Semaine de la durabilité d’Abu Dhabi: le point sur les progrès

Cérémonie d’ouverture de la Semaine de la durabilité d’Abu Dhabi, la plate-forme mondiale pour accélérer la mise en place des objectifs de développement durable, organisée par Masdar – Abu Dhabi Future Energy Company. (Wam)
Cérémonie d’ouverture de la Semaine de la durabilité d’Abu Dhabi, la plate-forme mondiale pour accélérer la mise en place des objectifs de développement durable, organisée par Masdar – Abu Dhabi Future Energy Company. (Wam)
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Publié le Vendredi 21 janvier 2022

Semaine de la durabilité d’Abu Dhabi: le point sur les progrès

  • Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont été cités par les participants comme exemples pour le reste du monde, en raison de la force de leurs initiatives pionnières en matière d’«énergie verte»
  • Le Moyen-Orient et la Corne de l’Afrique vont jouer un rôle crucial dans la transition vers les énergies propres et renouvelables», déclare l’envoyé spécial pour le climat, John Kerry

DUBAÏ: Les efforts déployés par les gouvernements du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (Mena) pour accélérer l’action pour le climat ont été salués lors de la Semaine de la durabilité d’Abu Dhabi, qui s’est tenue dans la capitale des Émirats arabes unis (EAU).

Depuis son lancement en 2008, cet événement rassemble les membres de la communauté mondiale pour accélérer la réalisation des objectifs de développement durable.

Les événements de cette année ont fourni aux chefs d’État, aux décideurs politiques, aux chefs d’entreprise et aux pionniers de la technologie, une plate-forme pour partager des connaissances, présenter des solutions novatrices et définir des stratégies pour mener à bien l’action pour le climat.

Dans un contexte d'inquiétude croissante concernant les répercussions du réchauffement climatique, les EAU et l’Arabie saoudite ont été cités par les participants comme exemples pour le reste du monde, en raison de la force de leurs initiatives pionnières en matière d’«énergie verte».

John Kerry, envoyé spécial du président américain, Joe Biden, pour le climat, a détaillé les progrès considérables réalisés par les pays de la région Mena.

Les EAU s’apprêtent à accueillir la Conférence des nations unies sur les changements climatiques (COP28) en 2023, ce qui en fait le troisième pays arabe à recevoir cet honneur. La COP27 devrait se tenir en Égypte plus tard cette année, dix ans exactement après que le Qatar est devenu le premier pays arabe à accueillir les représentants de la COP.

Organisée une fois par an, la conférence réunit les représentants des gouvernements qui ont signé la Convention-cadre des nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) pour discuter de la manière de lutter conjointement contre le réchauffement climatique.

L’accord de Paris sur le climat, signé par presque tous les pays du monde lors de la COP21 en 2015, vise, entre autres, à maintenir la hausse de la température moyenne mondiale «bien en dessous» de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels, et à la stabiliser idéalement à 1,5°C.

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Les Émirats arabes unis s’apprêtent à accueillir la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP28) en 2023, ce qui en fait le troisième pays arabe à recevoir cet honneur. (AFP)

La région connaît un essor remarquable et c’est un message extrêmement important pour le reste du monde. Ceux qui produisent la source actuelle de notre électricité, de notre énergie et de notre chauffage reconnaissent qu’il y aura une transition», affirme M. Kerry.

«Nous nous dirigeons de toute évidence vers une énergie propre et renouvelable, ainsi que des structures durables. Le Moyen-Orient et la Corne de l’Afrique vont jouer un rôle crucial à cet égard au cours des deux années à venir.»

En effet, les producteurs de pétrole et de gaz de la région Mena sont de plus en plus considérés comme faisant partie de la solution. Dans la région, les émissions de méthane découlant de leur production sont parmi les plus faibles.

