Pourquoi la Turquie complique l'adhésion de la Suède et la Finlande à l'Otan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d'une réunion de groupe à la Grande Assemblée nationale turque (TGNA) à Ankara, le 18 mai 2022. (Photo, AFP)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d'une réunion de groupe à la Grande Assemblée nationale turque (TGNA) à Ankara, le 18 mai 2022. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 18 mai 2022

Pourquoi la Turquie complique l'adhésion de la Suède et la Finlande à l'Otan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d'une réunion de groupe à la Grande Assemblée nationale turque (TGNA) à Ankara, le 18 mai 2022. (Photo, AFP)
  • La Turquie peut-elle bloquer l'entrée de la Suède et de la Finlande? 
  • L'unanimité est nécessaire pour entamer les discussions d'adhésion dans l'Otan et chaque pays membre doit aussi ratifier l'accord au niveau parlementaire, donnant de fait un droit de veto à chacun des 30 membres actuels

STOCKHOLM: L'opposition de la Turquie à l'adhésion de la Suède et de la Finlande à l'Otan devrait pouvoir se régler avec un mélange de concessions et de pressions sur Ankara, selon des analystes, mais l'hypothèse d'un blocage complet ne peut être exclue. 

La Turquie peut-elle bloquer l'entrée de la Suède et de la Finlande? 

L'unanimité est nécessaire pour entamer les discussions d'adhésion dans l'Otan et chaque pays membre doit aussi ratifier l'accord au niveau parlementaire, donnant de fait un droit de veto à chacun des 30 membres actuels. 

Membre de l'Otan depuis les premières années de l'organisation (1952), la Turquie peut donc en théorie bloquer l'entrée des deux pays nordiques.  

Après avoir affirmé mardi qu'il ne « céderait pas », son président Recep Tayyip Erdogan a appelé mercredi les membres de l'Otan à « entendre » ses « inquiétudes ».  

Réunis à Bruxelles mercredi matin à l'occasion de la remise officielle des candidatures suédoise et finlandaises, les ambassadeurs des pays de l'alliance n'ont pas réussi à s'accorder sur le lancemement immédiat des discussions d'adhésion, du fait de l'opposition turque. 

De nombreux bras de fer de ce type ont opposé la Turquie et l'Occident ces dernières années, et Ankara n'en est pas toujours sorti vainqueur, rappellent les analystes. 

Pour Paul Levin, directeur de l'Institut des études turques à l'université de Stockholm, il est toutefois probable qu'un accord soit trouvé. 

« Dans un dossier aussi stratégique, je mise sur le fait que la Suède fera des concessions et que d'autres pays de l'Otan contribueront en mettant de la pression sur la Turquie et en leur donnant quelques carottes », dit-il. 

Mais un blocage complet « ne peut pas être exclu, notamment parce que la question du PKK est tellement sensible pour tant de Turcs », selon lui. 

Qu'est ce qui pose problème à la Turquie? 

Avec surtout la Suède dans le viseur, les critiques turques se concentrent sur l'attitude des deux pays sur la question des groupes kurdes. Principalement le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), mais aussi des mouvements armés kurdes en Syrie combattus par la Turquie. 

Considéré comme « une organisation terroriste » par Ankara, le PKK l'est aussi par un grand nombre de pays dont les Etats-Unis et l'Union européenne - Suède et Finlande comprises. 

Mais les lois antiterroristes suédoises ne sont pas aussi étendues qu'en Turquie, « elles sont mêmes à l'autre bout du spectre », note Paul Levin, directeur de l'Institut des études turques à l'université de Stockholm. 

« Par exemple, il n'est pas interdit d'être membre ou d'agiter un drapeau d'une organisation terroriste », souligne-t-il, ce qui permet l'organisation régulières de manifestations pro-PKK dans les rues de Stockholm. 

La Turquie reproche aux deux pays de rejeter ses demandes d'extradition de membres d'« organisations terroristes ». 

L'agacement turc sur le PKK s'est étendu ces dernières années à des signes de soutien suédois aux groupes armés kurdes en Syrie, comme la milice anti-Etat islamique des Unités de protection du peuple (YPG). 

Avec d'autres pays européens, les deux pays ont interdit les exportations d'armes vers la Turquie en octobre 2019, en représailles d'une offensive turque dans le nord de la Syrie. 

Ankara, qui reproche à Stockholm d'avoir été en pointe sur ces mesures, ne veut pas voir entrer dans l'Otan des pays ayant pris des »sanctions » contre la Turquie, selon M. Erdogan. 

Que veut Ankara? 

Outre le règlement des querelles avec la Suède sur les Kurdes, le président turc Erdogan peut espérer obtenir des contreparties d'armement américain voire soigner sa popularité intérieure ou adresser un signal favorable à la Russie, avec qui il entretient des rapports complexes, selon les analystes. 

« Erdogan est un dirigeant habitué aux transactions dans les liens de la Turquie avec l'Occident, et il essaie je pense de faire d'une pierre plusieurs coups, pas juste de forcer la Suède à bouger sur le PKK », analyse Soner Cagaptay, directeur des recherches sur la Turquie au Washington Institute.  

