Algérie: fermeture annoncée d’un pilier de la presse indépendante francophone

Des manifestants devant le siège du journal francophone «Liberté» dans la banlieue d'Alger, appellent à la libération du correspondant du journal Rabah Kareche, le 25 avril 2021 (Photo AFP).
Des manifestants devant le siège du journal francophone «Liberté» dans la banlieue d'Alger, appellent à la libération du correspondant du journal Rabah Kareche, le 25 avril 2021 (Photo AFP).
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Publié le Mardi 05 avril 2022

Algérie: fermeture annoncée d’un pilier de la presse indépendante francophone

  • Le collectif du journal – dans un communiqué publié ce lundi 4 avril – affirme ne pas «saisir les véritables raisons qui ont motivé la décision de fermeture»
  • Indignés, les intellectuels algériens estiment que cette fermeture porte «un coup dur pour les acquis démocratiques»

RABAT : Le quotidien francophone Liberté annonce avoir appris avec «stupéfaction» sa fermeture, décidée par son actionnaire majoritaire – le milliardaire Issad Rebrab. 

Le dépôt de bilan devrait avoir lieu dès mercredi 6 avril lors d’une réunion du conseil d’administration du journal.

«Une décision inattendue»

Le collectif du journal – dans un communiqué publié ce lundi 4 avril – affirme ne pas «saisir les véritables raisons qui ont motivé la décision de fermeture». Il estime que cette décision est incompréhensible du fait d’une situation financière relativement stable et des mesures de redressement engagées par sa direction.

«Pour le pays et pour les forces du progrès, la survie de ce journal est essentielle. Au-delà de la disparition d’un titre emblématique et de ses conséquences sur la situation de son personnel, la disparition de Liberté signe la fin d’une certaine idée de l’Algérie», conclut le communiqué.

Cette décision n’a pas manqué de faire réagir les politiques, à l’instar de Louisa Hanoune, Secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), qui, dans une lettre ouverte parue sur Liberté adressée à Issad Rebrab, considère qu’«un journal n’est pas la propriété exclusive de ses actionnaires ou de son propriétaire» et «qu’il est aussi la propriété de ses lecteurs qui lui ont donné la place qu’il occupe».

Louisa Hanoune s’interroge également sur les véritables raisons ayant motivé cette décision tout en imputant les difficultés financières que vit le quotidien à la privation de la publicité publique imposée par les autorités. Une sanction préméditée pour l’opposante.

Pour sa part, Mohcine Belabbas, président du parti d'opposition Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), estime dans une publication Facebook que cette fermeture décidée par Issad Rebrab est «une offrande au pouvoir pour l’amener à revenir sur l’interdiction, pourtant économiquement viable, des exportations dont la matière première est importée par le pays», en référence aux activités commerciales du milliardaire.

 

قرار اسعد ربراب بغلق جريدة ليبيرتي هو بمثابة قربان للنظام لحمله على التراجع عن قرار منع تصدير المنتوجات التي يستورد...

Posted by ‎Mohcine Belabbas محسن بلعباس‎ on Monday, April 4, 2022

Tous appellent le milliardaire à reconsidérer sa décision.

«Un coup dur pour les acquis démocratiques»

Liberté, fondé en juin 1992 en pleine guerre civile – opposant les islamistes du FIS à l’armée algérienne – est considéré comme l’un des rares titres indépendants du pays. 

Depuis sa création, deux de ses journalistes ont trouvé la mort, d’autres ont été emprisonnés au cours des trois décennies de son existence.

En août 2003, il avait été parmi six quotidiens suspendus de parution pour non-paiement de dettes à l’Imprimerie d’État, une décision que la Fédération internationale des journalistes (FIJ) avait condamnée à l’époque et qualifiée de «manœuvre bureaucratique pour faire taire la presse libre en Algérie». En septembre 2003, il revient dans les kiosques.

Indignés, les intellectuels algériens estiment que cette fermeture porte «un coup dur pour les acquis démocratiques». Dans une pétition titrée «Pour que vive Liberté!», ils appellent à la «préservation» du journal, projetant que le contraire serait une «grande perte pour le pays».

Poursuites judiciaires, peines de prison ou encore arrestations arbitraires ; la répression qui a suivi le mouvement pro-démocratie (Hirak) de février 2019 n’a pas épargné la presse.

