Présidentielle: ça se joue... maintenant

Sur cette photo prise le 24 mars 2022, une affiche représente le président français meurtri, Emmanuel Macron. (AFP)
Sur cette photo prise le 24 mars 2022, une affiche représente le président français meurtri, Emmanuel Macron. (AFP)
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Publié le Vendredi 25 mars 2022

Présidentielle: ça se joue... maintenant

  • Jamais sans doute sous la Vè République, campagne présidentielle n'aura été aussi atypique dans un contexte de crise sanitaire puis de guerre sur le continent européen, en Ukraine
  • «Marine Le Pen est celle qui est sur la dynamique la plus ascendante, en plus elle bénéficie de la dynamique descendante d’Éric Zemmour», dit une experte

PARIS: L'un fait à peine campagne, l'autre a contracté le Covid et doit la faire "à distance": la journée de jeudi confirme, si besoin était, le caractère atypique de la campagne présidentielle, à un peu plus de deux semaines du scrutin.


Le président-candidat Emmanuel Macron a participé jeudi à Bruxelles à trois sommets successifs de l'Otan, du G7 et de l'UE consacrés à la guerre en Ukraine. Il y a notamment proposé une "initiative pour la sécurité alimentaire" avec un "plan d'urgence de libération des stocks en cas de crise pour éviter toute pénurie et modérer les hausses de prix".


Cette intense séquence diplomatique l'éloigne de la campagne, à tel point que certains dans son camp s'interrogent sur les conséquences de son absence sur le terrain.


Balayant les accusations disant qu'il veut enjamber le rendez-vous de la présidentielle, la majorité n'a de cesse de répéter qu'il sera président jusqu'au dernier quart d'heure et explique sa présence réduite dans la campagne par un contexte international hors norme.


Pas de déplacements, pas de bains de foule, pas de débat télévisé, des interventions médiatiques passant largement sous les radars : cela ressemble à du service minimum pour le président-candidat, largement en tête dans les sondages, à quelque 30% des intentions de vote au premier tour, même si une légère érosion, logique selon ses soutiens, est constatée après sa conférence de presse de présentation de son programme mi-mars.

Présidentielle: tout pourrait se jouer dans les deux dernières semaines, selon une experte en sondages

"Une campagne à bas bruit" qui semble "n'avoir jamais démarré", "un sentiment de malaise des électeurs": à 15 jours du 1er tour de l'élection présidentielle, Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion, estime que "peut-être tout va se jouer dans les deux prochaines semaines".

QUESTION: Vous dites dans votre dernière étude que les deux dernières semaines de campagne "pourraient compter double". Est-ce inédit ?


REPONSE: "A deux semaines des élections, quatre électeurs sur 10 sûrs d'aller voter -on ne parle pas des abstentionnistes potentiels- sont encore dans l'hésitation.


Soit un +indice de volatilité+ de 39%. A la même échéance en 2017, il était de 38%. Cette hésitation en fin de parcours n'est donc pas propre à 2022, en revanche c'est quelque chose qui monte en puissance. 


Une des raisons, c'est que ce qu'on appelait dans la sociologie politique classique les +déterminants du vote+ ont changé. On a des choix de moins en moins déterminés par des appartenances collectives et plus par des vécus individuels, et puis vous avez aussi un facteur émotionnel de plus en plus fort et une influence des réseaux sociaux, d'une actualité qui bombarde les gens, qui font que de plus en plus les électeurs sont dans une décision tardive.


Là ce qui est plus frappant, c'est que cet indice de volatilité est corrélé pour cette élection à un indicateur de participation et un indicateur d’intérêt pour l’élection plutôt plus faibles que d'habitude. Et surtout fluctuants. Je crois que ça témoigne d'un sentiment de malaise des électeurs par rapport à cette campagne qui est très atypique. C'est comme si elle n'avait jamais démarré."

Q: Diriez-vous qu'il n'y a pas eu de campagne jusqu'ici ?


R: "Ce serait un petit peu radical dans la mesure où on a quand même des candidats qui essaient d'exister, qui font des propositions, qui ont des programmes, des militants qui tractent sur les marchés...

Mais c'est vrai que ça me semble beaucoup plus à bas bruit que pour une campagne normale. Campagne à bas bruit, campagne en sourdine, toute petite campagne.

