Les boutiques vintage en Arabie saoudite: une machine à remonter le temps

Bandes dessinées arabes vendues par Comics4Huda. (Photo fournie)
Bandes dessinées arabes vendues par Comics4Huda. (Photo fournie)
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Publié le Lundi 02 mai 2022

Les boutiques vintage en Arabie saoudite: une machine à remonter le temps

  • Huda, 26 ans, est propriétaire d’une boutique en ligne appelée «Comics4Huda», qui vend des bandes dessinées vintage en langue arabe des années 1970, 1980 et 1990
  • Une autre boutique en ligne sur Instagram, du nom de «Vin Saudi», vend des objets et des artefacts plus anciens encore, remontant parfois à plusieurs siècles

DJEDDAH: Les boutiques vintage saoudiennes ravivent les souvenirs d’enfance et évoquent la nostalgie du passé. Elles proposent des objets qui montrent aux jeunes générations ce à quoi ressemblaient les divertissements autrefois.

Huda, 26 ans, est propriétaire d’une boutique en ligne appelée «Comics4Huda». Elle vend sur Instagram des bandes dessinées vintage en langue arabe des années 1970, 1980 et 1990.

Elle en a eu l’idée parce qu’elle adorait, petite, les bandes dessinées Mickey Mouse. Elle veut que les autres puissent ressentir ce qu’elle a elle-même vécu lorsqu’elle était enfant. «J’aime vendre ces BD pour une raison simple: elles n’existent plus en librairie», déclare-t-elle dans un entretien accordé à Arab News.

Elle confie qu’elle a dû consacrer beaucoup de temps et d’énergie pour acquérir ces précieuses publications. «Cependant, la joie et la satisfaction que ressent le client quand il reçoit sa collection n’ont pas de prix ; cela m’encourage à persévérer. Certains m’ont même avoué qu’ils trouvaient la collection si belle qu’ils en étaient émus aux larmes.»

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Bandes dessinées arabes vendues par Comics4Huda. (Photo fournie)

Les collections proposées sont rares et les stocks sont épuisés.

Omar Owdh, étudiant en psychologie clinique, affirme que les bandes dessinées font partie intégrante de sa vie. «Elles constituent une échappatoire à la vie quotidienne et, quand la vie devient vraiment difficile, cet art m’offre une évasion plus grande que celle que proposent les livres», confie-t-il à Arab News.

Il dit être tombé amoureux des bandes dessinées des années 1970, 1980 et 1990 parce qu’il avait l’habitude de les trouver lorsqu’il voyageait avec sa famille à travers le monde.

M. Owdh a également été initié à cet art par ses frères et sœurs aînés, qui achetaient des bandes dessinées quand ils étaient jeunes. Ce passionné a alors eu la chance d’hériter d’une collection importante.

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Bandes dessinées arabes vendues par Comics4Huda. (Photo fournie)

Une autre boutique en ligne sur Instagram, du nom de «Vin Saudi», vend des objets et des artefacts plus anciens encore, remontant parfois à plusieurs siècles. Vin Saudi appartient à Khaled Ahmed, 26 ans, qui a eu l’idée de vendre ces objets après avoir pris conscience du fait qu’il disposait d’une collection d’articles hétéroclites qui pourrait procurer aux autres la même joie qu’à lui.

Il possède des livres qui datent des années 1910, des pièces de monnaie utilisées pendant l’Empire romain et des billets achetés dans les années 1980.

M. Ahmed a commencé à collectionner ces objets lorsqu’il allait avec son père à Souk al-Zel, un marché local à Riyad qui regorgeait de boutiques vintage lancées par des collectionneurs. «Chaque fois que j’y allais, je devais absolument acheter quelque chose», se rappelle-t-il.

Il pensait qu’il serait difficile pour lui de se séparer de ses pièces, mais il a très vite changé d’avis devant l’enthousiasme de ses clients.

M. Owdh ajoute: «J’étais très heureux de constater qu’il y avait des boutiques sur Instagram. C’est un peu comme si elles permettaient de garder ces livres en vie. J’espère que cela incitera les maisons d’édition à imprimer de nouveau certaines des bandes dessinées les plus anciennes, et même à les publier en ligne afin qu’elles puissent être conservées plus longtemps.»
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban : huitième tentative ratée pour élire un chef de l'Etat

Le palais présidentiel libanais. Photo Dalati et Nohra.
Le palais présidentiel libanais. Photo Dalati et Nohra.
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  • M. Moawad, fils de l'ancien président René Moawad assassiné en 1989, soutenu par le camp anti-Hezbollah, a obtenu jeudi 37 voix, loin des 86 nécessaires pour être élu au premier tour ou des 65 voix requises lors d'un deuxième tour
  • Le parlement s'est déjà réuni à huit reprises depuis fin septembre, sans succès, et la date de la prochaine séance a été fixée au 8 décembre

BEYROUTH: Les députés libanais ont tenu jeudi une huitième session sans parvenir à élire un chef de l'Etat pour ce pays sans président depuis un mois, dirigé par un gouvernement intérimaire incapable de contenir l'effondrement économique.

