Au Soudan, pro-militaires et pro-civils se disputent la rue

Des manifestants soudanais descendent dans les rues de la capitale Khartoum pour exiger la transition du gouvernement vers un régime civil, le 21 octobre 2021. (Photo, AFP)
Des manifestants soudanais descendent dans les rues de la capitale Khartoum pour exiger la transition du gouvernement vers un régime civil, le 21 octobre 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 21 octobre 2021

Au Soudan, pro-militaires et pro-civils se disputent la rue

  • Dès mercredi, les appels au calme se sont multipliés tant la possibilité que les deux camps soient face à face fait redouter des tensions
  • « Le peuple a choisi les civils », proclament des centaines de marcheurs anti-armée dans différents quartiers de Khartoum et dans sa ville-jumelle, Oumdorman

KHARTOUM : Des milliers de partisans d'un pouvoir civil au Soudan défilent jeudi à Khartoum, dans une démonstration de force face à un sit-in qui réclame depuis six jours "un gouvernement militaire" pour sortir le pays, l'un des plus pauvres au monde, du marasme.

Dès mercredi, les appels au calme se sont multipliés tant la possibilité que les deux camps soient face à face fait redouter des tensions.

Pour le moment, les uns et les autres ont sorti leurs banderoles. "Le peuple a choisi les civils", proclament des centaines de marcheurs anti-armée dans différents quartiers de Khartoum et dans sa ville-jumelle, Oumdorman.

Le général Abdel Fattah al-Burhane --à la tête du Conseil de souveraineté, un organe militaro-civil qui chapeaute la transition avec le gouvernement civil-- a bien insisté mercredi soir, pour la première fois, sur "le partenariat entre civils et militaires".

Mais jeudi la rue pro-civils crie: "Burhane, quitte le pouvoir!". "Burhane est lié aux islamistes", accuse un autre slogan repris en choeur. Les anti-armée ont aussi comme slogan principal "Pas de retour en arrière", faisant référence aux dernières décennies dominées par islamistes et militaires.

Les manifestants pro-armée traversent eux le Nil depuis le quartier de Bahri vers le centre de Khartoum, brandissant des portraits du Premier ministre Abdallah Hamdok barrés d'une croix rouge pour rejoindre le sit-in installé depuis samedi devant le palais présidentiel où siègent les autorités de transition.

Des deux côtés, depuis la veille, les leaders ont exhorté leurs partisans à respecter l'autre camp tandis que les autorités soudanaises, à l'instar de responsables internationaux en visite, ont mis en garde contre une escalade dans ce pays --déjà secoué le 21 septembre par un coup d'Etat manqué.

Si tous se sont engagés au pacifisme, des blocs de béton et des militaires en armes entravent depuis le matin la circulation sur les routes menant au QG de l'armée dans le centre de Khartoum, a constaté un journaliste de l'AFP.

D'une « révolution » anti-armée à l'autre

De nombreux magasins n'étaient pas ouverts en matinée tandis que les autorités ont décrété la fermeture des écoles du pays en prévision de ce que les pro-civils veulent être une "manifestation d'un million de personnes".

Pour ces militants de la "révolution" de 2019 qui a mis fin aux 30 années de dictature d'Omar el-Béchir, jeudi est un test: ils veulent montrer qu'ils tiennent encore la rue.

Aux pro-armée, qu'ils accusent pêle-mêle d'être des nostalgiques de l'ancien régime, des islamistes ou des groupes manipulés par les militaires, ils veulent montrer qu'ils sont plus nombreux qu'eux.

Et au gouvernement dirigé par le technocrate et ancien économiste de l'ONU M. Hamdok, ils veulent signifier qu'il doit en faire plus pour une population asphyxiée par l'austérité imposée par le Fonds monétaire international (FMI) en échange de l'effacement de la dette du Soudan.

Pour se faire entendre, les militants en faveur d'un pouvoir civil ont choisi une date symbolique, celle du 57e anniversaire de la première "révolution" ayant renversé un pouvoir militaire au Soudan, pays à l'histoire rythmée par les coups d'Etat.

Car pour nombre d'entre eux, le sit-in pro-armée --qui rassemble des milliers de manifestants, venus principalement des provinces pauvres et rurales du pays-- n'est rien moins qu'un putsch en devenir.

