Flou autour du retrait de Vincent Bolloré avant le bicentenaire de son empire

Dans cette photo d'archive prise le 19 avril 2018, le président du conseil de surveillance du groupe de médias français Vivendi Vincent Bolloré assiste à une assemblée générale du groupe Vivendi à Paris. ERIC PIERMONT / AFP
Dans cette photo d'archive prise le 19 avril 2018, le président du conseil de surveillance du groupe de médias français Vivendi Vincent Bolloré assiste à une assemblée générale du groupe Vivendi à Paris. ERIC PIERMONT / AFP
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Publié le Mardi 15 février 2022

Flou autour du retrait de Vincent Bolloré avant le bicentenaire de son empire

  • Vincent Bolloré, retraité le 17 février?
  • Mais la perspective de la passation de pouvoir semble s'éloigner à mesure que l'échéance s'approche

PARIS: Vincent Bolloré, retraité le 17 février? La date, jour du bicentenaire de l'entreprise familiale, devait marquer le retrait des affaires de l'industriel et magnat des médias mais celui-ci semble désormais très hypothétique, tant les dossiers à régler sont encore nombreux.

"Aujourd'hui, je finis de laisser ma place de conseiller, après avoir été dirigeant jusqu'il y a trois ans. Ma famille a accepté de poursuivre cette saga industrielle. Elle va représenter la septième génération", relatait le 19 janvier Vincent Bolloré dans le cadre d'une commission d'enquête sénatoriale sur la concentration des médias.

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Vincent Bolloré (C) pose avec ses fils le PDG du groupe Havas Yannick Bolloré (à droite) et le vice-président du groupe Bolloré Cyrille Bolloré (à gauche) avant d'assister à une assemblée générale de Vivendi le 19 février 2018 à Paris. ERIC PIERMONT / AFP
ÉRIC PIERMONT / AFP

"Je laisserai ma place (...) lorsque nous fêterons le bicentenaire du groupe", ajoutait le milliardaire, 70 ans en avril, à la tête d'un empire avec un pied dans l'industrie (groupe Bolloré dans le transport et la logistique) et l'autre dans les médias (Vivendi).

Or, le bicentenaire sera finalement fêté à deux reprises: la première fois jeudi à Ergué-Gabéric, près de Quimper, où est implanté le siège social de l'entreprise, la Compagnie de l'Odet, puis en juillet, en grande pompe avec plusieurs centaines de personnes.

Mais la perspective de la passation de pouvoir semble s'éloigner à mesure que l'échéance s'approche: elle sera "reportée" en raison de plusieurs dossiers importants à gérer, affirmait la semaine dernière BFM Business.

Un fin connaisseur de l'univers Bolloré rappelle pour sa part à l'AFP que l'homme d'affaires "a bien engagé un processus de transfert des responsabilités" à ses enfants, "qui est en grande partie réalisé mais pas totalement". 

Vincent Bolloré, de patron «trop gentil» à titan des médias

Chouchou des médias lorsqu’il avait repris une papeterie familiale au bord du gouffre, le financier hors pair Vincent Bolloré est devenu leur bête noire en bâtissant un empire tentaculaire, incontournable dans l’édition, l'audiovisuel, la communication et la presse.

Bientôt septuagénaire, la 14e fortune de France, selon Challenges, tient encore fermement les rênes de la holding familiale, mais veut laisser la main à la septième génération, ses fils déjà présidents des groupes Bolloré (logistique internationale et pétrolière) et Vivendi (médias).

Le 17 février, le patron attaché à ses racines bretonnes célèbrera le bicentenaire de la manufacture de papier d'Odet, près de Quimper (Finistère), fondée par Nicolas Le Marié et reprise quelques années plus tard par son aïeul.

L'entreprise familiale aurait tourné court si Vincent Bolloré, jeune banquier d'affaires à Paris, n'avait pas décidé en 1981 de reprendre avec son frère les usines Odet-Cascadec-Bolloré (OCB) au bord du dépôt de bilan.