Guerre en Ukraine, absence de débat, sentiment aussi -et les sondages jouent un rôle- que les choses sont jouées, qu'il n'y a pas beaucoup de suspense, tout ça mis bout à bout n'est pas de nature à mobiliser les foules.

Je dis que peut-être tout va se jouer dans les deux prochaines semaines, qu'elle vont compter double, parce que j'ose espérer qu'il va y avoir une accélération, que les hésitants vont se mettre à lire les programmes, les comparer.

Q: Les grands rapports de force dessinés par les sondages pourraient-ils bouger ?

R: "Honnêtement pour qu'Emmanuel Macron ne soit pas qualifié au second tour, il faudrait non pas un, mais deux, trois, une accumulation d’événements de campagne majeurs.

Marine Le Pen est celle qui est sur la dynamique la plus ascendante, en plus elle bénéficie de la dynamique descendante d’Éric Zemmour.

La seule vraie question à mon sens aujourd'hui, c'est de savoir si, oui ou non, Jean-Luc Mélenchon peut créer la surprise. Sur le papier il pourrait. 

Mais Marine Le Pen a aussi encore du potentiel. Il faudrait pour que Jean-Luc Mélenchon arrive au second tour que non seulement lui-même arrive à engranger tous les hésitants de gauche, sur la base du vote utile en particulier, mais qu'en même temps la candidate du Rassemblement national voit elle sa dynamique stoppée. Je ne pense pas que ce soit le plus probable."

Castex en VRP 
Un seul grand meeting est prévu, le 2 avril à La Défense (Hauts-de-Seine). Les autres réunions publiques se font sans lui, comme mercredi soir à Nice où se sont rassemblés des poids lourds de la macronie, tandis que les ministres sillonnent le terrain.
Jeudi matin, le Premier ministre Jean Castex a arpenté les rues de Saint-Saint-Denis pendant trois heures, tracts à la main, pour défendre son candidat.
Cette ligne est-elle tenable jusqu'au premier tour du 10 avril ?
Interrogé par la presse, Jean Castex a joué l'humilité, réaffirmant qu'"une élection n'est jamais gagnée" et que "dans le monde troublé qui est le nôtre l'excès de confiance en rien ne se justifie".
"Le premier message à faire passer, c'est voter d'abord", a-t-il ajouté, alors que le manque de rythme de la campagne fait craindre une abstention record.
"La vérité, c'est qu'Emmanuel Macron est totalement absorbé par la crise internationale. C'est très compliqué d'exister, de faire campagne", estime un proche du chef de l'Etat.

Projectiles et huées: séquence agitée pour Zemmour auprès de toxicomanes et migrants

Le candidat d'extrême droite Eric Zemmour a été visé par une bouteille d'eau, des projectiles et une série d'insultes vendredi lors d'une visite médiatique agitée Porte de la Villette à Paris au milieu de toxicomanes et de migrants.

En direct plus d'une heure sur CNews, avec un bandeau sur l'écran "Eric Zemmour au milieu des toxicomanes", le candidat à la présidentielle a réalisé une visite surprise dans un quartier sinistré par le crack et où il a échangé avec des riverains excédés.

"On est dans une enclave étrangère, c'est une évidence... La plupart des gens n'ont rien à faire ici", a insisté Eric Zemmour, devant un campement de fortune ou à quelques mètres d'un toxicomane installé dans une poubelle.

L'ancien polémiste de CNews a été visé par une bouteille d'eau, perdant ses lunettes au passage. "Mes lunettes, mes lunettes... C'est ça Paris aujourd'hui, c'est ça la France aujourd'hui", a-t-il estimé.

D'autres projectiles l'ont visé, dont un oeuf, ainsi que de nombreux doigts d'honneur et insultes.

Le candidat Reconquête! s'en est pris à "l'immigration folle". "Je vous débarrasserai de ces gens, c'est la seule solution, il n'y en a pas plusieurs", a-t-il dit, avant de préciser parler de l'expulsion des délinquants étrangers.

"C'est apocalyptique, voilà ce que ce sera la France partout dans dix ans", a-t-il dit devant le campement.

Lors d'un échange apaisé avec une toxicomane née en Haïti et arrivée en France avec ses parents, il a souligné qu'elle devait "d'abord se soigner" de son addiction.