L’Algérie figure à la 146e place sur 180 du classement de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF) en 2021. Le pays a perdu cinq places depuis 2019 et 27 depuis 2015.


Des milliers de Libanais rendent hommage à un responsable d'un parti chrétien assassiné

Des partisans des Forces libanaises (FL) assistent aux funérailles de Pascal Sleiman, coordinateur des FL dans la région de Byblos (Jbeil), au nord de Beyrouth, dans la ville de Byblos, au nord du pays, le 12 avril 2024. (AFP)
Des partisans des Forces libanaises (FL) assistent aux funérailles de Pascal Sleiman, coordinateur des FL dans la région de Byblos (Jbeil), au nord de Beyrouth, dans la ville de Byblos, au nord du pays, le 12 avril 2024. (AFP)
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  • Sept Syriens accusés d'être impliqués dans ce crime ont été arrêtés, dont trois remis par les autorités syriennes au Liban, d'après une source judiciaire
  • Le parti chrétien, dirigé par Samir Geagea et opposant notoire au puissant Hezbollah, a qualifié cet acte d'"assassinat politique jusqu'à preuve du contraire"

BYBLOS: Des milliers de partisans du parti chrétien Forces libanaises (FL) ont assisté vendredi près de Beyrouth aux funérailles d'un responsable de ce parti récemment assassiné, réclamant que justice soit rendue et pointant du doigt le Hezbollah chiite.

Pascal Sleiman, un responsable local de cette influente formation, a été enlevé dimanche dernier à Jbeil (Byblos), au nord de Beyrouth, et son corps a été retrouvé en Syrie, selon les autorités libanaises.

Sept Syriens accusés d'être impliqués dans ce crime ont été arrêtés, dont trois remis par les autorités syriennes au Liban, d'après une source judiciaire.

Le parti chrétien, dirigé par Samir Geagea et opposant notoire au puissant Hezbollah, a qualifié cet acte d'"assassinat politique jusqu'à preuve du contraire". Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a nié toute implication de son parti.

S'exprimant après les funérailles, Samir Geagea a appelé à un changement des autorités "défaillantes et corrompues", attribuant leur échec, entre autres, aux "armes illégales", en référence au Hezbollah.

Ce mouvement soutenu et financé par l'Iran est le seul parti ayant conservé son arsenal après la fin de la guerre civile (1975-1990), et exerce une grande influence sur la vie politique du pays.

Par ailleurs, depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas palestinien en octobre, le Hezbollah échange quotidiennement des tirs transfrontaliers avec Israël, suscitant l'opposition des FL et d'autres partis.

"Nous ne voulons pas nous réveiller un jour, comme nous l'avons fait maintenant, et nous retrouver impliqués dans une guerre sans fin", a dit M. Geagea.

Des centaines de sympathisants et partisans des FL étaient rassemblés devant l'église saint-Georges de Jbeil pour accueillir le cercueil de Pascal Sleiman avant les funérailles.

La cérémonie était dirigée par le patriarche maronite Béchara Raï, chef spirituel de la plus grande confession chrétienne du Liban.

La majorité des participants remettaient en cause la version officielle de l'armée libanaise, selon laquelle Pascal Sleiman a été tué par des personnes qui voulaient "voler sa voiture".

"La version officielle (...) n'est pas cohérente", a déclaré à l'AFP Jean Habchi, 50 ans, assurant être venu pour "défendre la liberté au Liban".

La plupart des assassinats politiques au Liban sont restés impunis, et des années de crise économique ont encore affaibli un système judiciaire accusé d'être soumis à l'ingérence du pouvoir politique.


Tunisie: un jeune meurt en s'immolant par le feu après une dispute avec la police

La police sécurise une zone proche de la synagogue Ghriba suite à une fusillade sur l'île touristique de Djerba le 10 mai 2023. (AFP)
La police sécurise une zone proche de la synagogue Ghriba suite à une fusillade sur l'île touristique de Djerba le 10 mai 2023. (AFP)
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  • Yassine Selmi s'est immolé mardi quand des policiers l'ont invité à se taire sous peine d'arrestation, alors qu'il s'était "interposé pour résoudre un différend entre deux personnes devant un poste de police à Bouhajla"
  • Des cas de suicides par immolation par le feu sont régulièrement enregistrés dans le pays, notamment dans les régions intérieures déshéritées

TUNIS: Un jeune Tunisien est décédé en s'immolant par le feu dans la région de Kairouan dans le centre de la Tunisie après avoir été menacé d'une interpellation par des agents de police, a indiqué vendredi sa famille à l'AFP.

