Les ministres arabes des Affaires étrangères s'engagent à soutenir les négociations avec le FMI et le processus de réforme du Liban

Le Conseil des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe s'est réuni à l'hôtel Al-Habtoor à Sin El-Fil, dans la capitale libanaise Beyrouth le 2 juillet 2022 (Photo, AFP).
Le Conseil des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe s'est réuni à l'hôtel Al-Habtoor à Sin El-Fil, dans la capitale libanaise Beyrouth le 2 juillet 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 03 juillet 2022

Les ministres arabes des Affaires étrangères s'engagent à soutenir les négociations avec le FMI et le processus de réforme du Liban

  • Les représentants de la Ligue arabe ont également discuté de la guerre en Ukraine, de l'alimentation et de l'énergie
  • La réunion préparera le sommet arabe qui se tiendra en Algérie en novembre prochain

BEYROUTH: Les ministres arabes des Affaires étrangères ont promis samedi leur soutien aux négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) et au processus de réforme du Liban, à l'issue d'une réunion de la Ligue arabe tenue à Beyrouth.

Ils ont déclaré que leur présence au Liban dans une situation économique et politique «extrêmement difficile» montrait que les pays arabes étaient favorables à la stabilité et qu’ils soutenaient les négociations du pays avec le FMI et le processus de réforme.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, a déclaré: «Nous sommes ici pour dire qu'il y a un problème et que vous devez chercher à le résoudre».

Il a indiqué lors d'une conférence de presse que la réunion avait abordé les préparatifs, le calendrier et les participants du prochain sommet de la Ligue arabe.

«Nous avons tenu quelques discussions et échangé des points de vue qui feront l'objet d'une décision à l'endroit approprié. Nous avons également abordé la guerre en Ukraine, la nourriture, l'énergie et la question de la Somalie, où des millions de Somaliens risquent de mourir de faim.»

«Nous avons, en outre, discuté de la cause palestinienne sur fond de mouvements américano-israéliens et de la manière dont nous réagissons à ces événements. Nous n'avons convenu de rien, car il s'agit de simples discussions que nous ne révélerons pas», a-t-il ajouté.

«Tous sont favorables à la fin de la pression exercée sur les réfugiés syriens. L'État libanais leur prodigue des soins mais, lorsque des décisions similaires à l'accord sur leur retour dans leur pays sont prises, il faut que des circonstances spécifiques soient réunies.»

Il a rappelé qu'une guerre civile était en cours en Syrie et que les destructions étaient «énormes».

«Au moins 500 millions de dollars sont nécessaires pour réhabiliter l'infrastructure syrienne», a-t-il ajouté. «Ce sont des questions très complexes qui ne peuvent être résolues par une simple décision. Mais la communauté internationale a la volonté de mettre fin à la guerre en Syrie et continue de faire pression concernant la question des réfugiés au Liban, en Jordanie et dans d'autres pays.»

Le Liban, représenté par le ministre des Affaires étrangères sortant, Abdallah Bou Habib, a présidé la réunion ministérielle.

L'Algérie accueillera le sommet de la Ligue arabe début novembre après son report en 2020 et 2021 en raison des confinements liés à la Covid-19.

Ont participé à la réunion de samedi les ministres des Affaires étrangères du Koweït, du Yémen, de la Jordanie, du Qatar, de la Tunisie, de l'Algérie, des Comores, du Soudan, de la Somalie et de la Palestine, le vice-ministre des Affaires étrangères de l'Égypte, ainsi que les représentants permanents de la Ligue arabe en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, à Djibouti, en Irak, au Maroc, à Oman et en Libye, un représentant de la Mauritanie et l'ambassadeur de Bahreïn en Syrie.

La délégation ministérielle arabe a rencontré le président libanais Michel Aoun, qui a exprimé l'importance des relations régionales dans les «circonstances critiques que traverse le monde arabe, les défis auxquels il est confronté, et qui exigent la plus grande consultation et coopération».

Il a évoqué les crises auxquelles le Liban est confronté et le poids des réfugiés syriens dans le pays qui, selon lui, n'est «plus capable de gérer cette réalité».

«Nous cherchons à trouver un accord avec le FMI. Il y a une médiation américaine pour délimiter les frontières maritimes sud du Liban», a-t-il indiqué, ajoutant que le Liban conservait ses ressources en eau, en pétrole et en gaz.

Répondant aux questions des médias sur la révocation de la suspension de l'adhésion de la Syrie à la Ligue arabe, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a déclaré: «Nous n'avons pas soutenu la suspension de son adhésion car la Syrie est un membre fondateur de la Ligue. Le ministre syrien des Affaires étrangères se rendra en Algérie et nous examinerons cette question avec le plus haut sens des responsabilités.»

La délégation ministérielle arabe a également rencontré le président du Parlement libanais, Nabih Berri, qui a déclaré que le Liban demandait désormais à ses «frères arabes de venir s'attaquer au cœur de ses souffrances».

Il a indiqué à ses invités que les négociations indirectes entre le Liban et Israël, avec la médiation des États-Unis, visant à délimiter les frontières maritimes en vue de l'extraction de gaz, progressaient.

Par ailleurs, le Premier ministre désigné, Najib Mikati, a rencontré les délégations vendredi soir.

