Flou autour du retrait de Vincent Bolloré avant le bicentenaire de son empire

Dans cette photo d'archive prise le 19 avril 2018, le président du conseil de surveillance du groupe de médias français Vivendi Vincent Bolloré assiste à une assemblée générale du groupe Vivendi à Paris. ERIC PIERMONT / AFP
Dans cette photo d'archive prise le 19 avril 2018, le président du conseil de surveillance du groupe de médias français Vivendi Vincent Bolloré assiste à une assemblée générale du groupe Vivendi à Paris. ERIC PIERMONT / AFP
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Publié le Mardi 15 février 2022

Flou autour du retrait de Vincent Bolloré avant le bicentenaire de son empire

  • Vincent Bolloré, retraité le 17 février?
  • Mais la perspective de la passation de pouvoir semble s'éloigner à mesure que l'échéance s'approche

PARIS: Vincent Bolloré, retraité le 17 février? La date, jour du bicentenaire de l'entreprise familiale, devait marquer le retrait des affaires de l'industriel et magnat des médias mais celui-ci semble désormais très hypothétique, tant les dossiers à régler sont encore nombreux.

"Aujourd'hui, je finis de laisser ma place de conseiller, après avoir été dirigeant jusqu'il y a trois ans. Ma famille a accepté de poursuivre cette saga industrielle. Elle va représenter la septième génération", relatait le 19 janvier Vincent Bolloré dans le cadre d'une commission d'enquête sénatoriale sur la concentration des médias.

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Vincent Bolloré (C) pose avec ses fils le PDG du groupe Havas Yannick Bolloré (à droite) et le vice-président du groupe Bolloré Cyrille Bolloré (à gauche) avant d'assister à une assemblée générale de Vivendi le 19 février 2018 à Paris. ERIC PIERMONT / AFP
ÉRIC PIERMONT / AFP

"Je laisserai ma place (...) lorsque nous fêterons le bicentenaire du groupe", ajoutait le milliardaire, 70 ans en avril, à la tête d'un empire avec un pied dans l'industrie (groupe Bolloré dans le transport et la logistique) et l'autre dans les médias (Vivendi).

Or, le bicentenaire sera finalement fêté à deux reprises: la première fois jeudi à Ergué-Gabéric, près de Quimper, où est implanté le siège social de l'entreprise, la Compagnie de l'Odet, puis en juillet, en grande pompe avec plusieurs centaines de personnes.

Mais la perspective de la passation de pouvoir semble s'éloigner à mesure que l'échéance s'approche: elle sera "reportée" en raison de plusieurs dossiers importants à gérer, affirmait la semaine dernière BFM Business.

Un fin connaisseur de l'univers Bolloré rappelle pour sa part à l'AFP que l'homme d'affaires "a bien engagé un processus de transfert des responsabilités" à ses enfants, "qui est en grande partie réalisé mais pas totalement". 

Vincent Bolloré, de patron «trop gentil» à titan des médias

Chouchou des médias lorsqu’il avait repris une papeterie familiale au bord du gouffre, le financier hors pair Vincent Bolloré est devenu leur bête noire en bâtissant un empire tentaculaire, incontournable dans l’édition, l'audiovisuel, la communication et la presse.

Bientôt septuagénaire, la 14e fortune de France, selon Challenges, tient encore fermement les rênes de la holding familiale, mais veut laisser la main à la septième génération, ses fils déjà présidents des groupes Bolloré (logistique internationale et pétrolière) et Vivendi (médias).

Le 17 février, le patron attaché à ses racines bretonnes célèbrera le bicentenaire de la manufacture de papier d'Odet, près de Quimper (Finistère), fondée par Nicolas Le Marié et reprise quelques années plus tard par son aïeul.

L'entreprise familiale aurait tourné court si Vincent Bolloré, jeune banquier d'affaires à Paris, n'avait pas décidé en 1981 de reprendre avec son frère les usines Odet-Cascadec-Bolloré (OCB) au bord du dépôt de bilan.