Il passe alors du papier cigarette au film plastique, puis aux condensateurs électriques. Bolloré Technologies entre en Bourse en 1985.

Cette aventure lui donne d'abord une image de patron sympathique. Souriant, affable, le jeune manager proche de la nouvelle droite - François Léotard, Alain Madelin et Gérard Longuet, dont il est le beau-frère - se décrit lui-même comme "trop gentil" lors d'une apparition chez Thierry Ardisson en 1987.

Il prend au même moment le contrôle de la SCAC (Société commerciale d'affrètement et de combustible), obtient des parts de l'ancien monopole d'État de production de tabac, et se fait introniser à la présidence de la discrète banque Rivaud.

Côté finances, les raids s'enchaînent, ciblant notamment les médias: d'abord Bouygues (maison mère de TF1), Pathé, Havas ou Ubisoft.

"Il est l'un des premiers activistes de France, et c'est un compliment", dit la cofondatrice du fonds CIAM Catherine Berjal, qui partage son goût pour flairer les bonnes affaires.

«Un côté cabot»

"Il a fait très peu de coups perdants et a souvent réussi à faire une plus-value quand il ne prenait pas le contrôle. C'est son côté pile je gagne, face je gagne aussi", appuie Philippe Bailly, du cabinet NPA Conseil.

Au lancement de la TNT en 2005, Vincent Bolloré gagne sa première chaîne de télévision, Direct 8, sur laquelle il n'hésite pas à intervenir en direct.

Malgré des débuts hasardeux, il parvient par un coup d'éclat financier à la revendre à Canal+ contre des parts de sa maison mère Vivendi, dont il prend le contrôle en 2014.

Sa mise au pas brutale de "l'esprit Canal" marque alors les esprits: les cadres sont débarqués, fin du "Zapping", de l'investigation, les "Guignols" sombrent, la rédaction de la chaîne d'infos entame une grève historique.

Vincent Bolloré impose le polémiste Éric Zemmour sur les antennes de CNews, qu'il relance sur le modèle de la très conservatrice chaîne américaine Fox News, et donne le champ libre à Cyril Hanouna sur C8.

Fervent catholique, il développe aussi les émissions chrétiennes, tendance traditionaliste.

"Je ne suis pas un investisseur financier, je suis un investisseur industriel. Je dois donc avoir le contrôle de l'éditorial", disait-il à Télérama en 2007.

Parallèlement, les procédures judiciaires pleuvent sur les journalistes qui enquêtent sur ses activités, notamment en Afrique.

"Il y a un côté cabot chez lui, il s’amuse de tout ça", affirme à l'AFP le journaliste Nicolas Vescovacci, qui a obtenu la condamnation de Vivendi pour "procédure abusive" à son encontre lors de la rédaction du livre "Vincent tout-puissant". 

Croque-mitaine

Aujourd'hui, Vincent Bolloré prévoit de céder la logistique africaine, plombée par des enquêtes pour corruption, tandis que son dernier coup de maître en introduisant Universal Music Group en Bourse lui permet de se renforcer encore dans les médiaset l'édition.

Après avoir racheté les magazines Prisma (Télé-Loisirs, Femme Actuelle, Capital), le patron d'Editis est sur le point d'avaler Lagardère (Hachette, Europe 1, Le JDD, Paris Match).

"Il y a une telle pression, en disant +Vincent Bolloré épouvantable Bogeyman+ (Croque-mitaine, ndlr) épouvantail, (...) c'est naturel qu'ils aient peur", a-t-il lancé en janvier à une commission d'enquête parlementaire sur la concentration des médias, qui l'interrogeait sur les inquiétudes de la rédaction du JDD pour son indépendance.

Le monde politique aussi s'inquiète, à moins de 100 jours de l'élection présidentielle.

"Monsieur Bolloré doit comprendre que ce n'est pas aux patrons de presse de décider qui doit être président de la République", avait lancé en novembre Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national, qui s'estimait mal traitée par rapport à Éric Zemmour.