La rue en « arbitre »

"Ils ont le droit d'exprimer leur opinion", assure Hamada Abderrahmane, 37 ans, commerçant venu d'une province au sud de Khartoum pour rejoindre le sit-in pro-armée.

"Mais pour nous, c'est nous qui avons raison, ce gouvernement n'a rien fait pour les Soudanais en deux ans", martèle-t-il.

"Notre arbitre, c'est la rue. Elle ne ment jamais", renchérit Al-Sadeq Jaafar, 41 ans. "Si eux veulent des prix qui flambent et des corrompus au pouvoir, c'est leur choix, nous n'en voulons pas."

Les pro-civils ont déjà annoncé que leurs cortèges ne devaient pas s'approcher du palais présidentiel, ni même du bâtiment abritant le gouvernement, où les pro-armée se sont rendus lundi aux cris de "A bas Hamdok!", lors d'une brève manifestation dispersée à coups de grenades lacrymogènes.


Gaza: des tirs israéliens font 9 morts, selon les secours

Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
  • L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés
  • L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza

GAZA: Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël.

La Défense civile, un organisme opérant sous l'autorité du mouvement islamiste Hamas, a recensé neuf morts en plusieurs endroits, dans des frappes aériennes et des tirs.

L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés.

L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza.

L'armée israélienne a affirmé que M. Salim s'était dirigé en courant vers des soldats qui interrogeaient d'autres chauffeurs de camion interpellés.

Les soldats ont ouvert le feu dans sa direction après "avoir identifié une menace immédiate", a précisé l'armée, affirmant enquêter sur les autres incidents survenus mercredi.

L'hôpital Al-Chifa, à Gaza-ville, a de son côté déclaré avoir reçu quatre corps: celui d'un enfant tué par des tirs israéliens dans l'est de la ville, celui d'un homme tué dans une frappe aérienne dans l'ouest et deux autres tués dans un bombardement ayant visé un véhicule.

L'armée israélienne a confirmé à l'AFP avoir mené une frappe aérienne sur la ville de Gaza, mais a dit ne pas "être au courant" d'un bombardement dans l'ouest de la ville.

Israël et le Hamas s'accusent presque quotidiennement de violer le cessez-le-feu dans le territoire dévasté.

Au moins 1.084 Palestiniens y ont été tués depuis son entrée en vigueur en octobre, selon le ministère de la Santé du territoire, également placé sous l'autorité du Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.

Dans le même temps, Israël a recensé cinq soldats et un contractuel travaillant pour le ministère de la Défense tués dans le territoire palestinien.

Les restrictions imposées aux médias et l'accès limité à Gaza empêchent l'AFP de vérifier de manière indépendante les bilans ou de couvrir librement les violences sur place.


La justice libanaise remet en liberté un célèbre chanteur libano-palestinien devenu islamiste

  • Cet artiste connu dans le monde arabe s'était rendu après douze ans de cavale passés dans le camp de réfugiés palestiniens d'Aïn al-Heloué, près de Saïda (sud), qui échappe au contrôle aux autorités libanaises
  • Il est poursuivi dans quatre affaires liées à sa participation présumée en 2013 à des affrontements à Saïda, aux côtés du cheikh radical Ahmad al-Assir, contre l'armée libanaise, dont 18 soldats avaient été tués

BEYROUTH: La justice libanaise a décidé mercredi de remettre en liberté un célèbre chanteur libano-palestinien devenu islamiste, Fadl Chaker, qui s'était rendu aux autorités en octobre 2025, a indiqué une source judiciaire à l'AFP.

Cet artiste connu dans le monde arabe s'était rendu après douze ans de cavale passés dans le camp de réfugiés palestiniens d'Aïn al-Heloué, près de Saïda (sud), qui échappe au contrôle aux autorités libanaises.

Il est poursuivi dans quatre affaires liées à sa participation présumée en 2013 à des affrontements à Saïda, aux côtés du cheikh radical Ahmad al-Assir, contre l'armée libanaise, dont 18 soldats avaient été tués.

