Les membres du Fatah indignés après la défaite du mouvement aux élections de l’université de Beir Zeit

Des Palestiniens participent à un rassemblement pour célébrer la victoire du Hamas aux élections du conseil des étudiants de l’université de Beir Zeit, près de Ramallah, en Cisjordanie occupée par Israël, le 19 mai 2022. (Reuters)
Des Palestiniens participent à un rassemblement pour célébrer la victoire du Hamas aux élections du conseil des étudiants de l’université de Beir Zeit, près de Ramallah, en Cisjordanie occupée par Israël, le 19 mai 2022. (Reuters)
Short Url
Publié le Vendredi 20 mai 2022

Les membres du Fatah indignés après la défaite du mouvement aux élections de l’université de Beir Zeit

  • Au lendemain de la défaite – l’une des plus cuisantes du parti –, le Fatah a déclaré qu’il formerait un comité pour en déterminer les raisons et en tirer des leçons
  • Le Fatah a mené la lutte palestinienne depuis son lancement, en 1965, et il représente le parti au pouvoir depuis la création de l’Autorité palestinienne, en 1994

RAMALLAH: Les membres et les partisans du mouvement Fatah, affilié au président palestinien, Mahmoud Abbas, ont été à la fois bouleversés et indignés par la défaite écrasante du bloc soutenu par le mouvement lors des élections du conseil étudiant de l’université de Beir Zeit qui se sont tenues cette semaine.
Au lendemain de la défaite – l’une des plus cuisantes du parti –, le Fatah a déclaré qu’il formerait un comité pour en déterminer les raisons et en tirer des leçons.
Les rivaux du bloc Fatah, un groupe militant lié au Hamas, ont remporté mercredi une victoire écrasante lors des élections étudiantes de cette université phare de Cisjordanie. Selon certains observateurs, ce résultat pourrait marquer un changement au niveau de l’opinion publique palestinienne.
Il s’agirait de l’un des revers les plus importants essuyés par le Fatah depuis sa défaite face au Hamas lors des élections législatives de 2005.
Le Fatah a mené la lutte palestinienne depuis son lancement, en 1965, et il représente le parti au pouvoir depuis la création de l’Autorité palestinienne, en 1994.
Cependant, le bloc Fatah a obtenu le plus faible nombre de voix et de sièges depuis le début des élections universitaires, en 1996, poussant le chef du mouvement Fatah à Ramallah et à Al-Beireh, Muwafaq Suhwail, à présenter sa démission.
D’autres membres de la direction du Fatah à Ramallah devraient démissionner dans les prochains jours, alors qu’une enquête sur la défaite a été ordonnée.
M. Suhwail a en effet appelé à ce que le résultat des élections soit analysé. Il a affirmé que le mouvement regorgeait de «mercenaires» et d’«intrus».
Le Hamas, quant à lui, rapporte que sa victoire envoie «un message à l’Autorité palestinienne» selon lequel «la coordination en matière de sécurité ne permettra pas au peuple palestinien de recouvrer ses droits».
Le groupe indique que «le large soutien dont il bénéficie confirme qu’il est devenu le leader du projet national et que la résistance est désormais le choix du peuple palestinien».
La défaite du Fatah découragera l’Autorité palestinienne d’organiser des élections législatives ou présidentielles sous quelque forme que ce soit. Les dernières élections législatives avaient été programmées au début de l’année 2005.
Le bloc islamique du Hamas, Al-Wafaa, a remporté haut la main les élections de l’université de Beir Zeit, soit vingt-huit sièges au conseil étudiant. C’est la première fois que ses candidats prennent le contrôle de l’établissement. Le mouvement Fatah n’a, lui, remporté que dix-huit sièges.
Le Fatah essaierait de prendre ses distances vis-à-vis de l’Autorité palestinienne.
Cependant, les partisans du mouvement attribuent la perte des élections aux erreurs de l’Autorité palestinienne ainsi qu’à ses politiques relatives à Israël et aux citoyens palestiniens.
Dans une publication en ligne, l’ancien ministre du Hamas Mohammed al-Barghouti écrit: «Il n’est plus du tout pertinent d’essayer de convaincre les gens, en particulier les étudiants à l’université, que l’Autorité palestinienne et le mouvement Fatah sont deux entités distinctes, notamment depuis que le chef du mouvement Fatah – le président de l’Autorité palestinienne – et le chef de l’Organisation de libération de la Palestine sont une seule et même personne.»
M. Al-Barghouti affirme: «C’est le mouvement Fatah qui paie le prix de tous les aspects négatifs et des infortunes de l’Autorité palestinienne.»
En revanche, il soutient que «tous les privilèges et les avantages de l’Autorité palestinienne vont à quelques bénéficiaires; la plupart d’entre eux ne sont pas issus du mouvement Fatah et n’ont jamais fait partie de ses cadres».
Le Fatah doit prendre des décisions audacieuses et développer une structure bien élaborée s’il veut restaurer son image et renforcer la confiance, poursuit-il.
L’un des dirigeants du mouvement Fatah en Cisjordanie, Walid Assaf, ancien chef de la Commission de la résistance contre le mur et la colonisation, écrit quant à lui: «Si l’on tient ceux qui réussissent pour responsables et que l’on récompense les échecs, le Fatah et le projet national paieront un lourd tribut.»
Ahmed Ghuneim, un dirigeant éminent du Fatah à Jérusalem-Est, déclare à Arab News: «Le Fatah ne peut continuer ainsi. Il est temps de prendre une décision déterminante et courageuse pour arrêter cet effondrement. Le comité central doit absolument porter la responsabilité de la faiblesse du Fatah.»
Il ajoute: «Nous, au Fatah, payons le prix des décisions ratées au niveau de la performance politique, gouvernementale, organisationnelle et économique de l’Autorité palestinienne et de ses dirigeants. Ces dirigeants savent pertinemment que c’est un problème, mais ils veulent à tout prix rester au pouvoir et nous mènent ainsi de défaite en défaite.»
Cependant, le lieutenant-général Jibril Rajoub, secrétaire général du comité central du Fatah, explique à Arab News que le comité se réunira samedi pour déterminer les causes de la défaite et prendre les décisions nécessaires.
«Notre expérience avec ces dirigeants prouve qu’ils n’évaluent aucune perte. Si jamais cela se produit, ils ne prennent pas les mesures adéquates, mais préfèrent rejeter la faute sur les personnes qui occupent des postes inférieurs au sein du mouvement.»
Nasser al-Qidwa est un ancien ministre palestinien des Affaires étrangères renvoyé du Fatah par Mahmoud Abbas après avoir critiqué la politique du chef de l’Autorité palestinienne. De son domicile, situé en France, il confie à Arab News: «Voter pour le Hamas ne signifie pas nécessairement soutenir sa politique, mais plutôt punir le Fatah, qui le mérite, parce qu’il a commis suffisamment d’erreurs pour retourner l’opinion publique palestinienne contre lui.»
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Nouvelle session de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington

Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
Short Url
  • Des représentants d’Israël et du Liban participent à une quatrième session de pourparlers directs à Washington, sous médiation américaine, malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays
  • Malgré les appels à l’apaisement, les combats entre Israël et le Hezbollah se poursuivent

WASHINGTON: Les ambassadeurs d'Israël et du Liban ont été reçus mardi au département d'Etat pour une nouvelle session de pourparlers directs, alors qu'Israël et le Hezbollah ont échangé des tirs après que Donald Trump a assuré que les deux camps lui avaient promis l'apaisement.

Cette quatrième rencontre entre les représentants des deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, a lieu au département d'Etat et doit durer deux jours.

Elle réunit les représentants israélien Yechiel Leiter et libanais Nada Hamadeh Moawad, ainsi que Daniel Holler, un haut conseiller du secrétaire d'Etat Marco Rubio, qui ne participe pas à cette session.

Aucun des participants n'a fait de déclarations.

Le président américain a indiqué lundi soir sur son réseau Truth Social que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'était engagé à ne pas envoyer de troupes à Beyrouth et que le Hezbollah allait "cesser totalement le feu".

Mais les combats qui opposent l'armée israélienne et le Hezbollah depuis le 2 mars, se sont poursuivis malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril et qui avait été prolongé une fois à l'issue de ces pourparlers, les premiers depuis des décennies.

Des frappes israéliennes lundi soir ont fait au moins six morts dans le sud du pays, portant à 13 le bilan global pour la journée, selon des sources libanaises. Et le Hezbollah a revendiqué mardi une attaque à la roquette contre un char israélien à Hadatha dans la région, disant y lutter contre "l'avancée des forces israéliennes".


Israël dit avoir obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth si le Hezbollah attaque ses localités

Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
Short Url
  • Le ministre de la Défense israélien Israël Katz affirme qu’Israël aurait obtenu l’aval des États-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh), bastion du Hezbollah, en cas d’attaques contre le nord d’Israël
  • Il expose une logique de dissuasion : si les tirs continuent, Israël dit qu’il ciblerait Dahiyeh, en liant le sort de cette zone aux attaques subies par les localités israéliennes

JERUSALEM: Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a affirmé mardi que son pays avait obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, en cas d'attaque du groupe pro-iranien sur son sol, selon un communiqué de son bureau.

"Le Premier ministre et moi-même avons mené, avec l'armée israélienne, une démarche visant à établir une équation selon laquelle le sort de Dahiyeh (la banlieue sud, ndlr) à Beyrouth serait lié à celui des localités du nord d'Israël. Si les localités israéliennes continuent d'être attaquées, nous évacuerons et frapperons le quartier chiite de Dahiyeh à Beyrouth, bastion du Hezbollah", a dit M. Katz.

"Les Etats-Unis ont validé ce principe et l'ont communiqué au gouvernement libanais ainsi qu'à toutes les parties concernées (...) Soit les tirs contre les localités cessent, soit, s'ils se poursuivent, nous frapperons Dahiyeh à Beyrouth", a poursuivi le ministre.


