Michel Houellebecq, oracle de la France de 2027

L'acteur et écrivain français Michel Houellebecq pose lors du photocall du film "Thalasso" lors du 67e Festival du film de San Sebastian, à San Sebastian, dans le nord de l'Espagne, le 25 septembre 2019.(AFP)
L'acteur et écrivain français Michel Houellebecq pose lors du photocall du film "Thalasso" lors du 67e Festival du film de San Sebastian, à San Sebastian, dans le nord de l'Espagne, le 25 septembre 2019.(AFP)
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Publié le Jeudi 30 décembre 2021

Michel Houellebecq, oracle de la France de 2027

  • Houellebecq avait prouvé, notamment avec « Soumission » en 2015, qu'il adore l'anticipation
  • Cette longue fiction (736 pages) du romancier français le plus influent au monde, à paraître le 7 janvier, ne devrait pas manquer de susciter exégèses et débats politiques

PARIS : La campagne présidentielle de 2027, au terme d'un deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron, dans une France "en déclin", permet à Michel Houellebecq dans son huitième roman, "Anéantir", de se faire l'oracle de notre époque.

Cette longue fiction (736 pages) du romancier français le plus influent au monde, à paraître le 7 janvier, ne devrait pas manquer de susciter exégèses et débats politiques.

Houellebecq avait prouvé, notamment avec "Soumission" en 2015, qu'il adore l'anticipation, en imaginant l'élection d'un président de la République musulman. Sa sortie avait coïncidé avec l'attentat commis par deux jihadistes contre le journal satirique Charlie Hebdo, qui avait fait 12 morts à Paris.

Jamais nommé dans "Anéantir", l'actuel président français, Emmanuel Macron, est bien reconnaissable quand une conseillère en communication le qualifie de "magnifique animal politique", toujours sémillant "depuis le début de sa fulgurante ascension".

Il a dirigé un pays "en déclin", miné par les inégalités, la mort lente des petites villes et des campagnes, et un chômage persistant. "Le décalage entre les classes dirigeantes et la population avait atteint un niveau inouï", s'alarme le narrateur.

En 2027, la gauche n'existe que difficilement, le parti d'extrême droite Rassemblement national --présidé aujourd'hui par Marine Le Pen-- est toujours fort au premier tour mais en peine au second, tandis que la personnalité d'extrême droite Eric Zemmour, qui bouscule la campagne présidentielle cette année, n'attire que haine ou admiration. Autant d'éléments qui rappellent 2022.

"Anéantir" s'intéresse à un tandem au cœur de cette campagne, le ministre de l'Economie Bruno Juge et son conseiller spécial Paul Raison.

Cet homme de 49 ans, serviteur de l'Etat et de la majorité présidentielle, d'humeur égale bien qu'enfoncé dans une crise conjugale sans fin, désabusé par son propre fatalisme et son goût conscient du confort bourgeois, est le protagoniste du roman.

Le personnage de Bruno Juge, "probablement le plus grand ministre de l'Economie depuis Colbert" (XVIIe siècle), rappelle quant à lui un certain Bruno occupant les mêmes fonctions, l'actuel ministre Bruno Le Maire.

Ce dernier est un ami personnel de l'écrivain, dont il s'est dit "très lié". Fin octobre, M. Le Maire avait révélé devant un parterre d'industriels que le roman à venir défendrait l'industrie.

Question de la mort 

C'est en effet l'un des thèmes d'"Anéantir", à son début surtout, où est louée l'action de Bruno Juge, par exemple "son succès le plus impressionnant": redresser la marque automobile Citroën, nationalisée de fait et réorientée vers le haut de gamme.

En 2027, Jean-Marie Le Pen est toujours en vie, à près de 99 ans, et sa fille Marine laisse la place à plus jeune qu'elle pour la présidentielle. Le réchauffement climatique rend les étés très longs. Le terrorisme islamiste est bien moins menaçant sur le territoire français, et d'autres mouvements l'ont supplanté dans la violence politique.

Mais "Anéantir", qui sort en pleine résurgence de l'épidémie de Covid-19, est surtout un grand roman sur les questions de santé, de médecine et de fin de vie.

Le Covid a-t-il été vaincu en 2027, ou n'est-ce plus qu'un virus dont on ne parle jamais, comme la grippe? Le mot n'apparaît pas une seule fois.

Le narrateur, positionné en surplomb, est travaillé par la question de la mort dans nos sociétés occidentales: comment nous la repoussons, comment nous vivons celle de nos proches, comment nous appréhendons ce qui viendra après elle. Houellebecq y plaide une fois de plus contre l'euthanasie.