Il passe alors du papier cigarette au film plastique, puis aux condensateurs électriques. Bolloré Technologies entre en Bourse en 1985.

Cette aventure lui donne d'abord une image de patron sympathique. Souriant, affable, le jeune manager proche de la nouvelle droite - François Léotard, Alain Madelin et Gérard Longuet, dont il est le beau-frère - se décrit lui-même comme "trop gentil" lors d'une apparition chez Thierry Ardisson en 1987.

Il prend au même moment le contrôle de la SCAC (Société commerciale d'affrètement et de combustible), obtient des parts de l'ancien monopole d'État de production de tabac, et se fait introniser à la présidence de la discrète banque Rivaud.

Côté finances, les raids s'enchaînent, ciblant notamment les médias: d'abord Bouygues (maison mère de TF1), Pathé, Havas ou Ubisoft.

"Il est l'un des premiers activistes de France, et c'est un compliment", dit la cofondatrice du fonds CIAM Catherine Berjal, qui partage son goût pour flairer les bonnes affaires.

«Un côté cabot»

"Il a fait très peu de coups perdants et a souvent réussi à faire une plus-value quand il ne prenait pas le contrôle. C'est son côté pile je gagne, face je gagne aussi", appuie Philippe Bailly, du cabinet NPA Conseil.

Au lancement de la TNT en 2005, Vincent Bolloré gagne sa première chaîne de télévision, Direct 8, sur laquelle il n'hésite pas à intervenir en direct.

Malgré des débuts hasardeux, il parvient par un coup d'éclat financier à la revendre à Canal+ contre des parts de sa maison mère Vivendi, dont il prend le contrôle en 2014.

Sa mise au pas brutale de "l'esprit Canal" marque alors les esprits: les cadres sont débarqués, fin du "Zapping", de l'investigation, les "Guignols" sombrent, la rédaction de la chaîne d'infos entame une grève historique.

Vincent Bolloré impose le polémiste Éric Zemmour sur les antennes de CNews, qu'il relance sur le modèle de la très conservatrice chaîne américaine Fox News, et donne le champ libre à Cyril Hanouna sur C8.

Fervent catholique, il développe aussi les émissions chrétiennes, tendance traditionaliste.

"Je ne suis pas un investisseur financier, je suis un investisseur industriel. Je dois donc avoir le contrôle de l'éditorial", disait-il à Télérama en 2007.

Parallèlement, les procédures judiciaires pleuvent sur les journalistes qui enquêtent sur ses activités, notamment en Afrique.

"Il y a un côté cabot chez lui, il s’amuse de tout ça", affirme à l'AFP le journaliste Nicolas Vescovacci, qui a obtenu la condamnation de Vivendi pour "procédure abusive" à son encontre lors de la rédaction du livre "Vincent tout-puissant". 

Croque-mitaine

Aujourd'hui, Vincent Bolloré prévoit de céder la logistique africaine, plombée par des enquêtes pour corruption, tandis que son dernier coup de maître en introduisant Universal Music Group en Bourse lui permet de se renforcer encore dans les médiaset l'édition.

Après avoir racheté les magazines Prisma (Télé-Loisirs, Femme Actuelle, Capital), le patron d'Editis est sur le point d'avaler Lagardère (Hachette, Europe 1, Le JDD, Paris Match).

"Il y a une telle pression, en disant +Vincent Bolloré épouvantable Bogeyman+ (Croque-mitaine, ndlr) épouvantail, (...) c'est naturel qu'ils aient peur", a-t-il lancé en janvier à une commission d'enquête parlementaire sur la concentration des médias, qui l'interrogeait sur les inquiétudes de la rédaction du JDD pour son indépendance.

Le monde politique aussi s'inquiète, à moins de 100 jours de l'élection présidentielle.

