Procès 13-Novembre, de l'enfer du Bataclan au suicide

Les juges d'instruction ont retenu 130 victimes d'assassinats terroristes lors des attentats de Paris et Saint-Denis. (Photo, AFP)
Les juges d'instruction ont retenu 130 victimes d'assassinats terroristes lors des attentats de Paris et Saint-Denis. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 27 octobre 2021

Procès 13-Novembre, de l'enfer du Bataclan au suicide

  • Le 19 novembre 2017, Guillaume Valette se pend dans sa chambre d'une clinique psychiatrique à l'âge de 31 ans
  • «Guillaume s'est suicidé parce qu'il a été blessé gravement. Il n'a pas eu le choix»

PARIS : Rescapé du massacre commis dans la salle de spectacles du Bataclan à Paris, Guillaume Valette a mis fin à ses jours le 19 novembre 2017. Au procès des attentats djihadistes du 13-Novembre, ses proches ont souligné mardi les blessures psychiques insurmontables et rendu hommage à la "131e victime" des attaques. 

S'approchant lentement de la barre à l'aide d'une béquille, Alain Valette s'assoit face à la cour d'assises spéciale de Paris. Il est là pour raconter le 13 novembre 2015 de son fils "qui n'est plus là pour le faire", dit-il sobrement.

Ce soir-là, Guillaume assistait au concert d'un de ses groupes préférés, Eagles of Death Metal, au Bataclan. Lui qui "détestait la violence" s'est retrouvé en plein chaos, "enfermé deux heures" avec un "amas de corps", entendant les "cris des blessés".

"Il en est sorti vivant et physiquement indemne, mais profondément atteint sur le plan psychique", retrace son père.

"Il n'a pas reçu de balle dans le corps, mais des balles psychiques qui l'ont progressivement tué", "comme une gangrène sur une jambe blessée", poursuit Alain Valette, chevelure blanche et costume sombre.

En récupérant Guillaume "couvert de sang, glacé, exténué" la nuit du 13 novembre 2015, ses proches ont "tout de suite compris qu'il y aurait un avant et un après Bataclan".

L'après "se découpe en deux périodes", précise Alain Valette. Une première où son fils a présenté tous les symptômes du stress post-traumatique, une seconde où ce stress "s'est transformé en un délire hypocondriaque et en dépression majeure".

La "première alerte" remonte au 8 juillet 2017: Guillaume "se réveille brusquement dans la nuit en hurlant". Sans vouloir avouer à sa famille les raisons de ce cauchemar.

"Il a commencé à être persuadé qu'il était atteint d'une maladie grave voire mortelle", souligne Alain Valette. Il s'adresse à tous les spécialistes "et à chaque fois il n'y avait rien puisque c'était dans sa tête".

Le cas de Guillaume Valette "s'aggrave sérieusement" en août, ses parents "impuissants" décident de le faire hospitaliser en psychiatrie à la fin du mois.

Il change de structure en octobre, mais reste "dans son délire", passant par exemple un examen d'imagerie par résonance mégnatique (IRM) du thorax, raconte son père.

«Blessures invisibles»

Le 19 novembre 2017, six jours après le deuxième anniversaire des attentats, Guillaume Valette se pend dans sa chambre d'une clinique psychiatrique du Val-de-Marne, près de Paris, à l'âge de 31 ans. Dans une lettre, il évoque un prétendu "cancer de l'œsophage" qu'une autopsie "confirmera".

"Les psychiatres ont compris trop tard", déplore Alain Valette. "Toutes ces blessures psychiques, ces blessures invisibles devraient être mieux comprises, mieux appréhendées".

"Guillaume s'est suicidé parce qu'il a été blessé gravement. Il n'a pas eu le choix", lance à son tour Christophe Valette, décrivant son frère comme un passionné de musique, fidèle à ses convictions, un jeune qui "idolâtrait ses parents".