Paris s’inquiète des évolutions au Liban et tente un déblocage

Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
Short Url
  • La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants
  • Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention international

PARIS: Soucieuse des évolutions alarmantes de la situation au Liban, Paris a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité, alors que l’envoyé spécial du président français, Jean-Yves Le Drian, doit se rendre à Beyrouth demain mercredi.

La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants, notamment les centaines de milliers de déplacés disséminés à travers le territoire au gré des ordres d’évacuation israéliens.

Derrière cette initiative, une question centrale se pose : à quoi peut encore servir une réunion d’urgence à l’ONU dans un contexte où les rapports de force semblent verrouillés ?

Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention internationale, alors que les regards sont largement tournés vers l’Iran.

Il est clair, pour la diplomatie française, que la situation a franchi un seuil critique ces derniers jours. D’autant que, déjà fragile, le cessez-le-feu apparaît désormais vidé de sa substance.

Les frappes se poursuivent, les menaces israéliennes s’intensifient, y compris contre Beyrouth, et les conditions minimales d’un dialogue crédible semblent s’effondrer.

Canal de discussion entre le Liban et Israël

On ne peut même plus parler de cessez-le-feu, reconnaît-on en substance du côté français, et cette dégradation inquiète d’autant plus qu’elle intervient au moment où un canal de discussion s’est ouvert entre le Liban et Israël sous médiation américaine.

Un choix jugé courageux par la diplomatie française, mais qui place Beyrouth dans une position extrêmement délicate car, faute de réciprocité sur le terrain, ces négociations risquent de perdre toute crédibilité.

Paris insiste sur ce point : si l’on veut que les autorités libanaises puissent avancer dans ces discussions, encore faut-il leur en laisser la possibilité. Or, l’intensification des opérations militaires israéliennes réduit cet espace politique à néant.

Pire encore, elle pourrait renforcer les acteurs que ces négociations cherchent précisément à contenir, au premier rang desquels figure le Hezbollah.

Dans cette équation, la France tente de défendre une approche pragmatique. Elle continue de rappeler la responsabilité du Hezbollah dans l’engrenage du conflit, tout en soulignant que la stratégie actuelle d’Israël est contre-productive, estimant que, s’il fallait saboter les discussions, on ne s’y prendrait pas autrement.

Dès lors, la priorité affichée est le rétablissement d’un cessez-le-feu « robuste », condition indispensable à toute avancée politique, ainsi que la réactivation et l’amélioration du mécanisme mis en place fin 2024, aujourd’hui largement inopérant.

Paris insiste sur le fait que, sans cadre crédible de vérification et de désescalade, les initiatives diplomatiques risquent de rester lettre morte.

Mais au-delà de l’urgence immédiate, la France travaille sur une stratégie de plus long terme qui repose notamment sur un renforcement de l’État libanais, à commencer par son armée. L’objectif est d’aider le Liban à retrouver progressivement sa souveraineté en limitant l’influence des acteurs armés non étatiques.

Cela passe par un soutien accru — financier, logistique mais aussi politique — aux forces armées libanaises, sans pour autant leur demander une confrontation directe avec le Hezbollah, jugée irréaliste dans le contexte actuel. Il s’agit plutôt de renforcer leur présence sur le terrain, de contrôler les flux logistiques et financiers et de sécuriser des zones clés, notamment la frontière avec la Syrie.

Sur ce dernier point, Paris voit un levier important car, contrairement aux années précédentes, un certain niveau de coopération avec les autorités syriennes semble possible, ouvrant la voie à un meilleur contrôle des flux qui alimentent le Hezbollah.

Autre chantier majeur du point de vue français : l’avenir de la présence internationale au Liban. Le retrait annoncé de la FINUL d’ici à la fin de l’année suscite de vives inquiétudes.

Les leviers de la France demeurent limités

La France estime qu’un tel vide sécuritaire serait dangereux et plaide donc pour une réflexion rapide sur un nouveau dispositif, potentiellement plus adapté aux réalités actuelles.

Cette approche s’inscrit dans une volonté plus large consistant à remobiliser les partenaires internationaux. À ce propos, Paris travaille étroitement avec plusieurs pays de la région, notamment l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar, ainsi qu’avec certains partenaires européens, afin de tenter de recréer une dynamique collective autour du Liban.

Reste toutefois une réalité difficile à contourner : les leviers de la France demeurent limités face au rôle central des États-Unis dans la médiation. La diplomatie française s’efforce néanmoins de peser indirectement en multipliant les échanges avec Washington et en délivrant un message constant : sans cessez-le-feu, aucune avancée durable n’est possible.

Par ailleurs, Paris explore d’autres pistes de pression, notamment au niveau européen. Le débat sur l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël pourrait ainsi évoluer sous l’effet conjugué des situations à Gaza, en Cisjordanie et désormais au Liban.

Enfin, la mission de l’envoyé spécial Jean-Yves Le Drian à Beyrouth revêt une dimension politique essentielle puisque, au-delà du soutien affiché, il s’agira pour lui de dialoguer avec l’ensemble des forces politiques libanaises afin de favoriser un minimum de cohésion interne.

Un enjeu jugé crucial par la diplomatie française dans un pays profondément fragmenté, où les divisions communautaires affaiblissent toute stratégie nationale.