Le Qatar utilisait un ancien officier de la CIA pour espionner la FIFA

Mohammed ben Hamad al-Thani (à gauche), président du comité de candidature de la Coupe du monde 2022, et Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, émir du Qatar, tiennent le trophée de la Coupe du monde devant le secrétaire général de la FIFA. (Photo, AP/Archives)
Mohammed ben Hamad al-Thani (à gauche), président du comité de candidature de la Coupe du monde 2022, et Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, émir du Qatar, tiennent le trophée de la Coupe du monde devant le secrétaire général de la FIFA. (Photo, AP/Archives)
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Publié le Jeudi 25 novembre 2021

Le Qatar utilisait un ancien officier de la CIA pour espionner la FIFA

  • Un ancien officier de la CIA a espionné de hauts responsables du football pendant des années alors qu'il travaillait pour le Qatar, selon une enquête de l'AP
  • Le travail de surveillance consistait à faire passer quelqu’un pour un photojournaliste pour garder un œil sur la candidature d'un pays rival et à déployer un honeypot (leurre informatique) Facebook

WASHINGTON: Un ancien officier de la CIA a espionné de hauts responsables du football pendant des années alors qu'il travaillait pour le Qatar, le petit pays arabe qui accueillera la Coupe du monde de football l'année prochaine, selon une enquête de l'Associated Press.

Le Qatar a cherché à obtenir un avantage sur ses rivaux comme les États-Unis et l'Australie en embauchant Kevin Chalker, un ancien officier de la CIA devenu entrepreneur privé, pour espionner les autres équipes candidates et les principaux responsables du football qui ont choisi le vainqueur en 2010, a révélé l'enquête de l'AP.

Chalker a également travaillé pour le Qatar dans les années qui ont suivi afin de garder un œil sur les critiques du Qatar dans le monde du football, selon des entretiens avec d'anciens associés de Chalker ainsi que des contrats, des factures, des e-mails et un examen de documents commerciaux.

Cette affaire s’inscrit dans une tendance d'anciens agents des services de renseignement américains à travailler pour des gouvernements étrangers avec des antécédents douteux en matière de droits de l'homme, ce qui inquiète les responsables à Washington.

«Il y a tellement d'argent du Golfe qui transite par Washington D.C.», a confié le membre du Congrès Tom Malinowski, un démocrate du New Jersey. «La quantité de tentation là-bas est immense, et elle entraîne invariablement les Américains dans des affaires dans lesquelles nous ne devrions pas être impliqués.»

La Coupe du monde est le tournoi sportif le plus populaire de la planète. C'est aussi l'occasion pour le Qatar, l'un des pays les plus riches du monde, de faire son entrée sur la scène internationale.

L'enquête de l'AP montre que le Qatar a laissé peu de place au hasard. Le travail de surveillance consistait à faire passer quelqu'un pour un photojournaliste pour garder un œil sur l'offre d'un pays rival et à déployer un pot de miel Facebook, dans lequel une personne se faisait passer en ligne pour une femme séduisante, afin de se rapprocher d'une cible, comme le montre l’examen des dossiers. Des agents travaillant pour Chalker et le Cheikh du golfe ont également cherché à obtenir les relevés d'appels téléphoniques d'au moins un haut responsable de la FIFA avant le vote de 2010, selon les dossiers.

«La plus grande réussite à ce jour du projet MERCILESS... provient d'opérations d’espionnage réussies ciblant des critiques virulents au sein de l'organisation de la FIFA», a indiqué la société de Chalker, Global Risk Advisors, dans un document de 2014 décrivant un projet dont le budget minimum proposé était de 387 millions de dollars (1 dollar américain = 0,86 euro) sur neuf ans. On ne sait pas combien les Qataris ont finalement payé l'entreprise.

