L’UE et l’Arabie saoudite «d’accord sur la voie à suivre» dans la Corne de l’Afrique, affirme Annette Weber à Arab News

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Publié le Jeudi 25 novembre 2021

L’UE et l’Arabie saoudite «d’accord sur la voie à suivre» dans la Corne de l’Afrique, affirme Annette Weber à Arab News

  • Annette Weber, représentante spéciale de l’UE, qualifie de «très fructueux» les entretiens avec les ministres et les responsables humanitaires saoudiens
  • Sa visite à Riyad avait pour but de mieux comprendre la position saoudienne sur la mer Rouge et d’échanger sur la situation au Soudan et en Éthiopie

RIYAD: Avec ses ressources naturelles, ses marchés de consommation lucratifs et sa situation maritime stratégique, la Corne de l’Afrique est un lieu attrayant pour les investissements et un espace géostratégique important. En même temps, la région, y compris la mer Rouge, est confrontée à des défis qui dépassent les frontières nationales, notamment les conflits, l’extrémisme violent, la traite des êtres humains, les déplacements forcés, la pandémie de Covid-19 et les contraintes environnementales. 

En tant que représentante spéciale de l’UE pour la Corne de l’Afrique, la mission d’Annette Weber est de promouvoir les politiques et les intérêts européens dans la région, dont la mer Rouge, et dans les différents pays qui en font partie. Les représentants spéciaux jouent un rôle actif dans les efforts de consolidation de la paix, de la stabilité et de l’Etat de droit, et soutiennent le travail du bureau du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. 

Lors de sa visite en Arabie saoudite cette semaine, sa première dans le pays depuis qu’elle a pris ses fonctions le 1er juillet, Mme Weber a eu des «entretiens très fructueux» avec le ministre d’État aux Affaires étrangères, Adel al-Joubeir, le ministre d’État aux Affaires africaines, Ahmed ben Abdelaziz Kattan, le superviseur général du Centre d’aide humanitaire et de secours du roi Salmane (KSrelief), Abdallah al-Rabeeah, et le PDG du Fonds saoudien pour le développement, Sultan al-Marshad. 

«La raison de ma venue dans le pays est de mieux comprendre la position saoudienne sur la mer Rouge et d’échanger des points de vue sur la situation actuelle au Soudan et en Éthiopie», précise Mme Weber lors d’une interview exclusive accordée à Arab News

«Je pense que nous sommes alignés sur quasiment tout. Nous partageons les mêmes préoccupations, sommes  d’accord sur la voie à suivre et sur la manière de nous impliquer. Nous avons eu des entretiens très fructueux, très positifs», explique-t-elle. 

Mais l’Arabie saoudite, pilier du Conseil de coopération du Golfe (CCG), joue-t-elle un rôle dans la poursuite des objectifs de l’UE en mer Rouge et dans la Corne de l’Afrique? 

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Lors de sa visite en Arabie saoudite cette semaine, sa première dans le pays depuis qu’elle a pris ses fonctions le 1er juillet, Mme Weber a eu des «entretiens très fructueux» avec le ministre d’État aux Affaires étrangères, Adel al-Joubeir. (Photo, Ministère saoudien des Affaires étrangères) 

«Absolument», répond Mme Weber, citant le Conseil des États arabes et africains bordant la mer Rouge et le Golfe d’Aden, fondé en janvier 2020 avec pour objectif de protéger les voies navigables. Le Conseil, qui comprend, outre l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Jordanie, l’Érythrée, le Yémen, le Soudan, Djibouti et la Somalie, vise à renforcer la coopération entre les pays dans la lutte contre la piraterie, la contrebande et les autres menaces auxquelles sont exposées les routes maritimes internationales. 

«Le Conseil est un organe essentiel et j’espère que nous pourrons y trouver un intérêt commun», déclare Mme Weber. «Pour nous, en Europe, il s’agit de la principale route commerciale vers l’Asie, qui achemine 23 à 30% de nos échanges commerciaux. Nous avons un intérêt commun à assurer la sécurité maritime, à contrôler la piraterie et à combattre les djihadistes qui mènent leurs opérations depuis les côtes.» 

