Joséphine Baker, une icône noire au Panthéon français

 Panthéon, grandiose édifice néo-classique au coeur de Paris dont le fronton proclame «Aux grands hommes, la patrie reconnaissante». (Photo, AFP)
Panthéon, grandiose édifice néo-classique au coeur de Paris dont le fronton proclame «Aux grands hommes, la patrie reconnaissante». (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 30 novembre 2021

Joséphine Baker, une icône noire au Panthéon français

  • L'icône des années folles, née en 1906 aux Etats-Unis avant d'adopter la nationalité française, ne sera que la sixième femme sur 80 personnages illustres à recevoir l'honneur d'être accueillie au Panthéon
  • Sa panthéonisation intervient 46 ans après sa mort, le 12 avril 1975 à l'âge de 68 ans, trois jours après avoir fêté ses noces d'or sur la scène

PARIS : Première artiste noire célébrée en France, héroïne de la Résistance et militante anti-raciste, Joséphine Baker doit faire mardi son entrée au Panthéon français, lors d'une cérémonie présidée par Emmanuel Macron qui célébrera une vie "placée sous le signe de la quête de liberté et de justice".

L'icône des années folles, née en 1906 aux Etats-Unis avant d'adopter la nationalité française, ne sera que la sixième femme sur 80 personnages illustres à recevoir l'honneur d'être accueillie au Panthéon, grandiose édifice néo-classique au coeur de Paris dont le fronton proclame "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante".

Sa panthéonisation intervient 46 ans après sa mort, le 12 avril 1975 à l'âge de 68 ans, trois jours après avoir fêté ses noces d'or sur la scène.

 

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Dans cette photo d'archive prise le 27 novembre 1973, Joséphine Baker, se produit lors de son spectacle pour le gala franco-américain au château de Versailles, près de Paris. (Photo, AFP)

 

"Artiste de music-hall de renommée mondiale, engagée dans la Résistance, inlassable militante antiraciste, elle fut de tous les combats qui rassemblent les citoyens de bonne volonté, en France comme de par le monde (...). Elle est l'incarnation de l'esprit français", a souligné le chef de l'Etat français pour justifier sa décision.

Ce mardi à 16H30 GMT, le cénotaphe (tombeau ne contenant pas le corps) de Joséphine Baker sera porté par des aviateurs jusqu'au Panthéon, au son des airs de la diva, avant d'être installé dans un des caveaux de la crypte. La dépouille de l'artiste, elle, demeurera au cimetière marin de Monaco, non loin de la tombe de la princesse Grace qui l'avait soutenue dans les dernières années de sa vie.

Avec l'atypique vedette, Emmanuel Macron casse les codes en élargissant le profil un peu figé des "panthéonisés" français, pour la plupart hommes d'Etat, héros de guerre ou écrivains: Victor Hugo, Emile Zola, le résistant Jean Moulin, Marie Curie... Un choix inattendu qui a finalement réussi à emporter le consensus de toute la classe politique.

 

A New York, l'Empire State Building s'allume pour Joséphine Baker

Sous le regard du basketteur français Evan Fournier, l'emblématique gratte-ciel new yorkais, l'Empire State Building, s'est allumé aux couleurs de la France lundi soir pour honorer Joséphine Baker, à la veille de l'entrée au Panthéon de l'artiste noire née aux Etats-Unis.

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L'Empire State Building illuminé aux couleurs du drapeau français, en l'honneur de Joséphine Baker, héroïne de la résistance franco-américaine, militante des droits civiques et pionnière de la diversité, à New York le 29 novembre 2021. (Photo, AFP)

Dès la tombée de la nuit et pour toute la soirée, la partie supérieure et la pointe de cet immeuble art déco de 102 étages ont scintillé de bleu, blanc et rouge, "en hommage à l'artiste et icône des droits civils Joséphine Baker, première femme noire intronisée au Panthéon", selon le compte Twitter du légendaire édifice de Manhattan.

Au 86e étage, face aux lumières de la ville, l'arrière français des New York Knicks, Evan Fournier, a rendu hommage au "courage" de celle qui fut une héroïne de la Résistance et une militante antiraciste chevronnée.

"Quand on regarde ce qui s'est passé l'année dernière ou il y a deux ans", lorsque des manifestations massives avaient secoué les Etats-Unis après la mort de l'Afro-Américain George Floyd, "elle était en avance sur son temps", a salué le basketteur, qui participait à la cérémonie avec l'un des acteurs de la série "Emily in Paris", le Français William Abadie, et le consul général de France à New York, Jérémie Robert.