Alors que le dioxyde de carbone (CO2) est largement identifié comme le principal responsable du réchauffement climatique, le méthane est le deuxième sur la liste des pires gaz à effet de serre qui contribuent au changement climatique.

L’ensemble des émissions indirectes de gaz à effet de serre provenant des opérations pétrolières et gazières s’élève désormais à l’équivalent de 5 200 millions de tonnes de CO2. Le méthane est le principal composant de ces émissions indirectes.

Contrairement au CO2, qui reste dans l’atmosphère pendant des milliers d’années, le méthane disparaît en seulement dix à quinze ans. Cependant, tant qu’il est dans l’atmosphère, l’effet du méthane est jusqu’à quatre-vingt-cinq fois plus néfaste que le CO2 (sur une période de vingt ans).

«C’est un sérieux problème lorsqu’on se projette sur les dix prochaines années. Notre plus grand défi consiste à essayer de réduire nos émissions d’au moins 45 %», déclare M. Kerry. «Pour y parvenir, le méthane doit faire partie de la solution et, pour une raison quelconque, personne ne s’est vraiment penché sur la question», poursuit-il.

Cette année, le président Biden et l’Union européenne (UE) ont fait part d’une initiative visant à inciter 109 pays à signer l’engagement sur le méthane et à commencer à travailler ensemble pour «colmater les fuites».

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John Kerry, envoyé spécial du président américain, Joe Biden, pour le climat, a détaillé les progrès considérables réalisés par les pays de la région Mena. (Photo fournie)

L’espoir collectif est de réduire de 30 % les émissions mondiales de méthane d’ici à 2030 – ce qui équivaut à ce que chaque automobile, camion, avion et navire n'émette plus rien pendant cette période. «Ce serait une victoire colossale pour nous tous», souligne M. Kerry. «Cela permettrait de réduire de quelque 0,2°C la hausse de la température au cours de ces dix années, ce serait un gain remarquable dès maintenant», ajoute-t-il.

Le chemin qui mène vers des économies et des sociétés durables devra surmonter la menace existentielle que représente le changement climatique. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) prédit que chaque région du monde connaîtra des changements simultanés et multiples dans les facteurs ayant des incidences climatiques, comme les précipitations, les sécheresses et les incendies de forêt.

«Mais ces chiffres ne sont rien en comparaison avec les bouleversements prévus dans les décennies à venir», indique Halimah Yacob, la présidente de Singapour, aux participants à la Semaine de la durabilité d’Abu Dhabi.

«La lutte contre le changement climatique demeure néanmoins un défi immensément complexe et elle doit aller bien au-delà des conférences annuelles. Elle nécessite une réponse mondiale au moyen de plans ambitieux, d’actions concrètes et d’un engagement résolu de tous les pays, grands et petits. C’est la seule façon de combler les écarts d’émissions et d’atteindre notre objectif collectif «“zéro émission nette”».

Aujourd’hui, les sources d’énergie renouvelables et propres ne fournissent que 20 % de l’électricité mondiale. Les prévisions actuelles estiment qu’elles ne représenteront que 40 % de la production mondiale totale d’ici à 2040.

Selon Awaidha Murshed Ali al-Marar, président du Département de l’énergie d’Abu Dhabi, cela signifie que le monde devra encore utiliser des combustibles fossiles pour les décennies à venir.

«Comme pour toute maladie grave, le traitement ne sera efficace et durable que s’il intègre des ajustements essentiels du mode de vie», précise M. Al-Marar dans son discours. «Il est primordial que nous établissions de nouveaux partenariats régionaux et internationaux», indique-t-il.

Cheikh Nasser ben Hamad al-Khalifa, représentant du roi du royaume de Bahreïn pour les œuvres humanitaires et les affaires de la jeunesse et président du Comité olympique de Bahreïn, affirme qu’avec la date limite fixée pour atteindre les objectifs de développement durable de l’Organisation des nations unies (ONU) d’ici à huit ans seulement, les jeunes devraient pouvoir s’asseoir à la table des négociations sur le climat pour garantir un avenir plus vert.