"Notre intérêt n'est pas politique et n'est pas idéologique: c'est un intérêt purement économique", a assuré l'intéressé aux sénateurs.

Son fils Yannick, âgé de 42 ans, PDG de Havas depuis 2013, est devenu président du conseil de surveillance de Vivendi en 2018, tandis que son frère cadet Cyrille, 36 ans, a pris les rênes du groupe Bolloré en mars 2019. 

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Le président-directeur général du groupe Havas Yannick Bolloré et la PDG de Radio France Sibyle Veil arrivent pour un dîner d'État offert par le président français à l'Elysée à Paris, le 25 mars 2019, dans le cadre de la visite d'État du président chinois en France. LUDOVIC MARIN / AFP

Tour de contrôle

"Il est impossible de savoir quand il décidera de réaliser complètement (son retrait). De toute façon, même s'il le réalise, il gardera toujours la tour de contrôle de la Compagnie de l'Odet" qu'il préside, croit savoir cette même source. 

Cette holding, pilotée par le seul milliardaire, est à la tête de l'empire Bolloré, façonné en quarante ans à coups d'acquisitions et qui totalise désormais environ 80.000 salariés et 24 milliards d'euros de revenus. 

Vincent Bolloré aime à rappeler qu'au début des années 1980, quand il s'est attelé au redressement de la papeterie familiale alors en difficulté, celle-ci "employait un peu moins de 800 personnes" pour un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros.

Depuis, elle s'est développée dans les médias - parfois au prix de remaniements brutaux -, entre audiovisuel (groupe Canal+ et ses chaînes C8 et CNews ou la radio Europe 1), presse (Prisma Media, premier groupe de magazines en France, le JDD, Paris-Match, Prisa en Espagne), publicité/communication (Havas), édition (Editis) ou télécoms (Telecom Italia).

Bolloré et les médias: un empire construit sur les grèves et les conflits

Premier actionnaire de Canal+, des magazines de Prisma, du JDD, Paris-Match et de la radio Europe 1, le milliardaire breton Vincent Bolloré a bâti un empire médiatique colossal, déclenchant des grèves et des hémorragies dans les rédactions au fil de ses acquisitions.

Canal+ ne rit plus

En déclarant en 2007 qu'en tant qu'investisseur industriel, il devait "avoir le contrôle de l'éditorial", le futur magnat des médias, alors patron de la petite chaîne Direct 8, avait donné le ton sur ses ambitions.   

Alors que personne n'y croyait, l'industriel breton parvient à revendre D8 et D17 à Canal+ en 2012, contre des parts de la maison-mère Vivendi. A coups de rachats d'actions, il parvient à en prendre le contrôle deux ans plus tard. 

Premier coup de maître, premier conflit: appréciée pour sa liberté de ton, Canal+ est brutalement mise au pas par l'homme d'affaires à partir de 2015.

Le "Zapping" et le magazine "Spécial Investigation" sont arrêtés, son rédacteur en chef adjoint ayant notamment accusé Canal+ de censure. Les marionnettes satiriques "Les Guignols de l'info" sont d'abord mises en sourdine puis arrêtées, Vincent Bolloré leur reprochant un "abus de dérision".

Dernière victime en date: le célèbre service des sports, secoué par au moins 25 départs depuis le renvoi de l'humoriste Sébastien Thoen, qui avait provoqué une vague de soutien fin 2020.

Grève historique à iTélé

En 2016, les salariés de la chaîne d'information entament aussi un bras de fer avec Canal+, demandant des garanties d'indépendance et protestant contre une réduction drastique des effectifs.

L'arrivée à l'antenne de Jean-Marc Morandini, mis en examen pour "corruption de mineurs aggravée", met aussi le feu aux poudres. 

Les salariés portent une grève très médiatique pendant 31 jours - une durée record - face à des dirigeants inflexibles. 

N'obtenant que de maigres concessions, la quasi-totalité des journalistes quitte la chaîne, rebaptisée CNews, qui prendra un virage à droite dans les années suivantes.