Cette femme a expliqué "ne connaître que la France" et a demandé "de ne pas mettre tout le monde dans le même sac".

Plusieurs riverains ont souligné la dégradation du quartier, listant des "agressions sexuelles", des violences, des vitres de voiture cassées ou la chute du prix de l'immobilier. L'un d'entre eux a indiqué qu'il voterait pour Eric Zemmour

Le "collectif anti-crack 93" a pour sa part dénoncé une visite "à des fins électorales".

Fin septembre, la préfecture de Paris a décidé d'expulser les toxicomanes du quartier des jardins d’Éole, dans le nord-est de la capitale, pour les repousser sur ce site en bordure du périphérique. 

Construit dans la foulée pour obstruer un tunnel et ainsi censé empêcher le passage des usagers du crack vers la banlieue, le mur - baptisé "mur de la honte" par ses détracteurs - reste érigé. Eric Zemmour s'est rendu devant.

«Quelques symptômes»
Déjà à la peine dans les sondages (autour de 11-12%), la candidate LR à la présidentielle Valérie Pécresse a elle contracté le Covid-19, l'obligeant à poursuivre sa campagne "à distance".


"J'ai quelques symptômes mais rien de grave, je vous rassure", a-t-elle déclaré en duplex lors de l'émission "Elysée 2022" sur France 2 jeudi soir, disant vouloir respecter le protocole.


Mais elle a dû adapter son programme annulant par exemple des déplacements vendredi à Bordeaux ou samedi dans les Bouches-du-Rhône.


Mme Pécresse avait présenté jeudi matin un projet de réforme de la Constitution pour "rétablir l'ordre".


A seulement 17 jours du premier tour, des dynamiques semblent se confirmer et des positions se cristalliser désormais.


La candidate du RN Marine Le Pen est bien installée à la deuxième place des intentions de vote, un sondage OpinionWay-Kéa Partners publié jeudi la créditant de 20%, confirmant une dynamique ascendante.


Se disant confiante en ses chances d'accéder au second tour, elle a tendu la main aux électeurs de son rival à l'extrême droite Eric Zemmour, lequel subit une lente érosion dans les sondages passant sous la barre des 10% à 9%, selon l'enquête d'OpinionWay.


"Il ne le souhaite absolument pas" mais "personne n'est propriétaire de ses électeurs" et "je souhaite si je suis au second tour qu'ils nous rejoignent", a-t-elle affirmé sur M6.


Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a jugé dans la soirée sur France 5 que "Marine Le Pen est dangereuse pour le président de la République, elle peut gagner cette élection présidentielle". "Elle a une stratégie qui a l'air de fonctionner, M. Zemmour l'a rendue plus +molle+", a insisté cet ex-LR.


A gauche, le candidat de LFI Jean-Luc Mélenchon, qui se voit lui aussi au second tour, est également sur une pente favorable: certaines études d'opinion le placent à la troisième place, autour de 14%.


Le conflit en Ukraine a par ailleurs poussé les candidats à se positionner, remettant sur le devant de la scène les positions prorusses de Marine Le Pen, Eric Zemmour ou Jean-Luc Mélenchon.


L'écologiste Yannick Jadot, aux alentours de 5-6%, a de nouveau critiqué TotalEnergies jeudi, estimant que le pétrolier voulait le "faire taire en pleine campagne présidentielle" en le poursuivant en diffamation après ses accusations de "complicité de crimes de guerre" en Ukraine.


"Doucement avec les noms d'oiseaux, ce n'est pas le moment", a asséné jeudi soir M. Mélenchon sur France 2.


Leïla Chaouachi, la défense des droits des femmes en héritage

Scientifique, artiste et féministe, elle aime rire et danser autant que venir en aide aux femmes: la docteure en pharmacie franco-tunisienne Leïla Chaouachi, 35 ans, a fait de la soumission chimique, grave "problème de santé publique", son combat. (AFP)
Scientifique, artiste et féministe, elle aime rire et danser autant que venir en aide aux femmes: la docteure en pharmacie franco-tunisienne Leïla Chaouachi, 35 ans, a fait de la soumission chimique, grave "problème de santé publique", son combat. (AFP)
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  • "Nos droits n'ont jamais été offerts: on les a conquis, ils ne seront jamais acquis. C'est une résistance du quotidien"
  • Or "les périodes de restrictions budgétaires sont dangereuses pour les femmes et les enfants", alerte Leïla Chaouachi, dont le regard se voile: "Dès qu'il faut prioriser, leurs droits passent à la trappe"

PARIS: Scientifique, artiste et féministe, elle aime rire et danser autant que venir en aide aux femmes: la docteure en pharmacie franco-tunisienne Leïla Chaouachi, 35 ans, a fait de la soumission chimique, grave "problème de santé publique", son combat.