Les documents de l'entreprise soulignent également les efforts qu’elle a déployés pour persuader le prince jordanien Ali ben al-Hussein, une figure clé du monde du football et qui s'est présenté sans succès à la présidence de la FIFA en 2015 et 2016. Dans un document de 2013, Global Risk Advisors a recommandé aux Qataris de donner de l'argent à une organisation de développement du football dirigée par Ali, affirmant que cela «contribuerait à renforcer la réputation du Qatar en tant que présence bienveillante dans le football mondial».

Un représentant d'Ali a affirmé que le prince «a toujours eu de bonnes relations personnelles directes avec les dirigeants du Qatar. Il n'aurait certainement pas besoin de consultants pour l'aider dans cette relation».

L'étendue complète du travail de Chalker pour le Qatar n'est pas claire, mais l'AP a examiné une variété de projets proposés par Global Risk Advisors entre 2014 et 2017 qui montrent des propositions qui ne sont pas seulement directement liées à la Coupe du monde.

Ils comprenaient aussi «Pickaxe», qui promettait de capturer «les informations personnelles et les données biométriques» des migrants travaillant au Qatar. Un projet appelé « Falconeye » (Oeil de faucon) était décrit comme un plan visant à utiliser des drones pour assurer la surveillance des opérations portuaires et frontalières, ainsi que pour «contrôler les centres de population de travailleurs migrants».

«En mettant en œuvre des enquêtes sur les antécédents et un programme de contrôle, le Qatar maintiendra sa domination sur les travailleurs migrants», a signalé un document de Global Risk Advisors.

Un autre projet, «Viper» (Vipère) promettait «l'exploitation des appareils mobiles» sur place ou à distance, qui, selon Global Risk Advisors, fournirait des «renseignements cruciaux» et renforcerait la sécurité nationale. L'utilisation d'une telle technologie fournie par des entreprises privées est bien documentée par les pays autocratiques du monde entier, notamment le Golfe.

Le secteur de la surveillance privée a prospéré au cours de la dernière décennie dans le golfe, alors que la région a connu la montée d'une guerre de l'information au moyen d’opérations de piratage parrainées par l'État qui ont coïncidé avec la préparation de la Coupe du monde.

Trois anciens responsables du renseignement et de l'armée américaine ont récemment admis avoir fourni des services de piratage à une société basée aux Émirats arabes unis, appelée DarkMatter, dans le cadre d'un accord de poursuites différées avec le ministère américain de la Justice. Une enquête de Reuters de 2019 a rapporté que DarkMatter avait piraté les téléphones et les ordinateurs de l'émir du Qatar, de son frère et de responsables de la FIFA.

Chalker, qui a ouvert un bureau à Doha et disposait d'un compte de messagerie du gouvernement qatari, a déclaré dans un communiqué fourni par un représentant que lui et ses entreprises ne «s'engageraient jamais dans une surveillance illégale».

D'anciens associés de Chalker affirment que ses entreprises ont fourni divers services au Qatar en plus du travail de renseignement. Global Risk Advisors se présente comme «un cabinet de conseil stratégique international spécialisé dans la cybersécurité, la formation militaire et policière, et les services de conseil basés sur le renseignement». Ses filiales ont remporté de petits contrats avec le FBI pour un cours de formation à la corde et des travaux de conseil en technologie pour le Comité national démocrate.

Chalker a décliné toute demande d'interview ou de réponse à des questions détaillées sur son travail pour le gouvernement qatari. Chalker a également affirmé que certains des documents examinés par l'AP étaient des faux.

L'AP a examiné des centaines de pages de documents des sociétés de Chalker, en paticulier un rapport de mise à jour du projet de 2013 qui comportait plusieurs photos du personnel de Chalker rencontrant divers responsables du football. De multiples sources ayant un accès autorisé ont fourni des documents à l'AP. Les sources ont indiqué qu'elles étaient troublées par le travail de Chalker pour le Qatar et ont demandé l'anonymat par crainte de représailles.

