar el-Béchir jusqu’à sa destitution en 2019.

« Les islamistes ont été massivement écartés après la révolution de 2019 », a-t-il dit. « Les membres militaires du Conseil souverain ont été choisis dans ce contexte révolutionnaire. Ceux qui parlent aujourd’hui d’influence islamiste faisaient eux-mêmes partie d’un gouvernement hybride avec eux. Pourquoi ne l’ont-ils pas dit à l’époque ? »

Al-Harith a également accusé des acteurs externes de soutenir financièrement certaines voix civiles opposées à l’armée.

« Ils ont été intimidés par les Émirats avec des paiements somptueux, ce qu’ils appellent assistance financière, pour se présenter comme des civils soudanais avec une voix différente », a-t-il dit. « Nous n’avons pas peur d’une voix différente. »

Concernant l’application d’un embargo sur les armes, une mesure que certains membres du « Quintet » soudanais — composé de l’Union africaine, de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, de la Ligue arabe, de l’UE et de l’ONU — ont préconisée, Al-Harith a déclaré que les outils existaient déjà.

« L’ONU dispose de mécanismes », a-t-il dit. « Les engagements de Djeddah sont là. Nous pouvons mettre en place un mécanisme sous supervision de l’ONU. Cela pourrait fonctionner. »

Il a insisté sur le fait que le gouvernement soudanais reste engagé dans le droit humanitaire international et les cadres de l’ONU concernant la violence sexuelle en conflit.

En avril, a-t-il noté, le gouvernement a signé un accord-cadre avec le représentant spécial de l’ONU sur la violence sexuelle en conflit. « Nous sommes conscients de notre rôle, de son étendue et de son importance dans l’arrêt de la guerre », a-t-il dit.

En fin de compte, l’appel d’Al-Harith à la communauté internationale, et en particulier au Quintet soudanais, était un appel à l’unité et à une pression décisive.

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Un char d’armée endommagé dans une rue à Omdurman, Soudan. (Reuters/Archives)

« Si le quintet agit uni pour exercer une pression énorme sur la milice, cela sera de bon augure et conduira à l’arrêt de la guerre », a-t-il dit.

Il a insisté sur le fait que les Forces armées soudanaises se battent défensivement. « L’armée n’est pas intéressée par la guerre », a-t-il dit. « Elle a le devoir constitutionnel de repousser l’agression et de stopper la violence de la milice. Si cela s’arrête, l’armée ne poursuit pas la guerre. »

Protéger les frontières et les civils, a-t-il dit, est le mandat de l’armée. « Ils doivent protéger leur pays et leurs civils. Ils se battent pour repousser l’agression », a-t-il dit. « Bien sûr, ils n’iraient pas offrir des bouquets de fleurs à la milice. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince héritier saoudien rencontre le sénateur américain Lindsey Graham à Riyad

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le sénateur américain Lindsey Graham se rencontrent à Riyad. (SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le sénateur américain Lindsey Graham se rencontrent à Riyad. (SPA)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré Lindsey Graham à Riyad pour discuter des relations bilatérales et des enjeux régionaux
  • Graham souligne la vision du prince héritier pour la région et son rôle clé dans une solution digne pour le peuple palestinien

RIYAD : Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré le sénateur américain Lindsey Graham à Riyad vendredi, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

Les deux ont discuté des relations bilatérales entre l’Arabie saoudite et les États-Unis, ainsi que des développements régionaux.

Étaient également présents le ministre saoudien des Affaires étrangères Faisal ben Farhane, le ministre de la Défense Khaled Al-Saud et Musaad Al-Aiban, membre du Conseil des ministres.

Plus tôt, Graham avait déclaré que le prince héritier croyait en la nécessité de parvenir à une solution digne pour le peuple palestinien.

« L’Arabie saoudite est la clé de ce que j’espère voir se réaliser dans la région et dans le monde », a-t-il ajouté.

« La vision du prince héritier saoudien façonnera la région pour les générations à venir et est bénéfique pour le monde civilisé. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com