Le dossier de l'exportation d'avions de combat américains vers la Turquie est cité régulièrement comme une piste de solution. 

L'achat de missiles russes sol-air S-400 par la Turquie en 2019 avait entrainé son exclusion du programme du F-35 américain.  

Un déblocage pour ce fleuron de l'aviation américaine semble improbable mais des discussions ont eu lieu ces dernières semaines sur un accord d'exportation et de modernisation pour un avion de précédente génération, le F-16.  

Le Parlement américain doit toutefois donner son accord et ce qui pourrait être perçu comme un chantage risque d'agacer des élus à Washington, selon les analystes. 

« Je ne pense pas que le gouvernement turc puisse obtenir quelque chose de considérable à l’issue de ces négociations », estime Zeynep Gürcanli, éditorialiste au quotidien turc Dünya, selon qui Ankara agit « de façon maladroite » en multipliant les déclarations publiques. 

De nombreux bras de fer de ce type ont opposé la Turquie et l'Occident ces dernières années, et Ankara n'en est pas toujours sorti vainqueur. 

Dans les années 1990, le pays avait menacé de bloquer l'élargissement de l'Otan à des pays d'Europe de l'est, dans le but à l'époque de faire avancer sa candidature à l'Union européenne. 

En 2009, Ankara avait tenté d'empêcher le Danois Anders Fogh Rasmussen de prendre la tête de l'Otan. 

En 2019, dans un autre conflit lié notamment à la Libye et aux YPG kurdes, la Turquie avait cette fois obtenu des postes plus importants au sein de l'Otan. 


Nouvelle session de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington

Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
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  • Des représentants d’Israël et du Liban participent à une quatrième session de pourparlers directs à Washington, sous médiation américaine, malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays
  • Malgré les appels à l’apaisement, les combats entre Israël et le Hezbollah se poursuivent

WASHINGTON: Les ambassadeurs d'Israël et du Liban ont été reçus mardi au département d'Etat pour une nouvelle session de pourparlers directs, alors qu'Israël et le Hezbollah ont échangé des tirs après que Donald Trump a assuré que les deux camps lui avaient promis l'apaisement.

Cette quatrième rencontre entre les représentants des deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, a lieu au département d'Etat et doit durer deux jours.

Elle réunit les représentants israélien Yechiel Leiter et libanais Nada Hamadeh Moawad, ainsi que Daniel Holler, un haut conseiller du secrétaire d'Etat Marco Rubio, qui ne participe pas à cette session.

Aucun des participants n'a fait de déclarations.

Le président américain a indiqué lundi soir sur son réseau Truth Social que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'était engagé à ne pas envoyer de troupes à Beyrouth et que le Hezbollah allait "cesser totalement le feu".

Mais les combats qui opposent l'armée israélienne et le Hezbollah depuis le 2 mars, se sont poursuivis malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril et qui avait été prolongé une fois à l'issue de ces pourparlers, les premiers depuis des décennies.

Des frappes israéliennes lundi soir ont fait au moins six morts dans le sud du pays, portant à 13 le bilan global pour la journée, selon des sources libanaises. Et le Hezbollah a revendiqué mardi une attaque à la roquette contre un char israélien à Hadatha dans la région, disant y lutter contre "l'avancée des forces israéliennes".


Israël dit avoir obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth si le Hezbollah attaque ses localités

Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
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  • Le ministre de la Défense israélien Israël Katz affirme qu’Israël aurait obtenu l’aval des États-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh), bastion du Hezbollah, en cas d’attaques contre le nord d’Israël
  • Il expose une logique de dissuasion : si les tirs continuent, Israël dit qu’il ciblerait Dahiyeh, en liant le sort de cette zone aux attaques subies par les localités israéliennes

JERUSALEM: Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a affirmé mardi que son pays avait obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, en cas d'attaque du groupe pro-iranien sur son sol, selon un communiqué de son bureau.

"Le Premier ministre et moi-même avons mené, avec l'armée israélienne, une démarche visant à établir une équation selon laquelle le sort de Dahiyeh (la banlieue sud, ndlr) à Beyrouth serait lié à celui des localités du nord d'Israël. Si les localités israéliennes continuent d'être attaquées, nous évacuerons et frapperons le quartier chiite de Dahiyeh à Beyrouth, bastion du Hezbollah", a dit M. Katz.

"Les Etats-Unis ont validé ce principe et l'ont communiqué au gouvernement libanais ainsi qu'à toutes les parties concernées (...) Soit les tirs contre les localités cessent, soit, s'ils se poursuivent, nous frapperons Dahiyeh à Beyrouth", a poursuivi le ministre.


Paris s’inquiète des évolutions au Liban et tente un déblocage

Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
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  • La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants
  • Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention international

PARIS: Soucieuse des évolutions alarmantes de la situation au Liban, Paris a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité, alors que l’envoyé spécial du président français, Jean-Yves Le Drian, doit se rendre à Beyrouth demain mercredi.

