Dix ans après la mort de Kadhafi, la Libye toujours en quête de stabilité

Tripoli le 30 août 2011, des milliers de Libyens se sont rassemblés sur la place pour célébrer le succès des combattants rebelles contre les forces du colonel Kadhafi. (AFP)
Tripoli le 30 août 2011, des milliers de Libyens se sont rassemblés sur la place pour célébrer le succès des combattants rebelles contre les forces du colonel Kadhafi. (AFP)
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Publié le Mardi 19 octobre 2021

Dix ans après la mort de Kadhafi, la Libye toujours en quête de stabilité

  • La Libye, qui a sombré dans le chaos après la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, tente de s'extraire d'une décennie de violences et de luttes pour le pouvoir
  • Le règne de Kadhafi a été surtout marqué par une implacable répression de toute velléité contestataire, mais les Libyens ont connu une certaine prospérité pendant ses années au pouvoir grâce à une formidable manne pétrolière

TRIPOLI: Dix ans après la mort de Mouammar Kadhafi, emporté par une révolte qui a plongé la Libye dans un chaos inextricable, le pays peine à achever sa transition vers la démocratie, des désaccords entre camps rivaux menaçant de saborder l'élection présidentielle de décembre. 


Il y a dix ans, le "Guide" Kadhafi était traqué jusque dans son fief de Syrte (nord), lynché par des combattants avant d'être exécuté le même jour et son corps exposé dans un marché.


Après 42 ans d'un règne autoritaire, le "chef de la révolution" qui renversa la monarchie était ainsi emporté par le vent du Printemps arabe. Une intervention internationale controversée, lancée en 2011 sous l'égide de l'Otan, avait contribué à sa chute. 


Mais loin de répondre aux aspirations des manifestants, l'intervention plonge le pays d'Afrique du Nord dans une spirale de violences et divisions internes, alimentées par les ingérences étrangères.

La Libye depuis la chute de Kadhafi: une décennie de chaos

La Libye, qui a sombré dans le chaos après la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, tente de s'extraire d'une décennie de violences et de luttes pour le pouvoir.

Kadhafi tué 
Le 20 octobre 2011, Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, est capturé puis tué près de Syrte, sa région d'origine, dans le nord de la Libye.


Confronté, dans le sillage du Printemps arabe, à un soulèvement transformé en un conflit armé, il était en fuite depuis août.


Le Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion, proclame la "libération" du pays.

Premier scrutin libre 
Le 7 juillet 2012, les Libyens élisent la première Assemblée nationale, un scrutin émaillé d'actes de sabotage et de violences dans l'Est. Un mois plus tard, le CNT remet ses pouvoirs au Congrès général national (CGN, Parlement).

Missions diplomatiques attaquées 
Après une attaque contre le consulat américain à Benghazi (est), qui a coûté la vie à l'ambassadeur américain Christopher Stevens, en septembre 2012, et un attentat contre l'ambassade de France à Tripoli (ouest), en avril 2013, la plupart des missions diplomatiques étrangères ferment.

Autorités rivales 
En juin 2014, à la suite de nouvelles élections, le Congrès général national, dominé par les islamistes et de plus en plus contesté, est remplacé par un Parlement contrôlé par les anti-islamistes.


Mais fin août, après des semaines de combats meurtriers, une coalition de milices, en majorité islamistes, s'empare de Tripoli. Elle réinstalle le CGN et un gouvernement.


Le gouvernement en place jusque-là et le Parlement tout juste élu s'exilent dans l'Est. Le pays se retrouve avec deux gouvernements et deux Parlements.

L'EI profite du chaos 
En décembre 2014, le groupe jihadiste Etat islamique (EI) s'implante en Libye. En juin 2015, il s'empare de Syrte, à 450 km à l'est de Tripoli. Il sera chassé de la ville fin 2016.

Accord de Skhirat 
Le 17 décembre 2015, des représentants de la société civile et des députés signent à Skhirat, au Maroc, un accord parrainé par l'ONU. Un Gouvernement d'union nationale (GNA) est proclamé.


