Dialna Maroc, une vitrine pour pérenniser et valoriser le patrimoine marocain

Salma a sillonné le Maroc et a rencontré des femmes et des hommes passionnés par leur culture, leur tradition et leur art. Photo fournie.
Salma a sillonné le Maroc et a rencontré des femmes et des hommes passionnés par leur culture, leur tradition et leur art. Photo fournie.
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Publié le Lundi 16 mai 2022

Dialna Maroc, une vitrine pour pérenniser et valoriser le patrimoine marocain

  • «Ce qui a accéléré le lancement du mouvement Dialna Maroc, c’est la rencontre que j’ai faite avec une famille d’artisans à Fès»
  • «La culture, l’architecture, l’artisanat, l’art et même la gastronomie constituent des particularités culturelles marocaines millénaires»

PARIS : Salma Bensaïd, productrice de télévision, a en particulier travaillé sur la conception et la réalisation de projets qui proposent des concepts pour les jeunes et pour le grand public aux chaînes marocaines. Elle a lancé de nombreux concepts dans les domaines du lifestyle, de l’habitat, de l’artisanat, du social et du patrimoine. Le projet Immobilier et maison, notamment, ou les rendez-vous hebdomadaires Dar wa Decor et ses numéros spéciaux, Decocœurs, sont, depuis plus de dix ans, des rendez-vous incontournables pour les familles marocaines. Avec son équipe, elle est allée chez plus de trois cent quatre-vingts familles marocaines et dans plus de vingt centres d’hébergement. Elle a aménagé et meublé plus de quatre cents espaces. Salma a sillonné le Maroc et a rencontré des femmes et des hommes passionnés par leur culture, leur tradition et leur art.

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Salma a sillonné le Maroc et a rencontré des femmes et des hommes passionnés par leur culture, leur tradition et leur art. Photo fournie.

Vous venez de lancer la plate-forme Dialna Maroc. L’un de ses objectifs est la valorisation de toutes les facettes du patrimoine marocain…
Le mouvement Dialna et la plate-forme Dialna Maroc sont l’acheminement naturel d’un parcours de vingt et un ans en production audiovisuelle et en création de contenus. La promotion du Maroc, son savoir-faire, son histoire, ses arts et son patrimoine figuraient parmi mes priorités, mais ce qui a accéléré le lancement de ce mouvement, c’est la rencontre que j’ai faite avec une famille d’artisans à Fès. Ces derniers avaient subi de plein fouet les effets de la crise de la Covid-19, la fermeture des frontières et la diminution drastique des arrivées touristiques. Les artisans marocains ont souffert durant cette période où l’activité était totalement à l’arrêt.

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Le mouvement Dialna et la plate-forme Dialna Maroc sont l’acheminement naturel d’un parcours de vingt et un ans en production audiovisuelle et en création de contenus. Photo fournie.

Notre mission a alors consisté à dénicher des marchés alternatifs et des sources de revenus pour les artisans et à relancer la production dans certains ateliers. Nous avons, dans un premier temps, créé un besoin sur un marché à l'étranger et, dans un esprit solidaire continu, nous avons enchaîné avec la production de la collection appelée «SB» sur une nouvelle plate-forme solidaire née de la Covid-19 et commercialisée via le digital. L’objectif est de garder l'élan de productivité chez ces artisans et de créer un lien entre l'artiste ou l’artisan et le client.

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Salma Bensaïd, productrice de télévision, a en particulier travaillé sur la conception et la réalisation de projets qui proposent des concepts pour les jeunes et pour le grand public aux chaînes marocaines. Photo fournie.

Quelles sont les principales missions de ce mouvement «patriotique» et sa portée?
Dialna Maroc est un écosystème qui se veut fédérateur. Il s’agit d’une plate-forme de networking, de relance d'une dynamique de création, de mise à niveau, de rencontres et de débats autour de ce Maroc authentique et pluriculturel.

