Un rapport accablant de l'ONU fait état de cinq années de crimes contre l'humanité en Libye

L'existence de charniers avait été signalée pour la première fois après le départ de la ville de Tarhouna en juin 2020 des forces du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est libyen. (Photo, AFP)
L'existence de charniers avait été signalée pour la première fois après le départ de la ville de Tarhouna en juin 2020 des forces du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est libyen. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 05 octobre 2021

Un rapport accablant de l'ONU fait état de cinq années de crimes contre l'humanité en Libye

  • Dix nouveaux corps non identifiés ont été découverts à Tarhouna, ville de l'ouest de la Libye, où des dizaines de charniers ont été retrouvés depuis l'été 2020
  • Le rapport doit être présenté au Conseil des droits de l'homme à Genève - la plus haute instance de l'ONU dans ce domaine - le 7 octobre

GENEVE : Des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité ont été commis en Libye depuis 2016, a conclu lundi une mission d'enquête de l'ONU, le jour même où de nouveaux charniers ont été découverts dans la ville de Tarhouna, le théâtre de nombreuses exactions.

"Il y a des raisons de penser que des crimes de guerre ont été commis en Libye, tandis que les violences perpétrées dans les prisons et contre les migrants dans le pays peuvent s'avérer être des crimes contre l'humanité", soulignent ces experts, qui confirment des faits dénoncés de longue date. 

Cette mission indépendante a toutefois décidé de ne pas publier "la liste des individus et groupes (aussi bien libyens qu'étrangers) qui pourraient être responsables pour les violations, les abus et les crimes commis en Libye depuis 2016".

"Cette liste confidentielle le restera, jusqu'à ce que se fasse jour le besoin de la publier ou de la partager" avec d'autres instances pouvant demander des comptes aux responsables, a-t-elle ajouté.

Les auteurs du rapport notent que la justice libyenne enquête également sur la plupart des cas évoqués par la mission de l'ONU, mais indiquent que "le processus pour punir les gens coupables de violations ou de maltraitances est confronté à des défis importants".

La mission composée de trois experts, Mohamed Auajjar, Chaloka Beyani et Tracy Robinson, a rassemblé des centaines de documents, interviewé 150 personnes et mené l'enquête en Libye même, mais aussi en Tunisie et en Italie. 

Civils, migrants et prisonniers

"Les civils ont payé un lourd tribut" aux violences qui déchirent la Libye depuis 5 ans, souligne le rapport, qui confirme aussi la présence de mercenaires du groupe russe de sécurité privée Wagner.

Il évoque également le recrutement d'enfants soldats syriens par le Gouvernement d'union nationale (GNA) et facilité par la Turquie, ainsi que les assassinats de femmes jouant un rôle important dans la vie du pays.

Les experts ont aussi mis en exergue les exactions commises à Tarhouna, une localité rurale à quelque 80 km de la capitale Tripoli, qui a été le théâtre d'enlèvements, de tortures et d'exécutions sommaires et où des dizaines de charniers ont été découverts depuis l'été 2020.

Deux nouveaux charniers et 10 corps non identifiés y ont été découverts, a annoncé lundi l'autorité libyenne en charge des disparus. 

L'existence de charniers avait été signalée pour la première fois après le départ de la ville en juin 2020 des forces du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est libyen.

Plus de 150 dépouilles ont depuis été retrouvées, ce qui a suscité émoi et indignation dans la société libyenne.

Les migrants, qui tentent de trouver un passage vers l'Europe en Libye, sont eux soumis à toutes sortes de violences "dans les centre de détention et du fait des trafiquants", a dénoncé Chaloka Beyani.

"Notre enquête montre que les agressions contre les migrants sont perpétrées à une large échelle par des acteurs étatiques et non-étatiques, avec un haut degré d'organisation et avec les encouragements de l'Etat - autant d'aspects qui laissent à penser qu'il s'agit de crimes contre l'humanité".

Une opération "anti-drogue" menée vendredi et samedi par les autorités libyennes dans un faubourg pauvre de la capitale Tripoli, qui a ciblé principalement des migrants en situation irrégulière, a fait un mort et au moins quinze blessés, avait souligné dimanche l'ONU en Libye.

