Il y a 60 ans, le drame sanglant du métro Charonne à Paris

Une foule assiste au cortège funèbre de Maurice Pochard tué lors de la manifestation du 8 février 1962 en faveur de la paix en Algérie et contre l'OAS, le 28 avril 1962 à Paris. (Photo, AFP)
Une foule assiste au cortège funèbre de Maurice Pochard tué lors de la manifestation du 8 février 1962 en faveur de la paix en Algérie et contre l'OAS, le 28 avril 1962 à Paris. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 04 février 2022

Il y a 60 ans, le drame sanglant du métro Charonne à Paris

  • Le 8 février 1962, une manifestation pour la paix en Algérie se soldait par neuf morts au métro Charonne à Paris
  • Les Français se sont pourtant déjà majoritairement prononcés pour l'autodétermination de l'Algérie et les accords d'Evian proclameront bientôt, le 18 mars, un cessez-le-feu ouvrant la voie à l'indépendance

PARIS : Le 8 février 1962, une manifestation pour la paix en Algérie se soldait par neuf morts au métro Charonne à Paris et devenait, peu avant la fin de la guerre d'Algérie, un symbole sanglant de la répression d'Etat.

Les jours précédents, une série d'attentats de l'OAS (Organisation armée secrète), opposée à l'indépendance de la colonie française, ont fait plusieurs blessés graves, dont l'un, visant André Malraux, a horriblement défiguré une fillette de 4 ans.

Les Français se sont pourtant déjà majoritairement prononcés pour l'autodétermination de l'Algérie et les accords d'Evian proclameront bientôt, le 18 mars, un cessez-le-feu ouvrant la voie à l'indépendance.

Le bref rassemblement pacifique prévu le 8 février Place de la Bastille, à l'appel du Parti communiste, du PSU, de la CGT et d'autres syndicats comme la CFTC, la FEN et l'Unef ainsi que des organisations de gauche, est interdit par le préfet Maurice Papon, sur fond d'état d'urgence en vigueur depuis avril 1961.

Mais les organisateurs appellent "les travailleurs et tous les antifascistes de la région parisienne à proclamer leur indignation, leur volonté de faire échec au fascisme et d'imposer la paix en Algérie".

Cing cortèges de manifestants partis de différentes stations du métro doivent rejoindre la Bastille pour écouter leur intervention, mais la police a ordre de disperser coûte que coûte les rassemblements. 

Nombre y parviennent toutefois, malgré des heurts déjà violents avec les forces de l'ordre, et un texte est lu. Mais c'est au retour que le drame éclatera.

«Pourquoi pas moi ?»

Boulevard Voltaire, des heurts entre les CRS qui chargent, "matraques en avant", et "les manifestants qui s'étaient coiffés de cageots à légumes pour se protéger la tête" et "jettent des pierres et des pavés", ont fait plusieurs blessés, écrit à l'époque l'AFP.

Des manifestants cherchant à fuir une charge policière s'engouffrent dans le métro Charonne. Une bousculade meurtrière s'ensuit, des policiers poursuivent les manifestants pour les frapper, d'autres jettent vers ceux qui tentent de ressortir les lourdes grilles qui entourent les arbres.

Des personnes bloqués par les portillons d'accès aux quais sont étouffées sous la pression, d'autres meurent le crâne fracassé sous les coups. On relèvera huit morts, dont trois femmes et un apprenti de 15 ans. Un homme mourra huit semaines plus tard de ses blessures. Tous sont syndiqués à la CGT et membres du PC, à l'exception d'une victime.

"La précipitation dans le métro, les portillons fermés, puis le grand trou noir": Jacqueline Guichard, alors jeune employée des chèques postaux, adhérente à la CGT et au PC, a évoqué en 2002 cette terrible fin de journée.

"Nous sommes parties à 7 ou 8 copines", a-t-elle raconté. Parmi elles, Anne-Claude Godeau, 24 ans, qui n'en reviendra pas.