"Monsieur Bolloré doit comprendre que ce n'est pas aux patrons de presse de décider qui doit être président de la République", avait lancé en novembre Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national, qui s'estimait mal traitée par rapport à Éric Zemmour.

"Notre intérêt n'est pas politique et n'est pas idéologique: c'est un intérêt purement économique", a assuré l'intéressé aux sénateurs.

Son fils Yannick, âgé de 42 ans, PDG de Havas depuis 2013, est devenu président du conseil de surveillance de Vivendi en 2018, tandis que son frère cadet Cyrille, 36 ans, a pris les rênes du groupe Bolloré en mars 2019. 

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Le président-directeur général du groupe Havas Yannick Bolloré et la PDG de Radio France Sibyle Veil arrivent pour un dîner d'État offert par le président français à l'Elysée à Paris, le 25 mars 2019, dans le cadre de la visite d'État du président chinois en France. LUDOVIC MARIN / AFP

Tour de contrôle

"Il est impossible de savoir quand il décidera de réaliser complètement (son retrait). De toute façon, même s'il le réalise, il gardera toujours la tour de contrôle de la Compagnie de l'Odet" qu'il préside, croit savoir cette même source. 

Cette holding, pilotée par le seul milliardaire, est à la tête de l'empire Bolloré, façonné en quarante ans à coups d'acquisitions et qui totalise désormais environ 80.000 salariés et 24 milliards d'euros de revenus. 

Vincent Bolloré aime à rappeler qu'au début des années 1980, quand il s'est attelé au redressement de la papeterie familiale alors en difficulté, celle-ci "employait un peu moins de 800 personnes" pour un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros.

Depuis, elle s'est développée dans les médias - parfois au prix de remaniements brutaux -, entre audiovisuel (groupe Canal+ et ses chaînes C8 et CNews ou la radio Europe 1), presse (Prisma Media, premier groupe de magazines en France, le JDD, Paris-Match, Prisa en Espagne), publicité/communication (Havas), édition (Editis) ou télécoms (Telecom Italia).

Bolloré et les médias: un empire construit sur les grèves et les conflits

Premier actionnaire de Canal+, des magazines de Prisma, du JDD, Paris-Match et de la radio Europe 1, le milliardaire breton Vincent Bolloré a bâti un empire médiatique colossal, déclenchant des grèves et des hémorragies dans les rédactions au fil de ses acquisitions.

Canal+ ne rit plus

En déclarant en 2007 qu'en tant qu'investisseur industriel, il devait "avoir le contrôle de l'éditorial", le futur magnat des médias, alors patron de la petite chaîne Direct 8, avait donné le ton sur ses ambitions.   

Alors que personne n'y croyait, l'industriel breton parvient à revendre D8 et D17 à Canal+ en 2012, contre des parts de la maison-mère Vivendi. A coups de rachats d'actions, il parvient à en prendre le contrôle deux ans plus tard. 

Premier coup de maître, premier conflit: appréciée pour sa liberté de ton, Canal+ est brutalement mise au pas par l'homme d'affaires à partir de 2015.

Le "Zapping" et le magazine "Spécial Investigation" sont arrêtés, son rédacteur en chef adjoint ayant notamment accusé Canal+ de censure. Les marionnettes satiriques "Les Guignols de l'info" sont d'abord mises en sourdine puis arrêtées, Vincent Bolloré leur reprochant un "abus de dérision".

Dernière victime en date: le célèbre service des sports, secoué par au moins 25 départs depuis le renvoi de l'humoriste Sébastien Thoen, qui avait provoqué une vague de soutien fin 2020.

Grève historique à iTélé

En 2016, les salariés de la chaîne d'information entament aussi un bras de fer avec Canal+, demandant des garanties d'indépendance et protestant contre une réduction drastique des effectifs.

L'arrivée à l'antenne de Jean-Marc Morandini, mis en examen pour "corruption de mineurs aggravée", met aussi le feu aux poudres. 

