L'opposition d’Ankara à l'élargissement de l'Otan aux pays nordiques alimente la polémique

L'Otan a averti à plusieurs reprises la Turquie que le système russe de défense antimissile S-400 est incompatible avec d'autres systèmes d'armes de l'Otan (Photo, AFP).
L'Otan a averti à plusieurs reprises la Turquie que le système russe de défense antimissile S-400 est incompatible avec d'autres systèmes d'armes de l'Otan (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 20 mai 2022

L'opposition d’Ankara à l'élargissement de l'Otan aux pays nordiques alimente la polémique

  • Ankara accuse la Finlande et la Suède d'abriter des groupes terroristes
  • La préoccupation personnelle d'Erdogan est de rester au pouvoir avant les élections de 2023, dans un contexte économique difficile, explique un analyste à Arab News

ANKARA: L'opposition de la Turquie à la décision de l'Otan d'ouvrir des pourparlers d'adhésion avec la Finlande et la Suède a suscité un débat sur les concessions qu'Ankara pourrait faire pour obtenir le feu vert à l'adhésion des deux pays scandinaves, qui est considérée comme le plus grand changement dans l'architecture de sécurité européenne depuis des décennies.

Tout pays souhaitant adhérer à l'Otan doit obtenir l'approbation consensuelle de ses 30 membres. Le prochain sommet de l'Otan, qui se tiendra à Madrid, aura lieu fin juin.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, insiste sur le fait qu'Ankara, membre de l'Otan depuis 1952 et possédant la deuxième plus grande armée de l'alliance, ne soutient pas l'adhésion de la Finlande et de la Suède, accusant ces deux pays d'abriter des groupes terroristes. 

La Turquie a informé ses alliés qu'elle refuserait les candidatures de la Suède et de la Finlande à l'Otan, a déclaré Erdogan dans une vidéo publiée jeudi sur son compte Twitter.

«Cette décision, qui a refroidi l’enthousiasme lié aux attentes concernant l'adhésion “historique” de la Finlande et de la Suède à l'alliance militaire, n'était pas vraiment une surprise», a déclaré Paul Levin, directeur de l'Institut d'études turques de l'université de Stockholm.

La Turquie critique depuis longtemps la politique suédoise consistant à fermer les yeux sur la présence sur son sol du Parti des travailleurs du Kurdistan, pourtant classé comme groupe terroriste par les États-Unis et l'Union européenne. 

Cependant, pour Levin, ce qu'Erdogan veut en retour a plusieurs interprétations possibles.

«La politique de la Suède contre le PKK et sa filiale kurde syrienne des YPG dans le nord de la Syrie a longtemps été un sujet de préoccupation non seulement pour le gouvernement au pouvoir en Turquie, mais aussi pour l'établissement de la sécurité nationale. À cet égard, le désaccord sur cette question critique est un sentiment largement partagé», a-t-il déclaré à Arab News.

La Finlande et la Suède ont imposé des embargos sur les armes depuis 2019 à cause de l'opération transfrontalière de la Turquie en Syrie contre les militants kurdes syriens. Les contacts entre de hauts responsables suédois et des dirigeants des YPG ont été condamnés par Ankara.

Mais, pour Levin, il y a toujours une dimension de politique intérieure derrière de telles décisions en Turquie.

«La préoccupation personnelle d'Erdogan est de rester au pouvoir avant les élections imminentes de 2023, dans un contexte économique difficile», a-t-il expliqué.

«Jouer la carte de la fermeté avec l'Occident est susceptible de plaire à un public national et de consolider un soutien public plus fort qui a besoin de motivations nationalistes.»

Toutefois, Levin n'est pas convaincu que l'opposition de la Turquie à l'élargissement de l'Otan persuadera Washington d'approuver la demande faite par Ankara en octobre d'acheter 40 avions de chasse F-16 Lockheed Martin et environ 80 kits de modernisation pour ses avions de guerre actuels, ce que les États-Unis se sont jusqu'à présent abstenus de faire.

«La présence du système de défense S-400 de fabrication russe sur le sol turc rend l'acquisition de l'avion F-35 impossible en raison des problèmes d'interopérabilité. Je ne suis pas sûr que le Congrès américain puisse également approuver la vente d'autres kits de modernisation, car cela peut être considéré comme une concession au chantage de la Turquie», a-t-il précisé.

