Réactions politiques au débat Le Pen-Macron: chaque camp défend son champion

Les lieutenants des deux candidats ont défendu leurs champions mercredi pendant le débat télévisé (Photo, AFP).
Les lieutenants des deux candidats ont défendu leurs champions mercredi pendant le débat télévisé (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 21 avril 2022

Réactions politiques au débat Le Pen-Macron: chaque camp défend son champion

  • Les proches de Marine Le Pen ont fustigé la proposition d'Emmanuel Macron de repousser l'âge légal de la retraite à 64 ou 65 ans
  • Troisième à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a regretté durant ce débat d'entre-deux tours un «gâchis»: «le pays méritait mieux»

PARIS: Attaque sur la réforme des retraites d'Emmanuel Macron ou sur la crédibilité internationale de Marine Le Pen: les lieutenants des deux candidats ont défendu leurs champions mercredi pendant le débat télévisé, pendant que des élus LFI soulignaient "l'ennui mortel" de la soirée et un "gâchis".

Dans le camp d'Emmanuel Macron, le chef de file des députés LREM Christophe Castaner a reproché à Marine Le Pen de vouloir "quitter l'Europe" avec sa proposition d'une alliance européenne des nations. "Nous, nous voulons continuer de construire une France forte, dans une Europe forte", a-t-il twitté.

La ministre déléguée à l'Industrie Agnès Pannier-Runacher a repris les attaques d'Emmanuel Macron au sujet des accointances de Marine Le Pen avec le pouvoir russe: "Madame Le Pen dit apporter son soutien plein et entier au peuple ukrainien. En réalité: elle et son groupe au Parlement européen n'ont pas voté l'aide financière à l'Ukraine, ni le nouveau train de sanctions. Et c'est normal, il ne faudrait pas froisser son banquier russe", a-t-elle estimé sur Twitter.

Présidentielle: la presse décerne un léger avantage à Macron à l'issue du débat

"Avantage Macron" barre la Une de Sud Ouest jeudi au lendemain du débat télévisé ayant opposé le président sortant à Marine Le Pen, qui ont pu, selon la presse, présenter deux visions de la France dans un climat plus serein qu'en 2017.

"Macron domine, Le Pen tient le choc", résume l'ultime édition du Figaro à sa Une, Vincent Trémolet de Villers notant dans son éditorial "une légitimité acquise et persistante d'Emmanuel Macron". 

Les journaux soulignent la bonne tenue des échanges contrastant avec le dernier duel entre les deux candidats, il y a cinq ans, où Mme Le Pen était passée à côté de l'exercice.

"Pas de jeux du cirque, pas de provocations de la part de Marine Le Pen, ni de suffisance excessive de la part d'Emmanuel Macron, malgré un +Vous dites n'importe quoi!+", relève Jean-Marcel Bouguereau dans la République des Pyrénées, accordant un avantage au chef de l'Etat sortant pour sa "technicité".

A la Une, les journaux privilégient souvent une photo de chaque candidat en pleine argumentation, mains accompagnant la parole et regard déterminé. Le Télégramme titre ainsi "Duel sans concession". 

"Il y a cinq ans, c'était une parodie démocratique (...) cette fois, le débat d'idées a eu lieu", se félicite pour sa part Luc Bourrianne dans L'Est Républicain.

Il y eut des piques pendant les près de trois heures d'échanges, certes. Le Parisien/Aujourd'hui en France retient celle de M. Macron: "Quand vous parlez à Poutine, vous parlez à votre banquier", pour appuyer son titre de Une "Macron à l'attaque, Le Pen en défense".

Mais aucun des deux candidats ne l'a emporté par KO. M. Macron a tiré "surtout des balles à blanc", explique Michel Klekowicki dans le Républicain Lorrain, tandis que Mme Le Pen s'est montrée "policée" selon La Voix du Nord.

«Merci pour ce moment»

"Merci pour ce moment", ose même Frédéric Vézard dans son édito pour les Dernières Nouvelles d'Alsace, content d'avoir assisté à un "débat limpide" où "deux visions de la France se sont confrontées à ciel ouvert".