Les salariés portent une grève très médiatique pendant 31 jours - une durée record - face à des dirigeants inflexibles. 

N'obtenant que de maigres concessions, la quasi-totalité des journalistes quitte la chaîne, rebaptisée CNews, qui prendra un virage à droite dans les années suivantes.

A l'assaut des magazines

En mai dernier, Vivendi boucle l'acquisition du premier groupe de presse magazine en France, Prisma Media. 

Télé-Loisirs, Femme Actuelle, Capital ou Gala viennent encore diversifier l'empireBolloré. Connaissant ses méthodes, certains journalistes font immédiatement valoir leur clause de cession, prévue en cas de changement d'actionnaire.

Une soixantaine de salariés et pigistes ont depuis quitté le groupe, et devraient être rejoints par 80 autres d'ici la fin de l'année, estime le syndicat SNJ-CGT.

Ces hémorragies sont loin d'inquiéter l'industriel breton, qui a estimé en janvier que les journalistes fonctionnent "comme la mer": quand une vague part, une autre revient.

Main de fer à Europe 1

Après avoir bataillé avec le magnat du luxe Bernard Arnault, Vincent Bolloré impose Vivendi comme actionnaire principal du groupe Lagardère, qui compte dans son giron les stations Europe 1, RFM et Virgin Radio. 

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Les journalistes français Patrick Cohen (à droite) et Anne Sinclair (à gauche) participent à une manifestation, organisée par l'intersyndicale et la société des rédacteurs en chef (SDR) de la radio française Europe 1, pour dénoncer "l'influence grandissante" du groupe de médias Vivendi de Vincent Bolloré et pour faire part de leur inquiétude face au rapprochement avec CNews le 30 juin 2021 devant l'immeuble abritant Europe 1 à Paris. ALAIN JOCARD / AFP

Le milliardaire conservateur décide alors au printemps 2021 de rapprocher Europe 1 avec sa chaîne CNews. Inquiet d'un changement de ligne éditoriale à droite, les salariés de la radio historique entament une grève à leur tour.

Au fil des semaines, des dizaines de journalistes quittent la station contraints ou de leur plein gré.  

Cette première étape préfigure une opération prévue de longue date par l'industriel, qui s'apprête à avaler d'ici mars le groupe Lagardère dans sa totalité (le Journal du Dimanche, Paris Match, Hachette Edition) avec une offre publique d'achat (OPA).

Chaises musicales au JDD

Après cinq ans à la tête du JDD, Hervé Gattegno, directeur général de l'hebdomadaire, est limogé au mois d'octobre. Certains y voient en coulisses l'influence du patron, suite à une couverture du futur candidat d'extrême droite à la présidentielle, Eric Zemmour, ayant fait polémique.  

Remplacé par Jérôme Bellay, ce dernier est aussi congédié à la surprise générale trois mois plus tard, faisant place au chroniqueur régulier de CNews Jérôme Béglé. 

Une nouvelle fois, la société des journalistes fait part de sa "vive préoccupation", à quelques mois d'une échéance électorale déterminante.

"Notre intérêt n'est pas politique et n'est pas idéologique: c'est un intérêt purement économique", a pourtant balayé Vincent Bolloré, lors d'une audition en janvier devant une commission parlementaire. 

Face aux sénateurs, Vincent Bolloré a nié tout objectif politique dans sa stratégie d'acquisitions dans les médias, tandis que ses détracteurs dénoncent notamment une chaîne d'information CNews qui serait devenue la porte-voix de ses opinions conservatrices.

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L'actionnaire majoritaire du groupe Bolloré, Vincent Bolloré, arrive pour une audition devant une commission d'enquête parlementaire sur la concentration des médias, au Sénat français à Paris le 19 janvier 2022. Thomas SAMSON / AFP

Conseiller informel

"Il n'a pas de titre mais on sait qu'il influence les grandes décisions stratégiques", souligne une source proche, pour qui l'homme d'affaires tiendra ce rôle de conseiller informel du groupe "pendant un temps indéfini" qui dépendra de "l'évolution des problèmes". 

