Réfugiés ukrainiens, l'incarnation de la crise mondiale des déplacés de force

Le XXIe siècle verra un nombre croissant de personnes contraintes de fuir leur pays (Photo fournie).
Le XXIe siècle verra un nombre croissant de personnes contraintes de fuir leur pays (Photo fournie).
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Publié le Vendredi 01 juillet 2022

Réfugiés ukrainiens, l'incarnation de la crise mondiale des déplacés de force

  • D’après le rapport du HCR sur les tendances mondiales pour 2021, le nombre de personnes déplacées dans le monde a atteint 100 millions
  • L’Europe a volontiers accueilli 7 millions de réfugiés en provenance d’Ukraine tout en refusant des millions d’autres en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique

NEW YORK: Le mois dernier, les Nations unies ont célébré la Journée mondiale des réfugiés alors que le nombre de personnes qui ont été forcées de quitter leur foyer en raison de la guerre, de la persécution, de la violence et des violations des droits de l’homme s’élève désormais à plus de 100 millions.

Ce nombre est issu du rapport sur les tendances mondiales de l’agence des Nations unies pour les réfugiés, publié récemment.

Le rapport montre que cinq pays – la Syrie, le Venezuela, l’Afghanistan, le Sud-Soudan et le Myanmar – représentent plus des deux tiers des personnes déplacées dans le monde.

Les personnes contraintes de se déplacer à l’intérieur de leur propre pays – qualifiées de PDI – constituent la majorité des déplacés de force. La Syrie, le Yémen, l’Afghanistan, l’Éthiopie, la République du Congo et la Colombie, continuent d’accueillir les populations de PDI les plus importantes au monde.

Si les conflits actuels ne sont pas résolus et que l’on n'empêche pas l’éclatement de nouveaux conflits, le rapport des Nations unies prévient que le XXIe siècle verra un nombre croissant de personnes contraintes de fuir et leurs options devenir de plus en plus limitées.

La nature des mouvements de population sont devenus si complexes que les organismes d’aide se démènent pour trouver de nouveaux moyens de faire face à cet exode massif. Les gens fuient non seulement la violence, mais aussi les inégalités économiques, alors que l’écart de richesse continue de se creuser dans le monde.

La police anti-émeute détient un migrant lors d’affrontements près du camp de Moria, sur l’île de Lesbos, le 2 mars 2020 (Photo, AFP).

Les changements climatiques, les sécheresses, les inondations et les catastrophes naturelles qui en résultent ont provoqué des déplacements encore plus importants. La crise alimentaire exacerbée par la guerre en Ukraine risque maintenant de provoquer une nouvelle vague de déplacements.

«La nature de ces flux est désormais si compliquée que les réponses d’aide sont également compliquées, difficiles à organiser et à gérer, et exposées à la manipulation de politiciens sans scrupules qui diabolisent à la fois les flux et les réponses, prétendant qu’il est impossible d’accueillir des réfugiés, et que la véritable réponse est, comme nous l’entendons dans de nombreux endroits, de “fermer les frontières et de repousser les gens”», a annoncé Filippo Grandi, le haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, lors d’une récente conférence à laquelle Arab News a assisté.

Le nombre de personnes déplacées dans le monde a augmenté chaque année au cours de la dernière décennie, approchant les 90 millions à la fin de 2021, soit plus du double du chiffre de 2001. La plupart des réfugiés viennent de Syrie, du Venezuela et d’Afghanistan.

Ce nombre a également été propulse par les nouvelles vagues de violence et de conflits dans des pays comme l’Éthiopie, le Burkina Faso, le Nigeria et le Congo.

Un bateau transportant des migrants, secouru après avoir été bloqué dans le détroit de Gibraltar (Photo, AFP).

La guerre en Ukraine a entraîné le déplacement le plus rapide et l’un des plus importants depuis la Seconde Guerre mondiale. En quatre mois seulement, près de 7 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays, dépassant ainsi la crise syrienne qui, en douze ans, a déplacé plus de 6 millions de Syriens.