"Nos droits n'ont jamais été offerts: on les a conquis, ils ne seront jamais acquis. C'est une résistance du quotidien", dit à l'AFP, de sa voix cristalline, l'autrice de "Soumission chimique, pour en finir avec les idées reçues" (JC Lattès), en librairies mercredi.

La soumission chimique est le fait d'administrer à son insu à une personne, 8 fois sur 10 une femme, à des fins criminelles - viol, pédocriminalité - une substance appelée "philtre d'amour" dans les contes, ou "drogue du violeur" (GHB) par le grand public, rappelle-t-elle.

En réalité, c'est très souvent un médicament (benzodiazépines, antihistaminiques, antalgiques, opioïdes...) administré par un proche dans le cadre domestique, comme l'a montré le procès de Mazan, où Dominique Pelicot a été condamné à 20 ans de prison pour avoir drogué son épouse Gisèle afin de la violer et la faire violer par des dizaines d'inconnus.

"Je ne crois pas qu'on pourra un jour faire disparaître les violences. Mais on peut réduire leur impact au maximum et faire en sorte qu'elles ne restent pas impunies: les politiques publiques sont efficaces", estime la pharmacologue, experte auprès de l'Agence du médicament (ANSM) et rapporteure de l'enquête nationale sur la soumission chimique.

Or "les périodes de restrictions budgétaires sont dangereuses pour les femmes et les enfants", alerte Leïla Chaouachi, dont le regard se voile: "Dès qu'il faut prioriser, leurs droits passent à la trappe".

La défense des droits des femmes, la native de Sidi Bou Saïd en a hérité d'une grand-mère cheffe des assistantes sociales au Planning familial à Tunis qu'elle n'a pas connue mais dont elle se sent proche - prénommée Kmar, "la lune", quand Leïla veut dire "la nuit" -, et d'une mère pharmacienne à laquelle sa thèse est dédiée.

Mais aussi d'un père cinéaste qui la met en garde, sans prononcer les mots "drogue" ni "viol", avant sa "première sortie sans les parents" à 14 ans: "Leïla, personne ne t'offre de verre! Si tu laisses ton verre sans surveillance, tu le jettes".

A la fac, l'"électrochoc" d'un cours sur la soumission chimique lui révèle sa vocation. Et sa spécialisation en criminalistique la confronte aux féminicides et infanticides: des corps "noyés, calcinés, mutilés… jusqu'à la nausée".

"Tout appartient aux femmes"

Puis "la vie reprend le pouvoir" et "la joie revient: celle de danser. De chanter. Désinhibée et heureuse", relate-t-elle. Comme à la plateforme d'écoute du Crafs (Centre de référence sur les agressions facilitées par les substances) créée fin 2024, où "la très bonne ambiance n'est pas négociable".

Cinq pharmacologues femmes, dont elle, y répondent aux appels de victimes et de professionnels, et une "forte solidarité" les préserve de récits "extrêmement éprouvants: viols, incestes, violences conjugales...". Parfois la victime se remémore l'agression, parfois non: l'analyse toxicologique confirmera ce que vertiges, nausées, somnolences ont fait soupçonner.

Pianiste, Leïla Chaouachi "s'oxygène" en chantant Anne Sylvestre, Barbara et Brassens dans un "petit récital". Elle écrit aussi et met en scène, avec sa compagnie Orior, des pièces sur les thèmes du genre et du corps.

Mieux former les soignants, exiger une campagne nationale sur l'usage criminel des substances, prôner une "vigilance solidaire"... La tâche est immense et une expérimentation lancée par le gouvernement dans trois régions, donnant accès à des analyses toxicologiques remboursées sans dépôt de plainte préalable, marque un progrès.

