A Bagdad, une mosquée de l'ère Saddam cristallise les divisions

Cette photo prise le 16 novembre 2021 montre une vue de la grande mosquée al-Rahman dans le district d'al-Mansour de la capitale irakienne Bagdad, l'un des derniers projets du défunt dictateur irakien Saddam Hussein. Conçue pour accueillir 15 000 fidèles, l'une des plus grandes du Moyen-Orient, la mosquée al-Rahman était censée rivaliser en grandeur avec le Taj Mahal, mais le projet monumental de l'ancien dictateur irakien n'a jamais été achevé. (Ahmad Al-Rubaye/AFP)
Cette photo prise le 16 novembre 2021 montre une vue de la grande mosquée al-Rahman dans le district d'al-Mansour de la capitale irakienne Bagdad, l'un des derniers projets du défunt dictateur irakien Saddam Hussein. Conçue pour accueillir 15 000 fidèles, l'une des plus grandes du Moyen-Orient, la mosquée al-Rahman était censée rivaliser en grandeur avec le Taj Mahal, mais le projet monumental de l'ancien dictateur irakien n'a jamais été achevé. (Ahmad Al-Rubaye/AFP)
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Publié le Dimanche 05 décembre 2021

A Bagdad, une mosquée de l'ère Saddam cristallise les divisions

  • Prévue pour accueillir 15.000 fidèles, la mosquée Al-Rahmane devait être une des plus grandes du Moyen-Orient
  • Initialement de rite sunnite, la mosquée est tombée sous la coupe des religieux chiites après 2003

BAGDAD, Irak : La monumentale mosquée inachevée en béton gris, en plein cœur de la capitale irakienne, était un des derniers projets phares de Saddam Hussein et devait rivaliser avec le Taj Mahal. Elle est aujourd'hui un enjeu de lutte entre différentes factions politico-religieuses.

Prévue pour accueillir 15.000 fidèles, la mosquée Al-Rahmane devait être une des plus grandes du Moyen-Orient. Lancée à la fin des années 1990 en plein embargo occidental, sa construction était un pied-de-nez à Washington. Elle ne sera jamais achevée et le dictateur sera renversé en 2003 par l'invasion américaine.

Aujourd'hui, un trou béant s'ouvre vers le ciel, à l'endroit où le dôme central de céramique orné d'or, haut de 84 mètres, devait couvrir le lieu de culte.

En revanche, les huit dômes secondaires, hauts de 28 mètres et abritant eux-mêmes huit petits dômes de 14 mètres, sont quasi terminés. Plusieurs grues sont toujours immobilisées autour du bâtiment, dans un des quartiers aisés de la capitale.

"Malheureusement nous avons négligé le patrimoine du pays. Ces projets appartiennent à tous les Irakiens, il faut exploiter cet héritage, en faire des sites culturels et touristiques", plaide l'architecte et universitaire Mohamed Qassem Abdel Ghaffour.

"Tout ça, c'est l'argent de l'Irak et l'État doit en tirer profit", insiste-t-il.

Initialement de rite sunnite, la mosquée est tombée sous la coupe des religieux chiites après 2003. Elle est aujourd'hui au cœur de dissensions internes au sein de cette communauté, qui domine le pouvoir central de Bagdad.

"Depuis la chute de l'ancien régime, la mosquée est contrôlée par le Parti de la vertu islamique", indique un haut responsable gouvernemental s'exprimant sous anonymat. "Le parti n'a jamais pu finir la construction, car les besoins (financiers) sont énormes."

- «Partis armés» -

Ce parti a été un "obstacle" face aux projets du gouvernement, qui aurait pu transformer le bâtiment en université ou en musée, assure le responsable.

Saddam Hussein "voulait une mosquée plus grande encore que le Taj Mahal", reconnaît-il.

Officiellement le parti nie avoir fait main basse sur la mosquée. Même si, chaque vendredi, ses partisans s'y rendent pour la traditionnelle prière de la mi-journée, sous un des dômes secondaires.

Et quelque 150 familles affiliées au parti vivent depuis des années dans des habitations informelles érigées sur des terrains vagues autour de la mosquée.