A l'assaut des magazines

En mai dernier, Vivendi boucle l'acquisition du premier groupe de presse magazine en France, Prisma Media. 

Télé-Loisirs, Femme Actuelle, Capital ou Gala viennent encore diversifier l'empireBolloré. Connaissant ses méthodes, certains journalistes font immédiatement valoir leur clause de cession, prévue en cas de changement d'actionnaire.

Une soixantaine de salariés et pigistes ont depuis quitté le groupe, et devraient être rejoints par 80 autres d'ici la fin de l'année, estime le syndicat SNJ-CGT.

Ces hémorragies sont loin d'inquiéter l'industriel breton, qui a estimé en janvier que les journalistes fonctionnent "comme la mer": quand une vague part, une autre revient.

Main de fer à Europe 1

Après avoir bataillé avec le magnat du luxe Bernard Arnault, Vincent Bolloré impose Vivendi comme actionnaire principal du groupe Lagardère, qui compte dans son giron les stations Europe 1, RFM et Virgin Radio. 

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Les journalistes français Patrick Cohen (à droite) et Anne Sinclair (à gauche) participent à une manifestation, organisée par l'intersyndicale et la société des rédacteurs en chef (SDR) de la radio française Europe 1, pour dénoncer "l'influence grandissante" du groupe de médias Vivendi de Vincent Bolloré et pour faire part de leur inquiétude face au rapprochement avec CNews le 30 juin 2021 devant l'immeuble abritant Europe 1 à Paris. ALAIN JOCARD / AFP

Le milliardaire conservateur décide alors au printemps 2021 de rapprocher Europe 1 avec sa chaîne CNews. Inquiet d'un changement de ligne éditoriale à droite, les salariés de la radio historique entament une grève à leur tour.

Au fil des semaines, des dizaines de journalistes quittent la station contraints ou de leur plein gré.  

Cette première étape préfigure une opération prévue de longue date par l'industriel, qui s'apprête à avaler d'ici mars le groupe Lagardère dans sa totalité (le Journal du Dimanche, Paris Match, Hachette Edition) avec une offre publique d'achat (OPA).

Chaises musicales au JDD

Après cinq ans à la tête du JDD, Hervé Gattegno, directeur général de l'hebdomadaire, est limogé au mois d'octobre. Certains y voient en coulisses l'influence du patron, suite à une couverture du futur candidat d'extrême droite à la présidentielle, Eric Zemmour, ayant fait polémique.  

Remplacé par Jérôme Bellay, ce dernier est aussi congédié à la surprise générale trois mois plus tard, faisant place au chroniqueur régulier de CNews Jérôme Béglé. 

Une nouvelle fois, la société des journalistes fait part de sa "vive préoccupation", à quelques mois d'une échéance électorale déterminante.

"Notre intérêt n'est pas politique et n'est pas idéologique: c'est un intérêt purement économique", a pourtant balayé Vincent Bolloré, lors d'une audition en janvier devant une commission parlementaire. 

Face aux sénateurs, Vincent Bolloré a nié tout objectif politique dans sa stratégie d'acquisitions dans les médias, tandis que ses détracteurs dénoncent notamment une chaîne d'information CNews qui serait devenue la porte-voix de ses opinions conservatrices.

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L'actionnaire majoritaire du groupe Bolloré, Vincent Bolloré, arrive pour une audition devant une commission d'enquête parlementaire sur la concentration des médias, au Sénat français à Paris le 19 janvier 2022. Thomas SAMSON / AFP

Conseiller informel

"Il n'a pas de titre mais on sait qu'il influence les grandes décisions stratégiques", souligne une source proche, pour qui l'homme d'affaires tiendra ce rôle de conseiller informel du groupe "pendant un temps indéfini" qui dépendra de "l'évolution des problèmes". 

