Il y a une «volonté commune d'intensifier davantage la coopération UE-Arabie saoudite», affirme Josep Borrell

Josep Borrell a utilisé un article de blog pour décrire sa visite à Riyad, avec des arrêts à Doha et à Abu Dhabi pour la Conférence sur la politique mondiale. (Photo fournie)
Josep Borrell a utilisé un article de blog pour décrire sa visite à Riyad, avec des arrêts à Doha et à Abu Dhabi pour la Conférence sur la politique mondiale. (Photo fournie)
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Publié le Dimanche 03 octobre 2021

Il y a une «volonté commune d'intensifier davantage la coopération UE-Arabie saoudite», affirme Josep Borrell

  • L'objectif principal de la visite dans les capitales du CCG est de «faire progresser la coopération stratégique de l'UE avec les partenaires du Golfe»
  • Borrell exprime le «soutien de l'UE à la normalisation en cours des relations au sein de la famille du Golfe»

RIYAD : Ingénieur aéronautique de formation, économiste et professeur de mathématiques, Josep Borrell est entré en politique dans les années 1970 lors de la transition mouvementée de l'Espagne vers la démocratie. Avant d'être nommé haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères en décembre 2019, il a occupé plusieurs postes ministériels dans les gouvernements socialistes de Felipe Gonzales.

Dans un article de blog publié jeudi, Borrell a décrit sa visite à Riyad, avec des escales à Doha et à Abou Dhabi, comme une opportunité d'explorer la réaction à «un changement politique important» dans «une région dynamique» et de «développer de nouvelles formes de coopération» entre l'UE et le Conseil de coopération du Golfe.

Vous trouverez ci-dessous la transcription complète d'une interview qu'il a donnée à Arab News la veille de sa visite.

 

Q : Pouvez-vous nous parler des principaux sujets à l'ordre du jour de votre visite au CCG et, en particulier, de vos rencontres avec les dirigeants saoudiens?

R : L'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis sont des partenaires très importants pour l'UE. J'ai déjà rencontré ou parlé à beaucoup de mes homologues du Golfe, mais c'est ma première visite dans la région en tant que haut représentant de l'UE.

Mon objectif principal est de faire progresser la coopération stratégique de l'UE avec les partenaires du Golfe sur des questions mondiales, régionales et bilatérales d'intérêt commun. Cela inclut le changement climatique, mais aussi l'accès mondial aux vaccins et le soutien à «l'économie verte».

Je tiens également à souligner le soutien indéfectible de l'UE à la normalisation en cours des relations au sein de la famille du Golfe après une rupture qui a duré trois longues années et s'est terminée en janvier dernier lors du sommet d'AlUla.

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Borrell lors d'un point de presse à Doha le 30 septembre 2021. (Photo, AFP)

Le GCC est l'un de nos plus anciens partenaires. Après plus de 30 ans de partenariat UE-CCG, nous devrions profiter de l'élan actuel pour donner à notre coopération une orientation plus stratégique.

Lors de mes réunions avec les partenaires du Golfe à New York la semaine dernière en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies, j'ai partagé mon intention de convoquer un conseil de coopération conjoint au niveau ministériel au début de l'année prochaine, pendant la présidence saoudienne du CCG.

Mes rencontres à Riyad seront une partie essentielle de ma visite. L'Arabie saoudite est un acteur important sur la scène mondiale et multilatérale, et j'espère que ses engagements solides lors de la prochaine 26e Conférence des pays signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP26), inspireront d'autres producteurs d'énergie.

Nous discuterons de la meilleure façon d'accompagner la transformation au niveau national et la diversification économique de l'Arabie saoudite, conformément aux objectifs de la Vision 2030 et avec l'implication des entreprises européennes.

Avec le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane Al-Saoud, j'ai l'intention de signer un accord de coopération qui reflète notre souhait mutuel d'intensifier encore notre coopération, et cela sera un instrument utile pour le faire. 

Q : Vous avez récemment rencontré le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian à New York. Quelles assurances vous a-t-il données sur le respect par Téhéran du pacte nucléaire de 2015? 

R : En tant que coordinateur du Plan d'action global conjoint (JCPOA), j'ai toujours été clair : nous devons revenir à la pleine mise en œuvre de l'accord, ce qui signifie un retour de Washington dans l'accord avec la levée des sanctions américaines connexes et le plein respect par Téhéran de ses engagements nucléaires. 