Plusieurs dossiers brûlants restent à boucler: acquérir la totalité du capital du groupe Lagardère - une opération dont le début est attendu d'ici début mars -, empêcher le fonds d'investissement américain KKR de prendre pied dans Telecom Italia - dont Vivendi est premier actionnaire - et convaincre le gouvernement espagnol de laisser Vivendi prendre près de 30% du capital du groupe de médias Prisa, propriétaire notamment du quotidien El Pais, contre 9,9% actuellement.

Sans compter la cession planifiée de la branche logistique du groupe en Afrique, minée par plusieurs poursuites judiciaires, qu'il entend mener à bien. 

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Des ouvriers préparent des articles dans un entrepôt du Groupe Bolloré à l'aéroport international d'Abidjan le 12 mai 2020, où différents produits de consommation sont stockés pour le marché local en Côte d'Ivoire. ISSOUF SANOGO /AFP

"J'ai réalisé que la transmission était moins facile que ce que j'imaginais", avouait-il récemment dans l'ouvrage "Dictionnaire amoureux de l'entreprise et des entrepreneurs". "Il faut transmettre les fonctions de direction et par conséquent les abandonner. A ces moments, on voit le regard des autres qui, évidemment, se détourne pour aller vers le nouveau pouvoir - cela est bien naturel mais toujours un peu douloureux." 


En plein été, Gabriel Attal omniprésent sur le terrain et à portée des critiques

Gabriel Attal (2e à droite), secrétaire général du parti centriste français Renaissance et candidat à la prochaine élection présidentielle, serre la main de policiers municipaux lors d'une visite de campagne à Vannes, dans l'ouest de la France, le 25 juillet 2026. (Photo : AFP)
Gabriel Attal (2e à droite), secrétaire général du parti centriste français Renaissance et candidat à la prochaine élection présidentielle, serre la main de policiers municipaux lors d'une visite de campagne à Vannes, dans l'ouest de la France, le 25 juillet 2026. (Photo : AFP)
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  • Gabriel Attal mène une campagne estivale active pour rattraper Édouard Philippe et présenter ses priorités pour 2027
  • Ses propositions sur les institutions et l’immigration provoquent de fortes critiques de ses opposants

PARIS: Gabriel Attal multiplie les interviews et les déplacements au cœur de l'été pour tenter de rattraper son retard sur son rival Édouard Philippe dans la campagne présidentielle et se retrouve sous le feu des critiques nourries de ses adversaires.

Le Finistère, la Loire-Atlantique, la Haute-Savoie, Le Morbihan, les Yvelines, la Vendée...

Ce jeudi, il s'est rendu sur un marché à Châteaurenard dans les Bouches-du-Rhône pour parler salaires, sécheresse, conditions de travail avec des agriculteurs.

L'ancien Premier ministre occupe le terrain politique, quasiment déserté par les autres candidats en ce début août.

"Oui, moi effectivement j'ai décidé de passer mon été auprès des Français. Parce que je considère que, quand on sollicite le suffrage des Français, quand on est candidat à l'élection présidentielle, il ne peut pas y avoir de vacances. On doit être en permanence au contact des Français pour les écouter", a lancé jeudi le patron de Renaissance sur RTL, dans une pique à ses adversaires. Et en premier lieu au candidat d'Horizons, Édouard Philippe, qui le devance dans les sondages, et a pris trois semaines de vacances.

Le patron de Renaissance, qui déplore qu'il n'y ait pas "eu de campagne en 2022", avec la guerre en Ukraine et un Emmanuel Macron sortant qui s'est représenté très tard, dit vouloir "que la France ait la campagne présidentielle qu'elle mérite et un vrai débat en vue de 2027".