«Nous avons plus d’un intérêt commun. La mer Rouge nous connecte beaucoup plus qu’elle ne divise. Il est très intéressant de le constater dans les relations entre les pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, et la Corne de l’Afrique», assure-t-elle. 

Avant de se rendre à Riyad, Mme Weber s’est arrêtée à Bahreïn pour participer au dialogue de Manama organisé par l’Institut international d’études stratégiques (IISS), un forum annuel de haut niveau où sont discutés les défis les plus pressants en matière de sécurité au Moyen-Orient. 

Elle s’est exprimée lors d’une conférence intitulée «Dynamique de la sécurité en mer Rouge et en Méditerranée», un sujet d’une importance considérable maintenant que le Conseil de l’UE entend renforcer son partenariat avec la Corne de l’Afrique et établir une nouvelle stratégie pour la région. «Ma mission comme représentante spéciale de l’UE est d’établir des liens entre les pays de la Corne de l’Afrique et de la région de la mer Rouge», indique Mme Weber. «Il ne s’agit pas seulement de diplomatie de crise, mais plutôt de développer le potentiel de la région et de réunir les principaux pays de la Corne et ceux du Golfe.» 

«Cela dépend du type de questions que nous traitons. Lorsqu’il s’agit de négocier un cessez-le-feu, par exemple, nous travaillons en étroite collaboration avec les Américains, mais aussi avec les États du Golfe, l’Union africaine et l’ONU. Le multilatéralisme est donc dynamique dans cette région.» 

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Des manifestants soudanais passent devant des pneus enflammés lors d’une manifestation réclamant le retour à un régime civil dans la 40ᵉ rue d’Omdurman, ville jumelle de la capitale Khartoum. (Photo, AFP) 

Depuis 2011, l’UE est l’un des plus grands fournisseurs d’aide humanitaire au monde dans la Corne de l’Afrique, versant des millions d’euros dans des projets dans cinq pays, outre le Soudan. Selon Mme Weber, les Européens préfèrent cependant passer de l’humanitaire aux projets de développement. «En ce qui concerne l’Éthiopie, il n’y a aucune raison pour qu’elle bénéficie d’une aide humanitaire, car elle dispose d’un secteur éducatif de qualité», dit-elle. «Le pays a un fort potentiel. Nous avons investi dans les réformes. S’il n’y avait pas de guerre,  de conflit, nous serions extrêmement heureux de passer de l’aide humanitaire à l’investissement et d’offrir un avenir à la population.» 

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Annette Weber pose pour une photo avec l’équipe du Fonds saoudien pour le développement. (Photo fournie) 

«Nous ne sommes pas heureux qu’il y ait autant de personnes ayant besoin d’aide humanitaire. Mais nous constatons, par exemple en Somalie, voire dans toute la région de la Corne de l’Afrique, un changement climatique, une invasion de criquets et plusieurs autres facteurs qui qui ne sont pas dus à l’homme, mais spécifiquement liés à un conflit.» 

«C’est à ce niveau que nous ne sommes pas satisfaits. Il s’agit d’une famine créée par l’homme, de besoins créés par l’homme qui ne devraient pas exister et pour lesquels nous serions heureux d’investir. Nous sommes heureux que l’argent soit utilisé, mais nous serions vraiment heureux qu’il serve à quelque chose pour l’avenir. À la lumière des entretiens que j’ai eus aujourd’hui, je constate que mes homologues saoudiens partagent ce sentiment: nous aimerions tous investir dans l’énergie verte et dans une meilleure économie», affirme Mme Weber. 

«À l’avenir, l’économie reposera sur les technologies intelligentes et sur la gestion efficace de l’eau, plutôt que sur l’aide humanitaire. Mais nous ne pouvons pas juger les personnes qui ont été déplacées par la guerre. C’est donc à ce niveau que nous devons intervenir et apporter notre aide.» 

