En France, l’enseignement de la langue arabe suscite toujours des polémiques

Abdellatif Idrissi explique, le 29 mai à des élèves du collège Madame de Sévigné de Roubaix, classé en ZEP, le sens d'un mot dérivé de l'arabe. Un lexique de vocabulaire courant a été élaboré par des élèves de l'établissement afin que les professeurs puissent comprendre le sens de certains mots. (Philippe HUGUEN/AFP)
Abdellatif Idrissi explique, le 29 mai à des élèves du collège Madame de Sévigné de Roubaix, classé en ZEP, le sens d'un mot dérivé de l'arabe. Un lexique de vocabulaire courant a été élaboré par des élèves de l'établissement afin que les professeurs puissent comprendre le sens de certains mots. (Philippe HUGUEN/AFP)
Short Url
Publié le Lundi 14 septembre 2020

En France, l’enseignement de la langue arabe suscite toujours des polémiques

  • Le nombre d’élèves apprenant l’arabe littéraire en France reste marginal : seul un enfant sur mille étudie l’arabe à l’école primaire, et deux sur mille au collège
  • « Beaucoup de personnes estiment qu’il est indispensable d’intégrer les populations étrangères vivant en France et pensent donc que l’arabe et l’Islam sont un frein puissant à cette intégration »

PARIS: Le 30 avril 2020, le président français Emmanuel Macron, l’ancien Premier ministre Édouard Philippe et le chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian, signaient le décret n°2020-498 et validaient l’accord passé entre la Tunisie et la très controversée ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem, sous le mandat Hollande. Depuis la parution du décret, les indignations se sont multipliées, notamment de la part de l'élite politique, le président de « Debout la France », Nicolas Dupont-Aignan considérant qu'apprendre la langue arabe menait à l'islamisme et même au terrorisme.

Cet accord, passé en mars 2017, prévoit en effet l'enseignement de la langue arabe dans le primaire, en CM1 et CM2, dans le cadre des cours de langues vivantes à l’école, obligatoires du CP au CM2. Cet enseignement sera accessible à tous les élèves volontaires, en accord avec leur famille et dans la limite des places disponibles. Il vise, évidemment, les enfants d’origine arabe. Pour les plus motivés, les cours pourront même se poursuivre jusqu’au collège. Un enseignement qui restera facultatif, même si le décret précise tout de même que  les résultats obtenus par les élèves dans le cadre de cet enseignement seront pris en compte dans l'appréciation générale de leur travail scolaire. 

Pourquoi donc ce décret, et par la même l’enseignement de la langue arabe, divise-t-il autant en France ? Pour le Dr. Jamil Rahmani, chef du service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital franco-britannique de Levallois, né à Alger, « une partie de l’opinion publique française est profondément anti-arabe et antimusulmane. »

« Beaucoup de personnes estiment qu’il est indispensable d’intégrer les populations étrangères vivant en France et pensent donc que l’arabe et l’Islam sont un frein puissant à cette intégration. Auparavant, on parlait d’assimilation, explique-t-il. L’enseignement de l’arabe maintient le lien avec la culture d’origine des maghrébins, africains et moyen-orientaux, incompatible avec la culture occidentale et la laïcité, mais pour certains, la langue arabe a forcément pour objectif de faire la propagande de l’Islam et d’idées rétrogrades, notamment sur la femme et les libertés individuelles. »

« Un décret inutile et dangereux »

Pour le Dr. Charles Saint-Prot, directeur général de l’Observatoire d’études géopolitiques, l’opposition à ce décret est tout à fait naturelle, et est nécessaire pour une « meilleure intégration ». « Il faut être clair et expliquer que le décret signé en avril n’organise nullement l’étude de la langue arabe dans des conditions normales. De surcroit, il ne favorisera pas l’expansion de l’enseignement de cette langue en France, dit-il. Outre le fait qu’il a été promulgué en catimini en pleine crise sanitaire, il faut dire que ce décret est d’abord inouï parce qu’il résulte d’un traité avec un État étranger. »

Pour le politologue, « ce décret ne peut que compromettre la nécessaire intégration en encourageant le communautarisme, qui est un fléau, sans parler du jeu des extrémistes politico-religieux. L'apprentissage d'une langue étrangère est incontestablement un atout pour les élèves mais l’idée même d’enseigner l’arabe, ou d’ailleurs n’importe quelle autre langue étrangère, à de très jeunes enfants dans les classes élémentaires, pose problème. »

Selon l’article 4 de l’accord, l’enseignement de la langue arabe doit être toutefois assuré dans le respect des principes généraux de l'Éducation nationale française et conformément à la législation française en vigueur. Cette nouvelle matière aurait également pour objectif d’étudier les civilisations et les cultures gravitant autour de l’arabe, notamment des éléments de la culture tunisienne. L’État français fait également, conformément au décret, appel à des professeurs tunisiens sélectionnés et rémunérés par leur gouvernement, pour assurer le bon déroulement de ces cours de langue et de civilisation.