Grandi a salué la réponse humanitaire «assez extraordinaire» au conflit en Ukraine. Cependant, l’humanitaire italien, qui a commencé son rôle actuel au plus fort de la crise des réfugiés syriens en 2016, a déploré la différence de la réponse internationale entre les deux conflits.

«Si vous êtes bien financé en Ukraine, en Pologne ou dans l’UE, ce n’est pas le cas pour beaucoup d’autres situations. Nous avons l’Éthiopie depuis la fin de 2020 et tout au long de 2021. Nous avons eu la situation de l’Afghanistan durant l’été de l’année dernière», a indiqué Grandi, ajoutant que les crises en Syrie, au Soudan du sud et en Palestine ont ajouté au nombre grandissant de réfugiés.

«Du Bangladesh à la Colombie, nous avons une douzaine d’opérations pour lesquelles je suis très inquiet à cause du sous-financement», a-t-il dit. «Il est important de marteler et de faire passer le message que l’Ukraine ne peut pas être la seule réponse humanitaire.»

Lorsqu’en 2015, des foules de réfugiés syriens désespérés fuyant les combats à Alep se sont présentées aux portes de l’Europe, Grandi a déclaré que les dirigeants lui ont annoncé: «On est plein. Nous ne pouvons plus prendre personne.»

Des ressortissants ukrainiens fuyant le conflit dans leur pays se rassemblent au centre d’accueil mis en place pour eux après leur arrivée à l’aéroport Paris-Beauvais (Photo, AFP).

«Un bateau d’une quarantaine de personnes arrive en Sicile et les dirigeants se disputent au téléphone pour décider qui en prend combien et pour combien de temps», a-t-il déclaré. «Et maintenant, comment est-il soudainement possible qu’en six semaines, 7 millions de personnes arrivent et sont accueillies? Il y a eu des problèmes mais en général, ils ont été accueillis généreusement, efficacement et avec protection.»

«Je ne suis pas naïf», a avoué Grandi, «je comprends très bien le contexte. Je comprends que ce ne sera peut-être pas toujours comme ça. Mais cela prouve certainement un point important: Que répondre à l’afflux de réfugiés, à l’arrivée de personnes désespérées sur les côtes ou aux frontières des pays riches, n’est pas ingérable. Elle est en fait gérable de manière efficace, mais il faut une volonté politique.»

Cette volonté envers les 1,3 millions de demandeurs d’asile syriens qui sont arrivés en Europe en 2015 était largement inexistante et ces réfugiés ont souvent été accueillis au vitriol et à la haine, même de la part de hauts responsables gouvernementaux.

Viktor Orban, Premier ministre hongrois, a qualifié les demandeurs d’asile de «poison» et d’«envahisseurs musulmans».

«Il n’y a aucune chance, nous allons vous renvoyer. Ce continent ne sera pas votre patrie, vous avez votre propre patrie. C’est notre patrie, nous l’avons construite», a annoncé Orban en 2015.

Toujours en 2015, Marine Le Pen a comparé l’afflux de réfugiés à l’invasion barbare de Rome. Le Premier ministre britannique, David Cameron, a qualifié les réfugiés en fuite de «fourmilière», et le Premier ministre polonais de l’époque, Jarosław Kacziński, a accusé les migrants d’être porteurs de maladies.

Cette attitude envers les réfugiés et les migrants n’as pas été abandonnée en 2015. En 2020, Matteo Salvini, ancien vice-Premier ministre italien, a affirmé que les migrants africains apportaient des maladies comme la tuberculose et la gale en Italie. Cependant, lors d’un direct sur Facebook en mars de cette année, Salvini s’est engagé à transporter les réfugiés ukrainiens en Italie.

«Bien sûr, si vous martelez dans l’opinion publique que les personnes qui arrivent vont voler vos emplois, menacer votre sécurité et détruire vos valeurs, l’opinion publique ne se tournera pas positivement vers les migrants entrants», a noté Grandi.

