Des comédiens musulmans en tournée au Royaume-Uni pour aider les gens à se remettre de la pandémie

La vedette Azeem Mohammed, originaire de Saint-Louis dans le Missouri, a rejoint la tournée Penny Appeal en 2018 et connaît depuis un succès grandissant. (Photo AN, Sarah Glubb)
La vedette Azeem Mohammed, originaire de Saint-Louis dans le Missouri, a rejoint la tournée Penny Appeal en 2018 et connaît depuis un succès grandissant. (Photo AN, Sarah Glubb)
Organisée par l’œuvre caritative britannique Penny Appeal, les recettes et les fonds récoltés cette année seront destinés à la campagne Thirst Relief de l’organisation humanitaire internationale. (Photo AN, Sarah Glubb)
Organisée par l’œuvre caritative britannique Penny Appeal, les recettes et les fonds récoltés cette année seront destinés à la campagne Thirst Relief de l’organisation humanitaire internationale. (Photo AN, Sarah Glubb)
La Britannique Fatiha el-Ghorri, originaire du Maroc, est connue pour repousser les limites avec sa comédie. (Photo AN, Sarah Glubb)
La Britannique Fatiha el-Ghorri, originaire du Maroc, est connue pour repousser les limites avec sa comédie. (Photo AN, Sarah Glubb)
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Publié le Jeudi 28 octobre 2021

Des comédiens musulmans en tournée au Royaume-Uni pour aider les gens à se remettre de la pandémie

  • Débutant à Londres, la tournée se dirige vers le nord et s’arrête dans dix villes, dont Manchester, Birmingham et Glasgow
  • Cette année, on retrouve certains des anciens favoris, ainsi que de nouveaux artistes, mais aucun d’entre eux ne souhaite centrer ses blagues sur la pandémie

LONDRES: Après environ deux ans de confinement, de restrictions, d’isolement et de variants très contagieux, le rire pourrait-il être le meilleur remède?

Le UK Super Muslim Comedy Tour espère prouver cela, tout en célébrant les pouvoirs de la comédie musulmane au profit d’œuvres caritatives.

«Nous n’avons pas pu organiser la tournée l’année dernière en raison de la pandémie de Covid-19. C’était une période difficile pour bon nombre de personnes car elles n’ont pas pu recevoir leur dose de divertissement, leur thérapie», explique l’animateur du spectacle, l’acteur et humoriste pakistano-britannique Abdallah Afzal, à Arab News en marge de la tournée à Wembley.

«C’était également difficile pour nous humoristes, car nous sommes tellement habitués à être sur scène et à nous produire, mais tout cela nous a été enlevé soudainement. Toute l’énergie perdue l’année dernière, nous l’apportons cette année, donc deux fois plus d’énergie, et nous espérons pouvoir divertir la foule deux fois plus aussi.»

Afzal, âgé de 32 ans et originaire de Manchester, anime la tournée, qui en est à sa sixième année, mais elle a été annulée en 2020, comme tout le reste, à cause de la pandémie.

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(De gauche à droite) Les humoristes Salmane Malik, Prince Abdi, Abdallah Afzal et Fatiha el-Ghorri se sont produits devant des foules dans l’est et l’ouest de Londres. (Photo fournie)

 

Débutant à Londres, la tournée se dirige vers le nord et s’arrête dans dix villes, dont Manchester, Birmingham et Glasgow, et tous les billets sont vendus.

«Nous espérons vraiment que les gens viendront pour célébrer la diversité dans notre routine, dans notre spectacle et dans les personnes qui montent sur scène», lance Afzal, qui fait largement participer le public à ses représentations et utilise son origine pour mêler des blagues sur le mariage conventionnel et la romance moderne.

Cette année, on retrouve certains des anciens favoris, ainsi que de nouveaux artistes, mais aucun d’entre eux ne souhaite centrer ses blagues sur la pandémie.