Un moment "long et dense, un peu ennuyeux au démarrage sur le pouvoir d'achat mais, au final, instructif, à défaut d'être véritablement passionnant", a, pour sa part, trouvé Laurent Bodin de L'Alsace.

Comme ce couple installé devant son poste de télévision à la Une de Ouest France, les Français ont assisté à "deux visions si opposées", titre le quotidien.

Le débat a réussi sa mission de poser les antagonismes et de souligner les lignes de partage entre les deux candidats. "Les deux France" (Corse Matin) ou "Tout les oppose" (L'Union et L'Ardennais) s'imposent alors dans la presse régionale, souvent contrainte par une heure de bouclage antérieure à la fin de l'émission.

Tout le monde avait en mémoire une Marine Le Pen fatiguée et perdue dans ses fiches en 2017. Elle "s'en est nettement mieux sortie. Mais elle n'a pas renversé la table: son adversaire n'a pas perdu le match", juge Patrice Chabanet dans le Journal de la Haute-Marne.

Libération se montre plus sévère. "Toujours pas à la hauteur", titre le quotidien de gauche sur une photo en gros plan de Mme Le Pen, regard dans le vide.

"Contradictoire et floue dans bien des domaines, Marine Le Pen, combative et modérée, a montré les limites de l'exercice", abonde Olivier Biscaye dans Midi Libre, jugeant qu'Emmanuel Macron "un tantinet certain de son fait" mais "offensif et précis", a "gagné cette première manche" avant le vote de dimanche.

Les fans de foot ont, eux, le regard tourné vers la deuxième place du championnat et dans cette course narrée par L'Equipe, sans stress mais avec (Dimitri) Payet, "l'OM domine les débats", titre malicieusement le quotidien sportif.

Les proches de Marine Le Pen ont fustigé la proposition d'Emmanuel Macron de repousser l'âge légal de la retraite à 64 ou 65 ans. Selon Louis Aliot, vice-président du RN, cette mesure "c'est plus d'accidents du travail, plus de maladies professionnelles, donc plus de dépenses et de dépendances à prévoir pour nos compatriotes. Cassés et ruinés, c'est comme ça que Macron aime les Français", a-t-il lancé sur Twitter.

"Marine Le Pen est dans la vraie vie, Macron est dans le cosmos de McKinsey", a dit le porte-parole du Rassemblement national Julien Odoul.

Arrivé troisième à la présidentielle, l'insoumis Jean-Luc Mélenchon a regretté durant ce débat d'entre-deux tours un "gâchis: "le pays méritait mieux. Vivement le troisième tour", a-t-il réagi sur Twitter, en référence à son appel aux électeurs à lui donner une majorité aux législatives pour qu'il puisse être "Premier ministre" d'une cohabitation.

"Si l'ennui était mortel, le débat Macron-Le Pen serait un cimetière", a dénoncé la présidente du groupe LFI à l'Assemblée Mathilde Panot, sur Twitter. Son collègue député Adrien Quatennens a retweeté la pochette d'un album des Têtes raides (chanson néoréaliste) baptisé "qu'est-ce qu'on se fait chier".

L'eurodéputée EELV Karima Delli a reproché à Emmanuel Macron et Marine Le Pen d'être "hors sol" sur l'écologie, pendant que Sandine Rousseau s'en prenait à la "candidate d'extrême droite" Marine Le Pen.

Le patron des députés LR Damien Abad a vu "une différence claire de niveau et de valeurs" entre les deux, réaffirmant qu'il voterait Emmanuel Macron dimanche.

À l'aile droite de LR, le maire de Chalon-sur-Saône Gilles Platret a vu dans ce débat "la suffisance contre l'incompétence. La France mérite mieux".

Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), qui a appelé à voter pour Marine Le Pen au second tour, a vivement critiqué Emmanuel Macron sur le nucléaire: "détruire la filière nucléaire avec (François) Hollande, fermer Fessenheim, puis prévoir l'ouverture de 50 parcs éoliens en mer qui vont défigurer nos côtes... et Macron veut nous faire croire qu'il est favorable au nucléaire ?"  

Dans le parti d'Eric Zemmour (Reconquête), qui appelle aussi à voter Le Pen, l'eurodéputé et transfuge du RN Gilbert Collard a regretté vers 22H30 une discussion "lunaire": "les gens zappent après 30 à 60 minutes de débat et on n'a rien entendu sur McKinsey, peu sur les gilets jaunes, rien sur les privations de libertés, rien sur l'insécurité, sur l'immigration...", des thèmes abordés durant la suite de la soirée.

Débat Le Pen-Macron: 15,6 millions de téléspectateurs, moins qu'en 2017

Près de 15,6 millions de téléspectateurs ont regardé le débat de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle sur l'ensemble des chaînes qui le diffusaient mercredi soir, un score inférieur à celui du dernier débat de la présidentielle de 2017, selon les chiffres de Médiamétrie transmis jeudi.

En 2017, près de 16,5 millions de téléspectateurs avaient suivi le débat qui opposait déjà Marine Le Pen et Emmanuel Macron. 

Cette année, outre TF1 et France 2, chaînes organisatrices, les chaînes d'information et les chaînes parlementaires le diffusaient aussi.

Au total, le débat a totalisé une part d'audience de 68,3% toutes chaînes confondues.

TF1 et France 2 ont rassemblé à elles seules 14,05 millions de téléspectateurs (61,4% de part d'audience), un score également moindre qu'en 2017 (15,1 millions alors).


Municipales à Paris: Grégoire appel à faire bloc contre "l'union des droites"

Le député du Parti socialiste (PS) et candidat de gauche à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, prononce un discours lors d’un meeting de campagne avant le second tour des élections municipales françaises de 2026, au parc de Belleville à Paris, le 20 mars 2026. (AFP)
Le député du Parti socialiste (PS) et candidat de gauche à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, prononce un discours lors d’un meeting de campagne avant le second tour des élections municipales françaises de 2026, au parc de Belleville à Paris, le 20 mars 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Grégoire appelle à un front contre « l’union des droites » à Paris, accusant Rachida Dati de dépendre du soutien de l’extrême droite pour l’emporter
  • Malgré son refus d’alliance avec l’extrême droite, Rachida Dati reçoit des soutiens indirects, notamment de Marine Le Pen et Jordan Bardella, dans un contexte électoral très tendu

PARIS: Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à la mairie de Paris, a appelé vendredi ses partisans à faire bloc contre "l'union des droites" incarnée selon lui par Rachida Dati, qui ne pourra pas "être élue sans les voix de l'extrême droite".

"Ouvrir les portes de l’Hôtel de Ville à Rachida Dati, c’est laisser entrer les idées de l'extrême droite par la porte dérobée", a-t-il lancé devant près d'un millier de personnes au parc de Belleville (20e), dans une ambiance survoltée.

"Nous devons nous mobiliser ensemble, dans les urnes, pour battre l’union des droites à Paris! J’utilise ce terme, union des droites, parce qu’il est le seul qui décrit réellement ce qui est en train de se passer", a-t-il ajouté, expliquant que "si Rachida Dati est élue maire de Paris, elle sera redevable à Sarah Knafo et à Marine Le Pen".

Rachida Dati, candidate de l'union du centre et de la droite, a refusé toute alliance avec l'eurodéputée d'extrême droite Sarah Knafo, qui s'est désistée malgré sa qualification au second tour (10,4%).

Elle a préféré faire alliance avec le centriste Pierre-Yves Bournazel, qui a créé la surprise en quittant la vie politique parisienne.

Mais le retard de plus de 12 points de Mme Dati sur son adversaire Emmanuel Grégoire nécessite un report de voix des électeurs de la zemmouriste.