Le parlement est profondément divisé entre le camp opposé au Hezbollah, qui n'a pas les voix nécessaires pour élire son candidat, Michel Moawad, et celui de la puissante formation pro-iranienne qui n'a pas de candidat déclaré.

M. Moawad, fils de l'ancien président René Moawad assassiné en 1989, soutenu par le camp anti-Hezbollah, a obtenu jeudi 37 voix, loin des 86 nécessaires pour être élu au premier tour ou des 65 voix requises lors d'un deuxième tour.

Cinquante-deux députés, notamment du camp pro-Hezbollah, ont voté blanc. D'autres parlementaires ont inscrit sur leur bulletin de vote des slogans ou des noms fantaisistes, dont celui... du président brésilien élu Lula.

M. Moawad est considéré comme proche des Etats-Unis. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait déclaré souhaiter un président qui ne soit pas inféodé à Washington. La formation chiite affirme vouloir parvenir à un candidat de consensus, qu'elle n'a pas encore nommé.

Mais les analystes politiques estiment que le Hezbollah soutient l'ancien député et ministre pro-syrien Sleimane Frangié. Le nom du commandant en chef de l'armée, Joseph Aoun, est également cité comme un candidat de compromis potentiel.

Le parlement s'est déjà réuni à huit reprises depuis fin septembre, sans succès, et la date de la prochaine séance a été fixée au 8 décembre.

Lors de la séance, le député des Forces Libanaises (FL, parti chrétien) Antoine Habchi a dénoncé le fait que le parlement "n'assume pas ses responsabilités".

L'élection d'un président pourrait prendre des mois, comme cela s'était produit lors de l'élection de Michel Aoun en 2016, après une vacance de 29 mois au sommet de l'Etat.

Michel Aoun a quitté le palais présidentiel le 30 octobre dernier, à la veille de l'expiration de son mandat, sans successeur désigné.

En vertu du système confessionnel de partage du pouvoir en vigueur, la présidence de la République est réservée à un chrétien maronite.

Depuis fin 2019, l'économie libanaise est en plein effondrement et les autorités ne sont toujours pas parvenues à un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour sortir le pays de la crise.

Depuis le 1er novembre, le pays est en outre dirigé par un gouvernement démissionnaire, chargé uniquement d'expédier les affaires courantes et incapable de prendre des décisions importantes.


Au Soudan, les rastas en lutte contre préjugés et répression

Afraa Saad, cinéaste soudanaise de 35 ans, joue avec ses cheveux lors d'une interview dans la capitale Khartoum le 20 octobre 2022. (AFP)
Afraa Saad, cinéaste soudanaise de 35 ans, joue avec ses cheveux lors d'une interview dans la capitale Khartoum le 20 octobre 2022. (AFP)
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  • En 2019, quand l'armée a été forcée d'écarter Béchir sous la pression de la rue, les rastas «étaient super enthousiastes», se rappelle Abdallah Ahmed
  • Lors des sit-in, des défilés ou des rassemblements, partout des drapeaux frappés du portrait de Bob Marley, des bonnets rouge-vert-jaune et autres hymnes reggae en anglais ou en arabe s'invitent

KHARTOUM: Avec ses longues dreadlocks, son bonnet qui baille et sa passion pour le reggae, Abdallah Ahmed sait depuis longtemps que son style rasta peut coûter cher dans son pays, le Soudan.

Si en Jamaïque, l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié est considéré comme un messie par les rastas qui le suivent, au Soudan, pays très majoritairement musulman, le rastafarisme est un mouvement culturel, bien plus que mystique.

Sous la férule du dictateur Omar el-Béchir, Abdallah Ahmed --de son nom de scène Max Man-- a malgré tout subi les foudres de sa police islamique: en 2017, il a été arrêté alors qu'il chantait à un concert de reggae, accusé de détenir de la drogue et condamné à 20 coups de fouet.

A l'époque, la police des mœurs n'hésitait pas à raser les dreadlocks en public et à s'en prendre aux rastas parce qu'ils contrevenaient au code vestimentaire strict que le régime imposait alors.

«Les rastas ne meurent pas»

En 2019, quand l'armée a été forcée d'écarter Béchir sous la pression de la rue, les rastas "étaient super enthousiastes", se rappelle le Soudanais de 31 ans.

"Plein de musiciens et d'artistes ont émergé", raconte à l'AFP celui qui a longtemps vécu sa passion caché sous la dictature.

Mais quand il y a un an le général Abdel Fattah al-Burhane, ancien commandant de l'armée de terre de Béchir, a rétabli un pouvoir militaire avec son putsch, toutes les portes se sont de nouveau refermées.

Parmi les 121 manifestants anti-putsch tués dans la répression qui ne faiblit pas, on compte plusieurs rastas, rappelle Afraa Saad, réalisatrice de 35 ans qui arbore elle aussi de longues dreadlocks.