Présent aussi, Jari Bouillon-Baker, l'un des douze enfants adoptés aux quatre coins du monde par la vedette franco-américaine pour affirmer son attachement à l'universalisme, sa "tribu arc-en-ciel".

Aujourd'hui âgé de 68 ans, résident new-yorkais, l'homme a surtout voulu rendre hommage à "notre maman" et à "l'amour qu'elle avait pour nous".

Née dans une famille pauvre aux Etats-Unis, à Saint-Louis (Missouri), Joséphine Baker avait tenté de percer à New York, avant de choisir Paris et la France, devenue sa patrie d'adoption.

De retour aux Etats-Unis, elle subissait encore la ségrégation qui frappait les personnes noires, comme lorsque des hôtels new-yorkais refusaient de la loger en 1948, ou encore lorsqu'elle avait forcé un club huppé de Miami Beach, le Copa City, à ouvrir ses portes aux Afro-Américains sous peine de ne pas s'y produire.

A New York, le restaurant "Chez Joséphine", fondé par celui qui fut considéré comme son treizième enfant adopté, Jean-Claude Baker, lui rend toujours hommage.

 

Née dans la misère aux Etats-Unis, la jeune femme fuit la ségrégation et s'installe en France. Elle ravit le tout Paris en dansant le Charleston, seins nus, dans un déchaînement de batterie-jazz. Au cabaret des Folies Bergère, la "Vénus d'ébène" se joue des fantasmes coloniaux en se produisant vêtue d'une simple ceinture de bananes, aux côtés d'une panthère vivante.

La première chanson qu'elle interprète, "J'ai deux amours, mon pays et Paris", en 1930 au Casino de Paris, la consacre comme diva

Contre-espionnage

Naturalisée française en 1937 à la faveur d'un mariage avec un industriel juif, la star met son talent musical à contribution dès les premiers mois du conflit pour divertir les soldats français sur le front. Et profite des réceptions auxquelles elle est conviée dans les ambassades et les pays étrangers pour recueillir du renseignement.

"C'est la France qui m'a faite ce que je suis, je lui garderai une reconnaissance éternelle", fait-elle valoir en acceptant de servir le contre-espionnage des Forces françaises libres. Elle transmet à Londres des rapports cachés à l'encre sympathique dans ses partitions, ce qui lui vaudra la médaille de la Résistance et la Croix de guerre.

Engagée en Afrique du Nord dans l'armée de l'Air, Josephine Baker débarque à Marseille en octobre 1944. En mai 1945, elle se produira en Allemagne devant des déportés libérés des camps.

"Notre mère a servi le pays, elle est un exemple des valeurs républicaines et humanistes", mais "elle a toujours dit:Moi je n'ai fait que ce qui était normal", a expliqué l'AFP son fils aîné, Akio Bouillon. 

Toute le reste de sa vie, elle se bat contre les discriminations. Avec son quatrième époux, elle devient mère d'une "tribu arc-en-ciel" de 12 enfants adoptés aux quatre coins du monde, qu'elle élève dans son château en Dordogne, dans le sud-ouest de la France.

En 1963, à Washington, elle s'exprima après Martin Luther King et son fameux "I have a dream". Cette marche pour les droits civiques des Noirs américains fut le "plus beau jour de sa vie", confiait la star.

Pour le romancier français Pascal Bruckner, sa panthéonisation "symbolise l'image d'une France qui n'est pas raciste".


Paris: la visite du prince héritier saoudien, un geste fort qui illustre le dynamisme des relations bilatérales

Mohammed ben Salmane a ainsi débuté son séjour parisien en assistant, avec Macron, à la finale de l’Esports World Cup, une compétition initialement prévue à Riyad et délocalisée à Paris. (AFP)
Mohammed ben Salmane a ainsi débuté son séjour parisien en assistant, avec Macron, à la finale de l’Esports World Cup, une compétition initialement prévue à Riyad et délocalisée à Paris. (AFP)
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  • Paris et Riyad ont déjà mis en place une task force bilatérale consacrée aux interconnexions énergétiques et logistiques, qui se réunit au niveau ministériel pendant la visite
  • Mais la visite de ben Salmane ne se résume évidemment pas aux questions énergétiques. Le Moyen-Orient dans son ensemble est au centre des discussions

PARIS: En se rendant à Paris les 23 et 24 août - pour sa première visite à l’étranger depuis son déplacement à Washington en novembre 2025 - le prince héritier et Premier ministre saoudien Mohammed ben Salmane fait un choix diplomatique qui en dit beaucoup sur l’état des relations entre Paris et Riyad.