EN BREF

  • Au Soudan, plus de 13,4 millions de personnes ont besoin de recevoir une aide humanitaire, dont un million de demandeurs d’asile et de réfugiés enregistrés. 
  • Depuis novembre 2020, le conflit du Tigré en Éthiopie et les tensions frontalières à Al-Fashaga ont entraîné l’arrivée de milliers de nouveaux réfugiés. 

Concernant la guerre en Éthiopie, Mme Weber considère qu’une résolution pacifique est la seule issue souhaitable. «Si cela ne se produit pas, nous assisterons à une guerre civile qui entraînera la chute de toute la région», estime-t-elle. «Il y a un sentiment d’urgence en Éthiopie: si les parties belligérantes ne parviennent pas à négocier un cessez-le-feu, si elles ne cessent pas d’espérer pouvoir gagner militairement, le plus grand pays de la région risque de se désintégrer», déplore-t-elle. «Les répercussions se feront sentir dans toute la région de la mer Rouge, ainsi qu’en Europe et en Arabie saoudite. La dimension politique du dialogue en Éthiopie doit être gérée par les Éthiopiens. Nous devons tous nous engager dans le cessez-le-feu.»  

Sur une note plus positive, Mme Weber se dit «très heureuse que l’Union africaine ait nommé un médiateur en chef» pour faciliter la résolution du conflit et «très optimiste par l’engagement régional». Néanmoins, elle souligne que l’UE, les États-Unis et l’Arabie saoudite devaient rester engagés dans le processus. Si le conflit se poursuit, avertit-elle, «nous observerons une désintégration selon des critères ethniques qui prendra des décennies à guérir». 

Le Soudan, où une crise a été désamorcée par un accord conclu dimanche, qui ouvre la voie à la formation d’un gouvernement civil de transition, figurait également parmi les priorités de Mme Weber lors de ses entretiens à Riyad. Les militaires ont rétabli le Premier ministre Abdallah Hamdok dans ses fonctions et ont promis de libérer tous les détenus politiques après des semaines de troubles meurtriers déclenchés par un coup d’État en octobre. 

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Mme Weber s’est entretenue avec le KSrelief au sujet des préoccupations mutuelles concernant les effets du conflit dans la Corne de l’Afrique et a discuté des possibilités de poursuivre la coopération entre l’Arabie saoudite et l’UE dans la région. (Photo, @KSRelief_EN) 

«C’est une étape très positive», affirme Mme Weber. «Notre compréhension, en Europe, est claire dès le début: nous avons vu la stabilité dans la coopération entre les deux parties et dans la prise en compte de l’opinion de la rue lors des manifestations de 2019. Nous l’avons vue également dans le fait que la jeune génération soit pour la première fois prise en compte dans l’avenir du pays. Nous avons vu enfin la stabilité dans un gouvernement mixte comprenant Hamdok et les militaires. Que l’armée prenne ses propres décisions sans la société civile ne pouvait pas permettre un avenir stable pour le Soudan, absolument pas», poursuit la représentante spéciale de l’UE pour la Corne de l’Afrique. 

«Nous ne devons pas confondre le Soudan avec d’autres pays de la région. Ce n’est pas la première fois que la population descendait dans la rue. Les manifestants ont toujours été très clairs sur leurs positions politiques. Il était absolument inconcevable qu’ils acceptent sans broncher un coup d’État militaire», ajoute Mme Weber. «Maintenant, le travail recommence à zéro, les militaires doivent convaincre les civils dans la rue qu’il ne s’agit pas d’une boucle, où, chaque fois qu’ils estiment qu’ils sont un peu fatigués des civils, ils peuvent simplement avancer sans eux.» 

Les puissances extérieures, telles que l’UE, ont-elles un quelconque pouvoir ou une quelconque influence sur les forces politiques et militaires impliquées au Soudan? «Nous devons avoir une compréhension beaucoup plus consensuelle car les autres pays de la région ont plus de poids. C’est à ce niveau que nous devons avoir une vision commune», répond Mme Weber. 