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Cheikh Nasser ben Hamad al-Khalifa, représentant du roi du royaume de Bahreïn pour les œuvres humanitaires et les affaires de la jeunesse et président du Comité olympique de Bahreïn, affirme que les jeunes devraient pouvoir s’asseoir à la table des négociations sur le climat pour garantir un avenir plus vert. (Photo fournie)

Les 1,8 milliard de jeunes citoyens du monde seront les plus touchés par la crise climatique. Ils sont considérés comme les plus engagés dans le changement et ils sont porteurs d’idées innovantes pour apporter des changements positifs à l’avenir, souligne M. Al-Khalifa lors de son intervention.

«Les jeunes sont passionnés, énergiques, curieux, engagés, connectés, bien informés et dotés de compétences technologiques», insiste M. Al-Khalifa.

«Sans soutien, ils ne pourront pas tirer profit de ces atouts uniques pour être de véritables acteurs de changement dans la création d’un avenir zéro émission nette. Nous devons faire confiance aux jeunes qui ont le pouvoir de mettre en place des changements significatifs.»

Le royaume de Bahreïn a mis en place plusieurs initiatives pour impliquer sa jeunesse dans le processus, conformément à son plan Vision économique 2030, note M. Al-Khalifa.

Il place de grands espoirs chez les jeunes, les décrivant comme «flexibles, résilients et férus de technologie». Le Royaume les qualifie de «pionniers» et d’«innovateurs». «Tout cela leur donne la capacité de s’adapter à l’innovation, aux perturbations et aux catalyseurs de nouvelles idées et de solutions créatives», poursuit le cheikh.

«Cette éthique positive et cette culture de la jeunesse se développent dans différents secteurs et sphères. Au moment où nous empruntons une voie qui nous conduit vers un avenir plus vert, les jeunes resteront le moteur de la transformation socio-économique et culturelle au sein de nos communautés.»

Malgré l’énorme engagement pris à Glasgow lors de la COP26 l’année dernière, M. Kerry affirme que le défi aujourd’hui est de coopérer avec les 35 % restants et de les intégrer le plus rapidement possible pour atteindre cet objectif.

«Nous savons que le réchauffement poursuit sa course effrénée, en particulier en Arctique, où la glace fond beaucoup plus rapidement que partout ailleurs sur la planète», s’alarme-t-il.

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Awaidha Murshed Ali Al-Marar, président du Département de l'énergie d'Abou Dhabi, s'adresse à la Semaine de la durabilité d'Abou Dhabi. (Fourni)

«À mesure que la glace fond, elle fait remonter les eaux sombres et saumâtres de l’océan, qui contiennent plus de chaleur et qui accélèrent le réchauffement. On obtient donc une boucle de rétroaction négative.»

Alors que les coulées de boue, les tempêtes et les inondations s'intensifient dans le monde, M. Kerry a souligné que lorsque les pays se réuniront l'année prochaine pour évaluer leurs progrès, grâce à l'avantage de la visibilité par satellite, chaque pays sera tenu pour responsable sans avoir à présenter de rapport.

«Les gens pourront évaluer l’ampleur de la déforestation et de l’empreinte carbone des grandes entreprises et des pays», explique-t-il. «Nous avons fait un grand pas en avant, mais personne n’avance assez vite. Nous sommes très en retard dans la fermeture de nos centrales au charbon et nous devrons fournir plus d’efforts pour arrêter les fuites de méthane et déployer des énergies renouvelables.»

Dans cette course contre le temps, cependant, le secteur privé jouera un rôle crucial. M. Kerry pense qu’aucun gouvernement ne peut se permettre d’accélérer une telle transition à lui seul. Les efforts mondiaux ont mobilisé plus de 100 000 milliards de dollars (1 dollar = 0,88 euro) prêts à être investis dans de nouvelles technologies liées à l’énergie propre, au stockage des batteries, à la capture, l’utilisation et le stockage du carbone, ainsi qu’aux réseaux intelligents et à l’hydrogène.