Les "alliées" au "travail phénoménal" ne manquent pas: associations, groupes féministes... et personnalités comme Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue à l'origine des Maisons des femmes, Caroline Darian (fille de Gisèle Pelicot), fondatrice de l'association M'endors pas, Sandrine Josso, députée qui vient d'obtenir la condamnation de l'ex-sénateur Joël Guerriau pour l'avoir droguée afin de la violer.

Si Leïla Chaouachi ne lâchera jamais, dit-elle, c'est parce que "tout appartient aux femmes: la rue, la nuit, la fête, les rencontres avec les inconnus... pas question d'y renoncer".

 


France: le budget en voie d'adoption définitive après des mois de blocage

Après des mois de blocage politique, le budget de l'Etat français pour 2026 devrait être adopté définitivement lundi, après le rejet de dernières motions de censure contre le gouvernement qui tente de tourner cette page douloureuse. (AFP)
Après des mois de blocage politique, le budget de l'Etat français pour 2026 devrait être adopté définitivement lundi, après le rejet de dernières motions de censure contre le gouvernement qui tente de tourner cette page douloureuse. (AFP)
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  • Il aura fallu quatre mois de débats houleux au sixième exécutif en place depuis la réélection du président Emmanuel Macron, en 2022, pour doter la France d'un budget
  • Pour y parvenir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû accepter d'importantes concessions en direction de la gauche

PARIS: Après des mois de blocage politique, le budget de l'Etat français pour 2026 devrait être adopté définitivement lundi, après le rejet de dernières motions de censure contre le gouvernement qui tente de tourner cette page douloureuse.

Il aura fallu quatre mois de débats houleux au sixième exécutif en place depuis la réélection du président Emmanuel Macron, en 2022, pour doter la France d'un budget, sous l'oeil des marchés financiers inquiets de l'ampleur des déficits.

Pour y parvenir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû accepter d'importantes concessions en direction de la gauche, menacer de convoquer de nouvelles législatives anticipées et finalement renier sa promesse de ne pas passer en force en engageant la responsabilité du gouvernement.

"Il faut savoir terminer une crise politique", avait justifié il y a dix jours M. Lecornu, qui sera présent à l'Assemblée nationale lundi en fin d'après-midi pour l'examen de deux nouvelles motions de censure censées clôturer cet épisode.

Le rejet probable de ces deux textes, l'un déposé par l'extrême-droite et l'autre par une partie de la gauche, vaudra adoption définitive du budget.

Dans un Parlement fracturé depuis la dissolution de 2024, les députés ne sont jamais parvenus à s'accorder sur ce sujet marqueur d'opposition ou de soutien au gouvernement et qui a déjà provoqué la chute des prédécesseurs de M. Lecornu.

Pour éviter de subir le même sort, ce dernier, un proche de M. Macron venu de la droite et nommé en septembre, a largement négocié avec les socialistes pour obtenir un compromis.

Après avoir dès l'automne suspendu la réforme des retraites pourtant essentielle pour le président, le Premier ministre a accepté des hausses de taxes pour les entreprises, des aides en faveur des travailleurs modestes et des étudiants ou encore des mesures pour le logement.

Si certaines dépenses ont été réduites, les crédits de la Défense, priorité érigée par Emmanuel Macron dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine, vont augmenter de 6,5 milliards d'euros.

Le coordinateur du parti de gauche radicale France insoumise Manuel Bompard a qualifié le budget "obtenu" par les socialistes d'"embrouille", tandis qu'à l'extrême-droite, Marine Le Pen a accusé Sébastien Lecornu d'avoir "sorti le carnet de chèques des Français" pour "acheter le PS": "l'aggravation du déficit (...) va être la conséquence".

"Ajustement" 

Du côté de la coalition présidentielle, les choix budgétaires de M. Lecornu laissent un goût amer, alors que plusieurs de ses soutiens de la droite et du centre craignent que la promesse d'un déficit à 5% du PIB -le plus lourd de la zone euro- ne puisse pas être tenue.

Les entreprises montent aussi au front, déplorant dans La Tribune dimanche une pression fiscale trop importante et un épisode budgétaire "calamiteux" qui "aura fissuré la confiance" avec le monde politique.

Après cette séquence qui l'aura monopolisé pendant quatre mois, le Premier ministre souhaite passer à autre chose.