Elle a par ailleurs reçu le soutien du président du Rassemblement national Jordan Bardella, tandis que Marine Le Pen a appelé à "faire barrage" à M. Grégoire, la gauche ayant selon elle une "responsabilité dans le système qui a permis des agressions contre tant d’enfants pendant tant d’années".

"Il y a eu un 21 avril, le jour où Jean-Marie Le Pen a accédé au second tour de l’élection présidentielle. (...) Il n’y aura pas de 22 mars", a lancé Emmanuel Grégoire.

Dans le public, de nombreux élus parisiens, les têtes de liste d'arrondissements, ainsi que des personnalités de gauche comme le sénateur écologiste Yannick Jadot.

Dramatisant l'enjeu, Emmanuel Grégoire a convoqué l'ex-maire de Paris Jacques Chirac. "Que dirait-il s’il voyait ses principes bafoués pour espérer la victoire, quel qu’en soit le prix ?", a interrogé M. Grégoire, avant de s'en prendre à Emmanuel Macron, qu'il soupçonne d'avoir orchestré le retrait de la zemmouriste au profit de Mme Dati.

"Le voilà l’héritage d’Emmanuel Macron, l’union de la droite et de l’extrême droite! (...) Où sont passées leurs valeurs?", a-t-il lancé.

Aux électeurs de l'insoumise Sophia Chikirou, avec qui M. Grégoire a refusé de s'allier, il a expliqué que "l’union, ça se fait dans le respect de l’autre, et pas dans l’invective ou la menace".


Municipales: les questions du second tour

L'entre-deux-tours a été dominé par la controverse sur les alliances, dans des proportions inattendues, entre LFI et le PS (à Toulouse, Nantes, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand...) alors même que la direction du PS avait assuré qu'il n'y aurait pas d'accord national et très peu d'accords locaux. (AFP)
L'entre-deux-tours a été dominé par la controverse sur les alliances, dans des proportions inattendues, entre LFI et le PS (à Toulouse, Nantes, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand...) alors même que la direction du PS avait assuré qu'il n'y aurait pas d'accord national et très peu d'accords locaux. (AFP)
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  • Selon une enquête Elabe pour BFMTV mercredi, 69% des électeurs de gauche sont favorables aux accords entre LFI et le PS, mais seulement 50% des sympathisants socialistes
  • Dans le sens inverse, les candidats LFI ayant choisi de se maintenir au risque de faire perdre la gauche, comme Sophia Chirikou à Paris, pourraient voir leur score diminuer

PARIS: Succès des alliances PS-LFI, dynamique du RN, reconduite de certains maires écologistes ou remontada de Rachida Dati à Paris... les principales questions du second tour des municipales dimanche.

Les électeurs socialistes valideront-ils les alliances avec LFI ?

L'entre-deux-tours a été dominé par la controverse sur les alliances, dans des proportions inattendues, entre LFI et le PS (à Toulouse, Nantes, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand...) alors même que la direction du PS avait assuré qu'il n'y aurait pas d'accord national et très peu d'accords locaux.

A l'inverse, les candidats PS ont refusé la fusion avec LFI à Paris, Marseille ou Rennes.

Comment se positionneront les électeurs de gauche sur ces fusions ?

Selon une enquête Elabe pour BFMTV mercredi, 69% des électeurs de gauche sont favorables aux accords entre LFI et le PS, mais seulement 50% des sympathisants socialistes.

Dans le sens inverse, les candidats LFI ayant choisi de se maintenir au risque de faire perdre la gauche, comme Sophia Chirikou à Paris, pourraient voir leur score diminuer.

Existe-t-il encore un "front républicain" anti-RN ?

Le RN, qui a remporté une vingtaine de villes au premier tour, est en tête d'une soixantaine d'autres, principalement dans ses places fortes du sud (Toulon, Nîmes, Carcassonne, Menton, Carpentras...) et de l'ancien bassin minier du Pas-de-Calais.

Les espoirs du RN sont renforcés par l'affaiblissement du "front républicain" (désistement d'une liste de gauche en faveur d'une liste de droite ou inversement) contre lui.