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Parmi les participants à la Semaine de la durabilité d’Abu Dhabi figurent Alok Sharma (à gauche), ministre britannique et président de la COP26, et Halimah Yacob (à droite), présidente de Singapour. (Captures d’écran/ Semaine de la durabilité d’Abu Dhabi)

«La réalité, c’est qu’il faudra des investissements très importants pour effectuer cette transition», annonce M. Kerry. «L’énergie produit des revenus; nous devons donc faire preuve de créativité dans la manière d’utiliser cet argent», conseille-t-il.

«Il vaut mieux investir dans un grand champ solaire ou un nouveau produit énergétique qui générera des revenus, plutôt que de garder votre argent à la banque avec des revenus nets d’intérêt négatif.»

Parmi les participants à la Semaine de la durabilité d’Abu Dhabi figurent Alok Sharma, ministre britannique et président de la COP26, qui s’est rendu aux EAU depuis l’Égypte, où il a rencontré de nombreux ministres du gouvernement, dont le futur président de la COP égyptienne, le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri.

Ensemble, ils ont publié une déclaration entre le Royaume-Uni et l’Égypte qui confirme leur engagement commun à accélérer la lutte contre le changement climatique au cours de cette décennie.

Les premières visites de M. Sharma après la COP26 se termineront par une réunion entre l’Égypte, les EAU et le Royaume-Uni à Abu Dhabi – la première d’une série d'engagements entre les pays en préparation des COP27 et COP28.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Liban et Israël au Pentagone vendredi pour des discussions militaires 

Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
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  • Beyrouth "donne la priorité à l'établissement d'un cessez-le-feu", selon une source officielle
  • Les forces israéliennes ont récemment traversé le fleuve Litani, selon une source militaire libanaise.

BEYROUTH : Une réunion entre les délégations militaires libanaise et israélienne, sous l'égide des Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi au Pentagone pour lancer un nouveau cycle de pourparlers sur la sécurité entre les deux parties.

Israël et le Hezbollah ont devancé cette réunion en intensifiant leurs opérations militaires, bien qu'à une échelle inégale. Jeudi, des frappes aériennes israéliennes ont touché la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu décidée à Washington le 15 mai sous l'égide des États-Unis, ciblant un commandant du Hezbollah.

Une source officielle libanaise a déclaré à Arab News que "les réunions militaires au ministère américain de la Défense à Washington se poursuivent comme prévu sous le parrainage et la facilitation des États-Unis".

"Le Liban donne la priorité, dans ses discussions directes avec la partie israélienne, à l'établissement d'un cessez-le-feu avant de se pencher sur des questions politiques ou de sécurité plus larges", a déclaré cette personne.

Au cours des dernières 48 heures, Israël a étendu ses opérations militaires au Sud-Liban et à la vallée de la Bekaa, forçant les habitants de Tyr et de Nabatieh à fuir, nombre d'entre eux ayant été tués alors qu'ils s'éloignaient en voiture.


Les ordres d'évacuation israéliens au Sud-Liban se sont étendus au-delà de la rivière Zahrani, à environ 40 km de la frontière sud, dans ce qu'une source militaire libanaise a déclaré être un effort "pour isoler une région entière du pays et la dépouiller de toute présence effective de l'État libanais, laissant l'État incapable de réaffirmer son autorité dans cette région, sauf aux conditions israéliennes".

Mohammed Khawaja, membre de la commission parlementaire de la défense nationale et législateur du mouvement Amal, a déclaré : "Israël cherche à tirer parti des attaques limitées de drones lancées par le Hezbollah en direction d'un certain nombre de colonies, malgré la grande disparité entre ces attaques et l'écrasante supériorité militaire d'Israël.