Bien que sa marge de manoeuvre soit réduite par l'absence de majorité, il veut se concentrer sur des projets "réalistes", réfutant tout "immobilisme" à quinze mois de la présidentielle.

Il assure qu'il n'est "pas candidat" à l'Elysée et recommande à ses ministres à se tenir "éloignés" de ce scrutin, qui occupera tous les débats après des municipales en mars.

Il compte procéder à un "ajustement" gouvernemental après le départ annoncé de sa ministre de la Culture Rachida Dati, candidate à la mairie de Paris.

D'ici là, il invite ses ministres à se concentrer sur "l'essentiel" dans les domaines militaire, agricole ou énergétique. Sont attendus notamment une actualisation de la loi de programmation militaire, un projet de loi "d'urgence" face aux manifestations des agriculteurs, ainsi que des textes sur le territoire d'outre-mer de Nouvelle Calédonie ou encore la fin de vie.

 


Agriculture: pour ses cantines, l'Etat ne devra plus se fournir en produits hors UE, promet Lecornu

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement veut que la restauration collective de l’État s’approvisionne exclusivement en produits agricoles et alimentaires issus de l’Union européenne, afin de soutenir les filières locales et réduire l’empreinte carbone
  • Sébastien Lecornu affiche son soutien aux « contrats d’avenir » pour aider les agriculteurs à adapter leurs productions au changement climatique

PARIS: Le Premier ministre Sébastien Lecornu, en déplacement dans une ferme de l'Eure-et-Loir, a souhaité vendredi que la restauration collective dépendant de l'Etat se fournisse exclusivement en produits agricoles et alimentaires venus de l'Union européenne.

"Il est impensable que pour l'ensemble des marchés publics à venir, il y ait des matières premières agricoles, alimentaires qui viennent d'en dehors de l'Union européenne", a-t-il dit à la presse.

Sur quelque 900 millions à un milliard d'euros de commandes de cantines de l'Etat (armées, universités, etc.), "j'ai demandé aux différents services combien allait en dehors de l'Union européenne et combien reste en France, et on n'a toujours pas la réponse", a-t-il admis.

"Cela va nous amener à reprendre complètement en main la commande publique, à devoir aussi récompenser ou punir les acheteurs publics en fonction de ces objectifs" et "nous l'inscrirons (...) dans les lois à venir de décentralisation comme la loi agricole que nous préparons", a-t-il ajouté.

Les agriculteurs, et notamment les éleveurs, largement mobilisés contre le traité commercial UE-Mercosur, accusent régulièrement la puissance publique, qui sous-traite parfois sa restauration collective, de ne pas respecter les quotas de produits locaux ou biologiques figurant dans ses engagements voire dans la loi.

"Certains disent préférence nationale. Je pense que c'est une hérésie parce que la France est un grand pays d'exportation au sein de l'Union européenne", a précisé M. Lecornu vendredi.

"En revanche, plus personne ne peut comprendre dans le monde dans lequel nous vivons que l'argent du contribuable puisse permettre encore d'acheter de la nourriture qui en plus a un bilan carbone et climatique absolument épouvantable et qui vient du bout du monde".

Le chef du gouvernement a aussi exprimé son appui aux "contrats d'avenir", projet porté par le syndicat Jeunes agriculteurs (JA) et destiné à aider les exploitants à diversifier leur production face au réchauffement climatique, via une planification territoriale puis des contrats tripartites entre agriculteurs, pouvoirs publics et transformateurs.

"On est dans un moment dans lequel on n'a pas suffisamment tiré les conclusions du réchauffement climatique et de l'impact sur les productions", a estimé M. Lecornu.

Le Premier ministre qui, chaussé de bottes kaki, a visité une exploitation céréalière diversifiée dans la production d'amandes, n'a cependant pas abordé la mise en action ou le financement de tels "contrats".

Pierrick Horel, le président des JA, a salué "une prise de conscience collective, un engagement pris au plus haut niveau du gouvernement autour de ce sujet, cela pose les bonnes bases".

Les "transitions jusqu'à aujourd'hui se sont opérées de façon individuelle, sur des fonds propres, cela ne répond pas à l'enjeu des dérèglements climatiques. L'agriculteur seul ne peut supporter ces transitions", a-t-il dit à l'AFP, exprimant sa satisfaction "à quelques jours du lancement du Salon de l'agriculture", le 21 février.