Le Dr. Charles Saint-Prot estime cependant que cet apprentissage ne peut intervenir, comme pour les autres langues, qu’après l’acquisition des savoirs fondamentaux, notamment l'assimilation de la culture française, « que le président français Macron semble ignorer », la connaissance et la bonne maîtrise de la langue française, qui doit demeurer la priorité de l'école élémentaire.

Il confie à Arab News en français qu'il fait partie de ceux qui refusent le « tout anglais » et militent pour l’étude des grandes langues de communication dont l’arabe, parlé par 429 millions d’Arabes et une partie des musulmans, selon les chiffres de la Ligue arabe, mais que cela doit se faire « dans le cadre de l’enseignement public. »

« L’arabe est une grande langue de communication qui ne doit pas seulement être apprise par les personnes d’origine arabe, mais par tous les Français qui le désirent, poursuit St-Prot. Une fois de plus, le gouvernement Macron a agi sans réfléchir et a commis une bévue, qui ne pouvait que provoquer des réactions hostiles de la part du peuple français, qui entretient une véritable aversion à l’égard du communautarisme, et bien entendu chez les antimusulmans fanatiques qui confondent l’Islam et la déviance d’un petit nombre d’égarés. Il vaut mieux faire une véritable proposition de façon à permettre à chacun d’apprendre la langue de son choix, que ce soit l’allemand, l’espagnol, le portugais, le chinois, ou l’arabe. Décidément la présidence Macron fait tout pour dresser les gens les uns contre les autres ! »,  martèle-t-il.

Un enfant sur mille étudie l’arabe à l’école primaire

Aujourd’hui, le nombre d’élèves apprenant l’arabe littéraire en France reste marginal en primaire: 567 dans l’Hexagone à la rentrée 2017/2018 au primaire, contre 1 483 pour le chinois. Sur un peu plus de 3,3 millions de collégiens, 4 573 ont choisi d’apprendre l’arabe. Au lycée, ils sont 6 601 sur un peu moins de 2,3 millions de lycéens. Ainsi, seul un enfant sur mille étudie l’arabe à l’école primaire, et deux sur mille au collège. Ils sont moins nombreux que les élèves étudiant le russe et le chinois alors que plus de trois millions de personnes pratiquent quotidiennement l’arabe en France, selon le ministère de la Culture.

Omar Safi, professeur à l'université Paul-Cézanne à Marseille, estime que l'apprentissage de l'arabe est, en premier lieu, pour que l’enfant d’origine arabe « marche sur ses deux pieds ». « Ce qui est en jeu, c’est l’équilibre affectif et culturel de l’enfant, par la reconnaissance et l’exploitation de ses composantes identitaires et de sa communauté familiale et sociale. »

« Si par ces enseignements on peut former nos enfants au bilinguisme, ou tout au moins construire de solides fondations pour un bilinguisme futur, c’est une entreprise importante qu’il faut poursuivre », ajoute Omar Safi. « Former ces enfants à l’apprentissage d’une langue - dont ils ont au mieux une connaissance passive parce qu’elle est utilisée, dans sa forme parlée, dans leur entourage familial - en même temps qu’ils accèdent à une maîtrise du français oral et écrit, est à même de développer chez ces enfants une compétence méta langagière de nature à conforter les deux apprentissages simultanément », souligne-t-il.

Pour rappel, l'organisation de l’enseignement de la langue arabe aux enfants émigrés remonte à 1967, année au cours de laquelle l’Amicale des Algériens en Europe a commencé par encourager les initiatives personnelles et collectives de la communauté émigrée. Cette organisation avait notamment pour but de recruter des enseignants plus qualifiés, choisis parmi les étudiants, en les dotant de moyens didactiques conformes aux programmes en vigueur dans l’école algérienne. Un enseignement alors dispensé en dehors de l’horaire scolaire.