Les experts soulignent aussi la situation dramatique dans les prisons libyennes, où les détenus sont parfois torturés quotidiennement et les familles empêchées de visiter.

La détention arbitraire dans des prisons secrètes et dans des conditions insupportables est utilisée par l'Etat et les milices contre tout ceux qui sont perçus comme une menace.

"La violence est utilisée à une telle échelle dans les prisons libyennes et à un tel degré d'organisation que cela peut aussi potentiellement constituer un crime contre l'humanité", a souligné Tracy Robinson.

Le rapport doit être présenté au Conseil des droits de l'homme à Genève - la plus haute instance de l'ONU dans ce domaine - le 7 octobre.


Liban: plusieurs frappes israéliennes dans le sud malgré l'accord Washington-Téhéran

Israël a frappé le sud du Liban à plusieurs reprises mercredi matin malgré l'accord conclu entre Téhéran et Washighton, a rapporté l'agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle). (AFP)
Israël a frappé le sud du Liban à plusieurs reprises mercredi matin malgré l'accord conclu entre Téhéran et Washighton, a rapporté l'agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle). (AFP)
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  • Lundi soir, l'armée iranienne a menacé d'une "réponse sévère" si les attaques israéliennes se poursuivaient
  • Les frappes israéliennes ont diminué depuis l'annonce de l'accord mais elles ont tout de même continué, tuant cinq personnes depuis, selon l'Ani

BEYROUTH: Israël a frappé le sud du Liban à plusieurs reprises mercredi matin malgré l'accord conclu entre Téhéran et Washighton, a rapporté l'agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle).

Ces frappes ont notamment touché la région de Nabatiyé et de Kfartebnit, selon la même source.

L'Iran a répété plusieurs fois depuis l'annonce d'un accord avec les Etats-Unis lundi qu'il devait inclure une cessation des hostilités au Liban, où Israël dit viser le Hezbollah allié de Téhéran.

Lundi soir, l'armée iranienne a menacé d'une "réponse sévère" si les attaques israéliennes se poursuivaient.

Les frappes israéliennes ont diminué depuis l'annonce de l'accord mais elles ont tout de même continué, tuant cinq personnes depuis, selon l'Ani.

Et si certains habitants du sud ont commencé à rentrer chez eux, l'armée libanaise a conseillé d'attendre à cause des "risques de violations" de l'accord de la part d'Israël.

Mardi, l'armée israélienne avait mené plusieurs frappes, tuant quatre personnes, et affirmé que ses soldats dans le sud du Liban avaient été ciblés par des roquettes.

Le Hezbollah ne s'est pas exprimé publiquement depuis. Son chef, Naïm Qassem, qui a exprimé sa "profondre gratitude" à l'Iran pour avoir poussé pour inclure le Liban dans l'accord, doit s'exprimer à la télévision mercredi.

Le protocole visant à mettre fin à la guerre qui a fait des milliers de morts au Moyen-Orient, principalement en Iran et au Liban, doit être formellement signé en Suisse vendredi.


Mettre fin à la guerre au Liban est la «question la plus importante» de l'accord avec Washington, selon la diplomatie iranienne

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington. (AFP)
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington. (AFP)
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  • Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien
  • "Il s'agit sans doute de la question la plus importante du protocole: l'annonce de l'arrêt immédiat et permanent de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban"

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington.

"Il s'agit sans doute de la question la plus importante du protocole: l'annonce de l'arrêt immédiat et permanent de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban", a déclaré le ministre lors d'une réunion avec des diplomates étrangers diffusée à la télévision d'Etat.