"Israël s'en sert pour justifier l'intensification de ses frappes sur le Sud-Liban et pour se présenter à la communauté internationale comme la victime, alors que les vraies victimes sont les habitants du Sud-Liban", a-t-il déclaré à Arab News.

Israël a affirmé avoir reçu le "feu vert des États-Unis pour mener une opération terrestre de grande envergure dans le sud du Liban, s'étendant jusqu'à la vallée de la Bekaa", sans indiquer de calendrier pour mettre fin à l'opération, a déclaré M. Khawaja.

Les négociations politiques devraient reprendre samedi, à condition que les pourparlers militaires aboutissent à un cessez-le-feu. La délégation libanaise est composée de six officiers dirigés par le général de brigade Georges Rizkallah, directeur des opérations de l'armée libanaise.

"Israël cherche à élargir la zone jaune qu'il avait précédemment désignée pour ses opérations et je pense que l'escalade militaire ne s'arrêtera pas tant qu'Israël ne s'engagera pas à respecter un cessez-le-feu", a déclaré M. Khawaja.

"Le président du Parlement, Nabih Berri, a affirmé à plusieurs reprises qu'en cas de cessez-le-feu, il serait en mesure de persuader le Hezbollah de mettre fin à ses opérations.

Passant en revue les dernières avancées israéliennes, la source militaire libanaise a déclaré : "Les forces israéliennes ont traversé le Litani et avancé vers Zawtar al-Gharbiya et Zawtar al-Sharqiya, tandis que des véhicules télécommandés ont été déployés vers Mayfadoun, une ville surplombant Nabatieh, et vers Shoukin, une autre position surélevée surplombant la ville.

"Ils poussent également vers Yahmar et Arnoun en direction du château de Beaufort (Qalaat al-Shaqif), l'une des positions les plus stratégiques de la région car elle surplombe de vastes étendues du sud, notamment le mont Rihan, la région d'Iqlim al-Tuffah, la route de Khardali, Kfar Tebnit et Ali al-Taher.

"Ces zones sont considérées comme étant sous le contrôle du Hezbollah et contiennent ses positions militaires. Toutes ces zones sont des collines surélevées qui surplombent la rivière Awali et constituent la troisième ligne de défense du Hezbollah. Elles ne peuvent être prises que par une manœuvre de flanc à partir de la vallée de la Bekaa occidentale, qui encerclerait le sud et l'isolerait complètement de la Bekaa."

Fadi Karam, législateur du parti des Forces libanaises et membre de la commission parlementaire de la défense, a déclaré que la guerre dans le sud visait à faire échouer les négociations.

"Nous devons nous rappeler que le Hezbollah, le mandataire de l'Iran qui s'oppose aux pourparlers israélo-libanais, est la partie qui a déclenché ce conflit. L'Iran veut utiliser le Liban comme monnaie d'échange dans ses négociations avec les États-Unis", a-t-il déclaré à Arab News.

"Il n'est pas dans l'intérêt d'Israël que le Hezbollah utilise les négociations comme couverture pour des attaques contre lui. Israël sépare les développements sur le terrain de ce qui se passe à la table des négociations, tandis que l'État et le peuple libanais restent coincés entre les intérêts des gardiens de la révolution et l'agression israélienne."

Lors des réunions du Pentagone, la partie libanaise devrait se concentrer sur la garantie du cessez-le-feu avant d'entamer toute discussion sur les accords de sécurité, compte tenu de l'escalade en cours sur le terrain.

Le commandement de l'armée libanaise a déclaré que "le fait d'aborder les accords de sécurité avant la conclusion d'un cessez-le-feu donnerait pratiquement à Tel-Aviv l'occasion d'imposer ses conditions".

La source militaire s'est inquiétée du fait qu'"Israël n'acceptera probablement pas de restreindre ses opérations militaires dans le sud du Liban et insistera pour préserver la liberté de mouvement sous le prétexte d'empêcher le Hezbollah de se regrouper ou de reconstituer ses capacités".