La Britannique Fatiha el-Ghorri, originaire du Maroc, est de retour pour la deuxième fois. Sa carrière a décollé en 2019. Elle s’est produite dans l’émission de Jonathan Ross «Comedy Club» et sur Comedy Central lors du festival Fringe d’Édimbourg. Puis, quand la pandémie a frappé, l’humoriste s’est attaquée à Zoom.

«La pandémie a été vraiment pénible, mais pendant cette période, je faisais beaucoup de spectacles sur Zoom et sur d’autres plates-formes en ligne», indique-t-elle. «C’est un format complètement différent, la scène est différente, et le public n’est pas en face de vous. C’est donc vraiment bizarre quand vous le faites pour la première fois.»

Soulagée et enthousiaste à l’idée de reprendre ses spectacles physiques, la quadragénaire de l’est de Londres est connue pour repousser les limites avec sa comédie et plaisanter sur ses expériences et ses observations sur le mariage, les relations, les rencontres amoureuses et le port du hijab.

«J’aime provoquer les gens dans mes numéros et j’aime briser les stéréotypes, mais évidemment ce sont des blagues halal parce que c’est une tournée musulmane», précise-t-elle, ajoutant qu’elle avait décidé de ne pas utiliser le coronavirus comme base pour ses blagues pendant la tournée «parce que c’était une période assez difficile pour tout le monde. Je ne pouvais donc pas voir d’humour dans tout ce qui se passait et je suis juste contente que la situation commence à s’améliorer.»

Cependant, elle a admis que cette expérience était très stressante car cela faisait longtemps qu’elle ne s’était pas produite sur scène.

«On a toujours le trac lorsqu’on prend notre travail à cœur. Je suis toujours stressée sur scène, mais maintenant j’ai l’impression que nous avons tous le trac en remontant sur scène. En revanche, cela fait plaisir de voir que la salle est pleine à craquer, que beaucoup de gens sont là et qu’ils sont venus pour rire.»

Salmane Malik, du sud de Londres, est soulagé que les spectacles sur Zoom laissent de nouveau place aux spectacles en direct, et il est heureux de voir que le public est venu en «grand nombre».

Ce Bahreïno-Pakistanais de 35 ans, qui s’est installé au Royaume-Uni en 2004 et qui participe à la tournée pour la première fois, se base sur ses origines arabo-asiatiques pour la plupart de ses textes, ainsi que sur son expérience de l’immigration, son mariage interracial et le fait d’être père de trois enfants.

«Je présente des numéros en quatre langues: urdu, anglais, punjabi et hindi. C’est vraiment agréable de voir que les possibilités sont infinies et de travailler sur mon art.  Mes sketches racontent essentiellement mon immigration au Royaume-Uni, en toute légalité.»

 

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C’est la première fois que l’humoriste bahreïno-pakistanais Salmane Malik, du sud de Londres, participe au Super Muslim Comedy Tour. (Photo AN, Sarah Glubb)

 

Organisée par l’œuvre caritative britannique Penny Appeal, les recettes et les fonds récoltés cette année seront destinés à la campagne Thirst Relief de l’organisation humanitaire internationale, qui contribue à fournir de l’eau potable aux communautés défavorisées du monde entier.

L’humoriste Prince Abdi, 32 ans, connu pour avoir travaillé avec certains des plus grands noms de la scène, notamment Dave Chappelle, Trevor Noah et Chris Rock, a épaté la foule avec ses impressions et ses anecdotes sur ses blagues et pitreries.

«Je suis somalo-britannique, je parle donc du fait d’avoir grandi dans le ghetto du sud de Londres, qui n’est pas vraiment un ghetto parce que je suis originaire de Somalie, vous savez», dit-il.

Abdi s’est lancé dans la comédie à la suite d’un pari avec des amis et, après plusieurs tentatives ratées dans le même club de comédie brutal, il a finalement connu son premier succès et ne s’est «jamais retourné».

Il a fait une tournée en Afrique, notamment au Nigeria, en Afrique du Sud et au Kenya, et s’est également produit aux Émirats arabes unis. Il affirme qu’il aimerait un jour parcourir le Moyen-Orient et raconter des blagues arabes.