Saisi par le Waqf chiite -- une institution religieuse gérant les biens de la communauté chiite --, un tribunal avait reconnu en janvier 2020 que la propriété de la mosquée revenait à cette institution qui gère les biens religieux de la communauté.

Le verdict obligeait le Parti de la vertu islamique à payer 200 millions de dollars (176,5 millions d'euros) de compensations, selon un communiqué du Waqf.

Le Waqf accusait le parti de s'être accaparé le site "pendant plus de 16 ans", l'administrant "sans aucune légitimité légale ou religieuse".

La décision de justice n'a jamais été appliquée.

"A plusieurs reprises, l'armée et la police sont intervenues. Mais face aux armes de l'Etat, il y a les armes des partis", résume le militant Subeih al-Kachtini. "La construction ne pourra pas reprendre tant que la mosquée continuera à être l'objet de conflits partisans."

- «Récupération de la religion» -

Le site, assure le Waqf chiite, pourrait permettre la création de 20.000 emplois, grâce à des investissements visant à ériger des centres commerciaux ou des complexes résidentiels sur les terrains jouxtant la mosquée.

Mais en attendant, c'est le statu quo.

Pour Caecilia Pieri, chercheuse associée à l'Institut français du Proche-Orient, la mosquée s'inscrit dans la "politique de symbolique architecturale" menée sous l'ancien régime.

Saddam Hussein érige alors d'immenses monuments à Bagdad, et son action dans les années 1990 se fait sous le signe de "la récupération de la religion: je mets Allah Akbar sur le drapeau et je construis des mosquées", indique cette spécialiste de l'architecture de Bagdad au XXe siècle.

L'architecte Mazen al-Aloussi, un des responsables de la conception du projet sous l'ancien régime, vante, lui, une initiative "unique en son genre".

Ayant quitté l'Irak en 2005 pour fuir les violences confessionnelles qui déchiraient le pays, il assure que les financements nécessaires pour achever l'édification de la mosquée ne devraient pas être si élevés que cela.

"Il faudrait en faire une mosquée unifiée, où tant les chiites que les sunnites vont prier."


Liban: Israël frappe à nouveau Beyrouth après l'avancée de ses troupes dans le sud

Des secouristes se précipitent sur le site d’une frappe israélienne ayant visé un véhicule sur l’autoroute menant à l’aéroport international de Beyrouth le 4 mars 2026. (AFP)
Des secouristes se précipitent sur le site d’une frappe israélienne ayant visé un véhicule sur l’autoroute menant à l’aéroport international de Beyrouth le 4 mars 2026. (AFP)
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  • Israël a mené de nouvelles frappes aériennes à Beyrouth et dans le sud du Liban, ciblant des infrastructures du Hezbollah
  • Les attaques ont fait plusieurs morts, dont un haut responsable du Hamas au Liban, alors que le conflit s’élargit dans le contexte de la guerre régionale impliquant l’Iran et que des appels internationaux à éviter une offensive terrestre se multiplient

BEYROUTH: Israël a lancé de nouvelles attaques contre le Liban jeudi, menant des frappes aériennes pour le quatrième jour après que son armée a progressé dans plusieurs localités frontalières du sud du pays, entraîné dans la guerre régionale.

Des images de l'AFP ont montré tôt jeudi un panache de fumée s'élever au dessus de Beyrouth après une frappe sur le sud de la capitale libanaise, bastion du mouvement islamiste Hezbollah soutenu par l'Iran.

L'armée israélienne a déclaré sur Telegram avoir "commencé à frapper l'infrastructure du Hezbollah à Beyrouth".

Elle avait auparavant demandé aux habitants de quitter le quartier, les avertissant qu’elle s’apprêtait à attaquer des cibles qu’elle affirmait être liées au Hezbollah.

Selon l'agence de presse officielle libanaise Ani, une frappe israélienne de drone a aussi tué un haut responsable du Hamas, ainsi que son épouse, dans un camp de réfugiés palestiniens du nord du Liban.

Il s'agit du premier dirigeant du groupe islamiste palestinien tué depuis le début de l'offensive américano-israélienne sur l'Iran.

Les autorités libanaises ont par ailleurs annoncé trois nouveaux morts dans des frappes israéliennes ayant visé deux voitures sur l'autoroute menant à l'aéroport de Beyrouth.