Après avoir écouté les autres parties civiles, notamment cette "dame qui a besoin de se faire couler un bain pour avoir deux secondes de tranquillité" ou ceux qui "prennent des cachets comme des céréales", Christophe Valette met en garde sur "la réalité de ces blessures profondes".

Guillaume était "un blessé de guerre" et "aurait dû faire l'objet d'un traitement spécifique", estime sa mère Arlette, dans un témoignage lu à l'audience par un autre de ses fils.

"Le terrorisme ne l'a pas tué le soir du 13 novembre 2015", mais "à petit feu", ajoute-t-elle. Elle a choisi que soit projetée une photo de son fils souriant, prise devant le Louvre en 2014, qui représente "les jours heureux".

"Toute notre vie, nous nous demanderons ce que nous aurions pu faire pour éviter cette issue fatale", écrit encore la mère de Guillaume Valette.

Pour ses proches, il est "la 131e victime du Bataclan". 

Les juges d'instruction ont retenu 130 victimes d'assassinats terroristes lors des attentats de Paris et Saint-Denis.

Les proches de Guillaume Valette ont été "reçus à l'instruction comme parties civiles en tant qu'ayant droits d'une victime décédée", a précisé à l'AFP en marge de l'audience leur avocate, Claire Josserand-Schmidt.

Elle entend demander "à la fin de l'audience pénale" à la cour qu'elle requalifie la tentative d'assassinat dont a été victime Guillaume Valette en assassinat.


France: le ministre de l'Education fragilisé par ses vacances à Ibiza

Le ministre français de l'Éducation, de la Jeunesse et des Sports, Jean-Michel Blanquer, pose avant de participer au journal télévisé du soir de la chaîne de télévision française TF1 à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 18 janvier 2022. (Photo, AFP)
Le ministre français de l'Éducation, de la Jeunesse et des Sports, Jean-Michel Blanquer, pose avant de participer au journal télévisé du soir de la chaîne de télévision française TF1 à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 18 janvier 2022. (Photo, AFP)
Short Url
  • C'est depuis ce lieu de villégiature que le ministre a dévoilé à la presse le nouveau protocole sanitaire pour les écoles, seulement la veille de la rentrée
  • Cette façon de communiquer, via la presse et à quelques heures de la reprise, lui avait déjà été fortement reprochée

PARIS : Le ministre français de l'Education Jean-Michel Blanquer, déjà fortement contesté par les enseignants qui lui reprochent la gestion de la Covid-19 à l'école, s'est retrouvé encore fragilisé mardi avec la révélation par la presse qu'il se trouvait à Ibiza à la veille de la rentrée des vacances scolaires.

C'est depuis ce lieu de villégiature que le ministre a dévoilé à la presse le nouveau protocole sanitaire pour les écoles, seulement la veille de la rentrée.

Cette façon de communiquer, via la presse et à quelques heures de la reprise, lui avait déjà été fortement reprochée. La révélation par le site d'informations Mediapart qu'il se trouvait à Ibiza a suscité un tollé dans l'opposition de gauche, qui a une nouvelle fois réclamé sa démission. Le candidat écologiste Yannick Jadot a dénoncé dans un tweet "un niveau de mépris et d'irresponsabilité pas acceptable".

Les syndicats enseignants, indignés, ont de leur côté pointé "un symbole terrible". Ça creuse encore plus le fossé qui existait déjà avec le ministre et ses personnels", a réagi Guislaine David, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.

Une grande partie des enseignants avait observé jeudi dernier une grève dans les écoles, collèges et lycées, pour dénoncer la pagaille des protocoles sanitaires, qui ont changé trois fois depuis la rentrée début janvier.

Mardi après-midi, M. Blanquer a dit "regretter la symbolique" de ces vacances à Ibiza, lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée.

"C'était peut-être un peu une erreur", a-t-il ensuite ajouté au journal de 20H00 de TF1, tout en estimant que "si on regarde froidement les choses, on ne doit pas non plus tous les jours battre sa coulpe parce que les adversaires ont envie de vous déstabiliser".