Elle permet d’accompagner les artisans dans leur virage digital et sert de pont entre les conservateurs d’art, les historiens, les leaders d’opinion et la jeunesse marocaine. Notre principale mission, grâce à une culture participative et à une responsabilité commune, est de faire revivre le legs du passé, de le protéger, de l’enrichir et de le transmettre aux générations futures.

Avec l’aide de ses membres et de ses ambassadeurs, Dialna Maroc fédère et diffuse ses valeurs via ses divers contenus et ses différentes alliances, au Maroc et au-delà des frontières du Royaume. Nos projets suscitent le débat et stimulent la création. Ils sont réalisés et exportés grâce à une vision moderne et à la force du digital, qui nous donne une visibilité. Nos principaux thèmes sont l’identité marocaine, le vivre-ensemble, le savoir-vivre, le terroir artistique et culturel, les savoir-faire, le patrimoine architectural et la gastronomie.

Les artisans marocains font face à plusieurs contraintes, relatives notamment à la commercialisation et à la digitalisation…
La question est de savoir comment leur fournir des outils efficaces pour qu’ils puissent promouvoir leurs compétences, créer leurs réseaux et gagner régulièrement de nouveaux marchés sans dépendre d’événements ponctuels ou d’intermédiaires. Il faudrait lancer des campagnes de sensibilisation et de formation sur le terrain, qui peuvent être soutenues par des acteurs économiques marocains. Avec Dialna Maroc, dans sa composante solidaire, nous avons lancé les caravanes appelées «Artisan w Aala bal», qui mettent à la disposition des artisans des formations en marketing, digital, e-commerce et proposent un coaching en image.

Le Maroc est à la confluence de plusieurs civilisations. Sa richesse culturelle n’est plus à démontrer. Comment promouvoir et transmettre ce legs?
La culture, l’architecture, l’artisanat, l’art et même la gastronomie constituent des particularités culturelles marocaines millénaires et font l’objet d’une reconnaissance internationale. Malheureusement, les artisans sont livrés à eux-mêmes; ils ne disposent pas d’un véritable accompagnement ni d’un suivi. Toute une économie, un patrimoine et des métiers risquent de disparaître. Aujourd’hui, la transmission culturelle est une responsabilité commune et une nécessité. La protection du patrimoine et sa transmission consistent aussi à mettre ce sujet au cœur du débat, à stimuler l’interaction et l’intérêt auprès de la jeunesse, à drainer la recherche, à réveiller la réflexion et à aider à se projeter en communauté.

Grâce à Dialna Maroc, nous avons lancé «Maghrebna», un concours photo, destiné aux étudiants et aux universitaires. L’objectif est de rassembler la jeunesse qui souhaite mieux comprendre et analyser son histoire et son patrimoine. On lui propose d'immortaliser l'instant à travers des photographies riches d’informations.

D’autres projets sont prévus. Le but est de fédérer, de stimuler l’intérêt et de s’engager autour de valeurs communes de valorisation et de préservation de notre patrimoine et de notre culture. Notre mission a pour objectif d’encourager et d’assurer la formation de nos jeunes talents, malgré la crise, afin de pérenniser nos métiers ancestraux, garants de notre patrimoine culturel. Nous sommes africains; nos valeurs sont le soutien et la solidarité. Notre identité, c’est ce que nous sommes: notre passé, notre présent, et ce que nous laisserons aux futures générations.

 


L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, autrice de «Persepolis», est décédée

 L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
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  • Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran"
  • "Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas"

PARIS: L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage.

"Marjane Satrapi morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie", indique un communiqué de ses proches transmis à l'AFP. Producteur, acteur et scénariste, Mattias Ripa est mort le 8 avril 2025.

Exilée en France depuis 1994, naturalisée française en 2006, Marjane Satrapi avait connu la consécration avec la saga autobiographique "Persepolis" dans laquelle elle racontait son enfance en Iran sous le joug des mollahs, la répression subie par le peuple iranien et son douloureux départ vers l'Europe.