« C’est sa première visite à l’étranger depuis ce moment-là et donc il a choisi la France », souligne le palais de l’Élysée, qui estime que ce déplacement constitue « un signal important et un geste fort » qui témoigne du « dynamisme de la relation entre la France et l’Arabie saoudite ».

Ce choix intervient pourtant dans un contexte régional particulièrement tendu, avec la guerre avec l’Iran, qui se prolonge depuis plusieurs mois, la fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations des routes énergétiques et commerciales, qui placent la sécurité des approvisionnements au cœur des préoccupations européennes.

Dans ce contexte à risque, l’Arabie saoudite occupe une position stratégique, étant l’un des maillons essentiels des nouvelles routes permettant de relier le Moyen-Orient à l’Europe.

Paris et Riyad ont déjà mis en place une task force bilatérale consacrée aux interconnexions énergétiques et logistiques, qui se réunit au niveau ministériel pendant la visite.

L’objectif est d’identifier les projets prioritaires, de les financer et de permettre leur réalisation.

Il ne s’agit pas seulement de contourner le détroit d’Ormuz, mais de tracer des routes portuaires alternatives, de développer des projets de pipelines, qui seront renforcés ou doublés en volume, ainsi que des liaisons ferroviaires.

La France entend y associer ses entreprises et son expertise, l’enjeu étant de transformer une crise régionale en accélérateur de coopération.

Le Moyen-Orient au cœur des préoccupations bilatérales

Mais la visite de ben Salmane ne se résume évidemment pas aux questions énergétiques. Le Moyen-Orient dans son ensemble est au centre des discussions avec le président Emmanuel Macron, à commencer par l’Iran, le conflit israélo-palestinien, le Liban et la Syrie.

Le Liban occupe notamment une place importante, puisque la France et l’Arabie saoudite travaillent étroitement sur ce dossier et partagent, selon l’Élysée, une même volonté de soutenir la souveraineté du pays et ses autorités.

La Syrie constitue également un sujet majeur, notamment en ce qui concerne les enjeux énergétiques et logistiques.

Au-delà de cette convergence politique, les deux pays partagent d’autres ambitions.

Lundi, le président et le prince héritier coprésident pour la première fois le Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, créé lors de la visite du président français à Riyad à la fin de 2024.

Si cette première réunion intervient près de deux ans après la création du conseil, ce n’est pas faute de contacts, assure l’Élysée, en soulignant que « les contacts bilatéraux sont évidemment très étroits », et en évoquant les échanges réguliers entre les deux dirigeants et les nombreux travaux menés par les différents sous-comités ministériels.

La réunion de Paris donne simplement à cette relation le cadre politique au plus haut niveau qui lui manquait encore.

L’économie est aussi l’un des grands piliers de cette nouvelle étape. Un forum consacré aux investissements franco-saoudiens réunit à Paris les grands dirigeants français et une importante délégation économique saoudienne.

La logique est désormais de rapprocher les ambitions de la Vision 2030 saoudienne et celles de France 2030, d’autant plus que Riyad cherche à transformer son économie et à développer de nouveaux secteurs.

Paris, pour sa part, veut attirer davantage de capitaux étrangers. Le fonds souverain saoudien PIF ayant annoncé l’ouverture d’un bureau à Paris, l’Élysée espère voir se multiplier les investissements saoudiens en France.

La France veut également se positionner sur les grands projets du Royaume, notamment l’Expo 2030, qui se tiendra à Riyad. Là encore, l’objectif est de faire valoir l’expertise française dans des projets dont les dimensions dépassent largement les seuls marchés traditionnels.

La finale de l'Esports World Cup

Interrogée sur un éventuel investissement saoudien dans un parc d’attractions consacré à Dragon Ball Z en région parisienne, l’Élysée esquive en indiquant qu’aucune annonce n’est prévue à ce stade.

Pour ce qui est des accords attendus lundi, plusieurs signatures sont annoncées dans des secteurs aussi variés que le quantique, les transports, l’énergie ou encore la santé, et viennent consolider la relation économique entre les deux pays.

Le sport et le divertissement offrent une illustration de cette nouvelle relation, et ben Salmane a ainsi débuté son séjour parisien en assistant, avec Macron, à la finale de l’Esports World Cup, une compétition initialement prévue à Riyad et délocalisée à Paris.

« Les choses se sont bien passées à Paris », souligne l’Élysée, qui rapporte la satisfaction saoudienne concernant l’organisation, la participation et les résultats de l’événement. Pour Riyad comme pour Paris, l’opération apparaît donc comme « gagnante-gagnante ».