Le fait que les dirigeants européens n’aient pas utilisé une telle rhétorique contre les Ukrainiens a positivement prédisposé l’opinion publique à l’égard ceux qui sont venu chercher refuge, a déclaré Grandi.

«C’est l’attitude à adopter: Soyez constructifs. Transmettez le message que les politiciens ont transmis au sujet des Ukrainiens: Ces personnes sont dans le besoin.

«Les gens fuient parce qu’ils ont peur. Il n’y a pas que les Ukrainiens. Les Syriens ont fui les bombes. Les gens du Tigré ont fui les bombes, les gens du Sahel fuient soit les bombes, soit les attaques. Fuir l’insécurité est la même chose, que vous soyez Ukrainien ou Nicaraguayen. Et je pense qu’il est important de continuer à faire passer ce message.»

Les supporters de Borisov brandissent une bannière indiquant «Refugees Go Home» («Que les réfugies rentrent chez eux» durant le match aller du groupe E de l’UEFA Champions League entre le Bayer Leverkusen et le FC Bate Borisov (Photo, AFP).

Le rapport du HCR a dissipé les idées reçues selon lesquelles les crises de réfugiés ne touchent que les nations riches, ou ce que l’on appelle communément le Nord. En réalité, plus de 80% des réfugiés dans le monde ont fui vers des pays pauvres et à revenu intermédiaire.

«Personne n’a entendu parler des 150 000 Nicaraguayens accueillis par le Costa Rica», a ajouté Grandi. «Pourtant, c’est un gros problème pour le Costa Rica.»

De nombreuses nations occidentales considèrent les crises de réfugiés comme un problème qu’elles ne sont pas obligées de résoudre, alors même que le nombre de solutions dépendent désormais d’un accord entre l’Occident et la Russie, dont l’engagement diplomatique, en raison de la guerre en Ukraine, est pratiquement à l’arrêt.

«Les cicatrices de ces fractures entre l’Occident et la Russie, entre les grandes puissances du Conseil de sécurité, sur la coopération internationale sont telles qu’elles mettront longtemps à se refermer. Et pourtant, si elles ne guérissent pas, je ne sais pas comment nous feront face à ces crises mondiales», a affirmé Grandi.

Le préambule de la Convention des Nations unies sur les réfugiés de 1951 définit un réfugié comme une personne qui «ne bénéficie plus de la protection et de l’assistance» de son propre pays, et qui relève donc de la responsabilité de la communauté internationale dans son ensemble.

«Ce qui est intéressant», a déclaré Grandi, «c’est que les donateurs comprennent très bien qu’il ne peut y avoir d’inégalité dans la réponse».

Aucun autre exemple récent n’illustre peut-être autant cette abdication de responsabilité de la part de l’Occident que le «plan Rwanda» de la Grande-Bretagne, un projet qui vise à envoyer par avion au Rwanda, pour contrôle et traitement, toutes les personnes qui traversent la Manche sans autorisation.

Filippo Grandi, haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés (Photo, HCR).

Selon ce plan, le Royaume-Uni versera des fonds à un «fonds de transformation et d’intégration économique» du gouvernement rwandais et financera chaque migrant pour sa relocalisation et son hébergement temporaire.

«Nous ne soutenons pas cet accord», a déclaré Grandi. «Tout cela est faux et contraste tellement avec la générosité affichée envers les Ukrainiens.

«Le droit d’asile repose sur le fait que les personnes qui se trouvent sur le territoire d’un pays reçoivent une protection, surtout si ce pays est signataire de la convention et dispose des institutions nécessaires pour s’occuper des demandeurs d’asile. Exporter cette responsabilité vers un autre pays va à l’encontre de toute notion de partage international des responsabilités.»

«Le Royaume-Uni prétend faire cela pour sauver les gens de voyages dangereux. Permettez-moi d’en douter un peu. Sauver les gens d’un voyage dangereux, c’est bien. Mais est-ce là la véritable motivation de cet accord? J’en doute. Mais je pense que si le Royaume-Uni et d’autres pays voulaient vraiment que ces voyages dangereux cessent, alors il existe d’autres moyens de le faire.»