Attal, Bardella... la présidentielle, une ambition intime ?

Le secrétaire général du parti centriste Renaissance, Gabriel Attal, assiste à une réunion avec le Premier ministre français dans le cadre de consultations politiques à l’Hôtel de Matignon à Paris, le 2 septembre 2025, une semaine avant le vote de confiance de l’Assemblée nationale française. (AFP)
Le secrétaire général du parti centriste Renaissance, Gabriel Attal, assiste à une réunion avec le Premier ministre français dans le cadre de consultations politiques à l’Hôtel de Matignon à Paris, le 2 septembre 2025, une semaine avant le vote de confiance de l’Assemblée nationale française. (AFP)
Short Url
  • La pré-campagne présidentielle française prend une tournure plus « people », certains candidats comme Gabriel Attal et Jordan Bardella exposant leur vie privée pour créer un lien émotionnel avec les électeurs
  • Si cette stratégie peut accroître la notoriété et susciter l’intérêt, elle divise : d’autres figures comme Édouard Philippe ou Bruno Retailleau misent sur la discrétion pour se différencier

PARIS: Faut-il dévoiler sa vie privée pour être élu président de la République ? Jordan Bardella qui officialise sa relation amoureuse dans Paris Match, Gabriel Attal qui se raconte dans un livre... La pré-campagne prend des allures people, une posture qui n'est toutefois pas suivie par tous les prétendants.

"Lorsqu'on veut servir son pays, il ne peut y avoir ni secret ni faux-semblant", écrit Gabriel Attal sur la quatrième de couverture de son livre ("En homme libre", L'Observatoire) paru cette semaine.

L'ancien Premier ministre y aborde largement sa vie privée, les addictions de son père trop tôt disparu, les difficultés de sa mère divorcée, l'antisémitisme ou la discrimination salariale subie par ses soeurs. Mais aussi son homosexualité assumée, avec un chapitre sur "l'homme de sa vie", le commissaire européen Stéphane Séjourné.

M. Attal avait déjà évoqué son homosexualité lors de sa déclaration de politique générale en 2024. Il franchit un pallier avec ce livre.

"Je n'ai rien à cacher --et certainement pas l'homme que j'aime. Mais c'est bien pour mes combats, mes valeurs et mes idées que je veux tisser mon lien avec les Français", assure-t-il.

Une stratégie qui, dans son camp, suscite un scepticisme teinté de prudence. "Ca n'a pas l’air d’aller sur le fond pour l’instant". "Il fait un truc plutôt perso, de notoriété. Mais c'est à la fin de l'histoire que l'on sait si c'était la bonne stratégie ou pas", résume un important dirigeant encarté chez Renaissance.

M. Attal a entamé mercredi sa tournée de dédicaces à la librairie Lamartine à Paris, bien connue des lecteurs de Nicolas Sarkozy.

L'ancien président est également une évidente source d'inspiration pour un autre prétendant à la présidentielle: le président du Rassemblement national Jordan Bardella.

Si le député européen a déjà sacrifié au rituel classique du livre et des dédicaces, il a plus récemment défrayé la chronique en officialisant sa liaison avec la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles via un reportage photo arrangé dans Paris Match.

"Je n'ai pas eu le choix", a expliqué M. Bardella sur Cnews et Europe 1. Mais, a-t-il ajouté, "c'est du sérieux, comme dirait l'autre".

L'autre étant Nicolas Sarkozy, qui avait utilisé cette formule pour qualifier sa relation avec Carla Bruni.

- La campagne "a démarré" -

"On est quasiment dans la figure imposée de la droite française sous la Ve République. On aurait cru voir Macron et Brigitte sur la plage de Biarritz (dans Paris Match en 2016, NDLR) ou bien Nicolas Sarkozy avec Cécilia", juge l'ancien conseiller en communication de François Hollande, Gaspard Gantzer.

"La campagne présidentielle a démarré avec Bardella dans Match. Clairement, c’est le coup d’envoi. Ensuite on a eu la séquence de Gabriel Attal dans le même ordre d’idées", estime Philippe Moreau-Chevrolet, professeur en communication à Sciences Po.

Pour lui, interrogé lors de la publication du reportage consacré à M. Bardella, "une campagne présidentielle ne peut pas se gagner sans dévoiler sa vie privée, sans aller sur le terrain de l'émotion".