Mercredi, le ministre suédois de la Défense, Peter Hultqvist, a rencontré son homologue américain, Lloyd Austin, à Washington, tandis que le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a rencontré son homologue américain, Antony Blinken, à New York.

Cavusoglu s'est également entretenu récemment avec ses homologues suédois et finlandais à Berlin.

«Des négociations sont en cours pour parvenir à une résolution diplomatique», a assuré Levin.

«Mais, je ne m'attends pas à ce que la Suède fasse des concessions publiques sur les droits de l'homme qui pourraient mettre les sociaux-démocrates au pouvoir dans une impasse avant les élections législatives de septembre.»

La Suède compte actuellement six députés kurdes en exercice.

«Abandonner la cause kurde en extradant 33 personnes accusées de terrorisme en Turquie ne jouera pas en faveur du gouvernement suédois, car le pays accueille une vaste diaspora kurde», a ajouté Levin. 

La Turquie souhaite que le duo nordique cesse de soutenir les groupes militants kurdes sur son sol, qu'il s'abstienne d'avoir des contacts avec les membres du PKK et qu'il lève l'interdiction de vendre des armes à la Turquie.  

Pour Karol Wasilewski, directeur de des analyses exploitables à l'agence NEOŚwiat basée à Varsovie, Ankara veut montrer à ses alliés de l'Otan qu'elle est tout à fait sérieuse lorsqu'elle affirme que ses intérêts en matière de sécurité, notamment sa sensibilité à l'égard des questions liées au PKK et aux YPG, doivent être respectés.

«Depuis longtemps, et non sans raison, la Turquie a le sentiment que l'approche de ses alliés vis-à-vis de ses intérêts sécuritaires ne correspond pas à la contribution du pays à la sécurité de l'alliance», a-t-il déclaré à Arab News.

Mais Wasilewski croit que le problème sera résolu par des négociations entre la Turquie, la Suède et la Finlande, avec le soutien des États-Unis et du secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg.

«Peut-être que la déclaration d'Erdogan selon laquelle Ankara ne peut pas accepter l'adhésion des pays qui sanctionnent la Turquie était un signal de la zone où le compromis pourrait être fait», a estimé Wasilewski.

«Il est certain que la Turquie mènerait des négociations tendues, mais j’ai beaucoup de mal à imaginer que cela se traduise par un veto dur.

 «Ankara est parfaitement consciente des avantages qu'apporterait l'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'Otan et du fait que le blocage de l'élargissement entraînerait une pression considérable de la part des autres pays membres. La Turquie ne peut tout simplement pas se permettre une forte réaction de l'Occident», a ajouté Wasilewski.

Soner Cagaptay, directeur du programme de recherche sur la Turquie au Washington Institute, pense que la principale objection de la Turquie à l'expansion nordique de l'Otan trouve son origine dans les réseaux de collecte de fonds du PKK existant en Suède, et dans les relations publiques de la Suède avec les responsables des YPG.

«Suite à des conversations à huis clos, la Suède pourrait prendre des mesures dans le but de satisfaire les sensibilités de la Turquie», a-t-il révélé à Arab News.

Stoltenberg a également précisé que les préoccupations de la Turquie seront traitées de manière à ne pas retarder le processus d'adhésion.

Cagaptay pense qu'il y a plusieurs explications à la rhétorique dure d'Erdogan sur l'élargissement de l'Otan.

«Erdogan a décidé de faire monter les enchères pour embarrasser publiquement Stockholm afin d'obtenir des mesures concrètes», a avisé Cagaptay.

 «Il y a aussi un angle russe, où un veto au sein de l'Otan contre l'expansion nordique rendrait le président russe, Vladimir Poutine, extrêmement heureux», a-t-il ajouté.

«Du côté américain, Erdogan signale également que son objection à l'élargissement de l'Otan pourrait être levée si Biden persuade le sénateur Bob Menendez de lever ses objections aux exportations de défenses turques», a indiqué Cagaptay.

Washington poursuit leur diplomatie active pour répondre aux objections d’Ankara, comme l'a déclaré mercredi le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan.

«Les préoccupations de la Turquie peuvent être prises en compte. La Finlande et la Suède travaillent directement avec la Turquie. Mais nous parlons aussi aux Turcs afin d’essayer de faciliter les choses», a-t-il précisé.