L'exécutif français insiste sur le fait que sa gestion de la pandémie a permis de toujours maintenir les écoles ouvertes depuis la fin du premier confinement en mai 2020, contrairement à plusieurs autres pays en Europe.

Et le Premier ministre Jean Castex a défendu mardi M. Blanquer, assurant qu'il avait "respecté" les consignes gouvernementales.

"J'ai donné des instructions claires: ne pas être à plus de deux heures, deux heures trente de Paris et être joignable à tout moment. Est-ce que M. Blanquer a respecté ces instructions? La réponse est oui", a-t-il dit.

De plus le ministre "est parti quelques jours en congés à un moment où toutes les écoles, collèges et lycées étaient fermés", a ajouté M. Castex.

"Est-ce que le fait que M. Blanquer ou certains collègues aient été en vacances nous a empêché de prendre les décisions dès que nous avions le matériau et les éléments nécessaires? La réponse est non, l'appareil d'Etat a fonctionné", a encore affirmé le chef du gouvernement.

Cette affaire intervient avant une nouvelle journée de mobilisation et de grève dans les établissements scolaires jeudi, à l'appel de plusieurs syndicats enseignants. 

Ces derniers ont cependant subi un revers mardi puisque la manifestation parisienne, déclarée en-dehors des délais légaux, a été interdite à ce titre par la préfecture de police. Une décision jugée "inacceptable" par la CGT.

 


L'armée française nie tout contrôle de l'espace aérien malien

Un avion C-130 Hercules survole le camp militaire de Barkhane lors de la cérémonie de changement de drapeau à Tombouctou le 14 décembre 2021, lors de la passation du camp français à l'armée malienne. (Photo, AFP)
Un avion C-130 Hercules survole le camp militaire de Barkhane lors de la cérémonie de changement de drapeau à Tombouctou le 14 décembre 2021, lors de la passation du camp français à l'armée malienne. (Photo, AFP)
Short Url
  • « Contrairement à ce qui a été dit par un responsable malien, à aucun moment la France n'a interdit à un aéronef malien de survoler» son propre territoire, a indiqué l'état-major de l'armée française
  • Bamako a demandé à Paris de revoir les accords de défense bilatéraux, que le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga a qualifiés de « déséquilibrés»

PARIS : L'armée française a démenti mardi exercer un contrôle de l'espace aérien malien, niant les accusations en ce sens du Mali, dans un contexte chaque jour plus tendu entre les deux pays.

"Contrairement à ce qui a été dit par un responsable malien, à aucun moment la France n'a interdit à un aéronef malien de survoler" son propre territoire, a indiqué l'état-major de l'armée française.

"Par définition, ils sont souverains et font ce qu'ils veulent", a ajouté la même source. "Nous disposons de capacités de gestion de l'espace aérien dont les Maliens ne disposent pas, en particulier dans le nord. Nous coordonnons avec eux les mouvements aériens."

Bamako a demandé à Paris de revoir les accords de défense bilatéraux, que le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga a qualifiés de "déséquilibrés" et qui font, selon lui, du Mali "un Etat qui ne peut même pas survoler son territoire sans autorisation de la France".

L'opération militaire française Serval, lancée en janvier 2013 contre les djihadistes au Mali et devenue ensuite Barkhane, est régie par un accord intergouvernemental de 2013, modifié en 2020 par un protocole additionnel, lié au lancement de l'opération Takuba qui regroupe des forces spéciales européennes.

"Le ministère des Affaires étrangères malien nous a adressé des propositions d'amendement" qui sont "en cours d'étude", a confirmé l'état-major français.

"C'est une procédure habituelle qui n'a rien d'exceptionnelle mais qui bien sûr prend un écho particulier actuellement", a-t-il ajouté, affirmant qu'elle n'avait "pas d'effets" sur l'activité militaire et citant "plusieurs opérations ces derniers jours avec les forces maliennes, qui ont eu de bons effets".

Ces discussions s'ajoutent à de vives tensions bilatérales, avec en toile de fond les accusations de recours par le Mali aux services du groupe de mercenaires russe Wagner et la réorganisation de la présence militaire française dans le pays.