Souvent, dans les rafles qui précèdent ou suivent les appels à manifester, les rastas se disent les premiers visés parce que les plus visibles. Et parmi ces jeunes à cheveux longs, plusieurs sont ressortis le crâne rasé par leurs geôliers.

Pour Abdallah Ahmed, les rastas avec leur look atypique sont des "cibles". "Mais cela ne les a jamais empêché de garder leurs dreadlocks, certains sont morts parce qu'ils ne se cachaient pas" d'être rastas.

A tel point qu'aux côtés des habituels slogans "Les militaires à la caserne!" et "Le pouvoir aux civils!", est apparu le désormais emblématique: "Les rastas ne meurent pas".

«Lutter pour nos droits»

Lors des sit-in, des défilés ou des rassemblements, partout des drapeaux frappés du portrait de Bob Marley, des bonnets rouge-vert-jaune et autres hymnes reggae en anglais ou en arabe s'invitent.

"Le rastafarisme nous enseigne qu'il faut dire la vérité, être courageux, lutter pour nos droits", explique Abdallah Ahmed en marge d'une rare exposition d'art à Khartoum.

Et pourtant, souligne Afraa Saad, il y a un préjugé bien ancré, au Soudan et au-delà, selon lequel "quelqu'un qui porte des dreadlocks est un drogué qui ne sait pas se comporter comme il faut".

"Souvent, des gens me demandent comment une fille peut porter des dreadlocks alors qu'il y a tellement d'autres coiffures respectables", raconte-t-elle à l'AFP.

Mais, pour elle, porter des dreadlocks va bien au-delà de l'esthétisme. C'est un message politique.

Sous Béchir, les habits des femmes étaient strictement contrôlés et leur rôle dans la société de fait considérablement réduit.

En réponse, Afraa Saad a laissé pousser ses dreadlocks: "elles sont devenues mon identité, ce que je suis", assure-t-elle.

Saleh Abdallah, de dix ans son cadet, a, lui, laissé pousser ses cheveux pour protester contre le coup d'Etat.

"Et je garderai mes dreadlocks jusqu'à ce le régime militaire tombe", lance-t-il à l'AFP dans une manifestation anti-putsch.


Deux membres de factions palestiniennes tués dans un raid israélien en Cisjordanie

L'armée a mené des mois d'arrestations en Cisjordanie, provoquées par une série d'attaques palestiniennes contre des Israéliens au printemps qui ont tué 19 personnes. (AFP)
L'armée a mené des mois d'arrestations en Cisjordanie, provoquées par une série d'attaques palestiniennes contre des Israéliens au printemps qui ont tué 19 personnes. (AFP)
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  • Selon des sources locales, Al-Saadi était un leader de la branche armée du Jihad islamique dans le camp de réfugiés palestiniens et Zubaidi l'un de ses proches associés
  • De son côté, l'armée israélienne a annoncé avoir tué deux «leaders importants» des factions palestiniennes lors d'une opération dans le secteur de Jénine

JENINE: Un raid israélien a tué jeudi deux Palestiniens, un leader du Jihad islamique et l'un de ses proches associés, dans le secteur de Jénine, au coeur ces derniers mois de la plus importante vague de violence depuis sept ans en Cisjordanie, ont indiqué les autorités locales.

Selon le ministère palestinien de la Santé, Mohammed Ayman al-Saadi, 26 ans, et Naïm Jamal Zubaidi, 27 ans, ont été "tués par balle par l'armée israélienne lors d'une opération à l'aube", dans le secteur de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.

Selon des sources locales, Al-Saadi était un leader de la branche armée du Jihad islamique dans le camp de réfugiés palestiniens considéré comme un bastion des factions armées palestiniennes, et Zubaidi l'un de ses proches associés.

De son côté, l'armée israélienne a annoncé avoir tué deux "leaders importants" des factions palestiniennes lors d'une opération dans le secteur de Jénine ayant aussi mené à l'arrestation de neuf personnes.

La semaine dernière, des combattants de Jénine avaient enlevé un jeune Israélien traité dans un hôpital local après avoir été blessé dans un accident de la route en Cisjordanie occupée.

D'intenses négociations ont été menées par l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas pour convaincre les combattants de restituer la dépouille du jeune homme, dont il n'est pas clair s'il avait été enlevé mort ou vivant selon les versions de la famille ou de l'armée, afin d'éviter des violences.

"De notre point de vue, il y avait deux façons de récupérer ce corps : soit via l'Autorité palestinienne, soit via une opération armée dans la ville, dans le camp, qui aurait probablement été très, très, violente", avait indiqué un responsable militaire israélien.

Les rapts d'Israéliens, morts ou vivants, ont déjà servi de monnaie d'échange pour des groupes armés, afin de demander la libération de prisonniers ou le retour de corps de Palestiniens tués dans des affrontements et conservés par Israël.

Dans la foulée d'attaques anti-israéliennes meurtrières au printemps, l'armée a mené plus de 2 000 raids en Cisjordanie, notamment à Jénine et Naplouse. Les violences en Cisjordanie ont fait plus de 130 morts côté palestinien, bilan le plus lourd depuis sept ans, selon l'ONU.