La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants, notamment les centaines de milliers de déplacés disséminés à travers le territoire au gré des ordres d’évacuation israéliens.

Derrière cette initiative, une question centrale se pose : à quoi peut encore servir une réunion d’urgence à l’ONU dans un contexte où les rapports de force semblent verrouillés ?

Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention internationale, alors que les regards sont largement tournés vers l’Iran.

Il est clair, pour la diplomatie française, que la situation a franchi un seuil critique ces derniers jours. D’autant que, déjà fragile, le cessez-le-feu apparaît désormais vidé de sa substance.

Les frappes se poursuivent, les menaces israéliennes s’intensifient, y compris contre Beyrouth, et les conditions minimales d’un dialogue crédible semblent s’effondrer.

Canal de discussion entre le Liban et Israël

On ne peut même plus parler de cessez-le-feu, reconnaît-on en substance du côté français, et cette dégradation inquiète d’autant plus qu’elle intervient au moment où un canal de discussion s’est ouvert entre le Liban et Israël sous médiation américaine.

Un choix jugé courageux par la diplomatie française, mais qui place Beyrouth dans une position extrêmement délicate car, faute de réciprocité sur le terrain, ces négociations risquent de perdre toute crédibilité.

Paris insiste sur ce point : si l’on veut que les autorités libanaises puissent avancer dans ces discussions, encore faut-il leur en laisser la possibilité. Or, l’intensification des opérations militaires israéliennes réduit cet espace politique à néant.

Pire encore, elle pourrait renforcer les acteurs que ces négociations cherchent précisément à contenir, au premier rang desquels figure le Hezbollah.

Dans cette équation, la France tente de défendre une approche pragmatique. Elle continue de rappeler la responsabilité du Hezbollah dans l’engrenage du conflit, tout en soulignant que la stratégie actuelle d’Israël est contre-productive, estimant que, s’il fallait saboter les discussions, on ne s’y prendrait pas autrement.

Dès lors, la priorité affichée est le rétablissement d’un cessez-le-feu « robuste », condition indispensable à toute avancée politique, ainsi que la réactivation et l’amélioration du mécanisme mis en place fin 2024, aujourd’hui largement inopérant.

Paris insiste sur le fait que, sans cadre crédible de vérification et de désescalade, les initiatives diplomatiques risquent de rester lettre morte.

Mais au-delà de l’urgence immédiate, la France travaille sur une stratégie de plus long terme qui repose notamment sur un renforcement de l’État libanais, à commencer par son armée. L’objectif est d’aider le Liban à retrouver progressivement sa souveraineté en limitant l’influence des acteurs armés non étatiques.

Cela passe par un soutien accru — financier, logistique mais aussi politique — aux forces armées libanaises, sans pour autant leur demander une confrontation directe avec le Hezbollah, jugée irréaliste dans le contexte actuel. Il s’agit plutôt de renforcer leur présence sur le terrain, de contrôler les flux logistiques et financiers et de sécuriser des zones clés, notamment la frontière avec la Syrie.

Sur ce dernier point, Paris voit un levier important car, contrairement aux années précédentes, un certain niveau de coopération avec les autorités syriennes semble possible, ouvrant la voie à un meilleur contrôle des flux qui alimentent le Hezbollah.

Autre chantier majeur du point de vue français : l’avenir de la présence internationale au Liban. Le retrait annoncé de la FINUL d’ici à la fin de l’année suscite de vives inquiétudes.

Les leviers de la France demeurent limités

La France estime qu’un tel vide sécuritaire serait dangereux et plaide donc pour une réflexion rapide sur un nouveau dispositif, potentiellement plus adapté aux réalités actuelles.

Cette approche s’inscrit dans une volonté plus large consistant à remobiliser les partenaires internationaux. À ce propos, Paris travaille étroitement avec plusieurs pays de la région, notamment l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar, ainsi qu’avec certains partenaires européens, afin de tenter de recréer une dynamique collective autour du Liban.

Reste toutefois une réalité difficile à contourner : les leviers de la France demeurent limités face au rôle central des États-Unis dans la médiation. La diplomatie française s’efforce néanmoins de peser indirectement en multipliant les échanges avec Washington et en délivrant un message constant : sans cessez-le-feu, aucune avancée durable n’est possible.

Par ailleurs, Paris explore d’autres pistes de pression, notamment au niveau européen. Le débat sur l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël pourrait ainsi évoluer sous l’effet conjugué des situations à Gaza, en Cisjordanie et désormais au Liban.

Enfin, la mission de l’envoyé spécial Jean-Yves Le Drian à Beyrouth revêt une dimension politique essentielle puisque, au-delà du soutien affiché, il s’agira pour lui de dialoguer avec l’ensemble des forces politiques libanaises afin de favoriser un minimum de cohésion interne.

Un enjeu jugé crucial par la diplomatie française dans un pays profondément fragmenté, où les divisions communautaires affaiblissent toute stratégie nationale.