"On défilait depuis un moment, la nuit tombait, on criait +Paix en Algérie+. C'était revendicatif, mais sans plus. A Charonne, la tête de la manif nous a donné l'ordre de nous disperser. Et puis, ça a commencé", poursuit Mme Guichard. "Subitement, la police avec casques et matraques a chargé" et la foule s'est engouffrée dans le métro: "Pourquoi on est entré dans ce métro ? Je ne saurai jamais. Pourquoi Anne-Claude a pris des coups ? Pourquoi pas moi ? Je ne le saurai pas non plus."

Charonne 1962, ces souvenirs de la répression «qui ne s'effacent pas»

Ce 8 février 1962, elle n'entend pas le bruit mat des matraques sur les corps et les crânes, elle ne perçoit pas les supplications des manifestants. Ecrasée sous un magma humain métro Charonne à Paris, Maryse Tripier n'a qu'une obsession: respirer.

Soixante ans plus tard, la patine du temps n'a rien dissipé de cette page sanglante de la guerre d'Algérie. "Ca fait partie des souvenirs qui ne s'effacent pas", assure la septuagénaire.

"C'était une situation irréelle", poursuit celle qui est restée communiste "par devoir" pour les dizaines de personnes blessées et les neuf autres tuées lors de l'intervention des forces de l'ordre.

La plus jeune avait 16 ans, un de moins qu'elle, venue défiler à Paris avec des milliers d'autres à l'appel de la CGT, de l'Unef ou du Parti communiste (PCF) contre l'Organisation armée secrète (OAS), le bras armé clandestin des ultras de l'Algérie française.

"On connaissait la violence policière", raconte Nicolas Devers-Dreyfus, 15 ans à l'époque. "La guerre était arrivée en métropole", entre attentats du FLN algérien et plastiquages en série de l'OAS, résume ce fils de résistants.

A 19h30 boulevard Voltaire, "l'ordre de dispersion vient d'être donné, la foule allait se disloquer".

Mais le lycéen aperçoit "cette ligne d'imperméables noir luisants". Elle barre l'accès à la place de la Nation et se met en branle. Il s'enfuit et se réfugie derrière une porte cochère. De là il entend "le piétinement de la charge policière".

«Des gens et du sang»

Quelques mètres plus bas, Maryse Tripier entend "tout le monde crier", puis plus rien. La peur la saisit, le mouvement de la foule la précipite dans les escaliers du métro, devenus goulot d'étranglement. Elle chute.

"Il y avait les marches, quelqu'un, et moi. Et puis après beaucoup de gens au-dessus, et du sang. J'avais peur qu'ils m'étouffent". "Il va y avoir des ambulances qui vont venir à mon secours", se persuade-t-elle. "J'étais naïve, j'avais foi en les institutions".

A l'extérieur, les bidules, ces manches de pioches brandies par la police, frappent. Les gaz lacrymogènes et grilles d'arbre en fonte tombent sur les corps.

Quand le calme revient après 21h30, des dizaines de chaussures et des tâches de sang témoignent de la violence de la répression.

Maryse est extirpée des marches et se retrouve hagarde sur le quai du métro. Ce n'est que le 13 février, dans le silence des centaines de milliers de personnes réunies pour les funérailles des manifestants tués, qu'elle saisira l'ampleur du drame.

Ce 8 février, le président Charles "de Gaulle ne veut pas que l'indépendance soit arrachée par la rue, qu'elle soit algérienne ou celle du mouvement ouvrier. Maurice Papon, préfet de combat, doit tenir la rue", explique Emmanuel Blanchard, maître de conférences en sciences politiques à l'université de Versailles-Saint-Quentin.

Mais la rue se souviendra de cette brutalité.

Une mémoire rouge

"Vu le contexte d'alors, les mensonges du ministre de l'Intérieur, vers qui porter plainte ? Nous étions plus dans le politique que dans le juridique", explique Maryse Tripier qui n'attend pas de réparations, en dépit des séquelles physiques et morales.

D'autres ont intenté des actions en justice, mais les enquêtes judiciaire et administrative n'ont mené nulle part. Mme Tripier continue toutefois à réclamer la reconnaissance de ce "crime d'Etat".

Pendant des années, Charonne a occulté la répression de la manifestation d'Algériens du 17 octobre 1961 dont la mémoire "était difficile à porter car, en plus "de la dissimulation de l'Etat", elle était celle d'une "organisation clandestine, qualifiée de terroriste par l'Etat français", explique M. Blanchard.