Selon Cagaptay, cette dernière crise, outre le fait qu'elle montre qu’Ankara s'apparente à un allié russe au sein de l'Otan, a aidé Erdogan à projeter à nouveau son image d'homme fort mondial sur le plan intérieur.

Cagaptay a ainsi soutenu qu’«au bout du compte, il écrira le récit de la guerre politique qu'il a menée contre l'Europe, et sortira vainqueur de ce combat.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Bahreïn et le Koweït affirment avoir contré des attaques iraniennes

Bahreïn et le Koweït ont affirmé jeudi avoir contré des attaques iraniennes, après de nouvelles frappes américaines contre l'Iran. (AFP)
Bahreïn et le Koweït ont affirmé jeudi avoir contré des attaques iraniennes, après de nouvelles frappes américaines contre l'Iran. (AFP)
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  • "L'Iran poursuit sa politique hostile systématique à travers ses attaques criminelles visant les civils", a déclaré l'armée bahreïnie dans un communiqué, en affirmant avoir " intercepté et détruit plusieurs attaques aériennes"
  • Des sirènes d'alerte aérienne ont retenti dans la nuit de mercredi à jeudi à Manama, la capitale du royaume, où des explosions ont été entendues

MANAMA: Bahreïn et le Koweït ont affirmé jeudi avoir contré des attaques iraniennes, après de nouvelles frappes américaines contre l'Iran.

"L'Iran poursuit sa politique hostile systématique à travers ses attaques criminelles visant les civils", a déclaré l'armée bahreïnie dans un communiqué, en affirmant avoir " intercepté et détruit plusieurs attaques aériennes".

Des sirènes d'alerte aérienne ont retenti dans la nuit de mercredi à jeudi à Manama, la capitale du royaume, où des explosions ont été entendues, a rapporté une journaliste de l'AFP.

L'état-major koweïtien a également indiqué dans la nuit avoir répondu à "des attaques hostiles de drones" iraniens. Il a précisé que les explosions entendues étaient le résultat d'interceptions aériennes.

Les forces iraniennes ont annoncé avoir visé "des systèmes de radar, un système de défense antiaérienne Patriot et des sites de stockage de carburant" sur la base aérienne Ali al-Salem  au Koweït, ainsi que des installations militaires américaines sur la base aérienne de Cheikh Isa à Bahreïn.

Téhéran mène des attaques quasi quotidiennes dans ces deux pays du Golfe depuis la reprise des hostilités le 7 juillet avec les Etats-Unis, en disant cibler des intérêts militaires américains.

Les autorités bahreïnie et koweïtienne accusent toutefois leur voisin de viser aussi des sites civils.

Dimanche, le Koweït a affirmé que trois postes-frontières et une plateforme pétrolière offshore avaient été ciblés, sans préciser leur origine.

La confrontation a repris après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent au Moyen-Orient depuis le cessez-le-feu du 8 avril.


La Syrie dit avoir saisi des armes en provenance d'Irak destinées au Hezbollah

"Les unités spécialisées ont déjoué une tentative d'introduction d'une cargaison d'armes sophistiquées et de missiles via la frontière syro-irakienne", a indiqué une source du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence officielle Sana. (AFP)
"Les unités spécialisées ont déjoué une tentative d'introduction d'une cargaison d'armes sophistiquées et de missiles via la frontière syro-irakienne", a indiqué une source du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence officielle Sana. (AFP)
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  • Le pouvoir syrien est hostile au Hezbollah, allié du président déchu Bachar al-Assad
  • Il a annoncé à plusieurs reprises avoir saisi des armes destinées au mouvement pro-iranien près de la frontière libanaise, mais c'est la première fois qu'il mentionne la frontière avec l'Irak

DAMAS: La Syrie a annoncé jeudi avoir déjoué une tentative de faire passer des armes destinées au Hezbollah pro-iranien au Liban, dont des missiles, via sa frontière avec l'Irak.

"Les unités spécialisées ont déjoué une tentative d'introduction d'une cargaison d'armes sophistiquées et de missiles via la frontière syro-irakienne", a indiqué une source du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence officielle Sana.

"Les premières investigations ont établi que la cargaison était destinée à transiter par la Syrie au profit de la milice terroriste du Hezbollah", a ajouté cette source.