Et l'Ani a fait état de trois morts dans une frappe de drone sur un véhicule dans le sud du Liban, sans préciser qui pourrait être à l’origine de cette frappe.

Le Liban a été entraîné lundi dans la guerre après une première attaque contre Israël du mouvement chiite, qui affirmait vouloir "venger" la mort du guide iranien Ali Khamenei.

- Affrontements "directs" -

Les hostilités entre Israël et le Hezbollah se sont intensifiés mercredi.

L'armée israélienne a annoncé mercredi soir avoir frappé de nombreuses positions du Hezbollah dans la zone méridionale du pays, au sud du fleuve Litani, région dont elle avait pressé les habitants de fuir en début d'après-midi.

Le Hezbollah fera face à "l'agression israélo-américaine" et ne se rendra pas, a assuré son chef Naïm Qassem dans un discours diffusé sur la chaîne de son parti, le premier depuis le début samedi de l'attaque américano-israélienne contre l'Iran.

Le Hezbollah a revendiqué mercredi au moins 23 attaques contre Israël, dont une à l'aide de drones contre les industries aérospatiales israéliennes dans le centre du pays, ciblant pour la première fois une région aussi éloignée de la frontière.

Il a également dit avoir visé à l'aide d'un "missile de précision" une base militaire du nord du pays.

Dans le sud du Liban, le Hezbollah a rapporté pour la première fois des affrontements "directs" avec des soldats israéliens entrés dans le village de Khiam, à 6 kilomètres de la frontière avec Israël.

L'armée "a mené une nouvelle vague de frappes et démantelé des infrastructures terroristes du Hezbollah dans tout le Liban", indique un communiqué militaire. Parmi ces cibles "figuraient de nombreux sites de lancement de roquettes et de missiles (...) situés au sud du fleuve Litani", "notamment une installation de production" drones.

Aux termes d'une trêve conclue en novembre 2024, seuls les casques bleus de l’ONU et l'armée libanaise sont autorisés à porter des armes au sud du fleuve Litani. Israël était censé retirer l'ensemble de ses forces, mais a maintenu des troupes dans des zones qu’il juge stratégiques et mené des frappes aériennes régulières, invoquant le refus du Hezbollah de déposer les armes.

Le président français Emmanuel Macron s'est entretenu mercredi avec son homoloque américain Donald Trump et avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qu'il a appelé "à préserver l'intégrité territoriale du Liban et à s'abstenir d'une offensive terrestre".


Liban: le chef du Hezbollah défiant, les forces israéliennes avancent dans le sud

Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale. (AFP)
Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale. (AFP)
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  • Le Hezbollah fera face à "l'agression israélo-américaine" et ne se rendra pas, a assuré son chef Naïm Qassem
  • Israël, qui élargit le champ de ses attaques au Liban, a ordonné mercredi à tous les habitants d'une partie du sud d'évacuer, alors que les autorités libanaises ont recensé 72 morts et 83.000 déplacés depuis lundi

BEYROUTH: Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale.

Le Hezbollah fera face à "l'agression israélo-américaine" et ne se rendra pas, a assuré son chef Naïm Qassem dans un discours diffusé sur la chaîne de son parti, le premier depuis le début samedi de l'attaque américano-israélienne contre l'Iran.

Israël, qui élargit le champ de ses attaques au Liban, a ordonné mercredi à tous les habitants d'une partie du sud d'évacuer, alors que les autorités libanaises ont recensé 72 morts et 83.000 déplacés depuis lundi.

Le Liban a été entraîné lundi dans la guerre après une première attaque contre Israël du mouvement chiite, qui affirmait vouloir "venger" la mort du guide iranien Ali Khamenei.

Le Hezbollah a revendiqué mercredi au moins 15 attaques contre Israël, dont une à l'aide de drones contre les industries aérospatiales israéliennes dans le centre du pays, ciblant pour la première fois une région aussi éloignée de la frontière.

Il a également dit avoir visé à l'aide d'un "missile de précision" une base militaire du nord du pays.

Dans le sud du Liban, le Hezbollah a rapporté pour la première fois des affrontements "directs" avec des soldats israéliens entrés dans le village de Khiam, à six kilomètres de la frontière avec Israël.