A l'opposé, "le PCF, principal parti de l'époque, peut mobiliser la société et proposer un récit qui replace les +martyrs de Charonne+ dans le récit d'une histoire longue du mouvement ouvrier", poursuit M. Blanchard. Or, "la transition mémorielle" et "l'affaiblissement progressif de la mémoire rouge et son contre-récit" ont contribué selon lui à reléguer Charonne dans l'oubli.

Les événements du 17 octobre ont fait leur apparition dans les années 1990 dans les manuels scolaires du secondaire, à la faveur de photos, de livres ou de films dédiés, confirme Benoît Falaize, spécialiste de l'histoire de l'enseignement à Sciences Po. Depuis l'an 2000, il n'est en revanche plus fait mention de Charonne.

«Le comble de l'absurde»

A l'avant, Jacqueline perd de vue ses camarades et se retrouve coincée contre les portillons. En haut, de premières victimes tombent. Elle parvient, hagarde, à rentrer chez elle vers 21h00 : "J'ai compris le désastre en écoutant la radio...".

Pour l'historien Pierre Vidal-Naquet, disparu en 2006, "c'est le comble de l'absurde. On a du mal à comprendre cette violence de la police alors que le gouvernement est en pleine négociation avec les représentants algériens pour un accord de paix signé un mois plus tard. Et pourtant ce fut une répression d'Etat", déclarait-il 40 ans après la tragédie.

"Sans doute de Gaulle voulait-il montrer que son autorité était intacte".

Il n'avait pas non plus "intérêt à ce que le Parti communiste fasse démonstration de sa force", analysera l'historien Olivier Le Cour Grandmaison. 

Ce "massacre d'Etat", selon l'historien Alain Dewerpe, sera suivi le 13 février du rassemblement de 100 000 à 200 000 personnes pour les obsèques des victimes.

Il occultera longtemps dans la mémoire collective un autre drame sanglant, celui de la répression policière de la manifestation du 17 octobre 1961 au cours de laquelle plusieurs dizaines d'Algériens protestant à l'appel de la fédération de France du FLN contre le couvre-feu décrété par le même Maurice Papon trouvèrent la mort à Paris.

Une occultation que l'historien Gilles Manceron explique notamment par le silence imposé par les autorités françaises autour du massacre de 1961 et une mobilisation moindre de la gauche française, qui n'en était pas l'organisatrice.

Charonne 1962: le pouvoir «a laissé la bride sur le cou» à la police parisienne

Le gouvernement de Michel Debré a "laissé la bride sur le cou" à la police parisienne le 8 février 1962, conduisant à la sanglante répression d'une manifestation au métro Charonne, rappelle Jean-Marc Berlière, historien de la police.

Les policiers auteurs des violences n'ont pas été sanctionnés et le Premier ministre a même "félicité" après coup le préfet de police Maurice Papon, souligne M. Berlière.

Dans quel contexte se déroule la manifestation anti-OAS du 8 février 1962 ?

On est à la fin de la guerre d'Algérie (1954-1962), les accords d'Evian sont en train d'être négociés. L'OAS (Organisation armée secrète), hostile à la future indépendance, multiplie les attentats en janvier 1962.

Cela provoque des manifestations contre l'OAS menées par la gauche, surtout les communistes, qui donnent lieu à des affrontements de plus en plus sévères.

Du côté du gouvernement, il y a une espèce de peur panique, le Premier ministre Michel Debré et Roger Frey, le ministre de l'Intérieur, n'ont plus qu'une crainte, c'est celle de la subversion de l'OAS, qui suscite beaucoup de sympathie dans l'armée et dans la gendarmerie. On s'accroche à l’idée que la police reste finalement le dernier obstacle.

Le pouvoir laisse donc la bride sur le cou à la police parisienne et lui donne la responsabilité de régler le problème dans la rue, en semblant promettre une forme d'impunité, exactement comme ce qu'il s'est passé le 17 octobre 1961, quatre mois plus tôt (quand une manifestation pacifique d'Algériens à Paris a été réprimée dans le sang, des dizaines de morts selon les historiens, ndlr).