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L’ONU a mis en garde contre le risque croissant de décès massifs dus à la famine pour les personnes vivant dans les zones de conflit et de sécheresse de la Corne de l’Afrique. (Photo, AFP) 

«Nous avons tous différents canaux et moyens de communication. Si nous ne sommes pas les plus forts lorsque nous nous engageons avec une partie, nous pouvons l’être lorsque nous parlons avec l’autre partie. C’est pourquoi il est important d’avoir une compréhension commune de l’objectif que nous voulons atteindre, et d’utiliser tous nos outils d’engagement». 

Annette Weber, de nationalité allemande, a plus de vingt-cinq ans d’expérience dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge. Elle a facilité les pourparlers de paix aux plus hauts niveaux politiques. Elle a conseillé l’ONU, l’UE et le gouvernement allemand sur la région et s’est exprimée sur les questions régionales lors de la Conférence de Munich sur la sécurité. 

Compte tenu de son expérience, pense-t-elle que l’UE peut réellement faire la différence, étant donné l’éventail impressionnant de défis auxquels la Corne de l’Afrique est confrontée? 

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Annette Weber avec la rédactrice en chef adjointe d’Arab News, Noor Nugali. (Photo AN) 

«Les pays de la Corne de l'Afrique sont confrontés à de tels défis depuis des décennies, voire des siècles, mais nous ne devons pas oublier que nous avons connu deux transitions dans cette région au cours des deux dernières années», note Mme Weber. «Nous en avons eu un changement au Soudan et une transition très prometteuse en Éthiopie. Donc tout est possible. C’est dans cette hypothèse que nous sommes favorables au changement, lorsque nous voyons un renforcement durable de la coopération, que les personnes ont le sentiment de pouvoir façonner leur avenir et que nous pouvons faire la différence. Mais nous avons également l’obligation de soulager la douleur des personnes qui sont touchées par les conflits», souligne représentante spéciale de l’UE pour la Corne de l’Afrique. 

«J’aimerais que nous puissions apporter plus d’engagement positif, d’investissement et d’énergie à ces transitions plutôt que de simplement soulager la douleur des gens. Ce sont les habitants des pays de la Corne de l’Afrique qui ont intérêt à ce que leur avenir soit assuré, à ce que la région soit stabilisée et renforcée et à ce qu’elle soit interconnectée. Il ne s’agit pas de jouer les uns contre les autres, mais de tisser des liens économiques, politiques et culturels. Ce n’est pas à nous de le faire, mais nous pouvons apporter notre soutien. C’est là notre rôle.» 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Guerre au Moyen-Orient: le chef de la diplomatie française en visite au Liban jeudi

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot participe à une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères après des entretiens au ministère des Affaires étrangères à Berlin, le 18 mars 2026. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot participe à une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères après des entretiens au ministère des Affaires étrangères à Berlin, le 18 mars 2026. (AFP)
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  • Le ministre français Jean-Noël Barrot se rend au Liban pour exprimer le soutien de la France et discuter d’une désescalade avec les dirigeants libanais
  • Le conflit entre Hezbollah et Israël a causé près de 1 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes, tandis que Paris renforce son aide humanitaire

PARIS: Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, se rendra jeudi au Liban, où l'armée israélienne mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien qui ont provoqué des déplacements massifs de population, a annoncé mercredi à l'AFP le ministère des Affaires étrangères.

"Cette visite témoigne du soutien et de la solidarité de la France avec le peuple libanais, entraîné dans une guerre qu'il n'a pas choisie", affirme le ministère, en indiquant que "le ministre consultera les principales autorités du pays sur la situation au Liban et les voies d'une désescalade, dans le prolongement de leurs échanges avec le président de la République".

Selon une source diplomatique, M. Barrot devrait notamment s'entretenir avec le président, Michel Aoun, le Premier ministre, Nawaf Salam et le président du Parlement, Nabih Berri.

Cette visite intervient notamment après des discussions téléphoniques avec ses homologues israélien, Gideon Sarr, et américain, Marco Rubio, mercredi, a-t-on précisé de même source.