Plusieurs dossiers brûlants restent à boucler: acquérir la totalité du capital du groupe Lagardère - une opération dont le début est attendu d'ici début mars -, empêcher le fonds d'investissement américain KKR de prendre pied dans Telecom Italia - dont Vivendi est premier actionnaire - et convaincre le gouvernement espagnol de laisser Vivendi prendre près de 30% du capital du groupe de médias Prisa, propriétaire notamment du quotidien El Pais, contre 9,9% actuellement.

Sans compter la cession planifiée de la branche logistique du groupe en Afrique, minée par plusieurs poursuites judiciaires, qu'il entend mener à bien. 

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Des ouvriers préparent des articles dans un entrepôt du Groupe Bolloré à l'aéroport international d'Abidjan le 12 mai 2020, où différents produits de consommation sont stockés pour le marché local en Côte d'Ivoire. ISSOUF SANOGO /AFP

"J'ai réalisé que la transmission était moins facile que ce que j'imaginais", avouait-il récemment dans l'ouvrage "Dictionnaire amoureux de l'entreprise et des entrepreneurs". "Il faut transmettre les fonctions de direction et par conséquent les abandonner. A ces moments, on voit le regard des autres qui, évidemment, se détourne pour aller vers le nouveau pouvoir - cela est bien naturel mais toujours un peu douloureux." 


Nuñez en Algérie pour tenter de renouer le dialogue entre les deux pays

"Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation entre services à un niveau technique et donc maintenant, on passe à la phase politique". (AFP)
"Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation entre services à un niveau technique et donc maintenant, on passe à la phase politique". (AFP)
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  • Ce déplacement hautement sensible avait été annoncé à la suite de l'invitation du ministre de l'Intérieur algérien Saïd Sayoud, lancée il y a plusieurs mois à son homologue français
  • Mais il tardait à se concrétiser de sorte que cette visite apparaît comme un premier signe de dégel entre les deux pays

PARIS: Le ministre de l'Intérieur français Laurent Nuñez va tenter lundi et mardi en Algérie de renouer les liens entre les deux pays sur les questions de sécurité dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes entre Paris et Alger.

Ce déplacement hautement sensible avait été annoncé à la suite de l'invitation du ministre de l'Intérieur algérien Saïd Sayoud, lancée il y a plusieurs mois à son homologue français. Mais il tardait à se concrétiser de sorte que cette visite apparaît comme un premier signe de dégel entre les deux pays.

"Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation entre services à un niveau technique et donc maintenant, on passe à la phase politique", a commenté vendredi Laurent Nuñez, lors d'un déplacement à Marseille.

Si aucune rencontre avec le président algérien n'est prévue à ce stade, le ministre français n'a pas écarté cette éventualité lundi sur France Inter: "Je verrai bien ce qu'il se passe sur place".

Avec prudence, il avait expliqué vendredi qu'au cours de cette "réunion de travail" seraient "discutées toutes les questions de sécurité", à savoir la lutte contre le terrorisme, contre les narcotrafiquants et l'immigration illégale.

"J'ai toujours été confiant dans le rétablissement des relations sécuritaires avec l'Algérie (...) Cette visite est l'aboutissement de cette position, qui est de continuer à dialoguer avec les autorités algériennes sur les questions de sécurité. Ça me paraît indispensable", avait-il ajouté.

Mais le sujet des réadmissions, c'est-à-dire du retour dans leur pays des ressortissants algériens en situation irrégulière en France (OQTF), reste le plus épineux.

A ce jour, aucun ressortissant algérien sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) n'a été accepté par Alger, selon une source proche du dossier.

"Amorce" 

Début février, le ministre français avait affirmé attendre pour se rendre en Algérie "un bougé", une "amorce de réponse" d'Alger sur ce sujet ainsi que sur le cas de Christophe Gleizes, le journaliste sportif français arrêté en mai 2024 en Kabylie et condamné en appel, début décembre, à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".

S'il y a eu une "amorce" qui pourrait expliquer la concrétisation du déplacement, elle n'a pas été rendue publique.

La relation entre les deux pays s'était fortement dégradée depuis l'été 2024 et la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, territoire au statut non défini selon l'ONU, où un conflit oppose depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenu par l'Algérie.

