L'action de la France contre le «séparatisme islamiste» mérite d’être soutenue

(AFP)
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Publié le Lundi 05 octobre 2020

L'action de la France contre le «séparatisme islamiste» mérite d’être soutenue

  • Macron a réitéré qu'il voulait que l'Islam soit une composante positive de la société française
  • C'est dans cet état d'esprit qu’Arab News a lancé en 2019 une série intitulée "Les Prédicateurs de la Haine" qui nomme et stigmatise les prédicateurs radicaux

Le président français Emmanuel Macron a dévoilé vendredi une série de lois visant à lutter contre ce qu'il a appelé « la menace des islamistes radicaux et autres extrémistes ». Le président centriste a affirmé vouloir mettre les valeurs républicaines françaises en première ligne dans la lutte contre les divisions au sein de la société. Macron a réitéré qu'il voulait que l'Islam soit une composante positive de la société française. « Je ne dis pas que nous devons créer un modèle d'Islam français, mais qu'il peut plutôt établir un partenariat solide avec l'Etat français », a-t-il déclaré. « La meilleure façon d'y parvenir est de libérer l'Islam de toute influence étrangère ».

Les propos du président français interviennent peu après l'attaque sanglante au couteau devant les anciens bureaux du magazine satirique Charlie Hebdo à Paris. L'attentat a été décrit par les responsables français comme un acte de terrorisme islamiste.

Il est important de préciser que tous les musulmans ne sont pas des terroristes. Toutefois, ces dernières années, de nombreux terroristes ont malheureusement été des musulmans - ou ont prétendu l'être.

Faisal J. Abbas

La France a depuis toujours constitué un phare pour les réformateurs. Cependant, elle se trouve à présent à un véritable croisement culturel et social. Ceux qui suivent la politique intérieure française le comprendront facilement. Ainsi, la proposition de M. Macron de « réforme » néo-libérale du système de retraite français, mis en place à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que les manifestations de gilets jaunes – que seule la pandémie de coronavirus a réussi à disperser –   en sont des exemples évidents. Cependant, il faut que les valeurs françaises traditionnelles de liberté, d'égalité et de fraternité restent les mêmes.

Il est triste de constater que les musulmans figurent en tête de liste de la réforme - comme ceux qui ont perpétré le massacre de Charlie Hebdo. Bien sûr, il est important de préciser que tous les musulmans ne sont pas des terroristes. Toutefois, ces dernières années, de nombreux terroristes ont malheureusement été des musulmans - ou ont prétendu l'être.

Cependant, il existe des exemples élogieux de musulmans français qui ont réalisé des réussites étonnantes. Ils sont nombreux – médecins, hommes politiques et joueurs de football, comme Zinedine Zidane, Hatem Ben Arfa, N'Golo Kante, Karim Mostafa Benzema, Wissam Ben Yedder et Houssem Aouar – à s'être parfaitement intégrés dans la société française. Un autre exemple est celui de la chanteuse Mennel Ibtissem, que Arab News en Français a récemment interviewée. Malgré le succès qu'elle a connu dans des émissions comme The Voice, elle a été soumise à la plus grave des cyber-intimidations, simplement parce qu'elle est musulmane et plus tard parce qu'elle a enlevé son turban. On craint évidemment que ces cyber-attaques se transforment en véritables attaques physiques.

« Évidemment, nombreux sont ceux qui ajouteront un grain de sel à mes propos », mots prononcés par le rédacteur en chef d'un journal saoudien basé à Riyad. Beaucoup pointeront du doigt le Royaume, disant qu'il a souvent été source d'extrémisme. Bien sûr, en même temps – pour des raisons racistes ou d'autres raisons politiques – ils refuseront sans raison d'accepter les réformes faites dans le pays par le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, qui a déclaré officiellement « Nous reviendrons à un Islam modéré dans le Royaume ».

D'autres répéteront les théories de conspiration religieuse extrémiste qui suggèrent que l'Arabie saoudite, ainsi que d'autres pays arabes modérés, soutiennent secrètement ceux qui propagent l'islamophobie pour gagner de la publicité.