Agé de 22 ans, Yassine Selmi s'est immolé mardi quand des policiers l'ont invité à se taire sous peine d'arrestation, alors qu'il s'était "interposé pour résoudre un différend entre deux personnes devant un poste de police à Bouhajla", une localité agricole défavorisée, a précisé à l'AFP son père Mansour Selmi.

"On m'a informé de son décès hier (jeudi) à l'hôpital des grands brûlés à Tunis", a détaillé M. Selmi, ajoutant qu'il compte "faire valoir les droits de son fils" devant les autorités compétentes.

Contacté par l'AFP, le ministère de l'Intérieur n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat.

En décembre 2010, l'immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, un vendeur de fruits et légumes de 26 ans, avait déclenché un vaste mouvement de protestation sociale et politique, qui avait abouti en janvier 2011 à la chute du dictateur Zine El Abidine Ben Ali après 23 ans de règne sans partage.

Des cas de suicides par immolation par le feu sont régulièrement enregistrés dans le pays, notamment dans les régions intérieures déshéritées.

Début avril, une femme s'est immolée par le feu à Sfax après un différend avec la police concernant un étal où elle vendait des produits. Selon les autorités, elle a été hospitalisée dans un état critique, souffrant de brûlures du troisième degré sur plusieurs parties du corps.

Il y a un an, en 2023, un ancien footballeur professionnel d'une équipe locale, Nizar Aïssaoui, 35 ans, s'était immolé par feu près de Kairouan pour protester contre "l'Etat policier" après avoir appris que des agents le recherchaient suite à une querelle sur un marché autour du prix des bananes, selon des médias locaux.

Selon le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), une ONG locale qui effectue un recensement trimestriel, 147 cas de suicide et tentative de suicide ont été enregistrés en 2023 (82% sont des hommes et 18% des femmes) dont 26 dans la région de Kairouan.


Raids israéliens meurtriers à Gaza, Israël en alerte après des menaces de l'Iran

Les forces israéliennes ont mené de nouveaux raids meurtriers dans la bande de Gaza dévastée par six mois de guerre. (AFP)
Les forces israéliennes ont mené de nouveaux raids meurtriers dans la bande de Gaza dévastée par six mois de guerre. (AFP)
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  • Selon le bureau de presse du Hamas, les forces israéliennes ont fait exploser dans la nuit des dizaines de maisons et de bâtiments résidentiels à l'aide d'explosifs dans le camp de réfugiés de Nousseirat
  • Elles ont également mené des dizaines de frappes aériennes sur les secteurs de Nousseirat, d'Al-Zahra, d'Al-Moughraqa et d'Al-Maghazi

TERRITOIRES PALESTINIENS: Les forces israéliennes ont mené de nouveaux raids meurtriers dans la bande de Gaza dévastée par six mois de guerre, a indiqué le Hamas vendredi, sur fond de craintes de riposte de l'Iran à une frappe attribuée à Israël contre le consulat iranien à Damas.

Alors que les médiateurs -- Qatar, Egypte, Etats-Unis -- attendent des réponses d'Israël et du Hamas à leur dernière proposition de trêve, l'offensive israélienne déclenchée le 7 octobre par une attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien sur le sol israélien ne connaît aucun répit dans le territoire palestinien assiégé et menacé de famine, selon l'ONU.

Selon le bureau de presse du Hamas, les forces israéliennes ont fait exploser dans la nuit des dizaines de maisons et de bâtiments résidentiels à l'aide d'explosifs dans le camp de réfugiés de Nousseirat, dans le centre de la bande de Gaza où le mouvement palestinien a pris le pouvoir en 2007.

Elles ont également mené des dizaines de frappes aériennes sur les secteurs de Nousseirat, d'Al-Zahra, d'Al-Moughraqa et d'Al-Maghazi, également dans le centre de la petite bande de terre, a-t-il ajouté.

Vingt-cinq personnes ont été tuées après un raid sur la maison de la famille Al-Tabatibi, dans le quartier al-Daraj, et transférées à l'hôpital des martyrs d'Al-Aqsa à Deir al-Balah, selon la même source.