La culture constitue un autre terrain emblématique de ce rapprochement. La coopération franco-saoudienne autour d’AlUla, engagée depuis près d’une décennie, est présentée par l’Élysée comme l’un des piliers de la relation.

Il est donc clair que la relation franco-saoudienne ne repose plus sur un seul secteur, ni même sur une simple proximité politique, mais s’étend de la diplomatie régionale aux infrastructures, de l’énergie à l’intelligence artificielle, et du sport à la culture.


Le prince héritier saoudien assiste à la cérémonie de clôture de l’Esports World Cup à Paris

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président français Emmanuel Macron ont assisté à la cérémonie de clôture de l’EWC. (SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président français Emmanuel Macron ont assisté à la cérémonie de clôture de l’EWC. (SPA)
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  • La cérémonie célèbre les clubs, les joueurs et les moments inoubliables qui ont marqué l’EWC 2026

RIYAD: Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président français Emmanuel Macron ont assisté dimanche à Paris à la cérémonie de clôture de l’Esports World Cup.

L’événement, qui réunit les meilleurs acteurs de l’esport, des jeux vidéo aux échecs, se tient pour la première fois en dehors de l’Arabie saoudite.

Les deux premières éditions de l’EWC avaient été organisées dans la capitale saoudienne avec un grand retentissement, mais un contexte géopolitique régional incertain a conduit à choisir un nouveau lieu pour 2026. Paris, désignée comme nouvelle ville hôte seulement en mai, s’est finalement révélée être un choix particulièrement inspiré.

La capitale française avait pour mission urgente de garantir une transition fluide de l’événement depuis Riyad. Depuis, Paris a démontré à quel point l’EWC est désormais devenu un événement mondial, attirant plus de 2 000 joueurs et 200 clubs issus de plus de 100 pays depuis son lancement le 3 juillet.

Dimanche, l’équipe chinoise All Gamers a battu le double champion Team Falcons, d’Arabie saoudite, pour remporter l’EWC dans la catégorie jeu vidéo. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Besancenot : l’incertitude mondiale renforce le partenariat stratégique entre Paris et Riyad

L’Autorité générale saoudienne des industries militaires (GAMI) a participé à Eurosatory 2026, le rendez-vous mondial de la défense et de la sécurité qui s’est tenu à Paris en juin dernier, afin de présenter les principales capacités industrielles et de services militaires du Royaume, illustrant les efforts déployés par celui-ci pour développer et soutenir le secteur. (Photo SPA)
L’Autorité générale saoudienne des industries militaires (GAMI) a participé à Eurosatory 2026, le rendez-vous mondial de la défense et de la sécurité qui s’est tenu à Paris en juin dernier, afin de présenter les principales capacités industrielles et de services militaires du Royaume, illustrant les efforts déployés par celui-ci pour développer et soutenir le secteur. (Photo SPA)
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  • Paris et Riyad renforcent leur partenariat stratégique face à un monde plus incertain et multipolaire
  • Le rapprochement s’étend à l’économie, à la culture et à la Vision 2030, au-delà des seuls enjeux diplomatiques

​​​​​PARIS : Il y a encore quelques années, la relation franco-saoudienne semblait avancer par à-coups, derrière les liens privilégiés que Paris entretenait avec d’autres capitales du Golfe. Aujourd’hui, le paysage est radicalement différent.

La visite d’État du président Emmanuel Macron en Arabie saoudite, en décembre 2024, a consacré cette évolution en donnant une dimension stratégique à une relation qui ne cesse depuis de s’élargir.

Mais pour comprendre ce rapprochement, il faut aussi regarder du côté de Washington, estime Bertrand Besancenot, ambassadeur de France au Qatar, puis en Arabie saoudite de 2007 à 2016. « C’est parce que Riyad s’interroge désormais sur la solidité de son partenariat américain que l’espace s’est ouvert pour de nouveaux partenaires, au premier rang desquels la France. »

« Il y a eu une période où les Saoudiens s’inquiétaient de la politique d’Obama vis-à-vis de l’Iran », rappelle Besancenot en réponse à Arab News en français, en référence à l’ancien président américain Barack Obama.

Le rapprochement entre Washington et Téhéran, qui avait culminé avec l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, avait alors nourri de profondes inquiétudes à Riyad. La situation s’était ensuite inversée lors du premier mandat de Donald Trump.

« Le prince héritier approuvait totalement à l’époque la politique de Trump de pression maximale sur l’Iran », souligne-t-il.