L'accord sur le nucléaire reste une réalisation primordiale en matière de sécurité. Sans elle, l'Iran aurait déjà pu développer des armes nucléaires, ajoutant encore une autre source d'instabilité à la région.

Évidemment, je suis préoccupé par la trajectoire négative des activités nucléaires iraniennes. C'est pourquoi il est crucial de reprendre les négociations à Vienne dès que possible et de là où nous nous sommes arrêtés le 20 juin.

Mon message au ministre des Affaires étrangères Amir-Abdollahian à New York était simple : la diplomatie demeure, sans aucun doute, la solution; retournons sans tarder à Vienne. 

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Borrell, en septembre, où il a déclaré à Arab News qu'il était préoccupé par la trajectoire négative des activités nucléaires iraniennes. (Photo, AFP/Archives)

Q : Avez-vous l'impression que le nouveau gouvernement iranien, malgré sa réputation radicale, veut améliorer ses relations avec ses voisins arabes du Golfe ainsi qu'avec l'Occident?

R : La diplomatie offre la seule véritable voie pour régler les problèmes en suspens dans le Golfe et entre voisins. Je ne peux pas parler des intentions des autres gouvernements, mais j'ai remarqué qu’il y a plus de dialogue entre les pays de la région.

La conférence de Bagdad (pour la coopération et le partenariat) du 28 août et les pourparlers bilatéraux entre l'Arabie saoudite et l'Iran en sont des exemples. Ce sont des progrès positifs et j'ai été heureux de participer à l'événement de suivi de la conférence de New York récemment.

L'UE est prête à aider les pays de la région du Golfe à instaurer un sentiment partagé de sécurité et de coopération. En ce sens, l'accord nucléaire avec l’Iran est également crucial.

Je reste convaincu que si nous parvenons à préserver le JCPOA et à assurer sa pleine mise en œuvre, il peut devenir un tremplin pour répondre à d'autres préoccupations communes, notamment celles liées à la sécurité régionale.

Q : AUKUS, le pacte de sécurité trilatéral récemment élaboré entre l'Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis, a été mal reçu par certains pays de l'UE. Comment aurait-il pu être mieux géré?

R : Il y a eu une nette déception en Europe quant à la manière dont ce problème a été traité. Nous sommes des amis et des alliés. Et je crois que les amis et les alliés doivent discuter entre eux.

Depuis l'annonce d'AUKUS, nous avons discuté avec nos partenaires américains. J'ai eu même une bonne réunion avec le secrétaire d'État américain Antony Blinken, le mois dernier à New York.

Nous considérons maintenant que cette situation est maintenant clarifiée. La preuve en est la déclaration conjointe entre le président français Emmanuel Macron et le président américain Joe Biden, dans laquelle les États-Unis ont reconnu que la situation aurait bénéficié de consultations ouvertes entre alliés.

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Josep Borrell a utilisé un article de blog pour décrire sa visite à Riyad, avec des arrêts à Doha et à Abu Dhabi pour la Conférence sur la politique mondiale. (Photo fournie)

Il faut maintenant aller de l'avant. L'UE et les États-Unis ne peuvent pas se permettre d'être divisés. Nous sommes des partenaires uniques qui travaillent côte à côte sur de nombreux sujets mondiaux importants tels que la santé et le changement climatique, et nous sommes à l’œuvre pour l’intérêt de nos démocraties.

En outre, ces événements récents soulignent clairement la force de l'unité européenne et nous rappellent une fois de plus, la nécessité de réfléchir à la manière de bâtir, renforcer et faire progresser l'autonomie stratégique européenne.

L'Europe doit être plus unie en matière de sécurité et de défense. Si l'Union européenne mettait en commun ses capacités de défense en évitant les chevauchements, nous serions beaucoup plus efficaces dans de nombreuses crises mondiales.

Q : Le retrait militaire chaotique d'Afghanistan a créé une image de l'Occident comme non coordonné, divisé et peu fiable. Pensez-vous que la solution réside dans des dépenses de défense européennes plus élevées au lieu de continuer à dépendre de la puissance de feu américaine?

R : Il ne s'agit pas de choisir l'un ou l'autre, mais, tout à fait, l'Afghanistan a montré de manière frappante que le manque de la capacité de l'UE à agir de manière autonome, aura un prix à payer.