Grandi a indiqué que ce dispositif est un «nouveau jeu de balle qui se superpose au Rwanda», un pays qui, bien qu’ayant accueilli des dizaines de milliers de réfugiés congolais et burundais, ne dispose pas des structures nécessaires pour procéder à la détermination du statut de réfugié – structures qui sont bien en place en Angleterre.

«Je l’ai dit clairement à Priti Patel: Cet accord rend notre travail très difficile», a déclaré Grandi, faisant référence à la ministre britannique de l’Intérieur. «Le précédent que cela crée est catastrophique.»

Interrogé sur le fait de savoir si la crise mondiale de la sécurité alimentaire en cours était susceptible de pousser davantage de personnes à quitter leur foyer, Grandi a répondu qu’il «ne pouvait pas imaginer comment» il pourrait en être autrement.

Il a conclu en disant que, bien qu’il appelle le monde à aider à faire face aux conséquences du conflit, «le problème doit être résolu à la racine et la guerre doit être arrêtée. Les négociations doivent reprendre».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le sommet de l'Otan vante des contrats d'armement, tente d'apaiser Trump

Mark Rutte (à gauche), secrétaire général de l'OTAN, rencontre le président turc Recep Tayyip Erdogan avant le 36ᵉ sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'OTAN à Ankara, le 6 juillet 2026. (AFP)
Mark Rutte (à gauche), secrétaire général de l'OTAN, rencontre le président turc Recep Tayyip Erdogan avant le 36ᵉ sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'OTAN à Ankara, le 6 juillet 2026. (AFP)
  • L'Otan a annoncé plus de 50 milliards de dollars de contrats d'armement pour renforcer les capacités de défense des alliés et répondre aux attentes des États-Unis
  • Les alliés européens réaffirment leur soutien à l'Ukraine avec une nouvelle aide militaire, tout en cherchant à convaincre Donald Trump de leur engagement en matière de défense

ANKARA: Le chef de l'Otan a annoncé mardi plusieurs contrats d'armement, dans l'espoir de convaincre Donald Trump du sérieux des Européens à renforcer leurs capacités de défense, au premier jour d'un sommet de l'Alliance à Ankara.

Attendu mardi après-midi dans la capitale turque, le président américain ne décolère pas contre ses alliés européens qu'il accuse de l'avoir laissé tomber dans la guerre que les Etats-Unis ont déclenchée avec Israël contre l'Iran.

Des pays membres de l'Otan et "des entreprises des deux côtés de l'Atlantique vont (...) signer des contrats qui se chiffrent en milliards, littéralement des milliards de dollars", a lancé le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte.

Selon un diplomate de l'Alliance, la valeur totale de ces contrats dépasse les 50 milliards de dollars.

Un gros contrat a ainsi été confirmé avec la firme suédoise Saab pour remplacer la flotte des avions de reconnaissance Awacs, fabriqués par l'avionneur américain Boeing, dont dispose actuellement l'Otan.

Il s'agit d'une commande de dix appareils Global Eye, dont le montant n'a pas été révélé. Le remplacement de la flotte d'Awacs avait été annoncé par l'Otan en novembre 2023, et Saab était pressenti pour remporter ce contrat, après le retrait de Boeing.

Le groupe Airbus a de son côté décroché un contrat pour fournir un dixième A330 MRTT (Multi Role Tanker Transport), un avion militaire de transport et de ravitaillement, à la flotte de l'Otan.

Le patron de l'Alliance a fait cette annonce devant un parterre d'industriels et de responsables de l'Otan. Réunis dans la capitale turque à l'occasion d'un Forum sur l'industrie de défense, ils entendent ainsi démontrer l'engagement des alliés européens à développer leurs capacités de défense, comme le réclament les Etats-Unis de Donald Trump.

- Au moins 5% -

La gestion de Donald Trump "consume beaucoup d'énergie" au sein de l'Otan, reconnaît un diplomate à Bruxelles.