L'AP a pris plusieurs mesures pour vérifier l'authenticité des documents. Il s’agit notamment de confirmer les détails de divers documents auprès de différentes sources, y compris d'anciens associés de Chalker et des responsables du football; de recouper le contenu des documents avec des comptes rendus de presse contemporains et des dossiers commerciaux accessibles au public; et d’examiner les métadonnées des documents électroniques, ou l'historique numérique, le cas échéant, pour confirmer qui a créé les documents et quand. Chalker n'a fourni à l'AP aucune preuve pour étayer sa position selon laquelle certains documents en question avaient été falsifiés.

Les représentants du gouvernement qatari n'ont pas répondu aux demandes de commentaires. La FIFA a également refusé de faire des commentaires sur cette affaire.

De nombreux documents examinés par l'AP décrivant le travail entrepris par Chalker et ses sociétés pour le compte du Qatar sont aussi décrits dans une action en justice déposée par Elliott Broidy, un collecteur de fonds de l'ancien président américain Donald Trump. Broidy a poursuivi Chalker en justice et l’a accusé d'avoir monté une vaste campagne de piratage et d'espionnage à la demande du Qatar, notamment en utilisant d'anciens agents des services de renseignement occidentaux pour surveiller les responsables de la FIFA. Les avocats de Broidy n'ont pas répondu aux demandes de commentaires. L'équipe juridique de Chalker a fait valoir que la plainte était sans fondement.

Selon d’anciens associés, Chalker a travaillé à la CIA en tant qu'officier des opérations pendant environ cinq ans avant de travailler pour le Qatar. Les officiers d’opérations travaillent généralement sous couverture en essayant de recruter des agents pour espionner au nom des États-Unis. La CIA a refusé de faire des commentaires et ne parle généralement pas de ses anciens agents.

Toutefois, l'agence a envoyé une lettre aux anciens employés plus tôt cette année, pour les mettre en garde d'une «tendance néfaste» des gouvernements étrangers à engager d'anciens agents de renseignement «pour renforcer leurs capacités d'espionnage», selon une copie de la lettre obtenue par l'AP et rapportée pour la première fois par le New York Times.

Le Congrès examine actuellement une loi qui imposerait de nouvelles obligations de déclaration aux anciens agents de renseignement américains travaillant à l'étranger.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


« Les calculs à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien

« Les calculs politiques à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien. (Photo ONU)
« Les calculs politiques à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien. (Photo ONU)
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  • Ibrahim Olabi déclare au Conseil de sécurité de l’ONU qu’Israël a frappé la base aérienne d’Abu Al-Duhur à huit reprises et que les incursions et les « actes d’agression » se poursuivent, notamment les enlèvements, les bombardements et d’autres violations
  • La Syrie se trouve « à un moment charnière » alors que des millions de personnes déplacées rentrent enfin chez elles, a déclaré le coordinateur adjoint des secours d’urgence de l’ONU, mais « ce retour ne signifie pas la fin des besoins humanitaires », a-t

NEW YORK : Les frappes militaires et les incursions israéliennes poussent la région vers la catastrophe, a déclaré jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU le représentant permanent de la Syrie auprès de l’ONU, Ibrahim Olabi. 

« La région tout entière se trouve au seuil d’une guerre régionale qui n’épargnerait personne », a-t-il déclaré, en raison des « calculs électoraux étroits du Premier ministre israélien ». 

Ses remarques interviennent alors que de hauts responsables de l’ONU ont informé le Conseil de la situation humanitaire en Syrie et de l’avancement de la transition politique post-Assad. 

Israël a mené huit frappes aériennes contre la base aérienne d’Abu Al-Duhur, a poursuivi ses incursions sur le territoire syrien et a persisté dans des « actes d’agression, notamment des enlèvements, des bombardements et des violations » qui « ne cessent pas », a déclaré M. Olabi. 

Il a critiqué « l’attitude irresponsable » du ministre israélien de la Défense, Israel Katz, qui s’est rendu cette semaine auprès des troupes israéliennes du côté syrien du mont Hermon et a déclaré qu’elles y resteraient indéfiniment, qualifiant cela de « défi flagrant à la légitimité internationale et aux résolutions de ce Conseil ». 