Qui étaient les policiers auteurs des violences qui ont fait 9 morts ? Ont-ils été sanctionnés?

Il s'agissait de la brigade d'intervention du troisième district, à la réputation détestable. Elle était composée de 80 policiers, surtout des jeunes dont la plupart venaient des pompiers de Paris, des sportifs qui n’avaient peur de rien.

C'était toujours violent traditionnellement entre la police et les communistes, notamment avec cette brigade. Elle s'était déjà illustrée méchamment le 17 octobre 1961.

Après les faits, il y a eu un début d'enquête, des auditions par leurs collègues de la police judiciaire, des convocations chez un juge d'instruction. Mais devant les protestations des intéressés et de leur chef, le juge a été promu et déplacé et tout s'est arrêté là.

Michel Debré a félicité le préfet de police, Maurice Papon - et donc en quelque sorte les policiers -, quelques jours plus tard pour sa fermeté et, en 1966, une loi a amnistié tous les faits en rapport avec la guerre d'Algérie.

Les policiers de cette brigade ont été pour la plupart mutés dans des postes et des compagnies plus attrayantes. Ils n'ont pas été décorés mais c'était quand même une espèce de gratification symbolique.

Quelles conséquences a eu ce drame pour l'action de la police ?

Curieusement, Charonne est l'une des causes d’un apaisement relatif du maintien de l’ordre par la suite.

Les violences vont continuer, elles sont récurrentes mais il y aura une espèce de réserve, l'idée qu'aucune idéologie ne peut justifier des morts de femmes, de militants. Que la cause algérienne ne valait pas la peine de s'entretuer entre Français, entre métropolitains.

L'émotion, la colère, dans les jours qui ont suivi, ont été considérables: les obsèques au Père Lachaise, la contre-manifestation place de la République les jours suivants et les articles dans la presse en attestent.

Un policier que j’avais rencontré m'a toujours dit +moi, le 17 octobre ne m’a jamais empêché de dormir, les Algériens nous tiraient dessus, c'était la guerre. Mais Charonne ça m’a traumatisé+.

Beaucoup pensent que le souvenir traumatisant de Charonne explique une relative modération en mai 1968. Ce n'est que six ans plus tard, ce sont les mêmes policiers."


Budget : le PS propose de diviser par deux l'effort de réduction du déficit

Le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) français, Olivier Faure, prononce un discours lors du Campus de la gauche à Blois, dans le centre de la France, le 29 août 2025. (Photo de GUILLAUME SOUVANT / AFP)
Le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) français, Olivier Faure, prononce un discours lors du Campus de la gauche à Blois, dans le centre de la France, le 29 août 2025. (Photo de GUILLAUME SOUVANT / AFP)
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  • Le PS a présenté samedi à Blois son projet de budget alternatif, prévoyant une réduction du déficit l'année prochaine deux fois moindre que celle de François Bayrou.
  • Le plan prévoit 14 milliards d'euros d'économies, notamment grâce à une réduction des aides aux grandes entreprises, à des économies sur le fonctionnement de l'État et à une régulation du système de santé.

BLOS, FRANCE : Le PS a présenté samedi à Blois son projet de budget alternatif, prévoyant une réduction du déficit l'année prochaine deux fois moindre que celle de François Bayrou, à 21,7 milliards d'euros, avec pour ambition un déficit à 5% du PIB pour 2026 et 2,8% en 2032. 

Le parti a également proposé la suspension immédiate de la réforme des retraites, avec pour objectif un retour à l'âge de départ à la retraite à 62 ans, la mise en place d'une taxe sur les plus hauts patrimoines et une baisse de la CSG pour soutenir le pouvoir d'achat.

« Il nous faut d'évidence reprendre la main » face au « budget de souffrance » du Premier ministre, a estimé Boris Vallaud, chef des députés, au dernier jour des universités d'été socialistes à Blois.

Le parti propose notamment de diviser l'effort par deux par rapport à celui proposé par M. Bayrou, soit 21,7 milliards d'euros pour 2026 au lieu de 44 milliards. Le passage sous le seuil symbolique des 3 % de déficit interviendrait en 2032 plutôt qu'en 2029 dans le projet de M. Bayrou. 

