«Juifs d’Orient» revient sur la présence millénaire des Juifs dans les pays du Maghreb

Mosaïque juive avec arbre du paradis, synagogue romaine de Naro (Hammam Lif, Tunisie), VIè siècle du Brooklyn Museum de New York. (Photo, Hakima Bedouani)
Mosaïque juive avec arbre du paradis, synagogue romaine de Naro (Hammam Lif, Tunisie), VIè siècle du Brooklyn Museum de New York. (Photo, Hakima Bedouani)
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Publié le Vendredi 26 novembre 2021

«Juifs d’Orient» revient sur la présence millénaire des Juifs dans les pays du Maghreb

  • L’exposition se déploie sur 1 100 mètres carrés et constitue un événement culturel de portée internationale
  • Pour le commissaire général de l’exposition, il est nécessaire de sauvegarder ce patrimoine et d’assurer sa transmission aux générations futures

PARIS: L’exposition organisée par l’Institut du monde arabe (IMA) et inaugurée en présence du président de république, Emmanuel Macron, accueillera le public à partir du 24 novembre. 

Intitulée «Juifs d’Orient, une histoire plurimillénaire», elle se déploie sur 1 100 mètres carrés et constitue un événement culturel de portée internationale; il s’agit d’évoquer l’histoire plurimillénaire de la présence des Juifs dans les pays arabes, représentée par deux cent huit éléments: vestiges archéologiques, objets liturgiques, bijoux, costumes et manuscrits anciens, peintures, photographies, musiques, installations audiovisuelles… Issus de collections internationales (France, États-Unis, Espagne, Royaume-Uni, Belgique, Brésil et Maroc), ils attestent de cette cohabitation ancestrale entre les communauté juives et musulmanes.

L’exposition permet en outre aux visiteurs de découvrir l’histoire de cette cohabitation, jalonnée par des périodes de riches créations artistiques et intellectuelles ainsi que par des périodes de violence sporadique.

Benjamin Stora, professeur des universités, historien spécialiste du Maghreb et commissaire général de l’exposition, est originaire de Constantine, en Algérie. Il rappelle que les Juifs étaient présents en Afrique du Nord avant l’arrivée du christianisme et que la langue arabe s’est imposée dans la communauté juive à partir du IXe siècle.

«La communauté juive, au Maghreb, ne parlait plus qu’en arabe, sauf dans certaines régions, où l’on parlait berbère ou latino, un mélange d’espagnol, d’hébreu et d’arabe», nous fait-il savoir, précisant qu’il existait une sorte d’interpénétration de ces trois langues, qui reflétait la cohabitation des deux communautés. Benjamin Stora cite, par exemple, la présence des rabbins expatriés d’Andalousie qui se sont installés à Tlemcen, à Constantine ainsi que dans les autres villes des pays du Maghreb.

Une empreinte indéniable

Pour l’historien, les Juifs ont laissé une empreinte indéniable dans le patrimoine culturel dans l’autre rive de la Méditerranée, notamment en ce qui concerne l’artisanat. «Les membres de ma famille, originaires de Constantine, étaient bijoutiers et fabriquaient des objets en forme de serpents que les femmes portaient lors des fêtes et des mariages», indique-t-il.

Le commissaire général de l’exposition évoque également les affrontements politiques et/ou religieux entre les deux communautés. «La période du colonialisme français et le décret Crémieux de 1870 a marqué la séparation entre les deux indigènes, musulman et juif», explique-t-il. Il ajoute que, avec l’éclatement de la guerre d’indépendance, les Juifs, qui étaient devenus français depuis quatre générations, se sont positionnés aux côtés de la France. La rupture entre musulmans et juifs est alors consommée.

«Préservation de la mémoire»

Benjamin Stora, qui travaille depuis plus de quarante ans sur l’histoire du Maghreb contemporain, a abordé la thématique de la préservation de la mémoire ancienne. «On ne peut pas réduire cette question essentielle aux affrontements sur la question palestinienne, la colonisation ou le départ des Juifs. Il est aussi question de la préservation de la mémoire, qui ne peut attendre le règlement de toutes les questions politiques», déclare-t-il.