Le président français, Emmanuel Macron, s'est entretenu vendredi avec MM. Aoun, Salam et Berri, et a appelé le lendemain Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban. M. Macron s'est dit prêt à "faciliter" ces discussions en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Le mouvement chiite Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale au Moyen-Orient le 2 mars, en lançant des missiles sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

Israël mène depuis des bombardements massifs sur de vastes parties du Liban, y compris la capitale Beyrouth, et des incursions au sol dans le sud du pays avec des soldats et des blindés.

Les frappes israéliennes ont fait au moins 968 morts parmi lesquels 116 enfants, selon les autorités, et jeté sur les routes plus d'un million de personnes, soit plus du sixième de la population de ce petit pays.

La France a envoyé la semaine dernière 60 tonnes d'aide humanitaire, et Jean-Noël Barrot devrait "annoncer un nouveau paquet d'aide humanitaire pour venir en aide aux Libanais", a indiqué le ministère.


Pour le ministre saoudien des AE, la patience de son pays n'est «pas illimitée»,  se réserve le droit d'agir contre l'Iran

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan. (AFP)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan. (AFP)
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  • Dans des propos parmi les plus fermes qu'il ait tenus depuis le début du conflit, le prince Fayçal a déclaré que l'Arabie saoudite "se réservait le droit d'entreprendre une action militaire si elle le jugeait nécessaire"
  • Il a ajouté que le "peu de confiance" rétabli avec Téhéran après le rétablissement des liens diplomatiques en 2023 "a été complètement brisé"

RIYAD : Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, a averti jeudi que la retenue du Royaume face à l'escalade des attaques iraniennes "n'est pas illimitée", signalant que l'action militaire reste une option.

"Le Royaume et ses partenaires possèdent d'importantes capacités et la patience dont nous avons fait preuve n'est pas illimitée. Cela pourrait prendre un jour, deux jours ou une semaine - je ne le dirai pas", a-t-il déclaré aux journalistes à l'issue d'une réunion d'urgence des ministres des affaires étrangères arabes et islamiques à Riyad.

Dans des propos parmi les plus fermes qu'il ait tenus depuis le début du conflit, le prince Fayçal a déclaré que l'Arabie saoudite "se réservait le droit d'entreprendre une action militaire si elle le jugeait nécessaire", avertissant que la poursuite de l'escalade iranienne aurait des conséquences politiques et morales.

Il a ajouté que le "peu de confiance" rétabli avec Téhéran après le rétablissement des liens diplomatiques en 2023 "a été complètement brisé" et a averti que de nouvelles attaques pourraient ne laisser "presque rien" à sauver dans les relations.

Depuis le 28 février, l'Iran a lancé des vagues de missiles et de drones armés visant l'Arabie saoudite et les États voisins du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn et le Qatar, en représailles, selon Téhéran, aux frappes américano-israéliennes sur des cibles en Iran.

Le conflit s'est intensifié mercredi après que l'Iran a accusé Israël d'avoir frappé des installations du champ gazier de South Pars et a promis de cibler des infrastructures énergétiques dans tout le Golfe. Les autorités d'Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis ont signalé le même jour des attaques contre des installations pétrolières et gazières.

Dans la capitale saoudienne, les défenses aériennes ont intercepté quatre missiles balistiques visant Riyad, selon le ministère de la défense. Les débris des projectiles interceptés sont tombés près d'une raffinerie au sud de la ville, tandis que les habitants ont signalé avoir entendu des explosions et reçu des alertes d'urgence, ce qui constitue un rare moment où le conflit a été directement ressenti dans la capitale.

Les responsables saoudiens de la défense affirment que les défenses aériennes ont intercepté au moins 457 drones, 40 missiles balistiques et sept missiles de croisière depuis le début de l'escalade. Les Émirats arabes unis auraient été confrontés à un volume d'attaques encore plus important, tandis que d'autres États du Golfe ont également été touchés.

"Préparés à l'avance

Le prince Faisal a déclaré que les frappes semblaient avoir été "préparées à l'avance" et a accusé l'Iran de mener des "actions hostiles préméditées" contre ses voisins, à la fois directement et par l'intermédiaire de mandataires régionaux.