Son chef Fayez al-Sarraj s'installe à Tripoli en mars 2016, mais dans l'Est, le cabinet parallèle et le Parlement rejettent le GNA.

Offensive de Haftar sur Tripoli 
Le 4 avril 2019, Khalifa Haftar, qui contrôle l'Est et une partie du sud du pays, ordonne à ses forces d'"avancer" en direction de Tripoli, siège du GNA.


En juin 2020, les forces progouvernementales, aidées par la Turquie, reprennent le contrôle de l'ensemble de l'Ouest, en chassant les combattants de Haftar, soutenu notamment par la Russie, l'Egypte et les Emirats arabes unis.

Cessez-le-feu 
Le 23 octobre 2020, les parties en conflit signent un cessez-le-feu sous l'égide de l'ONU.


Des délégués libyens réunis en Tunisie parviennent ensuite à un accord prévoyant "des élections nationales" le 24 décembre 2021.

Gouvernement unifié 
Le 5 février 2021, 75 délégués libyens réunis sous les auspices de l'ONU en Suisse désignent l'ingénieur et homme d'affaires Abdelhamid Dbeibah comme Premier ministre de transition.


Mais de profondes divisions subsistent entre l'Ouest et l'Est, ce dernier étant toujours contrôlé par Haftar, alors qu'on dénombre quelque 20.000 mercenaires et combattants étrangers dans le pays.

Un scrutin hypothétique 
Le 4 octobre, le Parlement installé dans l'Est, adopte la loi gouvernant les législatives, un peu plus de trois semaines après la ratification du texte encadrant le volet présidentiel du scrutin, taillé sur mesure pour Khalifa Haftar. 


Le Haut Conseil d'Etat (HCE), instance faisant office de Sénat et basée à Tripoli, conteste les deux lois.


Le Parlement a modifié le calendrier du scrutin: la présidentielle est maintenue le 24 décembre mais les législatives se tiendront un mois plus tard.

Après des années d'affrontements entre camps ennemis, un gouvernement de transition a finalement été mis sur pied en mars, sous l'égide de l'ONU, pour mener le pays vers une élection présidentielle prévue le 24 décembre.


"La situation s'est nettement améliorée. Le cessez-le-feu convenu en octobre 2020 est toujours en vigueur et le gouvernement d'unité nationale (GNU) s'accroche en tant que seul gouvernement libyen", décrypte pour l'AFP le chercheur Hamish Kinnear, de l'institut Verisk Maplecroft.


"Mais la stabilité politique est de plus en plus précaire. Les six prochains mois nous diront si la période de calme ayant suivi le cessez-le-feu n'était qu'une opportunité pour les factions armées de panser leurs plaies, ou s'il s'agit de réels progrès vers une solution politique", poursuit-il. 

«Manque d'expérience»
Pour l'universitaire libyen Mahmoud Khalfallah, le scrutin à lui seul "ne suffit pas à apporter une solution définitive".


"Le pays manque d'expérience et la route vers le changement est longue", estime-t-il, en énumérant les conditions à même de pacifier le pays: "fin des ingérences, maturité des électeurs dans le choix de leurs représentants loin de tout tribalisme ou régionalisme, acceptation des résultats par tous". 


Et les divisions font toujours rage. En témoigne la récente polémique autour de la promulgation d'une loi régissant le scrutin présidentiel, taillée sur mesure pour permettre à l'homme fort de l'Est, le maréchal Khalifa Haftar, de se présenter. 


Le texte, ratifié par le Parlement siégeant à Tobrouk (est), a été rejeté par le Haut conseil d'Etat, l'équivalent d'un Sénat, basé à Tripoli (ouest). Le Parlement a également reporté d'un mois les législatives qui devaient se tenir le même jour.


En Tripolitaine, Haftar suscite une profonde animosité depuis qu'il a tenté, en vain, de conquérir militairement la capitale entre avril 2019 et juin 2020. Son portrait, frappé d'une croix rouge, couvre les façades de plusieurs bâtiments officiels. 