Denis Charbit, professeur en sciences politiques à l’Université ouverte d’Israël, membre du conseil scientifique de l’exposition, est en charge de la liaison entre l’IMA, le Musée d’Israël et l’Institut Yad Yitzhak Ben-Zvi. Il estime que cette exposition contribue à la lutte contre l’ignorance. Ce spécialiste de l’histoire juive du XXe siècle rappelle que la présence juive aux côtés des populations arabe et berbère remonte à mille cinq cents ans, voire à deux mille ans.

Néanmoins, il affirme qu’il était nécessaire d’intégrer à l’exposition la rupture et l’exil des Juifs des pays arabes. Si les relations n’ont pas toujours été apaisées, il ne s’agit pas non plus d’un livre noir, explique-t-il.

Interrogé par Arab News en français sur les raisons de cette rupture, Denis Charbit explique que le nationalisme arabe ne s’est pas montré suffisamment intégrateur. «On considérait que les populations juives, qui étaient aussi autochtones, arabes et non musulmanes, ne faisaient pas partie des nations algérienne, tunisienne, irakienne ou yéménite.»

Dans le même temps, Denis Charbit rappelle que, pendant cette période, la naissance du sionisme et la création de l’État d’Israël se sont présentées aux Juifs comme la possibilité d’un départ définitif. D’autres, qui ont bénéficié du projet culturel et linguistique de l’Alliance israélite universelle à Bagdad, au Maroc, en Tunisie, au Liban ou dans d’autres contrées du bassin méditerranéen, se sont exilés en France.

Pour le commissaire général de l’exposition, il est nécessaire de sauvegarder ce patrimoine et d’assurer sa transmission aux générations futures. Il estime en effet qu’«il ne s’agit pas d’une seule histoire, d’une seule religion, d’une seule culture, mais d’une pluralité d’interventions, de cultures, de civilisations de langues, ainsi que d’une circulation de populations».

«Des passerelles»

Est-ce la fin de l’histoire des Juifs dans le monde arabe? Denis Charbit n’en est pas convaincu. «En Israël, les Juifs possèdent une histoire avec les Palestiniens, même si elle s’écrit dans la tension et dans le sang; des passerelles et des points communs existent», nous confie-t-il. Les Juifs orientaux d’Israël ont un rapport sucré-salé avec leurs pays d’origine, notamment en raison des conditions de départ difficiles, avec ce sentiment d’exil, mais ils ressentent également beaucoup de nostalgie pour leurs histoires, pour la vie sociale harmonieuse qu’ils connaissaient avant.
«Le trou noir de la Shoah n’a pas empêché les Juifs d’Europe de rester en lien avec leur patrimoine européen. Maintenir ce lien est la grande ambition de cette exposition», conclut Denis Charbit.
 


Liban: 39 sites culturels placés sous protection renforcée de l'Unesco en raison de la guerre

Un homme inspecte les destructions sur le site d'une frappe aérienne israélienne ayant visé Baalbek, dans la vallée de la Bekaa à l'est du Liban, avec le temple romain de la cité antique en arrière-plan, le 7 novembre 2024, dans le cadre de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Un homme inspecte les destructions sur le site d'une frappe aérienne israélienne ayant visé Baalbek, dans la vallée de la Bekaa à l'est du Liban, avec le temple romain de la cité antique en arrière-plan, le 7 novembre 2024, dans le cadre de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
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  • L’UNESCO place 39 sites culturels au Liban sous protection renforcée face aux risques liés au conflit
  • Des sites majeurs comme Baalbeck, Tyr et Byblos bénéficieront d’un soutien technique et financier

PARIS: L'Unesco a placé mercredi sous protection renforcée 39 sites culturels au Liban par crainte de dégâts causés par les bombardements auxquels fait face le pays après un mois de guerre.