Lionel Jospin avait refusé de sacrifier à l'émission en vogue de l'époque, "Vivement dimanche" de Michel Drucker, avant d'échouer à la présidentielle de 2002.

"Cela peut être utile mais ça n'est pas indispensable", objecte Gaspard Gantzer. "Utile à ceux qui le font notamment quand ils ont besoin de gagner en notoriété. Passer par la case vie privée, cela génère de la conversation chez des gens qui ne s'intéressent pas forcément à la politique, qui sont moins sur le fond des politiques publiques que sur les personnalités".

D'autres candidats à l’Élysée ne semblent pas, pour l'heure du moins, disposés à se prêter à l'exercice, comme le patron des Républicains Bruno Retailleau ou celui d'Horizons, Édouard Philippe. Si ce dernier a pu mettre au jour différentes facettes de sa personnalité, de ses goûts musicaux à sa pratique de la boxe, il n'a jamais exposé sa famille.

"Dans une campagne, il peut aussi y avoir un intérêt à la différenciation. Si tout le monde dévoile sa vie privée, on peut avoir une carte à jouer en décidant de ne pas le faire. Et on peut construire un discours là-dessus, +la vie privée de mon épouse, de mes enfants, c'est plus important que tout+. Cela peut aussi plaire aux Français", juge M. Gantzer.


Rencontre Salam-Macron: une feuille de route implicite, pour stabiliser le Liban

À l’issue de la rencontre à l’Élysée entre le président Emmanuel Macron et Nawaf Salam, l’impression qui domine est celle d’un moment d’échange franc, amical et dépourvu d’arrière-pensées concernant le Liban, où rien et tout reste incertain. (AFP)
À l’issue de la rencontre à l’Élysée entre le président Emmanuel Macron et Nawaf Salam, l’impression qui domine est celle d’un moment d’échange franc, amical et dépourvu d’arrière-pensées concernant le Liban, où rien et tout reste incertain. (AFP)
Short Url
  • La France se positionne comme un partenaire engagé et constant, et Macron détaille un soutien à la fois humanitaire, militaire, politique et économique
  • Des dizaines de tonnes d’aide ont déjà été acheminées à Beyrouth, et d’autres suivront, assure-t-il

PARIS: À l’issue de la rencontre à l’Élysée entre le président Emmanuel Macron et Nawaf Salam, l’impression qui domine est celle d’un moment d’échange franc, amical et dépourvu d’arrière-pensées concernant le Liban, où rien et tout reste incertain.

En se rendant à l’Élysée, Salam sait très bien qu’il est en terrain conquis, puisque la sauvegarde de la souveraineté, de l’intégrité et de la stabilité du Liban est, de tout temps, en tête des priorités de la diplomatie française.

Il n’est donc pas surprenant que les deux responsables fassent un constat commun, celui d’un soulagement prudent.

La trêve, obtenue après plusieurs semaines d’un conflit que les Libanais « n’ont ni voulu ni choisi », selon les mots du président français, est saluée comme une avancée. Mais personne ne s’y trompe : elle est provisoire, instable et menacée à tout instant.

Le cessez-le-feu n’est pas une fin en soi

Emmanuel Macron insiste sur la nécessité de la consolider, de lui donner de l’épaisseur politique. Salam, de son côté, y voit un acquis essentiel, sans ignorer que tout reste à faire.

Le cessez-le-feu n’est pas une fin en soi : c’est une ouverture, étroite, vers un autre objectif essentiel, la souveraineté de l’État libanais.

C’est sans doute le point le plus fort, le plus partagé et le plus répété par les deux dirigeants, qui convergent totalement sur ce principe simple mais décisif : « il ne peut y avoir d’État sans monopole de la force ».

Dans un Liban fragmenté, affaibli par des années de crises politiques, économiques et sécuritaires, Emmanuel Macron évoque un désarmement du Hezbollah qui doit être conduit par les Libanais eux-mêmes, sans ingérence extérieure.

Nawaf Salam, lui, va plus loin dans la formulation, soutenant qu’« un État ne peut exister s’il tolère plusieurs armées sur son sol », avant d’ajouter que ce processus doit « éviter toute dérive vers une confrontation interne ».