Les tensions franco-algériennes n'ont cessé ensuite de se multiplier entre l'enlèvement d'un influenceur algérien opposant au régime d'Abdelmadjid Tebboune en avril 2024, l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, gracié un an plus tard par le président algérien, la mise en examen d'un agent consulaire algérien en avril 2025 ou encore l'expulsion de douze agents de l'ambassade française à Alger quelques jours plus tard...

"Je trouve qu'il y a des signaux positifs qui se déclenchent des deux côtés", estimait récemment Sabrina Sebaihi, députée écologiste, auprès de l'AFP.

"D'un côté, on a le transfert de Christophe Gleizes à côté d'Alger, le président algérien qui dit +je reprends tous mes ressortissants+. De notre côté, le ministre de l'Intérieur dit +moi je vais y aller+. Peut-être qu'on est dans un moment de désescalade de la crise", a encore expliqué la députée des Hauts-de-Seine, qui a rencontré à Alger le président de l'Assemblée nationale.

Le dernier déplacement d'un ministre de l'Intérieur en Algérie remontait à fin 2022 et la visite de Gérald Darmanin.

Son successeur Bruno Retailleau avait cristallisé les crispations, tentant régulièrement d'aller au bras de fer, notamment autour de la libération de l'écrivain Boualem Sansal.

L'ancienne ministre socialiste Ségolène Royal, qui s'est rendue il y a peu en Algérie, s'était posée en médiatrice lors de cette visite, initiée à titre personnel en tant que présidente de l'Association France-Algérie. Elle était venue plaider pour une "reconstruction de l'amitié entre la France et l'Algérie".

En arrivant lundi à Alger, Laurent Nuñez n'entend pas montrer les dents comme son prédécesseur, ni afficher des objectifs ambitieux, l'important étant, selon des sources diplomatiques, de renouer le dialogue, si ténu soit-il, au niveau sécuritaire.


Attaque au couteau sous l'Arc de Triomphe à Paris: le parquet antiterroriste saisi, l'assaillant décédé

Des policiers français bloquent la zone autour de l’Arc de Triomphe à Paris le 13 février 2026, après que la police a abattu un homme armé d’un couteau qui aurait menacé des agents assurant une mission cérémonielle au célèbre monument parisien. (AFP)
Des policiers français bloquent la zone autour de l’Arc de Triomphe à Paris le 13 février 2026, après que la police a abattu un homme armé d’un couteau qui aurait menacé des agents assurant une mission cérémonielle au célèbre monument parisien. (AFP)
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  • L’attaque s’est produite vers 18h lors de la cérémonie officielle du ravivage de la flamme du Soldat inconnu ; un gendarme a ouvert le feu pour neutraliser l’assaillant, tandis que le secteur de la place de l’Étoile était immédiatement bouclé
  • L’assaillant, récemment libéré et placé sous surveillance judiciaire renforcée, faisait l’objet d’un suivi strict ; le président Emmanuel Macron a salué la réaction rapide des forces de l’ordre qui ont stoppé l’attaque

PARIS: Un homme, condamné pour terrorisme en 2013, qui menaçait vendredi avec un couteau des gendarmes sous l'Arc de Triomphe à Paris est décédé en début de soirée après avoir été blessé de plusieurs balles par l'un d'eux, des faits dont s'est immédiatement saisi le parquet national antiterroriste (Pnat).

Les faits se sont déroulés vers 18H00 (17H00 GMT) lors du ravivage quotidien de la flamme de la tombe du soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe, en haut de l'avenue des Champs-Elysées, lorsqu'un homme muni d'un couteau et d'une paire de ciseaux s'est précipité sur un gendarme de la musique de la gendarmerie mobile qui participait au service d'honneur de la cérémonie.

Un autre gendarme a fait usage de son arme de service pour neutraliser l'assaillant, selon le Pnat.

Atteint de plusieurs balles, l'homme a été transporté à l'hôpital. En début de soirée, le parquet national antiterroriste a annoncé dans un communiqué qu'il était décédé des suites de ses blessures.