Je veux être clair : agir de manière autonome ne veut pas dire s'éloigner de notre partenariat transatlantique. Au contraire, une Union européenne plus forte en matière de défense signifie un partenaire plus fort pour les États-Unis et pour l'OTAN. Cela signifie être plus capable d'agir avec des partenaires dans la mesure du possible, et seul si nécessaire lorsque nos intérêts et nos valeurs sont en jeu. La seule voie à suivre est d'unir nos forces et de renforcer non seulement nos capacités, mais aussi notre volonté d'agir.

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Lors de son entretien avec Arab News, Borrell a déclaré que l'Arabie saoudite est un acteur important sur la scène mondiale et multilatérale. (Photo, AFP/Archives)

Cela signifie renforcer notre capacité à répondre aux situations hybrides, combler les principales lacunes en matière de capacités, notamment le transport logistique, en augmentant le niveau de préparation grâce à une formation militaire conjointe et en améliorant de nouveaux outils.

Nous discutons de ce genre de propositions depuis de nombreuses années. J'espère que, si elles sont jumelées aux développements récents, cela créera une compréhension commune suffisante des défis et des menaces auxquels nous sommes confrontés de manière à mobiliser la volonté commune des États membres.

Q : Vous avez dit qu'il y a toujours «une forte demande et un besoin impérieux pour l'Europe de s'exprimer et de soutenir ses positions avec les instruments et les formes efficaces dont nous disposons». Une telle approche a-t-elle fonctionné en Libye, par exemple ? Cela fonctionnera-t-il avec les talibans?

R : La Libye et l'Afghanistan sont très différents. En ce qui concerne la Libye, l'UE et ses États membres conviennent de la nécessité d'organiser des élections le 24 décembre et de mettre en œuvre l'accord de cessez-le-feu, en particulier le retrait de toutes les forces étrangères.

À cette fin, nous avons mis en ordre plusieurs outils, notamment l'appui technique aux élections et les missions civiles à l'appui de l'accord de cessez-le-feu et pour la mise en œuvre de l'embargo sur les armes. 

L'Afghanistan se trouve à la croisée des chemins après des décennies de conflit. Nous devons apporter un soutien solide au peuple afghan, surtout à ceux qui sont présents dans la région.

Les pays de l'UE ont fixé des conditions claires qui déterminent le niveau d'engagement avec les talibans. Des pourparlers avec les talibans sont nécessaires afin d’éviter une tragédie humanitaire et contribuer à la protection des personnes vulnérables.

Ces pourparlers n'égalent pas la reconnaissance des Talibans. Il s'agira d'un engagement opérationnel et notre engagement dépendra plus que tout, du comportement de ce gouvernement intérimaire.

Q : Pensez-vous que l'UE et le CCG sont plus ou moins sur la même longueur d'onde par rapport aux principaux problèmes actuels du Moyen-Orient et de l'Asie centrale, de l'Iran et des réfugiés du Moyen-Orient, au Yémen et à l'Afghanistan?

R : Je pense que nous sommes tous intéressés par la stabilité, la sécurité et le bien-être de nos propres citoyens et de nos voisins. Cela devrait être un objectif commun de tous nos efforts et de notre coopération.

En ce qui concerne le Yémen, la communauté internationale, particulièrement le CCG, est unanime : nous voulons assister à la fin des combats et des souffrances du peuple yéménite. Je m'engagerai à fond sur le Yémen lors de ma visite à Riyad.

En ce qui concerne l'Afghanistan, il existe un vaste consensus international sur le fait que le pays ne peut pas devenir un exportateur d'instabilité, de terrorisme et de flux migratoires. Et ce sont les pays de la région qui seront les premiers touchés par les effets négatifs de tout débordement de la situation en Afghanistan.

C'est pourquoi l'UE essaie de s'engager et de coordonner son engagement et ses activités avec des partenaires dans les régions touchées. Les grands défis ne peuvent être résolus efficacement et durablement que par des efforts communs.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Washington sanctionne Bagdad pour l'obliger à démanteler les milices pro-Iran

 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
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  • Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire"
  • Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter"

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias.

Le Wall Street Journal, citant des sources officielles irakiennes et américaines, a affirmé mardi soir que Washington avait, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, suspendu la livraison par avion-cargo de près de 500 millions de dollars en cash, provenant des ventes de pétrole irakien.

Un responsable du gouvernement irakien a affirmé à l'AFP que seul un envoi n'était pas arrivé, invoquant "des raisons logistiques liées à la guerre" et la fermeture de l'espace aérien.

Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire".

Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter".

Les revenus des exportations de pétrole irakiennes sont en grande partie déposés à la Réserve fédérale de New York, en vertu d'un arrangement conclu après l'invasion américaine de 2003, qui avait renversé Saddam Hussein.

Un accord qui donne à Washington un levier majeur sur les autorités de Bagdad.

En parallèle, les Etats-Unis ont suspendu le financement de formations des forces armées irakiennes et de programmes de lutte contre les jihadistes, au premier rang desquels le groupe Etat islamique.

Un responsable de la sécurité irakien a confirmé à l'AFP l'arrêt de cette coopération bilatérale, en raison "des milices et des (...) bombardements".

Il n'a fourni aucun détail mais les deux pays coopèrent depuis plusieurs années, en particulier dans la lutte antijihadiste.

L'Irak, voisin de l'Iran, a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient par des frappes imputées aux Etats-Unis ou à Israël visant des groupes pro-iraniens. Ces derniers ont revendiqué des attaques contre les intérêts américains dans le pays.

L'équilibre précaire de l'Irak 

Au début de la guerre régionale déclenchée par les frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février, Washington et Bagdad avaient déclaré vouloir "intensifier la coopération" pour prévenir les attaques contre les intérêts américains et garantir que le territoire irakien ne serait pas utilisé pour ces opérations.

Mais Washington s'est plaint d'efforts insuffisants de la part de l'Irak, qui tente depuis des années de conserver un équilibre précaire entre ses liens avec les Etats-Unis et sa proximité avec Téhéran.

Le 9 avril, le département d'Etat américain avait déclaré avoir "convoqué" l'ambassadeur irakien à Washington, pour condamner ces attaques.

Sollicitée mercredi par l'AFP, la diplomatie américaine n'a pas confirmé la suspension des livraisons de dollars mais affirmé que "l'incapacité du gouvernement irakien à prévenir ces attaques (...) nuit aux relations entre les Etats-Unis et l'Irak".

"Les Etats-Unis ne toléreront pas les attaques contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu'il prenne immédiatement toutes les mesures nécessaires pour démanteler les milices alignées sur l'Iran en Irak", a déclaré le porte-parole par intérim du département d'Etat, Tommy Pigott.

Plusieurs de ces factions ont cessé leurs attaques contre les "bases ennemies" dans le pays et la région après le cessez-le-feu irano-américain.

Avant la fin des combats, l'ambassade des Etats-Unis en Irak avait rapporté "de nombreuses attaques de drones" lancées selon elle par des milices pro-iraniennes contre des installations diplomatiques et l'aéroport international de Bagdad.

En janvier, Donald Trump avait menacé de retirer tout soutien à Bagdad si l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, 75 ans, perçu comme proche de l'Iran, revenait au pouvoir.

L'Iran, pour autant, n'entend pas lâcher ses leviers sur son voisin.

Le général Esmaïl Qaani, un haut responsable militaire iranien, s'est rendu samedi à Bagdad pour rencontrer des responsables politiques et des groupes armés pro-iraniens, a indiqué à l'AFP un haut responsable irakien.


Journaliste tuée: les dirigeants libanais dénoncent un «crime de guerre»

Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
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  • "Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre"
  • Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales

BEYROUTH: Les dirigeants libanais ont accusé jeudi Israël d'avoir perpétré un "crime de guerre" après la mort d'une journaliste dans une frappe aérienne israélienne dans le sud du pays.

Amal Khalil, 42 ans, journaliste du quotidien Al-Akhbar, a été tuée mercredi et sa collègue indépendante Zeinab Faraj blessée dans cette frappe dans le sud, où les forces israéliennes occupent plusieurs régions.

"Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre".

Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales.

Les deux journalistes s'étaient réfugiées dans une maison du village d'al-Tiri, après qu'une frappe israélienne a visé une voiture qui les précédait, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Les deux occupants du véhicule, le maire de la ville voisine de Bint Jbeil, occupée par Israël, et un homme qui l'accompagnait, ont été tués, a précisé la même source.

Une frappe israélienne a ensuite visé la maison où s'étaient réfugiées les deux journalistes. Les secours ont évacué dans un premier temps la journaliste blessée, avant que "des tirs israéliens visent l'ambulance", selon le ministère de la Santé.