Mais cette proximité avec Washington n’a pas empêché une évolution de fond de la diplomatie saoudienne. Le royaume, souligne l’ancien diplomate, reste lié aux États-Unis par un partenariat stratégique qu’il n’est évidemment pas question d’abandonner, mais il ne veut plus en faire un partenariat exclusif.

Les interrogations sur la fiabilité des engagements américains, renforcées par les changements de politique d’une administration à l’autre, ont poussé Riyad à multiplier les alternatives.

« L’Arabie, comme les autres pays du Golfe, tout en voulant préserver son partenariat stratégique avec les États-Unis, se pose en même temps quelques questions sur la fiabilité des engagements du président Trump », analyse Besancenot. Cette incertitude constitue, selon lui, « une véritable opportunité pour tous ceux qui ont envie de travailler avec l’Arabie et les pays du Golfe ».

La réponse saoudienne est désormais parfaitement lisible et consiste à diversifier les relations sur le plan international.

La Chine a considérablement renforcé sa présence, la coopération avec la Russie s’est développée dans le domaine pétrolier, tandis que Riyad approfondit ses relations avec la Turquie, le Pakistan, l’Afrique du Sud et les pays européens. « Ils ne sont plus un pays sous tutelle américaine », résume Besancenot.

Cette nouvelle diplomatie donne à la France une carte particulière à jouer. « La France est considérée comme le pays européen le plus actif sur le plan politique au Moyen-Orient », observe-t-il. Paris dispose notamment d’une tradition diplomatique qui lui permet de parler à des interlocuteurs multiples et de défendre une certaine autonomie stratégique.

C’est précisément ce qui explique la convergence actuelle. Les deux pays se retrouvent sur plusieurs dossiers majeurs, indique Besancenot, tels que la sécurité du Golfe, l’Iran, le Liban, mais aussi la question palestinienne.

« Il y a toute une série de dossiers politiques qui sont coordonnés par les deux pays », explique-t-il, en rappelant que la France et l’Arabie saoudite sont aujourd’hui particulièrement engagées en faveur de la solution à deux États.

Cette convergence politique s’est accompagnée d’un rapprochement bilatéral qui n’est plus seulement diplomatique. La visite d’État de Macron à Riyad et AlUla, en décembre 2024, a constitué à cet égard un moment charnière.

Actuellement, les opportunités économiques sont considérables, à commencer par les infrastructures. « Nous avons des tas de choses à proposer », estime Besancenot, qui cite notamment les projets de transport reliant l’aéroport à Qiddiya, une future grande destination de loisirs, ainsi que les immenses besoins liés à l’Exposition universelle de Riyad en 2030.

Mais derrière les grands chantiers se trouve une transformation beaucoup plus profonde : celle de la société saoudienne elle-même. C’est sans doute ici que le rapprochement franco-saoudien prend une dimension particulièrement intéressante.

Car la Vision 2030 n’est pas uniquement un programme économique. « Tout ce qui est soft power est absolument au cœur du dispositif », explique-t-il. Tourisme, culture et sport sont autant de secteurs appelés à contribuer à la création d’emplois pour une population jeune, tout en participant à la diversification de l’économie.

Si AlUla en est l’un des exemples les plus visibles, le mouvement s’étend désormais aux festivals, aux jeux vidéo, au cinéma et aux échanges artistiques.

Peut-on pour autant parler d’une véritable révolution culturelle ? « La révolution est en cours », répond notre interlocuteur. Et les changements sont, de fait, spectaculaires, avec le recul de la ségrégation entre les sexes, le droit pour les femmes de conduire, la progression de leur présence dans le monde professionnel, la multiplication des festivals et l’ouverture des cinémas.

Cette transformation a également changé l’image de l’Arabie saoudite. « Il y a quelques années, on ne parlait que du Yémen », rappelle-t-il. « Aujourd’hui, quand on parle de l’Arabie, on parle des grands projets », de ses ambitions économiques, de ses initiatives politiques et de sa capacité à peser sur les affaires régionales.

Le changement d’image est donc indissociable du changement de stratégie. Riyad ne cherche plus seulement à être reconnu comme une puissance énergétique, mais veut devenir une puissance économique, politique, culturelle et touristique, capable de dialoguer simultanément avec Washington, Pékin, Moscou, Ankara, Islamabad et les capitales européennes.

C’est dans ce nouvel équilibre, souligne Besancenot, que la relation franco-saoudienne trouve aujourd’hui sa véritable raison d’être, d’autant que les deux pays ont compris qu’ils avaient intérêt à renforcer leur propre partenariat dans un monde devenu plus incertain et plus multipolaire.