Primé en 2001 au festival de BD d'Angoulême, le premier volet avait été suivi de trois autres et porté à écran par Marjane Satrapi en 2007, avec Vincent Paronnaud à la co-réalisation, décrochant le prix du jury du festival de Cannes en 2007. "Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens", avait alors déclaré Marjane Satrapi, qui a, ces dernières années encore, dénoncé les agissements de la République islamique d'Iran.

En 2005, un autre de ses albums situé en Iran, "Poulet aux Prunes", avait décroché le prix du meilleur album à Angoulême et Marjane Satrapi avait également co-réalisé son adaptation au cinéma en 2011 avec, au casting Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros.

Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran", qui connaissait alors une nouvelle vague de répression.

"Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas".

"Le refus de la Légion d'honneur n'est en aucun cas une action ou une pensée contre la France. Bien au contraire, j'aime profondément ce pays qui est le mien", avait-elle précisé.

Son compte Instagram portait la trace du chagrin causé par la perte de son mari en 2025. Réparti sur plusieurs posts, un message proclamait ainsi: "I Lost the love of my life" (j'ai perdu l'amour de ma vie).


Centre Pompidou: ouverture jeudi d'une antenne à Séoul avec une exposition dédiée au cubisme

Le Centre Pompidou a lancé jeudi à Séoul sa troisième antenne à l'étranger avec une exposition inaugurale sur le cubisme, un premier jour d'ouverture au public marqué par une manifestation dénonçant sa collaboration avec le conglomérat sud-coréen Hanwha. (AFP)
Le Centre Pompidou a lancé jeudi à Séoul sa troisième antenne à l'étranger avec une exposition inaugurale sur le cubisme, un premier jour d'ouverture au public marqué par une manifestation dénonçant sa collaboration avec le conglomérat sud-coréen Hanwha. (AFP)
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  • Déployée sur 3.000 mètres carrés, l'exposition inaugurale "Les Cubistes: inventer la vision moderne" s'articule autour d'une muséographie aux courbes en béton brut. Ce parcours, à la fois chronologique et thématique, rassemble 91 œuvres de 43 artistes
  • Il retrace les premières expérimentations de Pablo Picasso et Georges Braque au début du XXe siècle en France, suivies notamment par les œuvres de Fernand Léger, Juan Gris ou Robert Delaunay

SEOUL: Le Centre Pompidou a lancé jeudi à Séoul sa troisième antenne à l'étranger avec une exposition inaugurale sur le cubisme, un premier jour d'ouverture au public marqué par une manifestation dénonçant sa collaboration avec le conglomérat sud-coréen Hanwha.

L'espace est installé dans l'annexe de l'emblématique 63 Building à Yeouido, quartier financier de la capitale sud-coréenne, et l'ouverture au public coïncide précisément avec le jour du 140e anniversaire du traité d'amitié franco-coréen.

Décrit comme une "boîte à lumière" par son architecte, le Français Jean-Michel Wilmotte, le Centre Pompidou Hanwha accueillera chaque année derrière sa façade en verre translucide deux grandes expositions fondées sur les collections moderne et contemporaine du musée parisien.

Déployée sur 3.000 mètres carrés, l'exposition inaugurale "Les Cubistes: inventer la vision moderne" s'articule autour d'une muséographie aux courbes en béton brut. Ce parcours, à la fois chronologique et thématique, rassemble 91 œuvres de 43 artistes.

Il retrace les premières expérimentations de Pablo Picasso et Georges Braque au début du XXe siècle en France, suivies notamment par les œuvres de Fernand Léger, Juan Gris ou Robert Delaunay.

"Je crois pouvoir dire que c'est la principale exposition cubiste en Asie de ces 50 dernières années avec une réunion de plus d'une centaine d'œuvres", s'est récemment félicité le président du Centre Pompidou, Laurent Le Bon, lors d'une présentation à la presse.

