Quelle que soit l’issue du scrutin américain, le régime iranien ne sera pas sauvé

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Publié le Dimanche 18 octobre 2020

Quelle que soit l’issue du scrutin américain, le régime iranien ne sera pas sauvé

  • Certaines des sanctions adoptées par l'administration Trump ne peuvent pas être simplement révoquées par le prochain président américain
  • De nombreux défenseurs des droits de l’homme et militants politiques, en particulier ceux qui souffrent sous la férule du CGRI et des religieux au pouvoir, sont favorables aux sanctions américaines

Certains universitaires, analystes politiques et politiciens estiment que si Joe Biden remportait l'élection présidentielle américaine en novembre, les relations américano-iraniennes pourraient retrouver leur statut de l'époque Obama. De même, Téhéran prospérerait à nouveau économiquement et politiquement, renforçant l’emprise du régime sur le pouvoir.

Leur argument est que Biden rejoindra l’accord nucléaire, les sanctions contre l’Iran seront levées, des milliards de dollars iront au Trésor de Téhéran et la pression sur les dirigeants iraniens sera ainsi levée. Mais ce n’est pas si simple. Pour de nombreuses raisons, l’âge d’or de l’Iran sous l’administration Obama ne reviendra pas, même si Biden remporte le scrutin.

Tout d'abord, certaines des sanctions adoptées par l'administration Trump ne peuvent pas être simplement révoquées par le prochain président américain car elles ont été adoptées lors d’un vote écrasant au Congrès, avec le soutien des démocrates et des républicains de la Chambre.

Certaines des sanctions les plus importantes imposées au régime iranien ont été adoptées par le biais de la loi de 2017 pour contrer les adversaires des États-Unis par les sanctions (Countering America’s Adversaries Trough Sanctions Act – CAATSA).

C’est une loi américaine clé de sanctions contre l'Iran et elle continuera de porter un coup dur à Téhéran. La loi CAATSA a pris pour cible le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) d’Iran en raison de ses activités terroristes et de son comportement déstabilisateur, menaçant la sécurité nationale des États-Unis et de leurs alliés. Tout individu ou entité directement ou indirectement lié au CGRI, ou à ses affiliés, fait également l’objet de sanction, conformément cette importante loi.

Le CGRI constitue le pilier de l'establishment clérical iranien. Il contrôle des segments importants des centres économiques et des sphères idéologiques du pays. En 2017, le bureau de Washington du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) a publié un livre de 175 pages intitulé The Rise of Iran’s Revolutionary Guards’ Financial Empire. Dans ce livre, il démontre que le CGRI contrôle plus de la moitié du Produit intérieur brut (PIB) de l'Iran et possède plusieurs grandes puissances économiques et des institutions religieuses, comme Astan Quds Razavi, dans la ville de Mashhad, au nord-est de l’Iran.

Le groupe a également publié un livre en 2017 qui faisait état de 15 centres d'entraînement terroriste en Iran, au sein desquels le CGRI délivre une formation idéologique, militaire et tactique aux recrues étrangères, qui sont ensuite envoyées dans le Moyen-Orient et au-delà pour mener des activités terroristes.

Certains hauts responsables du CGRI jouent un rôle important dans la politique intérieure et étrangère de Téhéran et son soutien aux groupes agissants par procuration. Le CGRI est également impliqué dans la répression intérieure des manifestants et des dissidents, la suppression des libertés d'expression, de presse et de réunion, et l'emprisonnement des opposants. De nombreux défenseurs des droits de l’homme et militants politiques, en particulier ceux qui souffrent sous la férule du CGRI et des religieux au pouvoir, sont favorables aux sanctions américaines.

La sanction imposée au CGRI est un coup puissant et continuera d'avoir de graves conséquences pour l'Iran et ses dirigeants, même si Biden devient président et revient sur l'accord nucléaire.

Tout pays, organisation ou individu qui traite avec l'Iran devra être extrêmement prudent. Presque toutes les transactions majeures avec l’Iran sont menées, directement ou indirectement, par l’intermédiaire du CGRI, car sa position et son influence économiques et politiques sont incontournables.

La CAATSA restera un handicap pour les relations commerciales potentielles des entreprises occidentales avec Téhéran. Un certain nombre de pays pourraient hésiter à faire des affaires avec l'Iran, en raison des répercussions potentielles de la part des États-Unis.

De nombreux militants politiques et des droits humains, en particulier ceux qui souffrent sous la férule du CGRI et des religieux au pouvoir, sont en faveur des sanctions américaines.

De nombreux défenseurs des droits de l’homme et militants politiques, en particulier ceux qui souffrent sous la férule du CGRI et des religieux au pouvoir, sont favorables aux sanctions américaines.

Dr Majid Rafizadeh

L’autre raison pour laquelle l’Iran ne verra pas d’amélioration dans ses relations avec les États, c’est que le régime est extrêmement impopulaire dans son pays. Le mécontentement de la population, les protestations et les manifestations contre le régime ne disparaîtront pas si Biden devient président et rejoint l'accord nucléaire.

Des milliers de manifestants ont été tués par le CGRI ces dernières années. Selon un rapport publié en septembre par Amnesty International, diverses branches du gouvernement iranien sont impliquées dans ces abus et ces crimes.

Le rapport indiquait: «La police, les forces de renseignement et de sécurité iraniennes et les responsables des prisons ont commis, avec la complicité des juges et des procureurs, une série de violations choquantes des droits de l’homme, y compris des détentions arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture et autres mauvais traitements, contre les détenus.»

Malgré la brutalité du régime, la frustration profonde et la colère antirégime partagées par de nombreux habitants du pays demeurent intactes, et continueront très probablement de croître.

Ainsi, même si Biden devient président des États-Unis, le régime iranien sera toujours condamné. Ses dirigeants continueront de faire face à des pressions sans précédent, tant au niveau national que régional.

 

Dr. Majid Rafizadeh est un politologue irano-américain formé à Harvard.

Twitter : @Dr_Rafizadeh

NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com