"Si les élections se déroulent sur la base décrite par la Chambre des représentants sans un soutien plus large des factions politiques à l'Ouest, cela pourrait provoquer une nouvelle division de la Libye en deux gouvernements concurrents", prévient M. Kinnear. 


"Le risque serait accru si Khalifa Haftar remportait la présidence, car il est une figure toxique pour les factions armées qui ont défendu Tripoli lors de son offensive ratée", poursuit-il.

Libye: Bani Walid, la ville nostalgique de Kadhafi

Un portrait de l'ex-dictateur Mouammar Kadhafi entouré de deux drapeaux verts de sa "Jamahiriya", ou "Etat des masses", accueille le visiteur à Bani Walid, dans l'ouest de la Libye. Dans cette ville située aux portes du désert, les habitants cultivent encore la nostalgie du "Guide", dix ans après sa mort. 


Des constructions cubiques inachevées se succèdent dans un paysage lunaire, dominé au loin par des collines rocailleuses. D'innombrables bâtiments sont couverts d'impacts de balles et d'obus. Partout, la ville porte les stigmates de la guerre.


Bani Walid, qui abrite quelque 100.000 habitants, est un fief de la puissante tribu des Werfalla, restée fidèle au dirigeant déchu en 2011, opposant une farouche résistance aux rebelles qui l'ont finalement conquise en octobre 2012. 


Sur une place publique balayée par le vent et la poussière, une fontaine asséchée se dresse face à un vieux char rouillé. Des restes d'obus et des tubes de mortiers s'amoncellent dans un amas de ferrailles. Un grand panneau constellé des portraits des "martyrs" de la ville domine ce mémorial.


"Mouammar restera à jamais dans nos coeurs!", lance un badaud en voyant les journalistes de l'AFP. Et il n'est pas le seul à éprouver de la nostalgie pour l'ancien dirigeant, capturé il y a dix ans par des combattants révolutionnaires avant d'être exécuté. 


"Mouammar Kadhafi est un symbole. Nous serons toujours ses partisans", clame le quinquagénaire Mohamed Dairi, chemise blanche sous un gilet traditionnel brodé.

«Conspiration»
Le temps semble figé à Bani Walid, vaste oasis au relief accidenté à 170 km au sud-est de Tripoli, comme si la révolte de 2011 n'avait jamais eu lieu. Le drapeau rouge, noir et vert de l'ancien Royaume de Libye, repris après la révolte, ne flotte nulle part. C'est l'étendard vert instauré par Kadhafi, symbole de sa "révolution verte", qui est hissé çà et là.


"Avant 2011, les Libyens étaient souverains et maîtres de leur destin. Ces dix dernières années, ils n'ont connu que bombardements, injustices, meurtres et enlèvements", lâche Mohamed Abi Hamra, la mine grave, une montre à l'effigie de Kadhafi au poignet.


"La révolution est par définition un changement pour le mieux. Ce qui s'est passé en 2011 n'était pas une révolution, mais une conspiration contre la Libye", juge-t-il.  


Pourquoi cet attachement au passé? "Il suffit de comparer 42 ans (de règne de Kadhafi, NDLR) au dix dernières années", élude l'indéfectible partisan du dirigeant déchu.


Si la Libye s'est enlisée dans le chaos après le soulèvement de 2011, elle pourrait clore ce chapitre mouvementé à la faveur d'un processus politique, initié en novembre sous l'égide de l'ONU et dont l'aboutissement doit être l'élection présidentielle du 24 décembre.


Mais Bani Walid ne semble pas prête à tourner la page, elle qui ne s'est rendue aux forces rebelles progouvernementales qu'après une résistance acharnée. "C'était une première dans l'histoire: un Etat avait décidé d'attaquer une de ses villes, ses propres habitants", se souvient avec amertume Mohamed Dairi.

«Fidèles»
L'ingénieur Fathi al-Ahmar partage les mêmes rancoeurs: "Si nous sommes restés attachés à l'ancien régime, c'est que les événements de février 2011 (date de début de la révolte, NDLR) n'ont apporté que guerres, désolations, divisions et atteintes à la souveraineté de notre pays".