Cependant, pour se rendre compte que les réformes religieuses du Royaume sont bien réelles, il suffit de comparer les déclarations avec les mesures prises à ce niveau. 

Le cheikh Dr. Mohammed ben Abdel Karim Al-Issa, ancien ministre saoudien de la Justice qui dirige à présent la très influente Muslim World League (LIM), me l'a dit dans une interview accordée à ce quotidien en 2018 : « Je considère qu'aucun musulman ne peut traiter une femme musulmane d'infidèle ou remettre en question ses valeurs simplement parce qu'elle n'a jamais porté le hijab », dit-il. « La musulmane, si elle ne porte pas le hijab ... n'est pas une infidèle et ne s'écarte pas de l'Islam. »

En Belgique, en 2017, il a précisé que les musulmans doivent respecter les lois, la culture et les coutumes des pays non-musulmans dans lesquels ils vivent, même s'ils estiment que cela violerait leur foi. S'ils (les musulmans) ne sont pas en mesure de convaincre légalement les autorités du pays de respecter leurs souhaits, ils devraient soit obéir aux lois du pays, soit partir, a conseillé Cheikh Al-Issa.

À Arab News, nous avons également rempli notre rôle et nous avons reconnu qu' « au commencement était le Verbe ». Nous avons ainsi réalisé l'influence des paroles des religieux radicaux sur le cœur et l'esprit des croyants de toutes les religions du monde. C'est dans cet état d'esprit qu’Arab News a lancé en 2019 une série intitulée « Les Prédicateurs de la Haine» (Preachers of Hate) — une série qui nomme et stigmatise les prédicateurs radicaux, de toutes religions et nationalités, et nous avons commencé par les prédicateurs en Arabie saoudite.

Pour soutenir l'action du président Macron, nous sommes heureux de traduire cette série en français et de la lancer aujourd'hui. Elle comprendra les profils de tous les prédicateurs extrémistes que nous avions dévoilés dans le passé, ainsi que des profils de prédicateurs français.

Dans ce quotidien, nous remplirons notre part. Toutefois, les autorités françaises doivent également remplir la leur. « J’estime que le plus important, c'est de contrôler ceux qui véhiculent des discours de haine de l'intérieur ou de l'extérieur du pays - séparatistes, racistes, antisémites. Ces discours vont à l'encontre des valeurs de la République française », a confié à Arab News la sénatrice française Nathalie Goulet en juillet dernier. Elle commentait un reportage selon lequel les législateurs français avaient recommandé l’interdiction de la prédication aux religieux affiliés aux Frères musulmans, un groupe classé terroriste dans la plupart des pays.

Évidemment, si M. Macron veut vraiment libérer les musulmans français de l'influence malveillante des étrangers, les autorités françaises doivent aussi se soucier sérieusement de l'impact dévastateur que le Qatar a eu sur le plan idéologique - même s’il a acquis des bâtiments historiques et acheté le Paris Saint-Germain dans le cadre de sa « soft power » (puissance douce).

Le Qatar est le principal financier et bailleur de fonds des Frères musulmans au niveau mondial. Pour bien comprendre l'impact des idées malveillantes de ce groupe, nous vous conseillons de parcourir les horribles vidéos et fatwas que notre équipe de recherche a découvertes sur Yusuf Qardawi, le prédicateur des Frères musulmans installé à Doha.

Qatar

Les enquêteurs français pourraient commencer par lire un livre fascinant : « Qatar Papers - Comment l'émirat finance l'islam de France et d'Europe », écrit par les journalistes d'investigation français Georges Malbrunot et Christian Chesnot. Ce livre explique comment le Qatar déverse des centaines de millions dans les organisations contrôlées par les Frères musulmans à travers la France.

Bonne chance!

Faisal J.Abbas est le rédacteur en chef d'Arab News

Twitter: @FaisalJAbbas

NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com