Ces sujets finissent par rattraper un Paul Raison qui s'était contenté de vivre sans foi, sans interrogation spirituelle, et qui ressent le vide laissé par l'effondrement du christianisme. Ils offrent au roman une fin sublime, lyrique, où s'efface l'intrigue politique.

"Cette mort solitaire, plus solitaire qu'elle ne l'avait jamais été depuis les débuts de l’histoire humaine, avait récemment été célébrée par les auteurs de différents ouvrages de développement personnel", déplore-t-il.

"Anéantir" est imprimé à 300.000 exemplaires.


This is Not Your Grave, de l'artiste palestinienne Dima Srouji, sonde l'architecture en tant qu ’abri, résistance et oppression

Hearth, Dima Srouji. (Photo fournie)
Hearth, Dima Srouji. (Photo fournie)
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  • Les projets des artistes Abbas Akhavan, Asma Belhamar et Vikram Divecha seront élaborés dans le courant de l'année et ils viendront compléter ceux de Dima Srouji
  • Dima Srouji a été lauréate du prix Jameel 2022-2023 du Victoria & Albert Museum de Londres et elle enseigne actuellement au Royal College of Art de Londres

DUBAÏ: L'artiste palestinienne Dima Srouji a installé dans trois zones distinctes de l'avenue Alserkal de Dubaï, un centre créatif de la ville, une nouvelle œuvre spécifique intitulée This is Not Your Grave, qui explore l'utilisation de l'architecture comme abri, comme résistance et comme oppression. 

L’œuvre fait partie de «Walk with Me», l’édition 2024-2025 de commandes d’art public de l’avenue Alserkal, organisée par Zoe Whitley, basée à Londres, conservatrice, écrivaine et directrice de la Chisenhale Gallery, dans la capitale britannique. 

Zoe Whitley a été inspirée par l’accessibilité de l’avenue Alserkal et par la variété des sites culturels pour les visiteurs, qui se déplacent à pied plutôt qu’en voiture. Les œuvres invitent ainsi le visiteur à se promener dans cette zone et à découvrir de nouvelles créations. Les commandes d'art public d'Alserkal, inaugurées en 2015, comprennent de nouvelles œuvres ambitieuses, qui restent accessibles aux visiteurs de l'avenue Alserkal, tant du point de vue esthétique qu’intellectuel. 

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Library, Dima Srouji. (Photo fournie) 

L’une des pierres angulaires du travail de Dima Srouji est ce qu’elle appelle «l’échec de l’architecture». 

«Elle est destinée à protéger les habitants et les utilisateurs, principalement en relation avec le concept de base de l'architecture, qui est l’abri», déclare-t-elle à Arab News. 

«Au cours de ces dernières années, en particulier pendant la pandémie de la Covid-19, j’ai réfléchi à cette idée d’abri en tant que refuge, et à ce que signifie réellement de créer un abri, dans le contexte d’une situation critique, soit durant mon enfance en Palestine», ajoute-t-elle. «Comme nous le voyons encore aujourd'hui à Gaza, qui subit un génocide, et comme nous l'avons constaté dans l'imagerie de Gaza depuis octobre, mais aussi en Palestine en général depuis 1948, l'architecture a été utilisée comme une arme pour construire un État sioniste», soutient l'artiste. 

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Library, Dima Srouji. (Photo fournie) 

Un aspect auquel Dima Srouji dit avoir réfléchi en ce qui concerne l'abri est le fait qu'«il ne s'agit pas nécessairement d'espaces architecturaux et d'espaces intérieurs où l'on peut se cacher tels qu’un tunnel souterrain, mais qu’il peut s’agir également d'éléments aussi simples qu’une baignoire utilisée comme lieu pour s’abriter… parce que si les bombardements ont lieu dans le quartier voisin et que vous ne pouvez pas descendre les escaliers aussi vite que nécessaire, alors l'espace sûr le plus proche est une baignoire. Il en va de même avec les escaliers.» 

L'installation en trois parties représente une baignoire, un escalier et un tunnel, en tant qu’éléments architecturaux qui représentent un abri. 

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Sanctuary, Dima Srouji. (Photo fournie) 

«Je ne m'y intéresse pas seulement du point de vue architectural en raison de leur volume en tant qu’espace confiné, mais aussi du fait que ce sont des espaces où les gens peuvent se rassembler et où la structure familiale devient un véritable refuge où s’abriter», indique-t-elle. 