Il a indiqué que la Syrie s’engageait sérieusement dans les efforts diplomatiques menés sous l’égide des États-Unis visant à désamorcer l’escalade, mais a averti que « tous les efforts internationaux et régionaux déployés depuis des mois pour assurer la sécurité et la stabilité dans la région risquent désormais d’être réduits à néant par les illusions qui n’existent que dans l’imagination d’un gouvernement imprudent et extrémiste ». 

Les attaques israéliennes « ne nous feront pas changer de cap », a ajouté M. Olabi, ni « le choix de la Syrie en faveur de la stabilité », qui, selon lui, ne peut être réalisé que si Israël met fin à ses attaques, cesse ses incursions, se conforme pleinement à l’accord de désengagement de 1974 et se retire des territoires qu’il occupe depuis le 8 décembre 2024. 

Abordant la question du Golan occupé, M. Olabi a cité la résolution 497 du Conseil de sécurité, adoptée en 1981, et en a rappelé la conclusion selon laquelle la « décision d’Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le Golan syrien occupé » était « nulle et non avenue, et sans effet juridique international ». 

Il a noté qu’une résolution de l’Assemblée générale adoptée ce mois-ci, réaffirmant ce principe, avait recueilli le soutien de 123 États, contre 97 auparavant. 

M. Olabi a exposé sa vision de ce qu’il a qualifié de tournant pour la Syrie. Il a notamment mis en avant trois événements marquants survenus ce mois-ci. Premièrement, la visite du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à Damas, qui, selon lui, a mis fin à « une ère de tensions entre les Nations unies et la Syrie » au profit d’« une nouvelle phase […] placée sous le signe du partenariat ». 

Deuxièmement, la visite du Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, qui a marqué ce qu’il a qualifié de fin de « l’ère des déplacements et des réfugiés » et le début d’une ère de « retour », plus de 3 millions de Syriens étant déjà rentrés chez eux. 

Et troisièmement, la visite de Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui, selon lui, a ouvert «une nouvelle phase de coopération plus large» après «l’ère de l’ambiguïté». 

M. Olabi s’est également félicité de la décision prise cette semaine par les États-Unis de retirer la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme après 47 ans, et a remercié le président Donald Trump. 

Il a évoqué le réchauffement des relations avec la Russie, la Chine et le Pakistan, et a souligné que l’intégration et la dissolution complètes des Forces démocratiques syriennes au sein de l’Armée arabe syrienne constituaient la preuve d’« un véritable processus d’intégration nationale […] fondé sur l’égalité entre les citoyens et non sur des quotas sectaires ». 

Il a cité une série de signes de reprise économique en Syrie : la reprise des vols internationaux vers l’Allemagne ; de nouveaux systèmes de paiement électronique ; les préparatifs en vue de sortir de la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI), qui recense les pays présentant des faiblesses reconnues dans leurs efforts de lutte contre le blanchiment d’argent et d’autres crimes financiers ; et la réouverture du salon commercial de la Foire internationale de Damas. 

Pour les Syriens, « le rétablissement d’un vol direct ou l’ouverture d’un compte bancaire… ce ne sont pas des détails mineurs ; ce sont au contraire des signes du retour à la vie elle-même », a déclaré M. Olabi. 

Il a également noté que les tribunaux avaient rendu des jugements à l’encontre de l’ancien président syrien, Bachar al-Assad, de son frère Maher et d’autres membres de l’ancien régime pour des crimes commis contre des citoyens syriens, et a remercié le Liban d’avoir extradé un ancien officier recherché. 

Moment charnière

Lors d’un point d’information au Conseil sur la situation humanitaire en Syrie, Indrika Ratwatte, secrétaire général adjoint par intérim et coordinateur adjoint des secours d’urgence, a déclaré que le pays se trouvait « à un moment charnière », avec près de 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et plus de 1,7 million de réfugiés ayant regagné leur foyer depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024. 

Il a toutefois averti que « le retour ne signifie pas la fin des besoins humanitaires », soulignant que plus de 5,5 millions de personnes restent déplacées à l’intérieur du pays, dont 833 000 vivent dans plus de 1 200 camps. 