"Des bombardements aériens et à l'artillerie ont frappé Nousseirat toute la nuit. Ce n’était que feu et destruction, avec des martyrs gisant dans les rues. Nous avons fui le matin et nous n'avons nulle part où aller. C'est la sixième fois que nous sommes déplacés. L'occupation (Israël, ndlr) a détruit tout Gaza. Gaza est devenue invivable", a dit à l'AFP Mohammad Al-Rayes, 61 ans.

Les risques d'un débordement du conflit ont redoublé avec les menaces de l'Iran contre Israël accusé d'une frappe qui a détruit le 1er avril son consulat à Damas faisant selon une ONG 16 morts, parmi lesquels sept membres des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran.

Après l'annonce mercredi du président américain, Joe Biden, selon laquelle l'Iran "menace de lancer une attaque importante contre Israël", un général américain chargé du Moyen-Orient, Michael Erik Kurilla, se trouve en Israël, et les Etats-Unis ont restreint les mouvements dans ce pays de leur personnel diplomatique.

Escalade des menaces

"Le niveau de préparation à une attaque iranienne contre l'Etat d'Israël" a été évoqué jeudi par les ministres de la Défense américain Lloyd Austin et israélien Yoav Gallant, selon un communiqué officiel israélien. "Israël ne tolérera pas une attaque iranienne sur son territoire", a dit M. Gallant.

"Si l'Iran mène une attaque depuis son territoire, Israël répondra et attaquera l'Iran", a prévenu avant lui le chef de la diplomatie israélienne, Israël Katz.

Les Etats-Unis ont réitéré leur "soutien inébranlable à la défense d'Israël", en dépit des tensions entre M. Biden et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, autour de la conduite de la guerre contre le Hamas.

Ennemi juré d'Israël et allié du Hamas, l'Iran a menacé de "punir" Israël après la destruction de son consulat. "Le régime maléfique a fait une erreur (...) il doit être puni et il sera puni", a répété mercredi le guide suprême d'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei.

La Maison Blanche a "mis en garde" l'Iran, et le secrétaire d'Etat, Antony Blinken, a demandé à ses homologues chinois, turc et saoudien de dissuader Téhéran de toute attaque contre Israël.

Après des entretiens téléphoniques avec ses homologues allemand, australien et britannique, le chef de la diplomatie iranienne Hossein Amir-Abdollahian a évoqué la "nécessité" pour Téhéran de riposter à la frappe contre son consulat.

Moscou et Berlin ont appelé à la retenue et la compagnie aérienne allemande Lufthansa a suspendu ses vols depuis et vers Téhéran jusqu'à samedi.

« Occupez Rafah »

Le 7 octobre, des commandos du Hamas infiltrés depuis la bande de Gaza voisine ont mené une attaque sans précédent dans le sud d'Israël, entraînant la mort de 1.170 personnes, en majorité des civils, selon un bilan établi par l'AFP à partir des données officielles israéliennes.

Plus de 250 personnes ont été enlevées et 129 restent détenues à Gaza dont 34 sont mortes, d'après des responsables israéliens.

En représailles, Israël a juré d'anéantir le Hamas, qu'il considère comme une organisation terroriste de même que les Etats-Unis et l'Union européenne. Son armée a lancé une offensive aérienne et terrestre à Gaza qui a fait depuis le 7 octobre 33.634 morts, en majorité des civils, selon le bilan vendredi du ministère de la Santé du Hamas.

Jeudi soir, des centaines d'Israéliens ont manifesté près de la résidence de M. Netanyahu à Jérusalem pour appeler le gouvernement à poursuivre la guerre.

"Il faut occuper Rafah le plus rapidement possible, pour sortir victorieux de la guerre", a affirmé l'un d'eux, Dimitri, un professeur de 42 ans, en allusion à l'offensive terrestre israélienne, voulue par M. Netanyahu, contre cette ville du sud de la bande de Gaza, où s'entassent 1,5 million de Palestiniens.

"L'arrêt des combats maintenant serait un cadeau pour nos ennemis", a dit un autre, Itzik Buntzel, le père d'un soldat tué à Gaza.

Les négociations pour une trêve de plusieurs semaines associée notamment à la libération d'otages en échange de Palestiniens incarcérés par Israël piétinent, les protagonistes demeurant inflexibles et s'accusant mutuellement de les bloquer.

Jeudi, un responsable du Hamas, Bassem Naïm, a prévenu que la localisation des otages à Gaza demanderait du "temps et de la sécurité", deux conditions qu'une trêve est susceptible de favoriser.