Il a également confirmé que deux raffineries de pétrole saoudiennes avaient été visées, contredisant ainsi les affirmations de l'ambassadeur iranien selon lesquelles les frappes se limitaient aux installations américaines.

"L'Iran n'a pas traité ses voisins dans un esprit de fraternité, mais dans une optique hostile", a-t-il déclaré, ajoutant que les États du Golfe avaient à plusieurs reprises exhorté Téhéran à cesser de soutenir des groupes armés et à assurer la sécurité de la navigation maritime.

L'Iran est accusé de soutenir le mouvement Houthi, qui a pris pour cible la navigation commerciale dans le Bab el-Mandeb, ainsi que le Hezbollah, dont la confrontation avec Israël a intensifié la crise au Liban.

Les frappes israéliennes au Liban depuis le début du mois de mars - déclenchées par les attaques du Hezbollah en soutien à l'Iran - ont tué au moins 968 personnes et en ont blessé plus de 2 400, selon l'Associated Press, citant le ministère libanais de la santé. Plus d'un million de personnes ont été déplacées à la suite d'avertissements d'évacuation généralisés.

Malgré l'escalade, le prince Faisal a déclaré que l'Arabie saoudite préférait toujours la diplomatie, mais il a averti que la poursuite des attaques pourrait fermer la porte à une désescalade.

Plus d'un million de personnes ont été déplacées, Israël ayant émis de nombreux avis d'évacuation dans certaines parties du pays.


L'Arabie saoudite abat 4 missiles balistiques visant Riyad

Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont réussi à intercepter des drones et des missiles tirés sur le Royaume depuis le début du conflit. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont réussi à intercepter des drones et des missiles tirés sur le Royaume depuis le début du conflit. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
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  • Le quartier des ambassades à Riyad est la cible d'un drone, des débris de missiles balistiques tombent près de la base aérienne Prince Sultan.
  • Les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït interceptent également les attaques de drones

RIYAD: Les systèmes de défense aérienne de l'Arabie saoudite ont intercepté des vagues de drones et de missiles balistiques tirés sur le Royaume mercredi.

Un drone a été intercepté et détruit alors qu'il s'approchait du quartier diplomatique de Riyad, a déclaré un porte-parole du ministère de la défense vers midi.

Vers 19h30, le ministère a déclaré que les défenses aériennes traitaient une menace balistique à Riyad.

Plus tôt, un missile balistique lancé vers le gouvernorat d'Al-Kharj a été abattu et les débris de l'interception sont tombés près de la base aérienne Prince Sultan "sans causer de dommages", a déclaré un porte-parole.

Deux autres missiles balistiques lancés vers la province orientale ont été interceptés et détruits dans la soirée.

Le ministère a fait état de neuf drones ciblant la même région depuis minuit heure locale.

Les attaques contre l'Arabie saoudite s'inscrivent dans le cadre d'une nouvelle journée de tentatives iraniennes de frapper les pays du Golfe.

Aux Émirats arabes unis, le ministère de la défense a déclaré avoir abattu 13 missiles balistiques et 27 drones lancés depuis l'Iran mercredi.

De fortes détonations ont été entendues au-dessus de Dubaï dans la matinée.

Les Émirats ont également cité les six victimes civiles des attaques iraniennes depuis le début du conflit, le 28 février.

Il s'agit notamment de la Palestinienne Alaa Mushtaha, qui a été tuée lundi à Abou Dhabi lorsqu'un missile est tombé sur sa voiture. Ses funérailles ont eu lieu mardi soir, ont rapporté les médias locaux.

Le ministre des affaires étrangères, Sheikh Abdullah, a exprimé mercredi ses "sincères condoléances et sa profonde sympathie aux familles des victimes des attaques terroristes non provoquées de l'Iran contre les Émirats arabes unis".

Il a condamné les attaques de missiles et de drones iraniens visant des infrastructures civiles essentielles, des aéroports, des zones résidentielles et des sites civils dans l'ensemble des Émirats arabes unis.

Le Qatar et le Koweït ont également signalé avoir intercepté des attaques de drones mercredi.