La source officielle libanaise a déclaré que "lors des contacts intensifs entre le président Joseph Aoun et les États-Unis, Washington a réaffirmé que Beyrouth, la banlieue sud, les infrastructures, les institutions de l'État et l'aéroport international de Beyrouth resteraient épargnés par la nouvelle escalade israélienne, à l'exception des opérations d'assassinat visant les dirigeants du Hezbollah".

La délégation militaire libanaise est une équipe technique de négociation qui n'était pas prévue à l'origine dans les pourparlers. Selon la source officielle, elle agit sur instruction de M. Aoun selon laquelle "la priorité absolue reste d'obtenir un cessez-le-feu et de mettre un terme à la destruction des villes et villages du sud, car le Liban ne peut pas négocier sous le feu alors qu'Israël fait fi de toutes les contraintes".

L'ambassadeur du Liban aux États-Unis, Simon Karam, dirige la délégation en qualité de diplomate et de militaire, ce qui témoigne d'une approche unifiée des négociations en matière de politique et de sécurité.

La source officielle a déclaré que "toute tentative de soulever la question du placement des armes sous le contrôle de l'État avant d'assurer le retrait israélien pourrait déclencher une crise politique intérieure, avec des répercussions potentielles sur la sécurité, car le gouvernement libanais cherche à traiter la question dans le cadre d'un État souverain global plutôt que dans le cadre de la sécurité israélienne".

Mehiedine Chehimi, professeur de droit international et de politique étrangère à l'École supérieure de commerce de Paris, a déclaré : "Il faut distinguer deux types de trêve.

"La première est l'accord actuel qui empêche Israël de cibler les institutions officielles et la capitale, à l'exception des assassinats. Cette condition a été respectée par Israël depuis l'accord de cessez-le-feu de 2024. La seconde est une trêve visant à arrêter les hostilités au Sud-Liban, qui est rejetée par Israël parce qu'elle donnerait au Hezbollah l'occasion de reconstruire ses capacités.

"Cela montre que les États-Unis et Israël traitent différemment l'État libanais et le Hezbollah.

"L'État libanais tente, par le biais de négociations, de restaurer sa souveraineté par des pourparlers directs et de s'assurer que le Liban n'est pas utilisé comme monnaie d'échange entre les mains de ceux qui négocient en son nom", a-t-il déclaré à Arab News.

Il a qualifié la poursuite des négociations libanaises malgré le rejet du Hezbollah de "négociations difficiles, mais elles se poursuivront malgré la situation militaire actuelle, qui devrait s'intensifier".

"Les ambitions et la criminalité d'Israël ne connaissent pas de limites. La bonne chose est que la partie américaine a tracé des frontières pour Israël", a déclaré M. Chehimi.

"D'autre part, le Hezbollah a tout perdu et n'est plus le parti que nous connaissions avant la guerre. Il est devenu une branche des Gardiens de la Révolution et Naim Qassem n'est que son porte-parole, exécutant les ordres des Gardiens de la Révolution. C'est là que réside le danger, car la prise de décision est désormais entre les mains de Téhéran.

"Le Hezbollah tente actuellement de prouver sa supériorité à l'intérieur du Liban afin de conserver le Liban comme carte de pression au service des intérêts iraniens. Le parti ne tient compte ni de son environnement, ni de son peuple, ni de ses pertes", a-t-il déclaré.

"Pendant ce temps, les Israéliens poursuivent l'escalade de leurs crimes parce qu'ils ne sont plus convaincus par les solutions qui ont été essayées précédemment. Aujourd'hui, ils veulent écraser le Hezbollah. Pris entre ces deux dangers, le Liban s'enfonce dans le chaos".