«Rien n’est facile dans la vie, il faut travailler pour y arriver. La comédie est toujours aussi difficile aujourd’hui, et le succès d’un humoriste dépend de la qualité de son dernier spectacle», souligne-t-il.

Abdi raconte qu’il s’est ennuyé pendant la pandémie et qu’il faisait des farces aux gens pour tester leur curiosité raciale et culturelle, notamment en se promenant dans la ville avec une photo de lui et en demandant aux personnes blanches si elles avaient «vu cet homme?».

 

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La vedette Azeem Mohammed, originaire de Saint-Louis dans le Missouri, a rejoint la tournée Penny Appeal en 2018 et connaît depuis un succès grandissant. (Photo AN, Sarah Glubb)

 

«Tout le monde se rassemble, ce qui est bien car le rire est le meilleur remède. Nous avons tous besoin de rire, surtout avec ce qui se passe dans le monde.»

La vedette Azeem Mohammed, originaire de Saint-Louis dans le Missouri, a rejoint la tournée Penny Appeal en 2018 pour voir si sa comédie pouvait «transcender» des États-Unis à la Grande-Bretagne, et il connaît depuis un succès grandissant.

Le père de sept enfants, au débit rapide, fait rire le public avec ses blagues sur la famille et ses interactions avec le public, et tant pis pour ceux qui ne peuvent pas suivre, «c’est de leur propre faute, car ils auraient dû aller à l’université», plaisante-t-il.

Mohammed, 48 ans, s’est converti à l’islam à l’âge de 17 ans et, neuf ans plus tard, s’est lancé dans sa carrière d’humoriste.

En 2004, il est devenu l’un des membres fondateurs de la toute première tournée de comédie musulmane au monde, intitulée «Allah Made Me Funny» («Allah m’a créé drôle»), à laquelle participaient également Preacher Bryant Moss et Azhar Usman.

Il a confié que durant ces années de tournée, il avait trouvé des nuances pour mieux expliquer au public britannique majoritairement musulman ce que c’est que d’être musulman aux États-Unis.

«Ensuite, je me suis rendu compte que, peu importe nos origines, les sujets dont je parle, à savoir le mariage, le divorce, les enfants, le travail, la santé, la Sunnah (traditions et pratiques du prophète Mahomet), sont des sujets auxquels on peut s’identifier. Ils sont universels, donc ce qui nous séparerait normalement nous rapproche davantage maintenant.»

 

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Organisée par l’œuvre caritative britannique Penny Appeal, les recettes et les fonds récoltés cette année seront destinés à la campagne Thirst Relief de l’organisation humanitaire internationale. (Photo AN, Sarah Glubb)

 

Keyaan Hussain, âgé de 13 ans et originaire de Londres, a jugé le spectacle très agréable, très drôle et très divertissant, ajoutant que son préféré était Mohammed «parce qu’il interagissait davantage avec le public».

Ifrah Quraishi, également originaire de Londres, a mentionné que c’était le premier spectacle de comédie auquel elle assistait et a indiqué qu’elle se renseignait déjà sur la tournée de l’année prochaine.

«Honnêtement, j’ai trouvé le spectacle incroyable. J’ai mal aux joues tellement j’ai ri», ajoute Quraishi, 26 ans. «Je souhaite certainement assister à d’autres événements comiques comme celui-ci, et j’espère vraiment être présente à la prochaine tournée.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 

 


Plus de 300 candidatures, sept finalistes : JD Malat Gallery met à l’honneur la scène artistique des Émirats

Les œuvres des sept artistes retenus dans le cadre de l’initiative « Made in the UAE » seront présentées à la JD Malat Gallery Dubai à partir du 11 juin 2026. (fournie)
Les œuvres des sept artistes retenus dans le cadre de l’initiative « Made in the UAE » seront présentées à la JD Malat Gallery Dubai à partir du 11 juin 2026. (fournie)
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  • JD Malat Gallery Dubai a sélectionné sept artistes résidant aux Émirats arabes unis parmi plus de 300 candidatures reçues dans le cadre de l’appel à projets « Made in the UAE »
  • Leurs œuvres seront présentées lors d’une exposition collective qui ouvrira le 11 juin 2026 à Downtown Dubai, mettant en lumière la diversité de la scène artistique contemporaine du pays