A Nice, l'écologiste Juliette Chesnel-Le Roux (11,9%) a refusé de se retirer au profit du maire sortant Horizons Christian Estrosi (30,9%) loin derrière les 43,4% d'Éric Ciotti, allié du RN.

Ce "front" fonctionnera peut-être encore à Toulon où, pour faire barrage à Laure Lavalette (42%), la divers gauche Magali Brunel (pas en position de se maintenir avec 8,4%) a appelé à voter pour la sortante divers droite Josée Massi (29,5%), qui a également bénéficié du retrait du LR Michel Bonnus (15,7%). A Cavaillon (Vaucluse), PS et LFI appellent à voter pour le sortant divers droite, arrivé deuxième derrière le RN, mais le candidat divers gauche troisième s'est tout de même maintenu.

Dans l'autre sens (désistement de la droite pour la gauche), les exemples sont quasi inexistants.

Les accords entre la droite et le RN ont été très peu nombreux en dépit de la main tendue à "la droite sincère" du président du RN Jordan Bardella. L'enjeu sera de suivre le comportement des électeurs LR, dont une partie est favorable à "l'union des droites", dans des configurations comme celle de Marseille où leur candidate Martine Vassal n'a quasiment aucune chance de gagner.

Les écologistes vont-ils sauver les meubles ?

Grands vainqueurs en 2020, les écologistes se retrouvent en difficulté à Bordeaux, Annecy ou Besançon. Mais ils espèrent, grâce des accords avec LFI, pouvoir sauver Poitiers, Grenoble, voire Lyon et Strasbourg.

Dans ces deux grandes métropoles, le scrutin s'annonce serré.

A Lyon, le sortant Grégory Doucet a réalisé au premier tour une "remontada" après une campagne jugée très mauvaise de son concurrent de la droite et du centre, l'ancien patron de l'OL Jean-Michel Aulas. A Strasbourg, la triangulaire s'annonce indécise entre l'ancienne maire socialiste Catherine Trautmann, la sortante Jeanne Barseghian, qui n'est arrivée qu'en troisième position, et le LR Jean-Philippe Vetter.

LR: Paris pour sauver la face ?

Champion des petites villes, Les Républicains sont en difficulté depuis longtemps dans les métropoles. Ils pourraient perdre leur plus grande ville actuelle, Nîmes, où une triangulaire serrée s'annonce au second tour avec le RN et la gauche.

Mais une défaite à Nîmes serait largement éclipsée en cas de succès à Nantes, où la numéro 2 du PS Johanna Rolland part avec une faible avance sur le LR Foulques Chombart de Lauwe, et surtout à Paris.

Distancée de plus de 12 points au premier tour, Rachida Dati (25,5%) se retrouve, après une fusion avec les listes de Pierre-Yves Bournazel (Horizons, 11,3%) et le retrait de Sarah Knafo (Reconquête!, 10,4%), dans la meilleure configuration possible pour elle sur le papier. D'autant que la LFI Sophia Chikirou (11,7%) a refusé se retirer au bénéfice du socialiste Emmanuel Grégoire (38%).

Les autres formations soutenant le gouvernement sont moins représentées à l'échelon municipal. Pour Horizons, même si Christian Estrosi est battu à Nice, l'essentiel sera préservé en cas de victoire au Havre de son leader Edouard Philippe, qui en a fait une condition de sa candidature à la présidentielle et part favori dans une triangulaire avec gauche et RN.

Renaissance, peu implanté localement, pourrait finalement gagner deux grandes villes avec les anciens ministres Antoine Armand à Annecy et Thomas Cazenave à Bordeaux. Quant au MoDem, François Bayrou, engagé dans une triangulaire, est en bonne position pour rester maire de Pau.