"Ces 39 biens culturels bénéficient désormais du niveau de protection juridique le plus élevé contre les attaques et les usages à des fins militaires", écrit l'Unesco dans un communiqué.

Parmi ces biens figurent les sites archéologiques de Baalbeck et de Tyr, le musée national de Beyrouth ou encore le site de Byblos.

La convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé.

Les 39 sites "recevront une assistance technique et financière de l'Unesco pour renforcer leur protection juridique, améliorer les mesures d'anticipation et de gestion des risques ainsi que fournir une formation supplémentaire aux professionnels de la culture et au personnel militaire de la zone", détaille l'Unesco.

"La protection renforcée permet également d'envoyer un signal à l'ensemble de la communauté internationale quant à l'urgence de protéger ces sites", ajoute l'organisation qui explique avoir convoqué mercredi une "réunion extraordinaire (...) à la suite d'une demande" du Liban.

Ces sites bénéficieront également d'une "aide financière internationale de plus de 100.000 dollars américains pour les opérations d'urgence sur le terrain", ajoute l'Unesco.

Située à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec Israël, Tyr, ville inscrite sur la liste du patrimoine mondial en 1984, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah pro-iranien le 2 mars.

Encore en construction, un musée sur le site a subi quelques dommages. Mais ni la nécropole des IIe et IIIe siècles ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, n'ont été atteints.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran, "d'autres biens dans des pays voisins" ont subi des dégâts, écrit l'Unesco, sans détails.


Découverte : Blossom Space à Djeddah

(Photo: Arab News)
(Photo: Arab News)
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  • Blossom Space excelle dans les articles de papeterie, proposant carnets, encres et autres objets soigneusement sélectionnés

DJEDDAH : À Djeddah, Blossom Space combine charme, convivialité et créativité dans un seul et magnifique lieu. Dès que vous franchissez la porte, on a l’impression d’entrer dans les pages d’un livre d’histoires — un monde doux et rêveur, à mi-chemin entre une bibliothèque confortable et une boutique-cadeaux fantaisiste.

Le personnel est exceptionnellement gentil et accueillant, ajoutant une touche personnelle qui élève toute l’expérience.

L’extérieur est déjà séduisant, avec une façade en verre élégante et une enseigne lumineuse qui suggèrent un espace moderne et légèrement haut de gamme — discret mais intrigant, plutôt « trésor caché » qu’une boutique clinquante.

Une fois à l’intérieur, l’atmosphère se transforme en chaleur et charme. Des étagères en bois et un éclairage doux créent une ambiance apaisante, rappelant un coin lecture tranquille.

Les détails décoratifs — mini-carrousels, accents vintage, papeterie délicate — évoquent un sentiment nostalgique, presque de livre d’histoires. Les plantes suspendues apportent vie et fraîcheur, tandis que les présentoirs pastel offrent un rendu visuel plaisant, féminin et digne d’un tableau Pinterest.

Blossom Space brille dans la papeterie, proposant carnets, encres et autres objets soigneusement sélectionnés. Pour ceux qui cherchent une expérience plus interactive, l’espace coloriage à l’étage est parfait pour se détendre et se ressourcer, offrant une échappée thérapeutique pour adultes et enfants.

Les activités de coloriage coûtent SR35 (9 $), et les expériences de décoration à la main SR65.

J’y suis allé deux fois. La première visite était agréable, même si certaines peintures étaient sèches et le café gratuit pouvait être meilleur. La deuxième fois, je suis venu avec un ami mais je ne voulais pas peindre, et on m’a demandé de payer l’entrée. Je comprends la politique, mais cela a été un peu décevant, surtout que l’endroit était vide.

Que vous soyez amateur de livres, passionné de papeterie ou simplement en quête d’une sortie différente et mémorable, Blossom Space ne déçoit pas.