Le régime Kadhafi "nous garantissait la sécurité, qui manque aujourd'hui cruellement en Libye", estime-t-il. 


Mouammar Kadhafi fut, des décennies durant, taxé par l'Occident d'être à la tête d'un Etat "terroriste". 


En interne, son règne fut marqué par de multiples exactions. Pour Ahmed Abouhriba, un journaliste de 30 ans à Bani Walid, le colonel "n'était pas un dictateur, mais le garant de l'unité (...) il veillait sur les Libyens comme le ferait un père". 


Cet inconditionnel de Kadhafi vante la stabilité, la prospérité économique et les chantiers lancés sous l'ancien régime, comme pour comparer avec le quotidien actuel des Libyens, rythmé par l'insécurité, les pénuries et l'inflation.


"Tous les projets se sont arrêtés après 2011. Comment suivre les nouveaux courants politiques alors qu'ils n'ont rien construit depuis?", interroge-t-il.


Si l'ex-dictateur n'est plus, son fils Seif al-Islam Kadhafi, dont le portrait se dresse aussi à Bani Walid, a laissé entendre qu'il pourrait se présenter à l'élection de décembre. "Nous sommes restés fidèles à notre Guide Mouammar Kadhafi, nous le serons pour Seif al-Islam", promet M. Abouhriba.

«Une vie meilleure»
Pour la communauté internationale, la priorité est la tenue d'élections, malgré les travers du processus politique.


"Nous sommes conscients qu'il y a eu des irrégularités, voire des faits de corruption, mais nous continuons à croire que la solution réside dans ces élections", confie un diplomate européen à Tripoli.


Les Libyens, eux, aspirent à "une vie meilleure et à la stabilité à travers ces élections", estime l'analyste libyen Ahmed el-Rachrach.


Le règne de Kadhafi a été surtout marqué par une implacable répression de toute velléité contestataire, mais les Libyens ont connu une certaine prospérité pendant ses années au pouvoir grâce à une formidable manne pétrolière. 


Dans les années 2000, le PIB par habitant était ainsi le plus élevé du continent. La guerre a ensuite changé la donne: coupures chroniques d'électricité, infrastructures endommagées, inflation... les Libyens ont subi de plein fouet les affres de l'instabilité.


A Tripoli, une décennie de chaos a "affecté la vie des Libyens psychologiquement et économiquement", lâche Issam el-Mejri, un entrepreneur qui espère voir le futur gouvernement "désarmer" les milices et "lutter contre l'inflation". 


"Nous sommes dans un cercle vicieux à cause d'un processus politique raté", s'exaspère Abdelfattah Benour, un fonctionnaire.


Faraj Najib, commerçant à Benghazi (est), berceau de la révolte, veut rester optimiste: "les élections sont une lueur d'espoir pour les Libyens qui se sont fortement appauvris".


Washington sanctionne Bagdad pour l'obliger à démanteler les milices pro-Iran

 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
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  • Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire"
  • Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter"

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias.

Le Wall Street Journal, citant des sources officielles irakiennes et américaines, a affirmé mardi soir que Washington avait, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, suspendu la livraison par avion-cargo de près de 500 millions de dollars en cash, provenant des ventes de pétrole irakien.

Un responsable du gouvernement irakien a affirmé à l'AFP que seul un envoi n'était pas arrivé, invoquant "des raisons logistiques liées à la guerre" et la fermeture de l'espace aérien.

Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire".

Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter".

Les revenus des exportations de pétrole irakiennes sont en grande partie déposés à la Réserve fédérale de New York, en vertu d'un arrangement conclu après l'invasion américaine de 2003, qui avait renversé Saddam Hussein.

Un accord qui donne à Washington un levier majeur sur les autorités de Bagdad.

En parallèle, les Etats-Unis ont suspendu le financement de formations des forces armées irakiennes et de programmes de lutte contre les jihadistes, au premier rang desquels le groupe Etat islamique.

Un responsable de la sécurité irakien a confirmé à l'AFP l'arrêt de cette coopération bilatérale, en raison "des milices et des (...) bombardements".