Guillaume Ancel : le Liban pris au piège par Israël, par la volonté de l’Iran

Guillaume Ancel. (AFP)
Guillaume Ancel. (AFP)
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  • Depuis le 2 mars, deux jours après l’assassinat ciblé du guide suprême iranien Ali Khamenei, le Liban a renoué avec une nouvelle spirale meurtrière, avec son cortège de destructions et de déplacés
  • Pour l’ancien officier de l’armée française Guillaume Ancel (éditeur du blog Ne pas subir), dans la configuration actuelle, « il s’agit moins d’une stratégie d’Israël contre le Liban que d’une stratégie de l’Iran contre Israël »

PARIS : Dans le conflit généralisé que vit actuellement le Moyen-Orient, la balance penche nettement du côté des incertitudes, et la somme des questions qu’il pose l’emporte sur les réponses quant à la nature de son issue.

Le seul élément avéré est que, depuis le début des frappes israélo-américaines, le régime iranien joue sa survie, entraînant le Liban dans son sillage.

Depuis le 2 mars, deux jours après l’assassinat ciblé du guide suprême iranien Ali Khamenei, le Liban a renoué avec une nouvelle spirale meurtrière, avec son cortège de destructions et de déplacés.

Des missiles tirés par le Hezbollah contre Israël sont venus à bout d’un cessez-le-feu fragile, instauré en novembre 2024 sur la ligne de démarcation séparant les deux pays.

Ce parti avait d’ores et déjà prévenu qu’il entrerait dans le conflit si le guide suprême iranien venait à être menacé. Or, une fois Khamenei assassiné, le Hezbollah s’est jeté dans la bataille, faisant fi des menaces émanant des plus hauts responsables israéliens, mettant le Liban en garde contre un déluge de feu qui le réduirait en poussière, à l’image de Gaza.

La riposte israélienne ne s’est pas fait attendre, provoquant à ce jour la mort d’environ 968 personnes et près d’un million de déplacés, alors que les hostilités se poursuivent de part et d’autre et qu’aucune issue ne se profile à l’horizon.

La France a beau inciter les Libanais à prendre les devants et à consolider leur souveraineté sur leur territoire, proposer d’aider le Liban à sortir de la spirale infernale par des négociations directes avec Israël ; Paris a beau rallier des pays tels que le Canada, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni à sa position, ses propos restent inaudibles dans le fracas des déflagrations qui sèment la mort aux quatre coins du pays.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sera à Beyrouth aujourd’hui pour une nouvelle tentative de désescalade dont l’issue est loin d’être certaine.

Dans ce paysage de chaos et de désolation, il est utile de tenter de démêler les fils, d’essayer d’esquisser les contours de la stratégie israélienne au Liban et de s’interroger sur l’avenir de ce pays piégé dans une équation impossible entre Israël et l’Iran.

Pour l’ancien officier de l’armée française Guillaume Ancel (éditeur du blog Ne pas subir), dans la configuration actuelle, « il s’agit moins d’une stratégie d’Israël contre le Liban que d’une stratégie de l’Iran contre Israël ».

« Si le Hezbollah s’était tenu à l’écart du conflit, il aurait été très difficile pour le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou de justifier une offensive contre le Liban », assure l’officier en réponse à Arab News en français.

Le Hezbollah, acteur politique intégré au système libanais, agit dans les faits comme une force militaire étroitement liée aux intérêts stratégiques des gardiens de la révolution : « ce sont eux qui avaient intérêt à déporter une partie du conflit contre l’Iran au Liban », afin d’enflammer le nord d’Israël.

Dans cette perspective, le front libanais devient une extension du conflit opposant Israël à l’Iran, une manière pour Téhéran d’éviter un face-à-face direct tout en multipliant les foyers de tension.

Cette stratégie d’« externalisation » de la guerre n’est pas nouvelle, affirme Ancel, mais elle atteint aujourd’hui un niveau particulièrement préoccupant, car elle se déploie sur un territoire déjà fragilisé, économiquement exsangue et politiquement fragmenté.

De son point de vue, Israël adopte une réponse fidèle à sa doctrine sécuritaire, qui consiste à frapper fort, vite et de manière dissuasive.