Le président français Emmanuel Macron a félicité "les gendarmes qui ont réagi tout de suite" et ainsi pu "stopper cette attaque terroriste", en marge de la conférence de Munich sur la sécurité.

Né en 1978 à Mantes-la-Jolie à l'ouest de Paris, l'assaillant, Brahim Bahrir, de nationalité française, était fiché S pour radicalisation, selon une source proche du dossier.

Il avait été condamné en 2013 en Belgique à 17 ans de réclusion criminelle, a précisé le Pnat, pour avoir poignardé deux policiers à la station de métro de Molenbeek, un quartier de Bruxelles. Il les avait blessés légèrement.

- Libéré le 24 décembre -

Après avoir été incarcéré en Belgique, il avait été transféré en France le 27 janvier 2015 à la suite d'une décision de reconnaissance du caractère exécutoire du jugement du tribunal de première instance de Bruxelles, a poursuivi le parquet.

Après avoir purgé sa peine, "il était sorti de détention le 24 décembre 2025 et faisait, depuis l'objet d'un suivi dans le cadre d'une surveillance judiciaire prononcée par le tribunal d'application des peines le 17 juin 2025. Il faisait par ailleurs l'objet d'une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance" (MICAS), a ajouté le Pnat.

Il devait pointer au commissariat tous les jours. Il était domicilié à Aulnay-sous-Bois, dans la banlieue de Paris, selon une source proche du dossier.

Le gendarme de la musique, présenté dans un premier temps comme très légèrement blessé par le couteau, ne l'a pas été, l'arme ayant "buté sur le col de sa gabardine", a précisé le Pnat.

Le parquet antiterroriste avait annoncé aussitôt après les faits avoir ouvert une enquête en flagrance, en ajoutant qu'un magistrat du parquet se rendait sur les lieux.

L'enquête a été ouverte pour tentative d'assassinats sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et de participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle.

Dans la soirée, quelques camions de CRS (des policiers chargés du maintien de l'ordre), gyrophares clignotants, étaient stationnés sur la place de l'Etoile et barraient l'accès à la tombe du soldat inconnu, a constaté une journaliste de l'AFP, tandis que les arrêts de bus environnants n'étaient pas desservis et que les accès au métro étaient fermées.

Des touristes sous des parapluies filmaient le monument sans savoir ce qu'il s'y était passé une heure auparavant.


La nouvelle stratégie énergétique de la France dévoilée, entre soulagement et déception

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (C) s’adressant à l’audience lors d’une table ronde à la centrale hydroélectrique de Saut-Mortier, dans l’est de la France, le 12 février 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (C) s’adressant à l’audience lors d’une table ronde à la centrale hydroélectrique de Saut-Mortier, dans l’est de la France, le 12 février 2026. (AFP)
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  • La nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (2026-2035) mise sur une relance massive du nucléaire et sur l’électrification des usages pour réduire la part des énergies fossiles de 60 % en 2023 à 40 % en 2030
  • Si l’éolien en mer est soutenu, les objectifs pour l’éolien terrestre et le solaire sont revus à la baisse, suscitant critiques des ONG et tensions politiques, avec une clause de revoyure prévue en 2027

PARIS: Le gouvernement a dévoilé jeudi la nouvelle et très stratégique politique énergétique, qui entend répondre d'ici à 2035 aux enjeux de souveraineté et de décarbonation de la France, suscitant soulagement chez les uns après des années d'attente mais déception voire colère chez d'autres.

Dans cette troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), sujet d'intenses débats depuis trois ans, le gouvernement met l'accent sur la relance de la consommation d'une électricité décarbonée notamment d'origine nucléaire, en remplacement des énergies fossiles chères à importer.

Dans le même temps, il acte un moindre déploiement de l'éolien terrestre et du solaire, arguant d'une stagnation de la consommation d'électricité.