Organisé, propre et débordant de charme, j’y retournerai sans hésiter. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Ahmad Kaabour : la voix de Beyrouth s’éteint à 71 ans

Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
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  • Ahmad Kaabour est décédé à 71 ans à Beyrouth, après une longue lutte contre le cancer, laissant un héritage musical engagé et profondément lié à la mémoire de la ville
  • Son répertoire transforme Beyrouth en protagoniste, célébrant sa résilience, sa culture et ses traditions à travers plus de quatre décennies de carrière

​​​​​DUBAÏ: La disparition d’Ahmad Kaabour marque un chapitre essentiel de la mémoire musicale de Beyrouth. Figure emblématique de la chanson engagée et du patrimoine musical libanais, Kaabour aura traversé les décennies comme un témoin sonore des douleurs et des renaissances de sa ville natale. 

L’artiste s’est éteint à Beyrouth à l’âge de 71 ans, après une longue lutte contre le cancer. Né dans la capitale libanaise en 1955, il laisse derrière lui un héritage musical profondément ancré dans l’histoire et l’identité de la ville. Sa disparition marque la fin d’une voix qui a su chanter à la fois la douleur, l’espoir et la résilience de Beyrouth et du Liban.

Né dans une famille d’artistes, Kaabour commence à composer dès l’adolescence. En 1975, alors que le Liban s’enfonce dans la guerre civile, il compose la musique de « Ounadikom », sur des paroles du poète palestinien Tawfiq Ziad. La chanson devient un hymne de protestation et de solidarité, traversant générations et frontières.

Au fil des années, Kaabour travaille aux côtés de figures majeures de la scène libanaise, devenant partenaire artistique de Ziad Rahbani et Marcel Khalifé, tout en naviguant entre engagement politique et sensibilité populaire. 

Cette ouverture à des influences internationales se manifeste également dans son adaptation de « Baddi Ghanni Lannas », version arabe de « Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux » de Michel Berger, parue en 1985 sur l’album Différences. Dans cette relecture, Ahmad Kaabour conserve la mélodie poignante et épurée de l’original, tout en y insufflant des paroles arabes ancrées dans les réalités libanaises et, plus largement, arabes.

Là où Berger chantait l’exil et la marginalité, Kaabour en élargit la portée pour en faire un hymne à la dignité et à la présence des peuples, fidèle à son engagement artistique. Cette collaboration indirecte — où Berger est crédité pour la musique et Kaabour pour l’adaptation — illustre sa capacité à faire dialoguer les cultures tout en restant profondément enraciné dans son identité.

Le lien avec Beyrouth reste central dans son œuvre. « La3younak » (1993) est une véritable déclaration d’amour à la ville, diffusée largement dans les années 1990, notamment sur Future TV, et incarnant l’esprit d’une capitale en reconstruction  derrière sa mélodie douce et nostalgique, c’est une ville-personne qui se dessine : aimée, fragilisée, mais toujours debout. 

Cette fibre beyrouthine traverse aussi d’autres titres. Dans ses reprises, comme « Shu Beddak » après l’explosion du port de 2020, Kaabour transforme une chanson populaire en élégie contemporaine, appelant à la mémoire et à la responsabilité collective. Dans des registres plus festifs, comme « Allou Al Bayarek », associé aux traditions du Ramadan à Beyrouth, il célèbre les rituels et la vie quotidienne de la ville, inscrivant son œuvre au cœur de la culture et des traditions locales.

Au-delà de ses succès pour adultes, Kaabour n’a jamais négligé le jeune public. Ses spectacles pour enfants, souvent avec la troupe Firkat al-Sanabel et le Théâtre libanais de marionnettes, évitaient la simplification, mêlant rythme, histoire et réflexion sur le monde. Pour lui, la musique était un pont entre générations et un moyen de transmettre mémoire et émotion.

Avec plus de quatre décennies de carrière, Ahmad Kaabour laisse un héritage unique : Beyrouth, avec toutes ses blessures et ses espoirs, comme protagoniste de sa musique. Sa voix restera à jamais l'écho de la ville qu’il a tant aimée.