Celui qui a pris ses distances avec le président de la République égrène ses mesures et ses priorités au fil des déplacements et des interviews: valeur travail, salaires, gestion de l'eau, frontières, gens du voyage... et se retrouve par ricochet dans le viseur de ses concurrents.

Une interview notamment a fait tiquer: celle parue dans le Journal du dimanche, média dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

Gabriel Attal y dévoile une partie de son projet, promettant "la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958", avec "une nouvelle organisation territoriale" pour faire du maire "l'élu le plus puissant", une révision du système de nomination des postes stratégiques de l'administration, une baisse du nombre de députés de 577 à 350, la suppression de 100.000 postes de fonctionnaires, la suppression des remises automatiques de peine ou encore "des quotas limitatifs" pour l'immigration.

L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, en campagne mais pas officiellement déclaré, y a vu "un autoritarisme subversif et surexcité" et le "vestige d'un sarkozo-macronisme historique", comparant même Gabriel Attal à un "étudiant en droit constitutionnel qui se rêve Premier consul".

- "Ébahissement" -

Le premier secrétaire du PS Olivier Faure avoue avoir eu "le même ébahissement en lisant Gabriel Attal qui a choisi le JDD de Bolloré pour se lancer dans un concours de démagogie".

"Il faut parler à tout le monde et décider de ne plus apparaître dans des médias Bolloré n'est pas une bonne stratégie. Un candidat à l’Élysée doit parler à tous les Français", rétorque à l'AFP l'entourage de Gabriel Attal.

Les plus vives critiques sont venues du leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon, l'accusant de vouloir "achever" l’État "au profit d'un système de nomination-copinage généralisé".

Et le tribun a remué le couteau dans la plaie quand Gabriel Attal s'est déplacé sur un campement illicite de gens du voyage en Vendée pour évoquer le sujet hautement inflammable de ces installations illégale.

Le patron de Renaissance a notamment proposé qu'"un délit de maintien illicite" soit créé et que les pouvoirs des préfets soient "renforcés" pour accélérer les évacuations en cas d'occupations illégales.

"Il n'est pas venu régler un problème, mais l'envenimer. À quoi bon ce show?", a pourfendu Jean-Luc Mélenchon.

L'entourage de l'ancien Premier ministre souligne que ce déplacement résulte "de nombreuses alertes d'élus locaux" sur ces installations illicites, qui touchent "l'intégralité du territoire français". "Il était légitime et pertinent pour un candidat à la présidentielle de s'en saisir", ajoute la même source.

Au risque pour cet ancien militant du PS de paraître vouloir concurrencer Édouard Philippe par sa droite ?

"Quand vous regardez les sondages, je suis le seul candidat en dehors des extrêmes à avoir aujourd'hui une dynamique", assure Gabriel Attal sur RTL.

Et son entourage de noter que "la stratégie de se déployer tout l'été fonctionne, sinon pourquoi nos opposants perdraient leur temps à réagir?"


France: le taux de chômage monte à 8,3% au deuxième trimestre, au plus haut depuis l'automne 2020

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s’adresse à l’Assemblée nationale, lors d’un débat sur un projet de loi relatif à l’assurance chômage, à Paris, le 26 mai 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s’adresse à l’Assemblée nationale, lors d’un débat sur un projet de loi relatif à l’assurance chômage, à Paris, le 26 mai 2026. (AFP)
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  • Le taux de chômage en France a augmenté à 8,3% au deuxième trimestre (+0,2 point), son plus haut niveau depuis 2019 hors période Covid, avec 2,7 millions de chômeurs (+62.000)
  • La hausse concerne toutes les tranches d’âge, notamment les 15-24 ans (21,6%), tandis que l’objectif d’un taux de chômage de 5% d’ici 2027 s’éloigne

PARIS: Le taux de chômage en France a augmenté de 0,2 point au deuxième trimestre, pour atteindre 8,3%, son plus haut niveau depuis l'automne 2020, en plein Covid, et depuis l'automne 2019, a rapporté l'Insee vendredi.