Pour épargner les ménages modestes et soutenir leur pouvoir d'achat, le PS souhaite également « une baisse ciblée de la CSG (contribution sociale généralisée) entre 1 et 1,4 SMIC », a précisé Boris Vallaud.

Le parti promet également la « suspension immédiate de la réforme des retraites » et demandera « aux partenaires sociaux de négocier les modalités et le financement d'un retour à la retraite à 62 ans ».

Le plan prévoit 14 milliards d'euros d'économies, notamment grâce à une réduction des aides aux grandes entreprises, à des économies sur le fonctionnement de l'État et à une régulation du système de santé.

Le parti prévoit également 26,9 milliards d'euros de recettes, avec comme « première pierre angulaire » « une contribution de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d'euros », a expliqué la députée Estelle Mercier.

Cette taxe, dite « Zucman », « touche 0,01 % des Français et pourrait rapporter 15 milliards d'euros », a-t-elle insisté.

Le parti suggère également un plan de relance et de soutien aux entreprises, axé sur « la souveraineté et la préparation de la transition écologique », d'un montant de 10 milliards d'euros.

« Dès la semaine prochaine, nous rencontrerons nos partenaires de gauche pour discuter de ces propositions », a expliqué Boris Vallaud. Le PS se tournera également « vers les députés qui ont été élus dans l'élan du front républicain » pour trouver une majorité sur ce budget.


Pour Bardella, la dissolution de l'Assemblée nationale reste inévitable

Le président du parti d'extrême droite français Rassemblement National (RN), Jordan Bardella, participe à la table ronde de clôture de la réunion La REF 2025 des entrepreneurs français au stade Roland-Garros à Paris, le 28 août 2025. (Photo de Thibaud MORITZ / AFP)
Le président du parti d'extrême droite français Rassemblement National (RN), Jordan Bardella, participe à la table ronde de clôture de la réunion La REF 2025 des entrepreneurs français au stade Roland-Garros à Paris, le 28 août 2025. (Photo de Thibaud MORITZ / AFP)
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  • Jordan Bardella, estimant qu'il n'y avait pas d'autre solution à la crise politique que de « se tourner vers les Français » en organisant de nouvelles élections législatives.
  • Emmanuel Macron a réaffirmé son intention d'exercer son mandat de président de la République jusqu'à son terme, en 2027, et a qualifié de « politique fiction » le scénario d'une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale.

CHALONS- EN-CHAMPAGNE, France : « On ne peut pas tenir deux ans comme cela », a déclaré samedi le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, estimant qu'il n'y avait pas d'autre solution à la crise politique que de « se tourner vers les Français » en organisant de nouvelles élections législatives.

Vendredi, Emmanuel Macron a réaffirmé son intention d'exercer son mandat de président de la République jusqu'à son terme, en 2027, et a qualifié de « politique fiction » le scénario d'une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale, alors que le risque de voir le gouvernement Bayrou tomber le 8 septembre lors d'un vote de confiance est très élevé.

« Le fait de ne pas vouloir dissoudre l'Assemblée nationale au moment où nous parlons ne signifie pas qu'il n'y sera pas contraint à un moment donné, tant les blocages pourraient subsister au sein du Parlement », a estimé M. Bardella devant la presse, avant d'entamer une visite de la Foire de Châlons-en-Champagne.

« Moi, je suis venu dire aujourd'hui à nos compatriotes que la stabilité des institutions et du pays est possible, mais que ceux qui sont au pouvoir sont des facteurs d'instabilité, tant les politiques qu'ils mènent et les choix qu'ils ont faits sont contestés par les Français », a-t-il ajouté. 

« Et il est évident que, dans la situation actuelle, je ne vois aucune autre solution que de me tourner vers les Français. On ne peut pas continuer comme ça pendant deux ans. Ce n'est pas possible », a-t-il insisté.