Le Hezbollah est évidemment au cœur de cette équation, et le président français n’hésite pas à qualifier son engagement dans le conflit d’« erreur stratégique majeure », l’accusant implicitement d’avoir entraîné le Liban dans une guerre qui n’était pas la sienne.

Nawaf Salam adopte une posture plus mesurée, sans ambiguïté sur le fond mais prudente dans la forme. Il rappelle le caractère illégal des activités armées du mouvement, tout en refusant l’escalade verbale.

Dans ce contexte, la question israélienne apparaît comme l’autre pilier de l’équation. Les deux dirigeants sont, là encore, sur une ligne commune, à savoir qu’aucune « stabilisation durable ne sera possible sans un retrait israélien du territoire libanais ».

La négociation n’est pas un aveu de faiblesse

Salam le dit clairement, en y ajoutant d’autres conditions, dont le retour des déplacés et la libération des Libanais détenus par Israël.

Pour sa part, Macron ne manque pas de rappeler l’attachement de la France à la sécurité d’Israël, tout en critiquant ouvertement certaines de ses actions récentes, que ce soit à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban. Il va même jusqu’à évoquer la possibilité de reconsidérer l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël si certaines lignes continuent d’être franchies.

Il est clair que, pour le président français, la sécurité ne peut être pensée contre la souveraineté des autres, comme c’est le cas actuellement.

Sur ce point, le choix de la diplomatie apparaît comme une évidence. Salam assume pleinement l’ouverture de discussions directes avec Israël, une démarche rare, presque historique dans sa portée symbolique. Il insiste sur le fait que « seul le gouvernement libanais est habilité à négocier », réaffirmant ainsi une souveraineté politique trop souvent contestée.

Macron soutient cette initiative sans réserve. Tous deux défendent l’idée que la négociation n’est pas un aveu de faiblesse, mais un acte de responsabilité. Dans une région saturée de conflits, la parole diplomatique tente ainsi de retrouver une légitimité.

La France se positionne comme un partenaire engagé et constant, et Macron détaille un soutien à la fois humanitaire, militaire, politique et économique.

Des dizaines de tonnes d’aide ont déjà été acheminées à Beyrouth, et d’autres suivront, assure-t-il. Paris entend également soutenir les forces armées libanaises, relancer une conférence internationale de financement et participer à la reconstruction des zones détruites, notamment dans le sud du pays.

Salam, de son côté, ne cache pas sa reconnaissance. Il évoque une amitié ancienne, éprouvée par l’histoire, et rappelle que le Liban aura besoin de près de 500 millions d’euros dans les prochains mois pour faire face à l’urgence humanitaire.

Reste enfin la question de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Là encore, les positions sont nuancées mais convergentes. Macron souhaite maintenir un cadre international solide, capable d’accompagner la stabilisation.

Salam, lui, exclut l’idée d’une nouvelle version de la FINUL, mais insiste sur la nécessité d’une présence internationale sous mandat onusien, notamment pour des missions de surveillance et de médiation.

Finalement, cette rencontre dessine une feuille de route implicite : consolider la trêve, avancer dans les négociations, renforcer l’État libanais, désarmer progressivement le Hezbollah, obtenir un retrait israélien et engager la reconstruction.


Macron reçoit Salam: même marginalisée la France reste au chevet du Liban

Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, est reçu aujourd’hui par le président Emmanuel Macron au palais de l’Élysée. (AFP)
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, est reçu aujourd’hui par le président Emmanuel Macron au palais de l’Élysée. (AFP)
Short Url
  • Officiellement, rien d’exceptionnel, puisque les échanges entre Paris et Beyrouth sont constants, mais officieusement, chacun sait que, depuis le début de la guerre régionale, l’Élysée n’a jamais relâché son attention
  • La quinzaine d’échanges directs qui ont eu lieu entre le président français et les dirigeants libanais, dont le président Joseph Aoun, témoigne de cette implication continue

PARIS: Marginalisée et écartée des négociations sur le cessez-le-feu par l’administration américaine et Israël, la France n’en reste pas moins engagée au chevet du Liban en cette période charnière de son histoire.

Réciproquement, le Liban, qui se prépare à une seconde séance de négociations avec les Israéliens sous médiation américaine à Washington jeudi, continue de favoriser la coordination de ses démarches avec les responsables français.

Il faut dire que ces deux pays sont liés depuis la nuit des temps par des liens indéfectibles d’une intense densité, dont les Libanais sont loin de vouloir se délester, en dépit de la conjoncture particulière actuelle.