Il va être remis en liberté moyennant deux cautions d'une valeur cumulée de près de 3.500 dollars, a précisé la source judiciaire.

Le montant a été versé et Fadl Chaker doit sortir de prison mercredi, a-t-elle ajouté.

Pendant ses années de fuite, la justice l'avait condamné par contumace à des peines allant de cinq à 15 ans de prison avec travaux forcés dans ces dossiers.

Quelques mois avant de s'être rendu, Fadl Chaker avait sorti des chansons qui arrivaient en tête des classements dans le monde arabe. Ses clips vidéo, tournés dans le camp de Aïn el-Heloué, atteignaient des centaines de millions de vues sur YouTube.

Assir avait lui été arrêté en 2015, et condamné à mort avec sursis en 2017 pour "terrorisme".

 


Le Liban exige le retrait d'Israël de deux «zones pilotes» pour participer à des négociations à Rome 

  • Israël et le Liban avaient conclu un accord-cadre à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington le 26 juin en vue d'une "paix durable" entre les deux pays, en état de guerre depuis des décennies
  • Il prévoit que l'armée libanaise commence à se déployer dans des "zones pilotes" dont se retirerait Israël, qui occupe une partie du sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah

BEYROUTH: Le Liban exige qu'Israël se retire de deux "zones pilotes" dans le sud du pays avant de participer à un nouveau cycle de pourparlers prévu à Rome, a indiqué mercredi à l'AFP une source diplomatique au courant des négociations.

L'Italie et Israël ont annoncé que ces négociations se tiendraient les 15 et 16 juillet à Rome, mais les autorités libanaises n'ont pas confirmé leur participation dans l'immédiat.

Israël et le Liban avaient conclu un accord-cadre à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington le 26 juin en vue d'une "paix durable" entre les deux pays, en état de guerre depuis des décennies.

Il prévoit que l'armée libanaise commence à se déployer dans des "zones pilotes" dont se retirerait Israël, qui occupe une partie du sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah.

"Le Liban pose comme condition le retrait d'Israël de deux zones pilotes pour participer aux négociations", a affirmé la source diplomatique ayant requis l'anonymat.

Le Hezbollah est opposé à ces négociations et refuse d'être désarmé.

La formation pro-iranienne a entraîné le Liban dans la guerre régionale en mars, en soutien à Téhéran.

Israël a riposté par une vaste campagne de bombardements et une offensive terrestre, qui ont tué près de 4.300 personnes, selon Beyrouth.

Discussions "cruciales" 

Selon la source diplomatique, le département d'Etat américain a informé les deux délégations qu'il ne pouvait pas accueillir les négociations "de façon permanente", d'où le choix de Rome.

Elle a expliqué que des discussions "cruciales" étaient attendues et que les négociateurs auraient besoin de se concerter avec leurs autorités, ce qui ne serait "pas possible" à Washington du fait de la distance avec Israël et le Liban.

La source diplomatique a ajouté qu'Israël avait rapidement accepté la tenue des négociations à Rome, dans l'idée de "réduire la pression exercée directement" sur la partie israélienne pendant les précédentes discussions par le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

La partie libanaise a cependant reçu la garantie de Washington qu'il maintiendrait le "même niveau d'engagement et la même ligne de conduite dans la gestion des pourparlers" de Rome, selon cette source diplomatique.

L'accord-cadre n'établit pas de calendrier de retrait du sud du Liban, où Israël a annoncé vouloir maintenir ses troupes dans une zone pouvant s'étendre jusqu'à dix km de sa frontière.

L'armée israélienne poursuit ponctuellement des frappes meurtrières, malgré une trêve entrée en vigueur le 21 juin, à la suite de la signature d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

L'Iran a exigé que le cessez-le-feu au Liban soit inclus dans cet accord, mais Beyrouth "veut négocier par lui-même" et rejette toute ingérence, a souligné la source diplomatique.

Les négociations à Rome seront suivies par une visite courant juillet du président libanais, Joseph Aoun, à Washington, à l'invitation de son homologue américain.

M. Aoun a estimé mercredi que cette invitation traduisait "le soutien des Etats-Unis à un processus visant à trouver une solution durable à la série de guerres et d'agressions israéliennes contre notre pays".