DUBAÏ: JD Malat Gallery Dubai a annoncé les sept artistes retenus dans le cadre de « Made in the UAE », une initiative curatoriale destinée à mettre en lumière des talents qui contribuent à façonner le paysage culturel contemporain des Émirats arabes unis.

Lancé en octobre 2025, l’appel à candidatures a suscité un vif intérêt à travers le pays, avec plus de 300 candidatures reçues de la part d’artistes résidant dans les différents émirats. À l’issue du processus de sélection, sept finalistes ont été retenus pour participer à une exposition collective qui ouvrira ses portes le 11 juin 2026 au sein de la galerie, située à Downtown Dubai.

Les artistes sélectionnés sont Ahmed Emad (EAU/Égypte), Anila Ashraf (Pakistan), Camelia Mohebi (EAU), Elizaveta Pugacheva (Russie), Samo Shalaby (Égypte/Palestine), Sasan Nasernia (Iran) et Yousif Albadi (Soudan).

De la peinture à la sculpture en passant par des techniques mixtes, leurs travaux explorent des thèmes tels que l’identité, la mémoire, la matérialité et les échanges culturels. Ensemble, ils offrent un aperçu de la richesse et de l’évolution de la scène artistique contemporaine des Émirats.

La sélection a été effectuée par un jury réunissant des figures du monde de l’art et de la culture dans la région, dont Zina Khair, cofondatrice de la Khair Art Collection, Roxane Zand, fondatrice de Zand Fine Arts et ancienne vice-présidente de Sotheby’s pour le Moyen-Orient, Ali Mohammadioun, collectionneur, curateur et fondateur d’E Plus A Atelier, ainsi que Jean-David Malat, fondateur de JD Malat Gallery.

Face à la qualité des candidatures reçues, le jury a décidé d’élargir la sélection initialement envisagée afin d’inclure sept artistes.

« Le niveau des candidatures était exceptionnel et témoigne de la profondeur des talents qui participent aujourd’hui au dynamisme culturel des Émirats arabes unis », a déclaré Jean-David Malat.

« Au-delà de la qualité des œuvres, c’est la diversité des perspectives et des parcours qui a particulièrement retenu notre attention. Ces artistes incarnent l’identité internationale et plurielle qui fait de Dubaï une ville créative unique, » a-t-il ajouté.

 


Un couple saoudien transforme des matériaux du quotidien en œuvres d’art

Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
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  • Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair partagent un langage artistique façonné par la curiosité et la collaboration
  • Sahar Al-Omair : « Notre philosophie artistique repose sur une compréhension profonde du pouvoir de l’ordinaire et du potentiel collectif humain. »

DJEDDAH : Les artistes saoudiens Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair trouvent de la beauté là où on l’attend le moins.

Depuis leur atelier installé dans leur maison de la province orientale, ce duo mari et femme a développé une pratique artistique fondée sur des milliers d’objets du quotidien que beaucoup ignorent ou jettent : clous, punaises, vis, grains de café et plaques de métal rouillées.

Grâce à des processus minutieux pouvant nécessiter plusieurs mois de travail, ils transforment ces matériaux ordinaires en œuvres complexes qui explorent la mémoire, la culture, les mutations environnementales et les liens humains.

Au cœur de leur démarche se trouve la conviction que la valeur existe souvent dans des éléments que l’on ne remarque pas. « Notre philosophie artistique repose sur une compréhension profonde du pouvoir de l’ordinaire et du potentiel collectif humain », a déclaré Al-Omair à Arab News.

« Chaque punaise, chaque clou ou chaque perle peut sembler insignifiant pris isolément. Pourtant, lorsque des milliers d’entre eux sont assemblés avec soin, ils se transforment en quelque chose de magnifique. 