Les Européens ont lancé une grande opération séduction, un exercice dans lequel Mark Rutte est passé maître, depuis qu'il a été appelé en 2024 à la tête de cette organisation.

L'an dernier, le président américain avait obtenu des Européens et du Canada qu'ils s'engagent à consacrer au moins 5% de leur produit intérieur brut (PIB) à leur sécurité.

Beaucoup sont encore loin d'atteindre un tel pourcentage mais Mark Rutte ne désespère pas de convaincre Donald Trump que le mouvement est lancé.

En 2025, "les Alliés européens et le Canada ont dépensé près de 20% de plus pour leur défense que l'année précédente. Si l'on considère 2025 et 2026 réunies, cela représente 258 milliards de dollars d'investissements supplémentaires", a-t-il souligné.

Maintenant, "il faut mettre cet argent au service de notre défense", a-t-il ajouté. "Cela signifie faire de l'innovation une priorité absolue, surmonter la fragmentation des industries nationales de défense et réduire les lourdeurs administratives".

Et l'exemple vient d'Ukraine, dont le président Volodymyr Zelensky est attendu mardi à Ankara, où il doit rencontrer, entre autres, Mark Rutte et l'hôte de ce sommet, le président turc Recep Tayyip Erdogan. Le président Zelensky qui s'est entretenu au téléphone ce week-end avec Donald Trump, doit le rencontrer dans la capitale turque.

L'industrie ukrainienne de défense a gagné une expertise et un savoir-faire, notamment en matière de drones, dont les Européens veulent s'inspirer.

A Ankara, les alliés européens de l'Ukraine entendent aussi lui réaffirmer leur soutien.

Avec le Canada, mais sans les Etats-Unis, ils vont s'engager à apporter une aide militaire à Kiev de 40 milliards d'euros en 2026 et au moins autant en 2027, selon des diplomates. Cette somme viendra s'ajouter aux 30 milliards d'euros d'aide militaire que l'Union européenne a promis de son côté, en 2026 comme en 2027, sous forme de prêts.

Les Européens espèrent également confirmer la dynamique favorable à l'Ukraine obtenue au sommet du G7 à Evian, en France, à la mi-juin.

Ils comptent aussi sur M. Erdogan pour contenir un éventuel accès de colère de la part du locataire de la Maison Blanche. L'excellente relation entre les deux hommes est la meilleure chance de succès de ce sommet, selon un diplomate à l'Otan.


Bombardements russes sur Kiev: Zelensky exhorte à prendre des «décisions fermes» au sommet de l'Otan

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté lundi ses alliés a prendre des "décisions fermes" au sommet de l'Otan prévu à Ankara mardi et mercredi, après des bombardements russes dans la région de Kiev ayant fait au moins 14 morts. (AFP)
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté lundi ses alliés a prendre des "décisions fermes" au sommet de l'Otan prévu à Ankara mardi et mercredi, après des bombardements russes dans la région de Kiev ayant fait au moins 14 morts. (AFP)
  • "Il est crucial que le monde - en premier lieu les Etats-Unis et nos partenaires européens - ressortent du sommet de l'Otan à Ankara avec des décisions fermes en faveur de notre défense antiaérienne et donc de la protection de la vie des gens ordinaires"
  • Dans la capitale, au moins neuf personnes ont été tuées et 46 blessées, a indiqué sur Telegram le chef de l'administration militaire de Kiev, Tymour Tkatchenko

KIEV: Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté lundi ses alliés a prendre des "décisions fermes" au sommet de l'Otan prévu à Ankara mardi et mercredi, après des bombardements russes dans la région de Kiev ayant fait au moins 14 morts.

"Il est crucial que le monde - en premier lieu les Etats-Unis et nos partenaires européens - ressortent du sommet de l'Otan à Ankara avec des décisions fermes en faveur de notre défense antiaérienne et donc de la protection de la vie des gens ordinaires", a-t-il déclaré sur Facebook.