Au sens du Bureau international du travail (BIT), le nombre de personnes sans emploi et qui en recherchent un activement augmente de 62.000 par rapport au trimestre précédent, s'établissant à 2,7 millions de personnes, précise l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

Si le taux de chômage est "à son plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2020 qui était affecté par la crise sanitaire, et depuis le troisième trimestre 2019 auparavant", l'Insee note qu'il "demeure toutefois nettement au-dessous de son pic de mi-2015 (-2,2 points)".

Désormais, les données intègrent aussi Mayotte. Toutes les séries statistiques ont été recalculées sur ce champ étendu pour permettre la comparaison entre toutes les périodes, précise l'institut. Mais "l’intégration de Mayotte modifie à la marge les niveaux des principaux indicateurs conjoncturels du marché du travail et leurs évolutions", souligne l'Insee.

Le taux de chômage augmente pour toutes les tranches d’âge.

Au deuxième trimestre, le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans rebondit, en hausse de 0,4 point, à 21,6%, tandis que celui des 25-49 ans continue de progresser, de 0,2 point, à 7,5%, son plus haut niveau depuis le premier trimestre 2021.

Celui des seniors de 50 ans et plus poursuit également sa hausse, à 5,5% (+0,3 point), son plus haut depuis le premier trimestre 2022.

L'Insee précise que depuis la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi en janvier 2025, "les bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans contribuent pour près de la moitié de la hausse du taux de chômage".

Mais même sans la prise en compte de cette réforme, qui prévoit l'inscription automatique de toutes ces personnes sur les listes des demandeurs d'emploi, l'objectif d'Emmanuel Macron de ramener le taux de chômage à 5% à la fin de son second mandat en 2027 semble une nouvelle fois s'éloigner.

Aux 2,7 millions de personnes considérées comme étant au chômage au sens du BIT s'ajoutent 1,9 million de personnes qui souhaitent un emploi sans être considérées comme chômeurs parce qu'elles ne recherchent pas d'emploi ou ne sont pas immédiatement disponibles sur le marché du travail. C'est ce que l'on appelle "le halo autour du chômage".

"Ce nombre est quasi stable sur le trimestre" (+6.000), indique l'Institut.

"Malgré un contexte économique difficile, le marché du travail français résiste. Notre responsabilité est de poursuivre cette dynamique en relevant les trois grands défis de l'emploi", a commenté le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou dans un communiqué.

Il a insisté sur trois priorités: faciliter l'insertion des jeunes, favoriser le maintien en emploi des travailleurs expérimentés et continuer à mieux adapter les compétences aux besoins des entreprises, notamment "dans le nucléaire, la transition écologique ou l'industrie de défense".


Canicules, sécheresse, incendies: un plan "global" pour ne laisser aucun agriculteur "seul"

Un enrouleur d'irrigation asperge d'eau un champ de maïs, alors que la canicule et la sécheresse mettent l'agriculture sous pression à La Réole, dans le sud-ouest de la France, le 8 juillet 2026. (AFP)
Un enrouleur d'irrigation asperge d'eau un champ de maïs, alors que la canicule et la sécheresse mettent l'agriculture sous pression à La Réole, dans le sud-ouest de la France, le 8 juillet 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement annonce un plan d'urgence pour aider les agriculteurs touchés par la canicule, la sécheresse et les incendies, avec des aides financières et des mesures de soutien
  • Les syndicats agricoles jugent ces mesures insuffisantes et réclament un soutien financier plus important face aux pertes

PARIS: Un plan "global" pour ne laisser "aucun agriculteur seul" face aux canicules, à la sécheresse et aux incendies: le gouvernement a répondu mercredi aux alertes lancées par l'ensemble du monde agricole, qui devra toutefois attendre des estimations plus précises des pertes pour calibrer les aides.