À travers notre travail, nous montrons comment des éléments négligés ou considérés comme “imparfaits” peuvent s’unir pour composer de remarquables harmonies visuelles, tout comme les actions individuelles, lorsqu’elles sont coordonnées, peuvent accomplir des réalisations extraordinaires. » 

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Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)

Cette philosophie dépasse largement le choix des matériaux. Nombre de leurs œuvres abordent la mémoire collective, les transformations environnementales, l’identité culturelle et des récits humains oubliés, souvent au travers de processus exigeants qui brouillent les frontières entre démarche artistique, recherche et ingénierie.

L’un de leurs projets les plus ambitieux consistait à réaliser un portrait à partir de 13 000 grains de café usagés. Pour obtenir la gamme de tons nécessaire, les artistes ont passé deux mois à torréfier eux-mêmes les grains, traitant ce processus comme un peintre mélange ses couleurs.

« Nous avons acheté une petite torréfaction et torréfié les grains selon différentes nuances, quelques secondes seulement séparant une teinte d’une autre », explique Al-Omair.

« Nous sommes finalement parvenus à obtenir neuf nuances distinctes, puis nous avons classé les grains comme dans une bibliothèque de couleurs. Les torréfactions légères servaient aux tons beige chaud et brun doux, les torréfactions moyennes aux teintes terreuses plus riches, et les plus foncées aux ombres profondes et aux contrastes. Chaque variation comptait, ce qui a rendu le processus extrêmement expérimental et détaillé. »

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(Fourni)

Leurs œuvres monumentales réalisées avec des clous exigent un niveau de précision similaire. Certaines pièces intègrent plus de 100 000 clous, obligeant Al-Sadah à calculer les dimensions, la répartition du poids et les charges structurelles avant même le début de la production.

« Au départ, ce n’était pas facile du tout », a confié Al-Sadah à Arab News. « Nous ne savions pas par où commencer ni à qui demander conseil. Il a fallu énormément de recherches, vraiment énormément.

Je pense que cette difficulté a été une bénédiction, car elle nous a poussés à expérimenter et à faire preuve de créativité avec les connaissances dont nous disposions. Je suis certain qu’il existe des méthodes plus rapides ou plus simples, mais comme nous ne les connaissions pas, nous avons dû inventer nos propres procédés. »

Le langage visuel des artistes est également profondément influencé par leur environnement dans la région de Qatif, un territoire historiquement marqué par ses oasis, ses palmeraies et son héritage agricole.

« Le calme de l’oasis, la densité des palmiers, les paysages désertiques et les vestiges de l’architecture ancienne ont forgé en nous chez nous une mémoire visuelle très forte », explique Al-Omair.

Elle ajoute que voir nombre de ces éléments disparaître progressivement au fil du temps a eu un impact émotionnel profond sur eux et continue d’influencer leur travail.

Leur prochaine exposition, par exemple, utilisera de la rouille récupérée sur des tôles ondulées en zinc qui dissimulent aujourd’hui les vestiges de la source historique de Darosh, une source d’eau vieille de 2 000 ans dont le déclin est devenu un symbole des transformations environnementales de la région.

« Ce n’est pas la première fois que nous travaillons avec des matériaux considérés comme “laids” ou sans valeur pour les présenter comme des œuvres dignes d’attention », souligne Al-Sadah.

« Le matériau porte déjà sa propre beauté, son histoire et sa présence ; nous ne faisons que les révéler. Ce qui nous intéresse, c’est l’authenticité de la surface elle-même : les textures, les taches, l’érosion, les traces du temps et de l’abandon. Même les dégradations acquièrent une signification visuelle et émotionnelle », explique-t-il.

Le couple s’est rencontré lors d’un atelier artistique en 2021 et a rapidement découvert un langage créatif commun malgré des parcours différents. Al-Sadah travaillait le bois et l’art numérique, tandis qu’Al-Omair se consacrait au dessin et à la composition visuelle.