Au moins 10 morts à Kiev

Des bombardements russes ont fait au moins 10 morts lundi dans la région de Kiev, où des journalistes de l'AFP ont été les témoins de dizaines d'explosions, à la veille d'un sommet de l'Otan à Ankara.

Dans la capitale, au moins neuf personnes ont été tuées et 46 blessées, a indiqué sur Telegram le chef de l'administration militaire de Kiev, Tymour Tkatchenko. Au moins une autre personne est morte dans le district de Boutcha, en périphérie de Kiev, a rapporté le chef de l'administration militaire régionale, Mykola Kalachnyk, accusant Moscou de frapper "une fois encore délibérément des civils et des infrastructures civils".

Dans un communiqué, le ministère russe de la Défense a dit avoir "lancé une frappe massive" contre l'Ukraine "en réponse aux attaques terroristes menées par le régime de Kiev contre des infrastructures civiles sur le territoire russe".

Les forces russes ont attaqué "des entreprises du secteur militaro-industriel, des installations du complexe énergétique et pétrolier dans la ville de Kiev et la région de Kiev, ainsi que des infrastructures aéroportuaires militaires à Dnipropetrovsk, Poltava, Tcherkassy, Tchernihiv et Kiev", a-t-il ajouté.

Les services d'urgence ukrainiens, eux, ont affirmé qu'au moins 15 immeubles résidentiels ont été endommagés ou détruits à Kiev, dont un bâtiment de neuf étages dans le district de Podilsky où "les sauveteurs recherchent des gens" dans les décombres, et un entrepôt dans le district d'Obolonsky.

La Russie, qui frappe quotidiennement l'Ukraine depuis le lancement de son offensive en février 2022, avait promis de riposter à des attaques massives de missiles et drones ukrainiens - près de 500 - ayant visé la Russie dans la nuit de vendredi à samedi, en particulier la région de Saint-Pétersbourg.

La semaine dernière, des attaques russes avaient fait 30 morts à Kiev et près de 100 blessés dans la nuit de mercredi à jeudi - les pires frappes russes contre la capitale depuis le début de la guerre.

Panne d'électricité en Crimée occupée 

L'armée ukrainienne a poursuivi de son côté ses attaques de drones contre la Russie. Au moins 47 de ces engins ont été abattus dans la nuit de dimanche à lundi dans la région de Leningrad, selon son gouverneur Alexandre Drozdenko.

Et la ville de Sébastopol, dans la péninsule de Crimée annexée par la Russie, est privée d'électricité lundi en raison d'une attaque ukrainienne sur des infrastructures énergétiques aux abords de la ville, a annoncé le gouverneur local nommé par Moscou, Mikhaïl Razvojaïev.

"Les équipements collectifs fonctionnent désormais grâce à des systèmes d'alimentation électrique de secours. Les spécialistes mettent actuellement tout en œuvre pour rétablir l'électricité dans les foyers", a écrit M. Razvojaïev.

La ville d'environ 550.000 habitants sert de base à la flotte russe de la mer Noire.

Depuis plusieurs semaines, l'armée ukrainienne a entrepris un blocus énergétique de la Crimée dont les forces russes ont pris le contrôle en 2014, en frappant des infrastructures et des camions citernes l'approvisionnant.

La péninsule a été placée en "situation d'urgence" fin juin - permettant de débloquer plus de moyens et ouvrant la voie théoriquement à la mise en place de restrictions visant la population locale.

De manière générale, Kiev intensifie dernièrement ses attaques contre le territoire russe et les régions occupées, et vise notamment des sites de production d'énergie pour tenter d'enrayer le financement de guerre de Moscou.

Le maire de la capitale russe, Sergueï Sobianine, a rapporté tôt lundi que 11 drones avaient été détruits alors qu'ils se dirigeaient vers  Moscou.

Négociations dans l'impasse 

Les négociations sont dans l'impasse pour mettre fin au conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Le président américain Donald Trump doit rencontrer mercredi son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky en marge du sommet de l'Otan à Ankara, où des chefs d'Etat et des délégations de 32 pays sont attendus dès mardi.