Selon M. Chehimi, pour sortir de l'impasse, l'Etat libanais doit "bénéficier de la médiation d'Islamabad afin de poursuivre sa voie de négociations directes avec Israël, tout en exerçant des pressions par le biais de la communauté internationale sur les parties israélienne et iranienne".

Plus de 3 270 personnes, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, ont été tuées et près de 10 000 blessées depuis le début de la guerre, le 2 mars. Les attaques ont visé 16 hôpitaux.

Abdul Rahman Bizri, député de la ville de Sidon, a mis en garde contre les "répercussions sociales de l'escalade militaire dans le sud et le danger que représente la forte division politique".

"Le gouvernement libanais doit contenir les répercussions sociales et économiques de la guerre", a-t-il déclaré à Arab News.

"Un grand nombre de personnes déplacées cherchent refuge à Sidon et ont besoin d'un véritable plan. La densité de population à Sidon a dépassé le triple de son taux normal, ce qui affecte directement la vie quotidienne dans la ville."

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a menacé jeudi de venger la mort du soldat Rotem Yanai, 20 ans, qui a été "tué au cours d'une activité opérationnelle dans le nord d'Israël", affirmant que "le Hezbollah a payé, paie et continuera de payer un lourd tribut pour ses attaques contre Israël et ses citoyens".

Un certain nombre de membres du personnel israélien ont été tués au Liban depuis le début du cessez-le-feu le 17 avril. Le porte-parole du gouvernement israélien a déclaré que 24 d'entre eux avaient été tués lors des récentes attaques du Hezbollah à l'aide de drones explosifs.


Le Liban dénonce des attaques israéliennes près de ses sites patrimoniaux

 Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
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  • Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques"
  • M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco"

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays.

Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales compétentes, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques et aux quartiers patrimoniaux" dans le sud du pays, a indiqué l'Agence nationale d'information libanaise (Ani).

M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco, ce qui rend impératif de les préserver de toute attaque aérienne ou d'artillerie israélienne".

Le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré sur X que "rien ne saurait justifier les attaques en cours contre les régions de Tyr et de Nabatiyé, ni la destruction de leurs monuments historiques".

L'armée israélienne a bombardé ces derniers jours la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban. Jeudi, elle a averti qu'elle prendrait pour cible un bâtiment à Tyr, qui, selon une carte jointe, est située tout près de la zone archéologique de la ville.

Environ deux heures après cet avertissement, des images de l'AFP ont montré une boule de feu suivie d'un panache de fumée, alors qu'une frappe touchait le quartier visé.

Mercredi, un correspondant de l'AFP a vu de la fumée s'élever près du château de Beaufort, une forteresse datant des Croisades, après ce qui semblait être des tirs d'artillerie.

La municipalité d'Arnoun, située dans le sud du Liban et abritant ce château, a publié un communiqué sur Facebook dans lequel elle "condamne avec la plus grande fermeté l'attaque qui a visé" le site, imputant la responsabilité aux bombardements israéliens et exhortant les autorités à le protéger "contre de nouveaux dommages".

Les forces israéliennes ont utilisé le château de Beaufort comme base pendant leur occupation du sud du Liban, qui a duré deux décennies et s'est terminée en 2000.

En novembre 2024, lors d'une précédente guerre entre Israël et le Hezbollah, l'Unesco avait accordé une "protection renforcée provisoire" à 34 sites patrimoniaux situés au Liban, dont Tyr et le château de Beaufort.

En avril dernier, l'Unesco a ajouté 39 autres sites libanais à cette liste.