En parallèle, une section spéciale intitulée "Korea Focus", conçue pour cette exposition inaugurale, illustre au travers d'une vingtaine d'œuvres la signification symbolique et culturelle de Paris dans la formation de l'art coréen moderne au début du XXe siècle.

Des dizaines de visiteurs se pressaient jeudi à l'ouverture à l'extérieur, a constaté un journaliste de l'AFP, tandis qu'au moins une trentaine de Sud-coréens manifestaient face au musée pour fustiger la collaboration au projet du groupe Hanwha.

En France aussi, des voix se sont élevées pour dénoncer le partenariat avec cet acteur majeur des systèmes de défense. Les détracteurs l'accusent d'être impliqué dans la production et la fourniture d'équipements militaires utilisés par Israël, remettant en cause la légitimité d'un mécénat lié à un marchand d'armes.

Dans une tribune publiée dans le quotidien français Libération, un collectif d'artistes et d'intellectuels avait appelé au boycott du musée, le syndicat Sud de son côté dénonçant "l'art‑washing" de l'industrie de l'armement et exigeant la fin du partenariat.

Séoul devient la troisième antenne du Centre Pompidou à l'étranger, après Malaga en Espagne et Shanghai en Chine. Le déploiement international du musée se poursuivra dès novembre avec l'ouverture attendue, à Bruxelles, de sa nouvelle branche européenne.

A Séoul, le musée consacrera sa saison 2026/2027 à Marc Chagall, Vassily Kandinsky, ainsi qu'à Henri Matisse et au fauvisme, avant la première grande rétrospective consacrée à Constantin Brancusi en Corée du Sud.


À l’IMA, l’exposition d’Ahmed Muhanna exprime l’inhumain devenu quotidien à Gaza

Le peintre gazaoui Ahmed Muhanna à l'œuvre. (Photo IMA)
Le peintre gazaoui Ahmed Muhanna à l'œuvre. (Photo IMA)
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  • Les mots d’Ahmed Muhanna résonnent comme un appel à la survie. Il ne peint pas seulement la guerre ; il peint surtout celles et ceux qui continuent de vivre malgré elle et de la subir
  • Le peintre gazaoui Ahmed Muhanna, affirme : « Mon art, aujourd’hui, est une tentative de saisir ce paradoxe : comment rester humain dans ce chaos, et comment l’espoir peut survivre jusque sous les décombres. »

PARIS: À Gaza, la vie ne se raconte plus, elle se subit. Ici, l’inhumain est devenu quotidien et exister est devenu synonyme de survivre, tandis que le lendemain est synonyme d’incertitude.

Le quotidien des Gazaouis n’est qu’un enchaînement de peur, de privations, de douleurs et d’absences.

Tout manque : l’eau, les soins, la sécurité. Les gestes les plus simples de la vie ont disparu, et le confort n’est plus qu’un souvenir abstrait.

Dans les regards des enfants, quelque chose s’est éteint. Ces yeux, autrefois porteurs d’insouciance, sont désormais voilés par l’horreur et le deuil. La perte d’êtres chers est devenue une expérience précoce, presque banale, et la normalité appartient désormais à un autre temps.

IMA
Alors que les œuvres sont arrivées à Paris après leur passage à Marseille, Muhanna, lui, est resté derrière, dans cette bande de Gaza encerclée par Israël, qui impose à ses habitants un blocus sans fin. (Photo IMA)

À Gaza, la peur et la faim sont devenues des habitudes, et l’âge n’y a plus vraiment de sens puisque le déplacement et la mort frappent les nouveau-nés tout autant que les adultes et les vieillards.

La menace est constante, jour et nuit. Elle plane, elle fait partie de la vie, elle est la vie. Alors on se réveille, on fait semblant de vivre, tandis que tout peut basculer à chaque instant. La peur de mourir ou d’être déchiqueté s’est installée comme une seconde peau.

Et pourtant, malgré tout, Gaza résiste.