C’est dans ce cadre que le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, est reçu aujourd’hui par le président Emmanuel Macron au palais de l’Élysée.

Officiellement, rien d’exceptionnel, puisque les échanges entre Paris et Beyrouth sont constants, mais officieusement, chacun sait que, depuis le début de la guerre régionale, l’Élysée n’a jamais relâché son attention.

La quinzaine d’échanges directs qui ont eu lieu entre le président français et les dirigeants libanais, dont le président Joseph Aoun, témoigne de cette implication continue.

Implication française constante malgré l’exclusion diplomatique

Paris suit heure par heure une situation jugée fragile, et la rencontre entre Macron et Salam constitue une occasion d’envisager les moyens et les alternatives susceptibles de consolider une situation libanaise vacillante.

Pour Paris, le diagnostic est désormais posé sans ambiguïté : les dernières semaines ont laissé des traces profondes, et les frappes du 8 avril sur Beyrouth, les déplacements de populations et la peur diffuse sont autant de signes d’un pays gravement éprouvé.

Le cessez-le-feu temporaire obtenu pour dix jours offre un répit, mais personne à l’Élysée ne se fait d’illusions : il ne s’agit pas d’une sortie de crise, tout au plus d’une suspension, ce qui incite la France à maintenir une ligne constante, celle de la désescalade.

L’objectif est double : prolonger à court terme le cessez-le-feu et créer, à moyen terme, les conditions d’une stabilisation durable.

La vision française repose sur une idée simple : il ne peut y avoir de paix durable sans un État libanais pleinement souverain.

C’est pourquoi, au cœur de la stratégie française, se trouve le renforcement des institutions libanaises, au premier rang desquelles les forces armées, qui apparaissent comme la clé de voûte de tout scénario de stabilisation.

Leur mission est immense : restaurer l’autorité de l’État, sécuriser le territoire et surtout réaffirmer un principe fondamental, celui du monopole de la force légitime, c’est-à-dire le désarmement du Hezbollah.

Pour Paris, ce désarmement est un objectif, même s’il s’inscrit dans le temps long et dans un équilibre politique qui reste extrêmement fragile. Cela n’empêche pas la France de renforcer son soutien par des équipements militaires, une coopération logistique et un accompagnement stratégique.

Stabiliser le Liban

Sur le terrain, la situation reste encadrée par la présence de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), qui continue de jouer un rôle de tampon, en coordination étroite avec l’armée libanaise.

Les mécanismes de liaison fonctionnent, malgré les aléas inhérents à toute opération dans une zone instable, et pour Paris, l’enjeu aujourd’hui n’est pas tant de redessiner les lignes que d’éviter qu’elles ne s’embrasent à nouveau.

Mais une question se profile déjà : que se passera-t-il après la FINUL, dont le mandat touche à sa fin dans les prochains mois ?

Sur ce point, Paris affirme qu’une réflexion est en cours pour préparer cette perspective, sans plus de détails pour l’instant.

L’autre élément de tension est la présence israélienne au sud du Liban, justifiée par des impératifs de sécurité. Cette zone tampon est perçue par la France comme une mesure provisoire, et Paris insiste sur le fait que l’intégrité territoriale du Liban n’est pas négociable.

À terme, Israël devra se retirer, mais ce retrait dépend d’une condition essentielle : la disparition de la menace, ce qui nous ramène à nouveau à la question du Hezbollah.

Tant que ce parti reste armé et actif, Israël invoquera son droit à la légitime défense ; et tant qu’Israël maintient sa pression militaire, le Hezbollah justifie sa posture. Pour Paris, il s’agit d’un cercle vicieux qui doit être brisé dans la séquence actuelle.

Dans ce contexte, et sans être à la table des négociations de Washington, la France observe et se tient prête. L’Élysée reconnaît volontiers que le rôle de Paris n’est pas forcément d’être au centre du jeu, mais d’être indispensable au moment où les accords devront être appliqués.

Car la France conserve un atout majeur par sa capacité à mobiliser, et peu de pays peuvent, comme elle, articuler soutien politique, aide militaire et coordination internationale.

Par ailleurs, la relation historique et structurante entre la France et le Liban inscrit la visite de Nawaf Salam dans une continuité et un dialogue constant entre deux États liés par une histoire et par une responsabilité partagée face à l’avenir.