Il a indiqué que les engins explosifs avaient fait plus de 2 400 victimes, dont 865 morts, depuis décembre 2024, et que l’appel humanitaire international en faveur de la Syrie n’était financé qu’à hauteur de 30 %. 

« C’est précisément le moment où les investissements peuvent transformer des progrès fragiles en une reprise durable », a déclaré M. Ratwatte, appelant à un financement soutenu, à un soutien aux rapatriés et à des efforts pour « empêcher la Syrie d’être entraînée dans un conflit régional ». 

S’exprimant depuis Damas, le représentant spécial adjoint pour la Syrie, Claudio Cordone, s’est félicité de la décision américaine de lever la désignation de la Syrie comme «État soutenant le terrorisme », et a cité une projection du Fonds monétaire international prévoyant «une croissance à deux chiffres en 2026» pour le pays. 

Il a toutefois averti que « la pauvreté généralisée et la recrudescence de l’inflation signifient que les conditions restent très difficiles pour la plupart des Syriens ». 

M. Cordone a également fait part de ses inquiétudes concernant la poursuite des opérations militaires israéliennes dans le sud de la Syrie, « notamment les incursions terrestres répétées, les perquisitions domiciliaires et la destruction de biens privés et agricoles », et a déclaré que la présence d’Israël à l’est de la ligne de cessez-le-feu « violait la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie ». 

Il a condamné la frappe israélienne du 18 août contre la base aérienne d’Abu Al-Duhur, dans le gouvernorat d’Idlib, et s’est félicité des « récents contacts directs entre Israël et la Syrie et des pourparlers en Jordanie », ainsi que des efforts de médiation américains. Il a également soulevé un certain nombre de préoccupations d’ordre national, notamment des informations faisant état de décès en détention et de disparitions, et a exhorté les autorités syriennes à instaurer « un moratoire sur toutes les exécutions ».


Syrie: le président Chareh fait du chef kurde Mazloum Abdi l'un de ses conseillers

Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas. (AFP)
Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas. (AFP)
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  • M. Abdi, connu sous plusieurs noms, a été pendant des années le chef des FDS, un groupe dirigé par les Kurdes et soutenu par Washington, qui avaient été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI)
  • Mardi, il a annoncé la dissolution des FDS, dans le cadre d'un accord conclu en janvier avec Ahmed al-Chareh visant à intégrer complètement les institutions kurdes dans l'appareil d'Etat

DAMAS: Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas.

"Moustafa Khalil Abdi est nommé conseiller auprès de la présidence de la République", indique le décret signé par M. Chareh et publié par l'agence de presse officielle Sana.

M. Abdi, connu sous plusieurs noms, a été pendant des années le chef des FDS, un groupe dirigé par les Kurdes et soutenu par Washington, qui avaient été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Mardi, il a annoncé la dissolution des FDS, dans le cadre d'un accord conclu en janvier avec Ahmed al-Chareh visant à intégrer complètement les institutions kurdes dans l'appareil d'Etat.

L'accord d'intégration représente une victoire majeure pour M. Chareh, mais met fin aux espoirs d'autonomie des Kurdes.

"Absolument historique": l'envoyé spécial américain en Syrie, également ambassadeur en Turquie, Tom Barrack, s'est félicité mardi de cette décision qui "ressemble à une véritable intégration (...) visant à renforcer la souveraineté de la Syrie".

"Sacrifices consentis"

"Garantir des rôles de premier plan à nos précieux partenaires", y compris M. Abdi au sein du gouvernement, "témoigne du respect dû à leur leadership, aux sacrifices consentis par nos partenaires kurdes et à la contribution constructive qu'ils ont apportée à la stabilité régionale", avait ajouté M. Barrack, sans préciser quel rôle l'ex-chef des FDS était appelé à occuper.