On continue de chanter, de sourire parfois. On se marie encore, on apprend, on transmet, on donne la vie. Créer devient un acte de résistance, un refus de disparaître.

Les mots d’Ahmed Muhanna résonnent comme un appel à la survie. Il ne peint pas seulement la guerre ; il peint surtout celles et ceux qui continuent de vivre malgré elle et de la subir.

Car au cœur de ce concentré de violence absurde et d’oppression aveugle, il reste des artistes, des danseurs, des comédiens, des femmes et des hommes qui, par l’art, tentent de témoigner et d’alerter.

Parmi eux, le peintre gazaoui Ahmed Muhanna, qui affirme : « Mon art, aujourd’hui, est une tentative de saisir ce paradoxe : comment rester humain dans ce chaos, et comment l’espoir peut survivre jusque sous les décombres. »

Les mots d’Ahmed Muhanna résonnent comme un appel à la survie. Il ne peint pas seulement la guerre ; il peint surtout celles et ceux qui continuent de vivre malgré elle et de la subir.

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Ses œuvres, réalisées dans un dénuement extrême, portent en elles la trace directe de la réalité gazaouie. Faute de toiles, il utilise les cartons d’aide alimentaire récupérés auprès du Programme alimentaire mondial. Faute de matériel, il improvise avec des couleurs de fortune, trouvées ici et là.

Dans ses dessins, il y a la douleur, les blessures, la tristesse, mais aussi la lumière, la mémoire et, surtout, cette volonté farouche de ne pas céder à l’effacement.

Alors que les œuvres sont arrivées à Paris après leur passage à Marseille, Muhanna, lui, est resté derrière, dans cette bande de Gaza encerclée par Israël, qui impose à ses habitants un blocus sans fin.

L’Institut du monde arabe (IMA), à Paris, a mis en lumière cette voix singulière dans le cadre d’une exposition exceptionnelle consacrée à Ahmed Muhanna et, à travers lui, aux habitants de Gaza.

À travers plus de 60 œuvres, le visiteur est plongé dans une expérience artistique, mais surtout humaine, car chacune des œuvres exposées témoigne d’un quotidien brisé, de vies déchirées et d’enfances volées.

Ces œuvres, élaborées dans la douleur, interrogent : que reste-t-il de l’humanité quand tout s’effondre ? Et comment, malgré tout, continuer à s’exprimer ?

Alors que les œuvres sont arrivées à Paris après leur passage à Marseille, Muhanna, lui, est resté derrière, dans cette bande de Gaza encerclée par Israël, qui impose à ses habitants un blocus sans fin.

La soirée de présentation s’est tenue en présence de plusieurs personnalités : Chawki Abdelamir, directeur général de l’Institut du monde arabe, Audrey Pulvar, adjointe à la maire de Paris, Antoine Renard, directeur du Programme alimentaire mondial, et Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie.

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Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie. (Photo Arlette Khouri)
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Muhanna, pour qui l’art est devenu un ultime refuge, a dû s’exprimer en duplex depuis Gaza, s’interrogeant sur ce que l’art peut encore face à la haine et à la destruction.

Dans un monde où tout vacille, où la mort peut surgir à chaque instant, dessiner, peindre et raconter sans chercher à embellir devient une manière de dire : « Nous sommes encore là. »

Visiblement touchée par ces bouts de carton qui racontent la vie d’un peuple, Éléonore Caroit a déclaré à Arab News en français que les œuvres de Muhanna rendent la guerre à Gaza plus concrète et plus humaine. Elles montrent les visages et la souffrance des civils au-delà des chiffres et des images relayés par les médias.

Caroit souligne que, malgré l’aide apportée par la France, notamment sur le plan alimentaire, celle-ci reste insuffisante face à l’ampleur de la crise. Selon elle, les œuvres exposées permettent de contrer les manipulations et de transmettre une vérité essentielle : les populations souffrent et le conflit doit cesser.