Le pouvoir syrien est hostile au Hezbollah, allié du président déchu Bachar al-Assad.

Il a annoncé à plusieurs reprises avoir saisi des armes destinées au mouvement pro-iranien près de la frontière libanaise, mais c'est la première fois qu'il mentionne la frontière avec l'Irak.

Cette annonce intervient alors que le président américain Donald Trump met la pression sur la Syrie pour qu'elle intervienne au Liban contre le Hezbollah.

Depuis qu'une coalition islamiste a pris le pouvoir en Syrie en 2024, les autorités ont affirmé avoir démantelé des cellules liées à la formation pro-iranienne qui préparaient des attentats en Syrie, mais le Hezbollah a toujours démenti.

Le groupe est affaibli par la nouvelle guerre qu'il a menée contre Israël depuis mars pour soutenir l'Iran.

Le président syrien Ahmad al-Chareh dit refuser d'intervenir militairement au Liban contre le Hezbollah, comme l'a suggéré à plusieurs reprises Donald Trump.


Israël confirme au Pentagone vouloir rester dans des «zones de sécurité» au Liban, en Syrie et à Gaza

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a exprimé dans la nuit de jeudi à vendredi à son homologue américain Pete Hegseth la "détermination d'Israël" à maintenir ses forces déployées dans des "zones de sécurité" établies au Liban, en Syrie et dans la bande de Gaza. (AFP)
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a exprimé dans la nuit de jeudi à vendredi à son homologue américain Pete Hegseth la "détermination d'Israël" à maintenir ses forces déployées dans des "zones de sécurité" établies au Liban, en Syrie et dans la bande de Gaza. (AFP)
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  • Les dirigeants israéliens évoquent régulièrement ces "zones de sécurité" dont les contours restent flous mais que les autorités israéliennes placent le long des frontières israéliennes
  • Le bureau de M. Katz a indiqué avoir fait part à son homologue américain de "la détermination d'Israël à rester dans les zones de sécurité en Syrie, à Gaza et au Liban afin de protéger les frontières d'Israël"

JERUSALEM: Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a exprimé dans la nuit de jeudi à vendredi à son homologue américain Pete Hegseth la "détermination d'Israël" à maintenir ses forces déployées dans des "zones de sécurité" établies au Liban, en Syrie et dans la bande de Gaza.

Cette déclaration intervient alors que les Etats-Unis ont annoncé que les négociations menées mardi et mercredi à Rome entre Israël et le Liban avaient été "positives" et que le processus de mise en œuvre de "zones pilotes", d'où les troupes israéliennes doivent se retirer, commencerait "dans les prochains jours".

Le président américain Donald Trump avait demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de retirer les forces israéliennes de Syrie et du Liban, selon un article publié mardi par le média américain Axios.

Les dirigeants israéliens évoquent régulièrement ces "zones de sécurité" dont les contours restent flous mais que les autorités israéliennes placent le long des frontières israéliennes.

Dans un communiqué, le bureau de M. Katz a indiqué avoir fait part à son homologue américain de "la détermination d'Israël à rester dans les zones de sécurité en Syrie, à Gaza et au Liban afin de protéger les frontières d'Israël et les communautés situées près de la frontière contre les menaces que représentent les forces jihadistes".

"Nous n'avons jamais demandé aux Etats-Unis d'opérer à notre place le long de nos frontières", ajoute le communiqué du cabinet de M. Katz.

Au Liban et à Gaza, les forces israéliennes sont présentes sur le terrain, où elles mènent quotidiennement des opérations contre le Hezbollah et le Hamas.

Au Liban, les forces israéliennes restent déployées dans ce que l'armée décrit comme une "zone de sécurité" s'étendant sur environ 10 kilomètres à l'intérieur du territoire libanais et poursuit des frappes limitées dans le sud.

A Gaza, l'armée israélienne contrôle 60% du territoire. Elle est notamment présente sur l'ensemble du périmètre extérieur du territoire palestinien, le long des frontières entre Israël et l'Egypte.

Après le renversement, en décembre 2024, de Bachar al-Assad, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon surveillée par l'ONU qui séparait les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan.

Depuis lors, Israël a mené des incursions répétées sur le territoire syrien, ainsi que des bombardements, et a déclaré vouloir instaurer une zone démilitarisée dans le sud de ce pays.