Les FDS ont été formées en 2015 à l'initiative des Etats-Unis, impressionnés par les combattants kurdes qui avaient vaincu l'EI à Kobané, dans le nord de la Syrie, et qui cherchaient un partenaire fiable dans la lutte en cours contre les jihadistes.

A leur apogée, elles comptaient environ 100.000 combattants, kurdes et arabes, et contrôlaient de vastes zones du nord et du nord-est de la Syrie, des régions riches en pétrole.

Mais Mazloum a adhéré à l'accord d'intégration à la suite des affrontements de janvier dernier, au cours desquels les Kurdes ont perdu de vastes portions de territoire au profit des troupes gouvernementales, alors même que Washington, soutien de longue date des Kurdes, se rapprochait des nouvelles autorités de Damas.

M. Chareh a de son côté signé un décret consacrant les droits nationaux des Kurdes et reconnaissant le kurde comme langue nationale – une mesure sans précédent depuis l'indépendance de la Syrie en 1946.

M. Abdi a annoncé la semaine dernière que l'intégration de l'administration kurde à l'Etat syrien était achevée, ajoutant "notre combat se poursuivra afin d'inscrire les droits de notre peuple dans la Constitution."


Tunisie: pour les coupures d'eau et électricité, le président dénonce des «actes prémédités»

Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics. (AFP)
Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics. (AFP)
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  • Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics
  • Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, M. Saied a assuré que les longues coupures, qui peuvent dépasser les dix heures d'affilée, y compris à Tunis, "ne sont pas de simples événements passagers ni des cas isolés"

TUNIS: Le président tunisien Kais Saied, doté des pleins pouvoirs depuis l'été 2021, a dénoncé des "actes prémédités" visant à "attiser les tensions" pour expliquer les coupures d'eau et d'électricité qui rythment le quotidien des Tunisiens depuis le début de l'été.

Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics.

Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, M. Saied a assuré que les longues coupures, qui peuvent dépasser les dix heures d'affilée, y compris à Tunis, "ne sont pas de simples événements passagers ni des cas isolés".

M. Saied s'est exprimé après une réunion avec sa cheffe de gouvernement, les ministres concernés et les dirigeants des deux entreprises publiques, Steg (électricité) et Sonède (eau).

Dans son communiqué, M. Saied, coutumier des déclarations à caractère complotiste, affirme que "les enquêtes ont démontré" que les coupures "dans plusieurs zones ne résultaient pas de pannes ordinaires".

Selon lui, il s'agit "d'actes prémédités visant à enflammer la situation par tous les moyens, à répandre mensonges et rumeurs afin de semer la confusion" et à "maltraiter les citoyens jusque dans les services les plus élémentaires".

Comme en juillet, la Steg a recommencé à publier des avis de "délestages", destinés à soulager son réseau sous forte tension, en listant les villes concernées ainsi que les quartiers de Tunis, une agglomération d'environ trois millions d'habitants sur 12 millions.

Les Tunisiens subissent aussi de fréquentes coupures d'eau, car une bonne partie de l'approvisionnement en eau courante nécessite un pompage.

La production de bouteilles d'eau minérale, dont les Tunisiens sont de gros consommateurs, a en outre été perturbée par ces coupures d'électricité et une pénurie de bouteilles en plastique. Dans les supermarchés, l'eau est rationnée à un pack de six par personne et est devenue introuvable dans les épiceries.

"Les ennemis de la patrie et ceux qui les soutiennent sont désormais démasqués aux yeux du peuple tunisien", a poursuivi M. Saied, prévoyant "un échec" pour ces "tentatives de provocation" et "ces plans criminels, d'où qu'ils viennent" tant que le pays restera "soudé".

En juillet 2021, M. Saied avait limogé son Premier ministre et gelé le Parlement, réduit depuis à un rôle de chambre d'enregistrement.

Plusieurs ONG tunisiennes et étrangères, dont Human Rights Watch et Amnesty International, l'ont accusé de dérive autoritaire à travers une restriction des droits et libertés et l'emprisonnement des principaux leaders de l'opposition, de dizaines de journalistes, avocats et militants.