Les autorités libanaises ont dû mener des contacts avec les Casques bleus déployés dans le sud du Liban et il a fallu plusieurs heures avant que les secouristes puissent à nouveau accéder au secteur pour retirer des décombres le corps de l'autre journaliste.

Le ministère de la Santé a accusé jeudi Israël d'avoir "entravé les opérations de sauvetage" et "visé une ambulance portant clairement le signe de la Croix-Rouge".

L'armée israélienne a de son côté affirmé avoir frappé dans le secteur d' al-Tiri deux véhicules à bord desquels se trouvaient des "terroristes", qui avaient "franchi la ligne de défense avancée" de ses troupes dans le sud du Liban.

Israël dit avoir tracé une "ligne jaune" ou ligne de défense avancée en profondeur dans le sud du Liban où ses troupes sont entrées, et interdit aux habitants d'y retourner.

Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 17 avril, après une guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien qui a fait plus de 2.400 morts au Liban.

L'armée israélienne a démenti avoir "empêché les équipes de secours d'accéder à la zone". Elle a indiqué que "des informations font état de deux journalistes blessés lors des frappes" et affirmé que l'incident était "en cours d'examen".

Correspondante dans le sud du Liban pour le journal al-Akhbar, proche du Hezbollah, Amal Khalil a couvert les différentes guerres dans cette région. Elle était connue pour son courage et était respectée par ses collègues.

Le 28 mars, trois journalistes avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud et des experts de l'ONU avaient réclamé une enquête internationale.

 


Des colons Israéliens pénètrent en Syrie avant d'être arrêtés

Une quarantaine d'Israéliens ont brièvement pénétré en Syrie mercredi avant d'être appréhendés par l'armée israélienne, qui a "fermement condamné cet incident". (AFP)
Une quarantaine d'Israéliens ont brièvement pénétré en Syrie mercredi avant d'être appréhendés par l'armée israélienne, qui a "fermement condamné cet incident". (AFP)
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  • L'armée a déclaré "condamner fermement cet incident et souligner sa gravité, qui constitue une infraction pénale qui met en danger des civils comme des soldats"
  • "Les pionniers de Bashan" ont eux posté, toujours sur X, une photo montrant leurs militants sur ce toit en indiquant: "sans colonisation civile, la présence militaire ne tiendra pas à long terme"

JERUSALEM: Une quarantaine d'Israéliens ont brièvement pénétré en Syrie mercredi avant d'être appréhendés par l'armée israélienne, qui a "fermement condamné cet incident".

Selon la télévision publique israélienne Kan, il s'agit de militants appartenant au groupuscule "Les pionniers de Bashan" qui prône l'établissement de colonies israéliennes dans le sud de la Syrie.

Ils s'étaient d'abord rassemblés près de la frontière, avant de pénétrer sur le territoire syrien sur quelques centaines de mètres, selon l'armée, qui indique les avoir remis à la police.

L'armée a déclaré "condamner fermement cet incident et souligner sa gravité, qui constitue une infraction pénale qui met en danger des civils comme des soldats".

La chaîne Kan a posté sur X des images montrant ces militants se retrancher sur un toit près du village syrien d'Hader.

"Les pionniers de Bashan" ont eux posté, toujours sur X, une photo montrant leurs militants sur ce toit en indiquant: "sans colonisation civile, la présence militaire ne tiendra pas à long terme. Nous sommes ici jusqu'à ce qu'ils laissent nos familles entrer pour y vivre".

Selon Kan, ce n'est pas la première fois que ce groupuscule s'infiltre côté syrien. Les dernières fois, il n'y avait pas eu de condamnation officielle, a-t-elle indiqué.

Depuis la chute en décembre 2024 du président Bachar al-Assad et la prise du pouvoir par une coalition islamiste en Syrie, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon contrôlée par l'ONU qui séparait les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan.

Israël, qui réclame une zone démilitarisée dans le sud de la Syrie, a mené depuis un an des centaines de frappes et conduit des incursions chez son voisin.

Israël avait pris la majeure partie de ce plateau à la Syrie lors de la guerre israélo-arabe de 1967, puis a annexé les zones sous son contrôle.

La colonisation israélienne, aujourd'hui présente en Cisjordanie, est régulièrement dénoncée par l'ONU comme illégale au regard du droit international et comme un des principaux obstacles à une solution de paix durable entre Israéliens et Palestiniens en ce qu'elle empêche la création d'un Etat palestinien viable.

Quelque 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie occupée, au milieu de trois millions de Palestiniens.