Pour l’État hébreu, la menace posée par le Hezbollah est existentielle : peu importe que le mouvement soit affaibli ou que ses capacités soient entamées, sa simple présence armée à la frontière nord constitue un risque inacceptable à ses yeux.

Mais cette logique, souligne Ancel, comporte ses limites, car les opérations israéliennes, souvent d’une intensité considérable, voire disproportionnée, n’ont jamais réussi à éradiquer le Hezbollah. Au contraire, elles contribuent régulièrement à renforcer sa légitimité interne, tout en infligeant des destructions massives au Liban.

C’est là que se révèle l’un des nœuds du problème : l’impuissance de l’État libanais.

L’armée libanaise ne dispose ni des moyens militaires ni de la légitimité politique pour affronter le Hezbollah, et toute tentative de désarmement par la force risquerait de plonger le pays dans une nouvelle guerre civile, un scénario que tous cherchent à éviter.

Sur le plan diplomatique, l’idée persiste : le Liban devrait reprendre le contrôle de son territoire et mettre fin à l’autonomie militaire du Hezbollah.

La France pour un renforcement de l’armée libanaise

Cette position, défendue notamment par la France, plaide pour un renforcement de l’armée libanaise, avec le soutien de partenaires européens, afin de rééquilibrer progressivement le rapport de force interne.

Cette stratégie se heurte à un obstacle majeur : comment envisager un processus de désarmement dans un pays soumis à des bombardements réguliers, sachant qu’une telle initiative suppose un minimum de stabilité, voire un cessez-le-feu ?

Or, le Hezbollah ne semble pas prêt à suspendre ses opérations sans garanties préalables, et il en va de même pour Israël, qui tourne en outre le dos à la main tendue par les autorités libanaises pour discuter d’une désescalade.

Dans ce contexte, estime Ancel, la clé du conflit libanais ne se trouve pas à Beyrouth, mais à Téhéran : « tant que l’Iran maintient son soutien au Hezbollah, celui-ci conservera sa capacité d’action et sa volonté d’affronter Israël ».

À l’inverse, ajoute-t-il, un affaiblissement du régime iranien pourrait rebattre les cartes et souligne une réalité dérangeante : le Liban dépend largement de décisions prises en dehors de ses frontières, et son destin est suspendu à l’évolution d’un rapport de force régional qui le dépasse.

En attendant, le pays continue de s’enfoncer : les infrastructures sont touchées, les populations déplacées, l’économie touche le fond. Mais le plus inquiétant est le tissu social libanais, historiquement fragile, qui risque de se déliter davantage sous la pression des événements.

Le pronostic est pessimiste, mais Ancel rappelle que le pays a déjà traversé des crises majeures et a su, à plusieurs reprises, éviter l’effondrement total.

« L’essentiel, affirme-t-il, réside dans la manière dont le président américain Donald Trump va terminer cette guerre », qui est déjà dans sa troisième semaine, « et il n’a plus beaucoup de temps devant lui ».

Mais là aussi, on est face à une inconnue, car, souligne Ancel, « personne ne sait dire aujourd’hui quel est l’état du régime iranien : est-ce qu’il est au bord de l’effondrement ou bien est-il capable de résister encore pendant des semaines ? »

Il est en revanche important de signaler que les frappes américaines ciblent essentiellement les centres du pouvoir et les gardiens de la révolution, tout en épargnant l’armée iranienne.

Cela permet donc de penser que « l’armée américaine mise sur le fait que l’armée iranienne prenne le pouvoir », mettant fin au régime des mollahs et des gardiens de la révolution.

Le sort du Liban, affirme Ancel, étroitement lié à celui du régime iranien, dépend donc du dénouement de ce conflit. Si ce dénouement conforte le régime actuel, « je crains que la situation au Liban ne soit vouée à davantage de dégradation ».

Si, en revanche, poursuit-il, le régime iranien s’effondre, « à ce moment-là, le sujet du Hezbollah sera géré et nécessitera une aide internationale pour mettre un terme à son aspect militaire, tout en continuant à exister comme entité politique ».