Il n'a fourni aucun détail mais les deux pays coopèrent depuis plusieurs années, en particulier dans la lutte antijihadiste.

L'Irak, voisin de l'Iran, a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient par des frappes imputées aux Etats-Unis ou à Israël visant des groupes pro-iraniens. Ces derniers ont revendiqué des attaques contre les intérêts américains dans le pays.

L'équilibre précaire de l'Irak 

Au début de la guerre régionale déclenchée par les frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février, Washington et Bagdad avaient déclaré vouloir "intensifier la coopération" pour prévenir les attaques contre les intérêts américains et garantir que le territoire irakien ne serait pas utilisé pour ces opérations.

Mais Washington s'est plaint d'efforts insuffisants de la part de l'Irak, qui tente depuis des années de conserver un équilibre précaire entre ses liens avec les Etats-Unis et sa proximité avec Téhéran.

Le 9 avril, le département d'Etat américain avait déclaré avoir "convoqué" l'ambassadeur irakien à Washington, pour condamner ces attaques.

Sollicitée mercredi par l'AFP, la diplomatie américaine n'a pas confirmé la suspension des livraisons de dollars mais affirmé que "l'incapacité du gouvernement irakien à prévenir ces attaques (...) nuit aux relations entre les Etats-Unis et l'Irak".

"Les Etats-Unis ne toléreront pas les attaques contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu'il prenne immédiatement toutes les mesures nécessaires pour démanteler les milices alignées sur l'Iran en Irak", a déclaré le porte-parole par intérim du département d'Etat, Tommy Pigott.

Plusieurs de ces factions ont cessé leurs attaques contre les "bases ennemies" dans le pays et la région après le cessez-le-feu irano-américain.

Avant la fin des combats, l'ambassade des Etats-Unis en Irak avait rapporté "de nombreuses attaques de drones" lancées selon elle par des milices pro-iraniennes contre des installations diplomatiques et l'aéroport international de Bagdad.

En janvier, Donald Trump avait menacé de retirer tout soutien à Bagdad si l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, 75 ans, perçu comme proche de l'Iran, revenait au pouvoir.

L'Iran, pour autant, n'entend pas lâcher ses leviers sur son voisin.

Le général Esmaïl Qaani, un haut responsable militaire iranien, s'est rendu samedi à Bagdad pour rencontrer des responsables politiques et des groupes armés pro-iraniens, a indiqué à l'AFP un haut responsable irakien.


Journaliste tuée: les dirigeants libanais dénoncent un «crime de guerre»

Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
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  • "Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre"
  • Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales

BEYROUTH: Les dirigeants libanais ont accusé jeudi Israël d'avoir perpétré un "crime de guerre" après la mort d'une journaliste dans une frappe aérienne israélienne dans le sud du pays.

Amal Khalil, 42 ans, journaliste du quotidien Al-Akhbar, a été tuée mercredi et sa collègue indépendante Zeinab Faraj blessée dans cette frappe dans le sud, où les forces israéliennes occupent plusieurs régions.

"Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre".

Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales.

Les deux journalistes s'étaient réfugiées dans une maison du village d'al-Tiri, après qu'une frappe israélienne a visé une voiture qui les précédait, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Les deux occupants du véhicule, le maire de la ville voisine de Bint Jbeil, occupée par Israël, et un homme qui l'accompagnait, ont été tués, a précisé la même source.

Une frappe israélienne a ensuite visé la maison où s'étaient réfugiées les deux journalistes. Les secours ont évacué dans un premier temps la journaliste blessée, avant que "des tirs israéliens visent l'ambulance", selon le ministère de la Santé.

Les autorités libanaises ont dû mener des contacts avec les Casques bleus déployés dans le sud du Liban et il a fallu plusieurs heures avant que les secouristes puissent à nouveau accéder au secteur pour retirer des décombres le corps de l'autre journaliste.

Le ministère de la Santé a accusé jeudi Israël d'avoir "entravé les opérations de sauvetage" et "visé une ambulance portant clairement le signe de la Croix-Rouge".