La France et les Européens ont déclaré être prêts à y rester "mais pas à n'importe quel prix".

La semaine dernière, la junte au pouvoir à Bamako depuis le putsch d'août 2020 a fermé ses frontières aux Etats de l'organisation des Etats ouest-africains (Cédéao), après que cette dernière eut fait de même pour sanctionner le projet des militaires de se maintenir au pouvoir pendant plusieurs années sans élections.

Dès lors s'est posée la question de la liberté de mouvement des appareils militaires entrant ou sortant de l'espace aérien, notamment ceux de la Mission de l'Onu au Mali (Minusma) et de la France.

Paris assure que ce problème est réglé. Après les sanctions de la Cédéao, il y a eu un moment de calage", a indiqué l'état-major français. "Il a été confirmé que tous les avions militaires et aéronefs liés à la conduite des opérations en bande sahélo-saharienne n'étaient pas concernés par ces sanctions."


Covid-19: la manifestation parisienne des enseignants prévue jeudi interdite

Des manifestants se rassemblent pour manifester contre le pass sanitaire et les vaccins Covid-19, place du Trocadéro à Paris, le 15 janvier 2022.(AFP)
Des manifestants se rassemblent pour manifester contre le pass sanitaire et les vaccins Covid-19, place du Trocadéro à Paris, le 15 janvier 2022.(AFP)
Short Url
  • Les syndicats FSU, CGT Educ'action, FO et SUD Education, ainsi que la FCPE, première organisation de parents d'élèves, et les mouvements lycéens FIDL, MNL et La Voix lycéenne ont appelé à "poursuivre la mobilisation"
  • Face à cette interdiction de manifester, le syndicat FO dit "maintenir son souhait de se rassembler devant le ministère de l'Education

PARIS : La manifestation parisienne de plusieurs syndicats enseignants prévue jeudi pour demander "des réponses fortes" face au "chaos" engendré par la crise sanitaire, a été interdite par la préfecture de police de Paris, la demande ayant été faite "hors délai", a-t-on appris mardi de sources concordantes.

Les syndicats FSU, CGT Educ'action, FO et SUD Education, ainsi que la FCPE, première organisation de parents d'élèves, et les mouvements lycéens FIDL, MNL et La Voix lycéenne ont appelé à "poursuivre la mobilisation" après la grève très suivie jeudi dernier, en s'engageant "dans une nouvelle journée d'action jeudi, y compris par la grève".

"La préfecture de police de Paris refuse d'autoriser la manifestation organisée par l'intersyndicale d'Ile-de-France. Non content de rester sourd à la colère et aux revendications des personnels de l'Éducation nationale, le gouvernement, à travers son représentant, leur dénie le droit de l'exprimer en manifestant dans Paris", regrette la CGT dans un communiqué. 

Le syndicat juge cette décision du préfet de police "inacceptable" et dit "exiger que le droit constitutionnel de manifester soit respecté".

"Après une manifestation réussie, le 13 janvier, la préfecture de police interdit l'expression des revendications des personnels à la suite des annonces faites par le premier ministre (...) La FSU proteste vivement et exige que l'interdiction de manifestation soit levée", a demandé ce syndicat dans un autre communiqué.

Face à cette interdiction de manifester, le syndicat FO dit "mainten(ir) (son) souhait de se rassembler devant le ministère de l'Education, ce même jour, jeudi". "Le motif de ce refus étant le non respect des délais trop courts entre notre demande et la date de la manifestation, nous vous faisons remarquer que les délais étaient encore plus courts entre la décision de mettre en place le dernier protocole sanitaire dans les établissements et sa mise en application", écrit le syndicat dans un communiqué.

Un recours gracieux a été envoyé par les syndicats.

Selon une source proche du dossier, "ils comptaient les uns sur les autres pour faire la déclaration, du coup ils sont hors délai. Donc la manifestation est interdite". Et s'ils viennent tout de même, "c'est un délit", prévient-on.