« Parce que pendant qu'on a ces débats politiciens sur l'état actuel des forces à l'Assemblée nationale, il y a des difficultés quotidiennes pour les Français qui ne sont pas traitées », a poursuivi le président du RN, citant pêle-mêle le pouvoir d'achat, « l'hyperfiscalité », l'incertitude pour les entreprises, l'insécurité et l'immigration qui « continue d'exploser ».

« S'il n'y a pas de rupture et de changement dans la politique mise en œuvre dans le pays, on ne sortira pas de l'impasse », a déclaré M. Bardella.

« Nous dirons à François Bayrou ce que je vous dis là, mon discours ne variera pas, celui de Marine Le Pen non plus », a-t-il assuré.

Mardi, les deux chefs de file du RN ont accepté de rencontrer le chef du gouvernement à Matignon pour des consultations avant le vote de confiance à l'Assemblée sur l'état des finances publiques et l'ampleur de l'effort budgétaire à accomplir en 2026.


Rony Brauman: une voix humaniste qui dénonce le silence face à la famine à Gaza

Ce qui rend le témoignage de Rony Brauman si puissant, c’est sa double identité : celle du praticien et celle du citoyen.  Médecin, il a passé des décennies à soigner les victimes de guerre. Lorsqu’il dit qu’une famine est « inadmissible », il parle en homme qui a vu mourir de faim des femmes, des hommes et des enfants. (AFP)
Ce qui rend le témoignage de Rony Brauman si puissant, c’est sa double identité : celle du praticien et celle du citoyen. Médecin, il a passé des décennies à soigner les victimes de guerre. Lorsqu’il dit qu’une famine est « inadmissible », il parle en homme qui a vu mourir de faim des femmes, des hommes et des enfants. (AFP)
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  • Brauman n’est pas un polémiste, mais un témoin de chair et de sang, un médecin qui a pansé les plaies de la guerre et qui sait, concrètement, ce que signifie la souffrance des civils
  • Sans ambiguïté, il a dénoncé la brutalité de la guerre menée par Israël à Gaza, dès le lendemain des attaques du 7 octobre

PARIS: Rony Brauman, médecin et essayiste français, né à Jérusalem, connaît bien la guerre.

À la tête de l’organisation humanitaire Médecins sans frontières de 1982 à 1994, et auparavant déjà membre actif de l’ONG, il a été aux avant-postes pour observer et vivre les ravages des conflits sanglants.

De Beyrouth au Darfour, il a vu de ses propres yeux les conséquences des guerres, et c’est cette expérience qui nourrit aujourd’hui son analyse.

Brauman n’est pas un polémiste, mais un témoin de chair et de sang, un médecin qui a pansé les plaies de la guerre et qui sait, concrètement, ce que signifie la souffrance des civils.

Sans ambiguïté, il a dénoncé la brutalité de la guerre menée par Israël à Gaza, dès le lendemain des attaques du 7 octobre.

Cette guerre, qui a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de Gazaouis, a récemment culminé dans une famine tout aussi dévastatrice, officiellement reconnue par les Nations unies.

Un fait rare, et d’autant plus inacceptable qu’il incarne une déshumanisation totale des victimes : cette famine est sciemment imposée aux deux millions d’habitants de l’enclave encore en vie.

Un constat accablant, qui balaie d’un revers de main toutes les règles de la guerre et toutes les conventions internationales protégeant les civils.

Gaza: les Etats-Unis au coeur de la paralysie mondiale

Plus sidérant encore, la déclaration de l’ONU semble être tombée dans le vide, sans provoquer la moindre réaction à Paris ni dans les autres capitales occidentales.

Pour Brauman, il n’y a pas d’ambiguïté : la famine qui ravage Gaza n’est pas un accident humanitaire, mais une stratégie de guerre.

Elle frappe une population déjà épuisée par des bombardements incessants et lui inflige une déshumanisation radicale, rappelant les pratiques les plus cruelles des sièges médiévaux.

« C’est une violation flagrante de toutes les conventions internationales, une négation pure et simple des principes qui protègent les civils », martèle-t-il.

Selon Brauman, le constat de l’ONU aurait dû provoquer une onde de choc mondiale. Or, déplore-t-il, l’annonce a été ignorée : ni Paris, ni Washington, ni les autres capitales occidentales n’ont réagi avec la fermeté nécessaire.