L'armée israélienne a de son côté affirmé avoir frappé dans le secteur d' al-Tiri deux véhicules à bord desquels se trouvaient des "terroristes", qui avaient "franchi la ligne de défense avancée" de ses troupes dans le sud du Liban.

Israël dit avoir tracé une "ligne jaune" ou ligne de défense avancée en profondeur dans le sud du Liban où ses troupes sont entrées, et interdit aux habitants d'y retourner.

Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 17 avril, après une guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien qui a fait plus de 2.400 morts au Liban.

L'armée israélienne a démenti avoir "empêché les équipes de secours d'accéder à la zone". Elle a indiqué que "des informations font état de deux journalistes blessés lors des frappes" et affirmé que l'incident était "en cours d'examen".

Correspondante dans le sud du Liban pour le journal al-Akhbar, proche du Hezbollah, Amal Khalil a couvert les différentes guerres dans cette région. Elle était connue pour son courage et était respectée par ses collègues.

Le 28 mars, trois journalistes avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud et des experts de l'ONU avaient réclamé une enquête internationale.

 


Des colons Israéliens pénètrent en Syrie avant d'être arrêtés

Une quarantaine d'Israéliens ont brièvement pénétré en Syrie mercredi avant d'être appréhendés par l'armée israélienne, qui a "fermement condamné cet incident". (AFP)
Une quarantaine d'Israéliens ont brièvement pénétré en Syrie mercredi avant d'être appréhendés par l'armée israélienne, qui a "fermement condamné cet incident". (AFP)
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  • L'armée a déclaré "condamner fermement cet incident et souligner sa gravité, qui constitue une infraction pénale qui met en danger des civils comme des soldats"
  • "Les pionniers de Bashan" ont eux posté, toujours sur X, une photo montrant leurs militants sur ce toit en indiquant: "sans colonisation civile, la présence militaire ne tiendra pas à long terme"

JERUSALEM: Une quarantaine d'Israéliens ont brièvement pénétré en Syrie mercredi avant d'être appréhendés par l'armée israélienne, qui a "fermement condamné cet incident".

Selon la télévision publique israélienne Kan, il s'agit de militants appartenant au groupuscule "Les pionniers de Bashan" qui prône l'établissement de colonies israéliennes dans le sud de la Syrie.

Ils s'étaient d'abord rassemblés près de la frontière, avant de pénétrer sur le territoire syrien sur quelques centaines de mètres, selon l'armée, qui indique les avoir remis à la police.

L'armée a déclaré "condamner fermement cet incident et souligner sa gravité, qui constitue une infraction pénale qui met en danger des civils comme des soldats".

La chaîne Kan a posté sur X des images montrant ces militants se retrancher sur un toit près du village syrien d'Hader.

"Les pionniers de Bashan" ont eux posté, toujours sur X, une photo montrant leurs militants sur ce toit en indiquant: "sans colonisation civile, la présence militaire ne tiendra pas à long terme. Nous sommes ici jusqu'à ce qu'ils laissent nos familles entrer pour y vivre".

Selon Kan, ce n'est pas la première fois que ce groupuscule s'infiltre côté syrien. Les dernières fois, il n'y avait pas eu de condamnation officielle, a-t-elle indiqué.

Depuis la chute en décembre 2024 du président Bachar al-Assad et la prise du pouvoir par une coalition islamiste en Syrie, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon contrôlée par l'ONU qui séparait les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan.

Israël, qui réclame une zone démilitarisée dans le sud de la Syrie, a mené depuis un an des centaines de frappes et conduit des incursions chez son voisin.

Israël avait pris la majeure partie de ce plateau à la Syrie lors de la guerre israélo-arabe de 1967, puis a annexé les zones sous son contrôle.

La colonisation israélienne, aujourd'hui présente en Cisjordanie, est régulièrement dénoncée par l'ONU comme illégale au regard du droit international et comme un des principaux obstacles à une solution de paix durable entre Israéliens et Palestiniens en ce qu'elle empêche la création d'un Etat palestinien viable.

Quelque 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie occupée, au milieu de trois millions de Palestiniens.