Zoe Whitley indique avoir découvert le travail de Dima Srouji pour la première fois lors d'une exposition collective à Djeddah. «J'ai été immédiatement fascinée par sa sensibilité à l’environnement et par son étude minutieuse de la façon dont les villes sont construites, puis évoluent. Elle nous montre comment nous nous déplaçons à travers et à l’intérieur des espaces, rarement de la manière prévue par l’architecte», explique-t-elle à Arab News. 

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Library, Dima Srouji. (Photo fournie) 

«L'installation en trois parties de Dima est une véritable invitation à se promener dans l'avenue Alserkal», précise-t-elle. «Tous les commissaires d'exposition souhaitent que les visiteurs s'attardent et le concept de Dima nous encourage à nous rassembler, à nous attarder et à réfléchir.» 

Les projets des artistes Abbas Akhavan, Asma Belhamar et Vikram Divecha seront élaborés dans le courant de l’année et ils viendront compléter ceux de Dima Srouji. 

Dima Srouji a été lauréate du prix Jameel 2022-2023 du Victoria & Albert Museum de Londres et elle enseigne actuellement au Royal College of Art de Londres. Ses œuvres font partie des collections permanentes du Stedelijk Museum Amsterdam, du Victoria & Albert Museum, de l’Institut du monde arabe, du Corning Museum of Glass et de TBA21. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Elon Musk porte plainte contre OpenAI, l'accusant d'avoir trahi son accord fondateur

Elon Musk, PDG de X (anciennement Twitter) (Photo, AFP).
Elon Musk, PDG de X (anciennement Twitter) (Photo, AFP).
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  • Elon Musk a cofondé OpenAI en 2015 avec Sam Altman
  • Il en est parti en 2018 et fait désormais partie des plus virulents critiques de l'entreprise

PARIS: Le milliardaire Elon Musk a déposé plainte contre OpenAI — le créateur de ChatGPT — et ses cofondateurs Sam Altman et Greg Brockman, leur reprochant d'avoir abandonné la mission originelle de la société.

Selon des documents déposés jeudi auprès d'un tribunal de San Francisco, consultés vendredi par l'AFP, Elon Musk reproche à OpenAI, qui s'est allié à Microsoft, d'avoir enfreint l'accord initial à l'origine de son développement, selon lequel il devait demeurer une organisation à but non lucratif, œuvrant pour le bien de l'humanité.

Elon Musk a cofondé OpenAI en 2015 avec Sam Altman notamment, avec des statuts d'organisation à but non lucratif travaillant sur des logiciels d'intelligence artificielle en "open source" (accessibles, modifiables, utilisables et redistribuables par tous), afin de ne pas laisser Google dominer cette technologie majeure.

Critique 

Il en est parti en 2018 et fait désormais partie des plus virulents critiques de l'entreprise. Elon Musk a aussi fondé en 2023 sa propre société d'intelligence artificielle, xAI.

OpenAI n'a pas rendu public le code de son dernier modèle de , GPT 4, "rompant le contrat initial", font valoir les avocats d'Elon Musk dans la plainte. "Contrairement à l'accord fondateur, les défendeurs ont choisi d'utiliser GPT 4 non pas pour le bien de l'humanité, mais en tant que technologie exclusive visant à maximiser les profits de la plus grande entreprise au monde", à savoir Microsoft.

Microsoft a promis 13 milliards de dollars d'investissements à OpenAI. Sam Altman a depuis réorienté OpenAI sur une trajectoire lucrative, ce qui lui avait valu d'être renvoyé par une partie du conseil d'administration en novembre. Soutenu par Microsoft, le patron d'OpenAI avait été réintégré cinq jours plus tard.

Elon Musk réclame notamment que GPT 4 soit exclu de la licence accordée par OpenAI à Microsoft.


L’artiste originaire de Gaza, Malak Mattar, évoque son œuvre Last Breath

Last Breath dépeint des scènes infernales se déroulant à Gaza, la ville natale de Malak Mattar. (Photo fournie)
Last Breath dépeint des scènes infernales se déroulant à Gaza, la ville natale de Malak Mattar. (Photo fournie)
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  • Malak Mattar a créé une scène troublante de visages terrifiés, de bâtiments brisés et de graffitis poignants, difficiles à accepter
  • Certains comparent le tableau au chef-d’œuvre de Picasso, Guernica, créé pendant la guerre civile espagnole

DUBAÏ: «Je n’ai jamais rien fait de plus important dans ma vie», déclare Malak Mattar, artiste palestinienne basée à Londres. Elle fait allusion à sa peinture rectangulaire en noir et blanc, Last Breath, achevée en février. Cette déclaration est vraie, tant au sens propre que figuré. 

Last Breath dépeint des scènes infernales se déroulant dans la ville natale de Mme Mattar, Gaza, cible de l’agression militaire israélienne depuis octobre 2023. «Je pense que cette œuvre résume tout ce que je cherche à exprimer», confie-t-elle à Arab News. 