"Le président va le rencontrer évidemment dans le but de discuter de la manière dont nous pouvons mettre fin à la guerre. C'est pour lui une priorité de longue date", a déclaré un haut responsable américain.

"Il existe une réelle perspective de mettre fin à cette guerre et la détermination de l'Amérique est décisive", a indiqué M. Zelensky samedi.

A l'occasion du sommet de l'Alliance, les pays européens de l'Otan et le Canada vont s'engager à fournir 70 milliards d'euros d'aide militaire à l'Ukraine en 2026 comme en 2027, a-t-on appris de sources diplomatiques.

Sur le front, les forces russes n'ont quasiment pas avancé ces derniers mois du fait notamment de l'omniprésence des drones qui gênent les mouvements des véhicules lourds et infligent de très lourdes pertes aux deux camps.

Le Kremlin a toutefois revendiqué vendredi la prise de Kostyantynivka, un bastion des forces ukrainiennes dans la région de Donetsk dont la capture est l'objectif principal du Kremlin. Mais cette annonce a été fermement démentie par Kiev, selon qui les combats se poursuivent.

 


Starmer prévient Andy Burnham qu'il ne pourra pas délaisser la diplomatie

Le Premier ministre britannique Keir Starmer écoute le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte (hors champ), lors de leur réunion au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 29 juin 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Keir Starmer écoute le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte (hors champ), lors de leur réunion au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 29 juin 2026. (AFP)
  • Keir Starmer affirme qu’un Premier ministre ne peut pas privilégier les dossiers intérieurs au détriment de la diplomatie, les deux étant étroitement liés
  • Favori pour lui succéder, Andy Burnham promet de maintenir un soutien total à l’Ukraine tout en axant sa campagne sur l’économie et le coût de la vie

LONDRES: Le Premier ministre britannique démissionnaire Keir Starmer a prévenu son probable successeur, Andy Burnham, qu’il ne lui serait pas possible de délaisser la diplomatie au profit des affaires intérieures, lors d’un entretien diffusé samedi sur la BBC.

Il s’agit de sa première interview depuis l'annonce de sa démission, le 22 juin. Le dirigeant travailliste doit rester en poste jusqu’à la désignation de son successeur, attendue mi-juillet.

À ce stade, Andy Burnham, ex-maire du Grand Manchester, est le seul candidat déclaré à la succession de Keir Starmer. Il s'est jusqu’ici principalement exprimé sur des sujets de politique intérieure, dont le coût de la vie, promettant de réduire les factures d'énergie et d'eau des Britanniques.

Lundi, son premier discours politique majeur a porté sur l'économie.

Interrogé sur la possibilité pour un Premier ministre de consacrer moins de temps à la diplomatie que lui, Keir Starmer a répondu : "Non, je ne pense pas que ce soit possible".

"Il y a souvent ce débat — quel est le bon équilibre entre affaires internationales et affaires intérieures ? En réalité, c’est une seule et même chose", a-t-il poursuivi.

"Si vous êtes Premier ministre et que vous vous souciez du montant des factures des ménages, vous devez aussi vous soucier d’une solution durable à la situation en Ukraine, ou encore de ce qui se passe dans le détroit d’Ormuz", a-t-il encore déclaré.

Il a également insisté sur le fait que "nous vivons dans un monde plus dangereux et plus instable" que celui qu’il a connu pendant la plus grande partie de sa vie, évoquant les conflits en Ukraine et en Iran.

Concernant l'Ukraine, M. Burnham a indiqué vendredi, lors d'une séance de questions-réponses sur Reddit, qu'il apporterait "à 100 %" le même soutien que M. Starmer.

Interrogé sur sa relation avec Andy Burnham, Keir Starmer a assuré n’avoir "jamais éprouvé d’animosité personnelle" à son égard, ajoutant qu’il ferait "tout ce qui est en son pouvoir" pour que le prochain gouvernement réussisse.