"Il n'y a pas de schéma dans lequel on peut être dépendant", a déclaré Sébastien Lecornu lors d'un déplacement sur les barrages hydroélectriques de Saut-Mortier et de Vouglans, dans le Jura, pour présenter les annonces.

Ne pas décider "devenait fondamentalement dangereux pour notre souveraineté, pour notre capacité à produire", a-t-il dit.

Maintes fois retardée, la publication de la stratégie pour 2026-2035 est "essentiel(le) pour donner de la stabilité et de la visibilité aux entreprises, sécuriser les investissements", et pour la "compétitivité", a commenté le Medef.

- Moins de carbone -

Cette feuille de route, qui doit être publiée vendredi au Journal officiel, détaille la part de chaque filière dans la production d'énergie: combien pour le nucléaire, l'éolien, le solaire, l'hydraulique...

"La PPE3 fixe un cap clair: accroître la production énergétique décarbonée notamment électrique et réduire la consommation d'énergies fossiles", indique le document de présentation.

Le gouvernement vise une production électrique décarbonée en 2035 "en lien étroit avec la croissance de l'électrification des usages", c'est-à-dire la bascule de secteurs dépendants des énergies fossiles (gaz, pétrole) vers l'électricité: les transports avec les voitures électriques, le bâtiment avec les pompes à chaleur ou l'industrie avec des fours électriques.

"En 2023, nous consommions près de 60% d'énergie finale fossile. Notre objectif est de n'en consommer plus que 40% en 2030", souligne le document.

La PPE3 acte ainsi une relance massive du nucléaire,énergie décarbonée mais complexe à mettre en oeuvre, en rupture avec la précédente PPE (2019-2024) qui prévoyait de fermer 14 réacteurs: avec "une optimisation" du parc existant et la construction de six nouveaux réacteurs, et huit en option.

La production nucléaire, déjà majoritaire en France, devrait atteindre 380 à 420 terawattheure (TWh) en 2030, contre 320 en 2023.

Elle mise aussi sur une accélération de l'éolien en mer mais avec un léger décalage dans le temps des objectifs, actant les retards constatés dans les projets.

En revanche, l'éolien terrestre et le solaire subissent la stagnation de la demande d'électricité, avec des objectifs en baisse par rapport à ce que prévoyait la version de la PPE soumise à la consultation du public en mars.

- "Mythe du nucléaire" -

Le plan gouvernemental est aligné sur l'un des scénarios les plus favorables établis en décembre par RTE, gestionnaire du réseau d'électricité à haute tension, qui a revu à la baisse ses prévisions de consommation électrique en France à 2030.

Greenpeace a dénoncé "une PPE médiocre", faisant croire "au mythe du nucléaire +quoi qu’il en coûte+", tandis que Le Réseau action climat dit attendre les "mesures concrètes" du gouvernement concernant son plan d'électrification promis en mai.

Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), a dit espérer, avec cette publication, la fin des querelles entre partisans du tout-nucléaire et ceux souhaitant faire la part belle aux renouvelables, comme l'éolien et le solaire.

Le patron de LR, Bruno Retailleau, et la cheffe de file des députés RN, Marine Le Pen, avaient demandé au gouvernement de renoncer à le publier.

Dénonçant "un passage en force" sur cette programmation jugée trop favorable aux renouvelables et "ruineuse", Marine Le Pen a menacé de déposer une motion de censure et promet un recours devant le Conseil d’État.

A gauche, Marine Tondelier (Les Ecologistes) a dit son "soulagement" qu'il n'y ait pas de moratoire sur les renouvelables.

"Pour la première fois, nos intérêts climatiques correspondent à nos intérêts géopolitiques", assure Sébastien Lecornu en rappelant que des oppositions avaient aussi mal accueilli le plan Messmer lançant le programme nucléaire français dans les années 1970, au sortir du choc pétrolier.

Il a jugé "facile" d'opposer renouvelables et nucléaire et souligné que toutes les énergies "coûtent de l'argent", alors que le prix de l'électricité est devenu un sujet inflammable.

Une clause de revoyure est prévue en 2027, année de l'élection présidentielle.