« Lorsque nous avons commencé à travailler ensemble, la collaboration nous a semblé très naturelle ; notre manière de penser était étonnamment similaire », raconte Al-Omair.

« Nous étions tous deux passionnés par la narration et les détails. Alors que nous discutions d’une œuvre à ses débuts, nous nous sommes retrouvés à la réaliser entièrement ensemble. Depuis, nous travaillons comme un duo d’artistes », ajoute-t-elle.

Aucun des deux n’a suivi de formation artistique formelle, une réalité qui, selon eux, a nourri leur esprit d’expérimentation.

« Comme nous n’avions ni mentors ni cadres établis sur lesquels nous appuyer, nous avons été poussés vers une approche beaucoup plus expérimentale », explique Al-Sadah. « Nous avons dû tout apprendre par nous-mêmes, ce qui a façonné une grande partie de notre démarche. D’une certaine manière, nous nous estimons chanceux d’avoir bénéficié de cette indépendance, même si elle s’accompagnait d’incertitudes. »

Depuis leur mariage en 2022, le couple a réalisé entre 20 et 30 œuvres collaboratives, dont beaucoup nécessitent des mois de recherche, de tests de matériaux et de fabrication.

Au fil du temps, ils ont constitué une communauté fidèle de collectionneurs qui découvrent souvent leur travail directement dans leur atelier.

« Les gens ne viennent pas seulement acheter une œuvre terminée », explique Al-Sadah. « Ils assistent souvent à des fragments du processus, aux expérimentations, aux échecs, aux matériaux et aux histoires qui se cachent derrière chaque réalisation. Cela suscite un lien émotionnel différent avec l’œuvre lorsqu’elle rejoint leur foyer. »

Bien qu’ils soient ouverts à des expositions sur de grandes scènes internationales, ils restent profondément attachés aux paysages, à l’histoire et aux transformations en cours de l’Arabie saoudite.

« Même si nos œuvres voyagent à l’international à l’avenir, nous ne considérons pas cela comme incompatible avec la préservation ou la mise en valeur des récits saoudiens », affirme Al-Sadah.

« D’une certaine manière, plus notre travail est enraciné dans notre environnement et nos expériences, plus il semble toucher un public universel. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, autrice de «Persepolis», est décédée

 L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
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  • Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran"
  • "Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas"

PARIS: L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage.

"Marjane Satrapi morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie", indique un communiqué de ses proches transmis à l'AFP. Producteur, acteur et scénariste, Mattias Ripa est mort le 8 avril 2025.

Exilée en France depuis 1994, naturalisée française en 2006, Marjane Satrapi avait connu la consécration avec la saga autobiographique "Persepolis" dans laquelle elle racontait son enfance en Iran sous le joug des mollahs, la répression subie par le peuple iranien et son douloureux départ vers l'Europe.

Primé en 2001 au festival de BD d'Angoulême, le premier volet avait été suivi de trois autres et porté à écran par Marjane Satrapi en 2007, avec Vincent Paronnaud à la co-réalisation, décrochant le prix du jury du festival de Cannes en 2007. "Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens", avait alors déclaré Marjane Satrapi, qui a, ces dernières années encore, dénoncé les agissements de la République islamique d'Iran.

En 2005, un autre de ses albums situé en Iran, "Poulet aux Prunes", avait décroché le prix du meilleur album à Angoulême et Marjane Satrapi avait également co-réalisé son adaptation au cinéma en 2011 avec, au casting Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros.

Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran", qui connaissait alors une nouvelle vague de répression.

"Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas".

"Le refus de la Légion d'honneur n'est en aucun cas une action ou une pensée contre la France. Bien au contraire, j'aime profondément ce pays qui est le mien", avait-elle précisé.

Son compte Instagram portait la trace du chagrin causé par la perte de son mari en 2025. Réparti sur plusieurs posts, un message proclamait ainsi: "I Lost the love of my life" (j'ai perdu l'amour de ma vie).