Pourquoi ce silence ? Interrogé par Arabnews en français, Brauman refuse l’idée d’une explication unique : il y voit un mélange d’impuissance, d’indifférence et de calcul politique.

La France, rappelle-t-il, « avait bien proposé, à un moment, d’assurer une protection militaire pour les convois humanitaires, mais cette promesse est restée lettre morte ». Rapidement, les mots se sont éteints, laissant place à une résignation qu’il juge lâche.

Le contraste est brutal avec d’autres crises internationales. Quand la Russie a envahi l’Ukraine, les sanctions et boycotts ont plu en quelques jours : gels d’avoirs, ruptures de contrats, isolement diplomatique.

Israël, en revanche, bénéficie d’une indulgence presque illimitée : quelques expressions de « préoccupation », quelques critiques feutrées… mais rien de plus.

Ces « deux poids, deux mesures », dénonce Brauman, minent la crédibilité des démocraties occidentales. Elles se présentent comme les gardiennes du droit international, mais révèlent leur hypocrisie dès que l’agresseur est un allié.

Quelques pays européens, souligne-t-il, comme l’Irlande, l’Espagne ou la Norvège, ont pris des mesures concrètes en suspendant des investissements et des coopérations. La France, l’Allemagne et l’Italie, elles, tournent en rond et se contentent de mots.

Au cœur de cette paralysie se trouve une donnée incontournable : les États-Unis. La France, explique Brauman, redoute des représailles américaines si elle prenait seule des sanctions contre Israël.

Pour lui, l’équation est simple : Israël vit militairement grâce aux États-Unis. Ce sont leurs missiles, leurs bombes, leurs technologies qui permettent la poursuite des opérations à Gaza.

« Les États-Unis sont le premier co-responsable du génocide en cours », affirme Brauman sans détour.

« Ils disposent du levier immédiat pour arrêter la guerre : il leur suffirait de cesser les livraisons d’armes. Mais Washington choisit de continuer, scellant sa complicité politique et morale. »

Pour l’essayiste, l’Europe pourrait, si elle en avait la volonté, s’émanciper de cette dépendance et ouvrir un bras de fer diplomatique et commercial avec son allié américain. Mais cette perspective reste taboue : l’Occident préfère détourner le regard, quitte à perdre son crédit moral dans le monde.

Rony Brauman va plus loin : pour lui, Israël est désormais un « État voyou, un pays qui a franchi le seuil de l’infréquentable ».

L’extrême droite au pouvoir, dirigée par le Premier ministre Benjamin Netanyahou, mène une politique de domination coloniale assumée : occupation, spoliation, répression des révoltes actuelles et futures.

Cette stratégie, avertit-il, prépare un avenir empoisonné : les enfants et adolescents palestiniens, grandissant au milieu des ruines et voyant leurs proches mourir sous les bombes ou de faim, porteront une haine durable.

Le cycle de vengeance est inévitable, car l’ultra-puissance israélienne — physique, matérielle, mais aussi symbolique par le mépris affiché — nourrit un terreau de radicalisation.

« Israël le sait, mais l’accepte comme le prix d’un statu quo colonial », tranche-t-il.

Déjà, sur la scène internationale, l’isolement moral s’accentue, estime Brauman : porter un passeport israélien devient synonyme de suspicion.

La société civile mondiale multiplie les gestes de boycott et de rejet. Brauman pense que cette pression sociale — drapeaux palestiniens brandis, collectifs mobilisés — pourrait peser davantage que les chancelleries.

Ce qui rend le témoignage de Rony Brauman si puissant, c’est sa double identité : celle du praticien et celle du citoyen.

Médecin, il a passé des décennies à soigner les victimes de guerre. Lorsqu’il dit qu’une famine est « inadmissible », il parle en homme qui a vu mourir de faim des femmes, des hommes et des enfants.

Son témoignage est loin des calculs partisans. Selon lui, à Gaza, ce sont des civils qui meurent chaque jour de privations délibérées.

Face à ce crime, le silence occidental est, pour Brauman, une complicité. Et l’histoire, prévient-il, jugera.