La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) a annoncé avoir observé "plusieurs mouvements et activités militaires de l'armée" israélienne dans des localités frontalières dont Khiam.

Des vidéos de l'AFP montrent deux chars israéliens avancer dans des quartiers résidentiels de ce village.

L'armée israélienne a de son côté annoncé avoir déployé "sur plusieurs positions" du sud du Liban des soldats, avec des unités "de l'infanterie, des blindés et du génie".

Dans le même temps, l'armée israélienne a demandé aux habitants d'évacuer une vaste zone dans le sud du Liban, entre la frontière avec Israël et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Fausses alertes 

L'aviation israélienne a elle élargi le champ de ses frappes, visant pour la première fois un hôtel à Hazmieh, une banlieue chrétienne de Beyrouth proche du palais présidentiel et de nombreuses missions diplomatiques.

Des images de l'AFP ont montré le bâtiment de l'hôtel Comfort dont certaines chambres sont éventrées, et des blessés recevant des soins à la réception. Il n'a pas été possible de savoir quelle cible était visée par cette attaque.

Lena, une habitante de ce quartier résidentiel cossu, affirme avoir cru que la banlieue sud qu'il surplombe était visée.

"Je me suis bien trompée. A deux pas de chez moi, un hôtel était la cible cette fois-ci", dit à l'AFP cette femme de 59 ans.

Dans le même temps, des habitants de plusieurs régions libanaises ont indiqué à l'AFP avoir reçu un message enregistré au téléphone leur demandant d'évacuer, provoquant la panique. L'AFP n'a pas pu s'assurer de la véracité de ces alertes.

L'un de ces appels est parvenu au poste-frontière de Masnaa avec la Syrie, qui a été brièvement fermé avant de vérifier qu'il s'agissait d'une fausse alerte, a indiqué un responsable de sécurité à l'AFP.

La banlieue sud visée 

Une série de frappes a en outre visé mercredi matin la banlieue sud de Beyrouth, après des ordres d'évacuation de l'armée israélienne.

L'une des frappes a visé un immeuble proche d'un important hôpital, selon un photographe de l'AFP.

Au sud de la capitale libanaise, des attaques ont visé Aramoun et Saadiyat, des zones résidentielles qui ne font pas partie des bastions du Hezbollah.

Les frappes ont également visé un immeuble de quatre étages dans la ville millénaire de Baalbeck, dans l'est du Liban, où le Hezbollah est fortement implanté.

Trois secouristes ont été tués alors qu'ils portaient assistance à des personnes blessées dans des explosions dans le district de Tyr (sud), selon le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus.

"Les parties belligérantes doivent respecter le droit international humanitaire et protéger les professionnels de santé", a-t-il rappelé.

 


Turquie: un missile tiré depuis l'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc a été détruit 

Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense. (AFP)
Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense. (AFP)
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  • "Un missile balistique tiré d'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc après avoir survolé les espaces aériens irakien et syrien, a été intercepté et neutralisé à temps par les éléments de défense aérienne et antimissile de l'Otan"
  • "Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec fermeté et sans hésitation. Nous vous rappelons que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays"

ANKARA: Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense.

"Un missile balistique tiré d'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc après avoir survolé les espaces aériens irakien et syrien, a été intercepté et neutralisé à temps par les éléments de défense aérienne et antimissile de l'Otan déployés en Méditerranée orientale. (...) L'incident n'a fait ni victimes ni blessés", a affirmé le ministère turc dans un communiqué publié sur X.

"Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec fermeté et sans hésitation. Nous vous rappelons que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays", a ajouté le ministère.

Un débris appartenant à une munition de défense aérienne est tombé dans le district de Dörtyol, dans la province de Hatay, dans le sud-est du pays, a précisé le ministère.

"Toute action hostile recevra la réponse appropriée dans le cadre du droit international. La consultation et la coopération avec l'OTAN et nos alliés se poursuivront tout au long de ce processus", a de son côté affirmé sur X le directeur des communications de la présidence turque Burhanettin Duran.

"Nous réitérons notre avertissement à toutes les parties : elles doivent s'abstenir de toute action susceptible d'exacerber les tensions dans la région", a-t-il conclu.