Au G7, coup de projecteur sur l'Ukraine, éclipsée par l'Iran

Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump. (AFP)
Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump. (AFP)
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  • La guerre en Ukraine dominera les débats du G7 mardi à Evian en présence de Volodymyr Zelensky. Au cœur des tractations: la capacité des alliés de Washington à convaincre Donald Trump, jusqu'ici réticent, à afficher son soutien au président ukrainien
  • Le Moyen-Orient sera lui aussi toujours très haut dans l'agenda des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni

EVIAN: La guerre en Ukraine dominera les débats du G7 mardi à Evian en présence de Volodymyr Zelensky. Au cœur des tractations: la capacité des alliés de Washington à convaincre Donald Trump, jusqu'ici réticent, à afficher son soutien au président ukrainien face à Vladimir Poutine.

Le Moyen-Orient sera lui aussi toujours très haut dans l'agenda des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni.

Ils se retrouveront pour un déjeuner de travail consacré aux crises de cette région secouée par la guerre américano-israélienne contre l'Iran. L'Egypte, les Emirats arabes unis et le Qatar - qui a contribué à la médiation ayant abouti à un accord entre Washington et Téhéran - y ont été conviés.

Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump.

La dernière rencontre entre les deux dirigeants remonte à fin décembre dans la résidence du milliardaire américain à Mar-a-Lago, en Floride.

A défaut d'annoncer une réunion bilatérale, le président des Etats-Unis, accaparé ces derniers mois par le conflit avec l'Iran, a assuré lundi avoir eu "une très bonne conversation avec le président (Volodymyr) Zelensky et le président (russe Vladimir) Poutine" dimanche.

"Et je pense que nous pouvons peut-être faire quelque chose", a-t-il ajouté.

Il a en outre déploré les 25.000 morts par mois dans ce conflit, "majoritairement des soldats". "Cela ne devrait pas se produire", a-t-il réagi.

Après de nouvelles frappes meurtrières menées lundi par la Russie qui ont fait au moins 11 morts et incendié une cathédrale historique à Kiev, Volodymyr Zelensky a demandé "davantage de pression sur l'agresseur et davantage de soutien à la défense aérienne de l'Ukraine".

Le président peut d'ores et déjà compter sur l'appui indéfectible des dirigeants européens et canadien, dont il verra certains en tête-à-tête.

Le Royaume-Uni va fournir de l'uranium enrichi à l'Ukraine pour ses centrales nucléaires et imposer de nouvelles sanctions à la Russie, a ainsi annoncé le Premier ministre britannique Keir Starmer en amont de la session de travail.

"Unité et détermination" 

Condamnant les "frappes barbares" de la Russie en Ukraine, Londres compte "monter d'un cran" en "étouffant les ressources qui alimentent la guerre de Poutine et en fournissant de l'énergie à l'Ukraine pour les hivers à venir", a déclaré Keir Starmer.

Avant même la tenue du sommet, une source gouvernementale italienne soulignait de son côté que l'Ukraine restait "un sujet sur lequel il y a la plus grande attention italienne".

Lundi, le président du conseil européen António Costa, également présent à Evian, a estimé que "l'unité et la détermination du G7 sont essentielles pour contribuer à mettre fin à cette guerre et parvenir à une paix juste et durable".

A cet égard, la participation du président Zelensky aux discussions au G7 est "particulièrement importante", a-t-il fait valoir.

De son côté, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a salué l'Ukraine qui "tient la ligne de front et regagne même partiellement du terrain".

Elle a en outre loué la capacité de Kiev de frapper des cibles stratégiques "au cœur même de la Russie".

Depuis le début du conflit en février 2022, l'Ukraine a opéré un virage stratégique en devenant un acteur majeur de l'industrie de défense, notamment via sa production de drones, mais continue d'avoir cruellement besoin du soutien occidental.

Selon les Européens, la Russie, sous pression des sanctions internationales, commence, elle, à montrer des signes de faiblesse.

"Nos sanctions frappent profondément", a estimé Ursula Von der Leyen.

Pour autant, Vladimir Poutine reste inflexible.

Lundi, le président ukrainien a fait savoir qu'il avait invité son homologue russe à venir au G7.

"La Russie a montré une fois de plus qu'elle n'est pas prête à parler", a-t-il dit, estimant qu'il fallait intensifier la pression sur le président jusqu'à ce qu'il mette fin à la guerre.