Liban: 14 morts dans des frappes israéliennes dans le sud, bombardement près de Beyrouth

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  • C'est la seconde fois qu'Israël cible une localité tout près de Beyrouth depuis le début du cessez-le-feu, qui n'a jamais été respecté
  • Ces dernières frappes surviennent alors que le Liban et Israël doivent tenir vendredi une réunion militaire à Washington, avant une nouvelle session de négociations prévue les 2 et 3 juin

TYR: Des frappes israéliennes ont fait au moins 14 morts jeudi dans le sud du Liban, où Israël a étendu sa "zone de combat" contre le Hezbollah pro-iranien, malgré un cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a en outre annoncé avoir mené une "frappe ciblée" à Beyrouth, qui, selon une source militaire libanaise à l'AFP, a visé un appartement à Choueifat, une ville en bordure de la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah. Aucun bilan n'était disponible dans l'immédiat.

C'est la seconde fois qu'Israël cible une localité tout près de Beyrouth depuis le début du cessez-le-feu, qui n'a jamais été respecté.

Ces dernières frappes surviennent alors que le Liban et Israël doivent tenir vendredi une réunion militaire à Washington, avant une nouvelle session de négociations prévue les 2 et 3 juin. Et en pleines négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, qui veut inclure le front libanais du conflit dans tout accord.

Israël a intensifié ces derniers jours son offensive terrestre et aérienne dans l'est et le sud du Liban, avertissant mercredi soir qu'il considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière.

Véhicule visé 

L'armée a bombardé jeudi dès l'aube plusieurs régions et villes dans le sud du Liban, faisant au moins 14 morts, selon les autorités.

A Saïda, ville côtière qui relie Beyrouth au sud, une frappe a visé vers 02H00 locales (mercredi 23H00 GMT) un immeuble résidentiel et fait cinq morts et 21 blessés, selon le ministère de la Santé.

Le raid a détruit les deux premiers étages du bâtiment, a constaté un correspondant de l'AFP. Les équipes de secours ont travaillé toute la nuit à évacuer les victimes.

Une autre attaque par drone a été menée à l'aube contre une voiture circulant sur une autoroute de la même région, tuant six personnes, dont deux enfants et leurs parents, a indiqué le ministère.

La Défense civile a par ailleurs fait état à l'AFP de plusieurs frappes plus au sud, en plein coeur de la ville côtière de Tyr et dans ses environs, à la suite d'ordres d'évacuation adressés aux habitants. L'une a touché une moto près d'une caserne de l'armée, tuant deux ressortissants syriens, dont un enfant, selon les autorités.

Un photographe de l'AFP a vu à l'aube un épais panache de feu et de fumée s'élever au-dessus de la ville, au milieu de détonations.

L'armée libanaise a de son côté annoncé la mort d'un militaire dans une frappe israélienne, "alors qu'il circulait" dans la région de Nabatiyé, plus à l'est.

"Nous restons ici" 

En frappant la ville millénaire de Tyr, "c'est son histoire et sa civilisation" qu'Israël veut viser, accuse Ghazouane Halawani, qui vit près d'un immeuble touché par une frappe.

Malgré les bombardements, il ne veut pas quitter sa ville. "Nous restons ici, c'est notre pays, notre terre, notre vie", dit-il à l'AFP.

Le Hezbollah continue de son côté de revendiquer des tirs et attaques de drone contre des forces israéliennes qui tentent d'avancer dans le sud.

Depuis le 17 avril, l'armée israélienne a continué ses frappes et ses opérations militaires au Liban.

Le Hezbollah, de son côté, a d'abord concentré ses tirs sur les soldats israéliens déployés dans le sud du Liban avant de multiplier les attaques de drones explosifs sur le nord d'Israël après l'assassinat d'un de ses chefs militaires dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth le 6 mai.

Une soldate israélienne a été tuée jeudi près de la frontière avec le Liban par l'explosion d'un drone tiré par le Hezbollah, a annoncé l'armée israélienne, ce qui porte à 24 le nombre de morts dans ses rangs depuis la reprise des hostilités début mars, quand le Hezbollah a tiré sur Israël en représailles à l'attaque israélo-américaine contre l'Iran.

Les frappes israéliennes ont tué au Liban 3.269 personnes depuis, selon un dernier bilan officiel mercredi.