La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a annoncé dans un communiqué un "plan global d'accompagnement canicule - sécheresse - incendies" pour qu'aucun agriculteur ne soit "laissé seul face à cette situation".

Il "comportera des mesures d'urgence en faveur de la trésorerie des exploitations, des prises en charge de cotisations sociales, des dispositifs de simplification et de dérogation, ainsi que des mesures destinées à faciliter la remise en production des exploitations les plus durement touchées", indique le ministère dans un communiqué.

Au cas par cas, sur le terrain, le ministère souhaite aussi "adapter les mesures de gestion de l'eau" afin de "concilier la préservation de la ressource en eau avec la continuité des productions agricoles", rappelant que 98 départements sont concernés par la sécheresse, dont 57 en situation de crise, avec des restrictions importantes.

Ce plan est "trop léger pour passer les besoins de trésorerie des paysans jusqu'au printemps", a réagi auprès de l'AFP Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, habitué des actions coup de poing.

Il faut selon lui un "plan massif d'injection de trésorerie dans les exploitations françaises pour soutenir les paysans face aux pertes de production et surtout pour (que) les agriculteurs aient les moyens de produire à nouveau".

- Eté catastrophique -

Depuis fin juin, les agriculteurs sont touchés de plein fouet par les vagues de chaleur successives qui se sont ajoutées à un manque d'eau chronique dû à la sécheresse.

Des millions de volailles ont péri, étouffées par la chaleur, les prairies sont grillées et les vaches produisent moins de lait. La production de maïs devrait être historiquement basse tandis que la récolte de blé, déjà terminée, devrait baisser d'au moins 4%.

Les fruits et légumes souffrent particulièrement, surtout en Bretagne, grosse région maraichère peu habituée au manque d'eau qui ruine les cultures non irriguées.

Les syndicats agricoles et interprofessions ont lancé l'alerte plusieurs fois ces dernières semaines, au fil des réunions régulières au ministère et au niveau des régions, avec les professionnels, les banques et assureurs privés ainsi que la mutualité sociale agricole (MSA).

Une cellule nationale sécheresse est activée au ministère de l'Agriculture et la ministre a demandé à chaque préfet "de désigner un référent sécheresse et de mettre en place, sans délai, une cellule départementale" afin d'établir "un diagnostic précis".

Les aides du plan "en cours de préparation" seront calibrées "sur la base notamment des remontées d'informations" des cellules au niveau des préfectures.

"Les réunions de crise en préfecture sont une perte de temps", estime Bertrand Venteau.

- "Braises de la colère pas éteintes" -

La FNSEA, syndicat agricole dominant, a demandé début juillet un plan de soutien exceptionnel et l'inscription d'une enveloppe de crise dans le budget 2027.

La Coordination rurale a appelé à une suspension des contrôles administratifs dans les fermes, au versement anticipé des aides européennes et une "dérogation pour l'agriculture française concernant les réglementations françaises et européennes contraignantes".

"Les braises de la colère agricole qui se sont exprimées ces derniers mois ne sont pas éteintes", a prévenu mardi la Confédération paysanne dans une lettre ouverte à la ministre.

La Confédération paysanne, troisième syndicat, prône une "bifurcation agroécologique indispensable" et, aux côtés d'ONG, a appelé le Conseil Constitutionnel à censurer la loi d'urgence agricole, adoptée fin juillet et attendue de pied ferme par les deux autres syndicats.

La ministre a aussi annoncé mercredi avoir saisi la Commission européenne pour que la politique agricole commune (PAC) fasse "preuve de pragmatisme".

De nombreuses aides européennes sont conditionnées à des exigences comme des obligations de couverture minimale des sols ou de rotations des cultures. La ministre souhaite un assouplissement pour permettre aux agriculteurs de toucher leurs subventions quand les conditions climatiques les ont contraints à ne pas respecter ces exigences.