Lorsque la guerre actuelle a commencé, elle n’avait aucune envie de créer. «C’était comme une paralysie artistique: je ne pouvais ni tenir un morceau de papier, ni peindre, ni regarder des tableaux. Pour ne rien vous cacher, plus rien n’avait de sens pour moi», explique-t-elle. 

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Malak Mattar est une artiste palestinienne basée à Londres. (Photo fournie) 

Mais les choses ont commencé à changer lorsqu’elle a passé le mois de décembre à réaliser plus de cent croquis sur du papier brun, en se basant sur des photos explicites. On y voit, dans la plupart, des victimes des bombardements israéliens, qui ont commencé quelques jours seulement après le retour de l’artiste au Royaume-Uni à la suite d’une visite dans sa ville natale. 

Malak Mattar a passé un mois à créer Last Breath, en utilisant parfois une échelle pour travailler sur la toile, qui mesure plus de deux mètres de haut. Au cours de ce mois, elle a passé deux semaines sans nouvelles de sa famille à Gaza. 

«La ville de Gaza était plongée dans l’obscurité totale: il n’y avait aucun message, aucun appel, aucune nouvelle», se souvient-elle. «Mais cela ne m’a pas arrêtée. Pour continuer à peindre une œuvre comme celle-ci, il faut se mettre la pression. Pendant un moment, j’ai mis mes émotions en sourdine; l’urgence du moment et l’engagement étaient plus importants que tous les sentiments que je pouvais ressentir.» 

Le résultat est percutant. Malak Mattar a créé une scène terrible de visages terrifiés, de bâtiments brisés et de graffitis poignants, difficiles à accepter. Au centre de la toile se trouve un cheval. Il tire une charrette chargée d’objets ménagers – un matelas, une chaise, des couvertures –, ainsi qu’un cadavre enveloppé dans un tissu blanc. Mais il y a aussi un jeune garçon, vivant, à l’avant de la charrette. 

«Le cheval a une dimension symbolique et occupe une place particulière dans la guerre actuelle», souligne l’artiste peintre. «Son rôle est passé du transport de fruits et légumes à celui d’ambulancier. Il y a une force et une certaine dureté chez un cheval. C’est ainsi que je vois aussi Gaza; pour moi, ce n’est pas une ville faible. Dans ma mémoire, c’est un lieu qui déborde de vie et qui se relève toujours après chaque guerre.» 

Mme Mattar précise que la partie la plus difficile à peindre a été le côté gauche du tableau, où l'on voit de grands oiseaux noirs s'acharner sur des cadavres. 

«Le plus choquant, c’était de voir les oiseaux manger les corps des martyrs. Même les animaux ne trouvaient pas de nourriture», explique-t-elle. 

Le tableau met également en évidence la perte du patrimoine culturel, illustrant à quel point des monuments importants, comme la Grande Mosquée de Gaza (Al-Omari), l’église grecque orthodoxe Saint-Porphyre et le centre culturel Rachad Shawa, ont été gravement endommagés. 

On voit également des jouets d’enfants, qui symbolisent la jeunesse et l’innocence perdues. 

«Il y a un adulte qui sommeille en chaque enfant. Lorsqu’un enfant commence à parler comme un adulte, c’est dangereux», déclare Malak Mattar. «Une génération entière n’a pas vécu son enfance et son adolescence.» 

Last Breath est délibérément une œuvre difficile, pénible. «Nous vivons une période très sombre et ce tableau n’apporte aucune lueur d’espoir», indique-t-elle. «Nous ne nous en remettrons jamais.» 

Certains comparent le tableau au chef-d’œuvre de Picasso, Guernica, créé pendant la guerre civile espagnole, à la suite du bombardement d’une ville. L’artiste a été particulièrement flattée lorsqu’un commentateur a décrit son tableau comme le «Guernica Al-Jadida» («le nouveau Guernica»). 

Last Breath se trouve actuellement dans la chambre forte de la National Gallery de Londres. L’œuvre sera présentée lors d’une exposition personnelle qui se tiendra du 6 au 10 mars à l’espace Cromwell, dans la capitale britannique. Malak Mattar espère que Last Breath deviendra une pièce permanente de la collection d’un musée ou d’une institution publique, mais pas d’une collection privée. 

«Le but de cette œuvre est qu’elle soit vue», insiste-t-elle. «Elle n’est pas à vendre, car il est impossible d’en évaluer le prix. Pour la première fois, j’ai l’impression que mon travail appartient à une cause plus grande.» 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com