Il a réitéré l'engagement du Liban à mettre en œuvre toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et de la Ligue arabe de manière à renforcer la politique de dissociation à l'égard de tout différend arabe, à étendre la souveraineté de l'État sur l'ensemble de son territoire et à prévenir toute offense à l'égard de tout État arabe et toute menace pour sa sécurité.

De son côté, Aboul Gheit a reçu une lettre politique du Front souverain pour le Liban s'opposant au Hezbollah et au rôle de l'Iran au Liban.

La lettre demande «l'activation du droit du Liban à être libre de la domination iranienne qui se sert du Liban et de ses territoires comme d'une plateforme pour mener des hostilités, mettant le pays en danger et l'exposant à des attaques de toutes parts».   

Elle souligne «la persistance de l'armement illégal représenté par la milice armée organisée du Hezbollah, qui reçoit le soutien, les ordres et le financement de l'Iran».


Plus de 200.000 personnes sont parties du Liban vers la Syrie depuis le début de la guerre 

Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
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  • "Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie
  • "Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR

GENEVE: Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie par les trois points de passage officiels", a déclaré Aseer al-Madaien, représentante par intérim du HCR en Syrie, lors d'un point presse donné en visioconférence à Genève depuis Damas.

"Ces chiffres ont été fournis par les autorités et confirmés par nos collègues sur le terrain", a-t-elle ajouté, précisant que "la grande majorité" de ces personnes, soit "près de 180.000, sont des Syriens, notamment des réfugiés syriens qui avaient déjà fui la Syrie pour trouver refuge au Liban et qui sont aujourd'hui contraints de fuir à nouveau".

"Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le Liban avait accueilli plus d'un million de réfugiés syriens qui ont fui leur pays pendant la guerre civile déclenchée par la répression d'un soulèvement populaire contre le pouvoir de Bachar al-Assad en 2011.

Plus d'un demi-million de ces réfugiés ont regagné leur pays depuis la chute d'Assad fin 2024.

Le HCR a indiqué que son plan d'urgence pour les personnes rejoignant précipitamment la Syrie depuis le Liban prévoyait "un nombre pouvant atteindre de 300 à 350.000 personnes".

"Ce nombre dépendra en grande partie d'éventuelles opérations terrestres supplémentaires. Parallèlement, le gouvernement syrien nous a informés qu'il mettait en place un plan d'urgence au cas où davantage de Libanais se dirigeraient vers la Syrie", a ajouté Mme al-Madaien.


Israël occupera une partie du sud du Liban après la guerre, déclare son ministre de la Défense

 Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
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  • "Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties"
  • "Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza"

JERUSALEM: Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz.

"A la fin de cette opération, Tsahal (l'armé israélienne, NDLR) s'installera dans une zone de sécurité à l'intérieur du Liban, sur une ligne défensive contre les missiles antichars, et maintiendra le contrôle sécuritaire de toute la zone jusqu'au Litani", fleuve qui s'écoule à une trentaine de kilomètres au nord de la ligne de démarcation entre Israël et le Liban, a déclaré M. Katz, dans une vidéo diffusée par son bureau.

"Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties", a ajouté M. Katz.

"Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza, afin d'éliminer une fois pour toutes les menaces le long de la frontière qui pèsent sur les habitants du nord", a encore ajouté M. Katz en référence à deux villes de la bande de Gaza dévastées par les opérations militaires d'Israël dans sa guerre contre le Hamas après le 7 octobre 2023.

Le Liban a été entraîné dans la guerre entre Israël et les Etats-Unis d'une part et l'Iran d'autre part par une attaque le 2 mars du mouvement islamiste Hezbollah contre Israël en représailles à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour du conflit.

Depuis lors, les frappes israéliennes massives sur le pays du Cèdre ont tué plus de 1.200 personnes et en ont blessé plus de 3.600, selon le dernier bilan du ministère de la Santé. L'armée israélienne affirme elle avoir éliminé "850 terroristes" au Liban.

M. Katz ne cesse de multiplier les déclarations martiales à l'encontre du Liban et des Libanais.

Dimanche, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a indiqué lui avoir écrit pour exprimer ses "vives préoccupations concernant (des propos tenus récemment par des responsables israéliens) qui sapent le respect du droit international humanitaire" et dénotent selon elle une volonté de s'y soustraire.

Dans une copie de la lettre publiée par HRW, cette dernière lui reproche nommément ses propos du 16 mars, dans lesquels il menaçait déjà d'empêcher le retour des personnes ayant fui la région au sud du Litani.

"Utiliser le refus du retour des civils comme outil de négociation constitue un déplacement forcé, ce qui est interdit par les lois de la guerre et peut constituer un crime de guerre", écrit l'ONG.

Depuis le 2 mars, le Hezbollah a tiré "entre 4.000 et 5.000 roquettes, drones et missiles, ainsi que des mortiers (...) en direction d'Israël, certains en direction de nos troupes, d'autres vers des communautés civiles", a déclaré mardi le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole international de l'armée israélienne.


Liban: fin de l'enquête sur l'explosion du port de Beyrouth

Le silo à grains du port de Beyrouth endommagé quatre jours après une explosion monstrueuse qui a fait plus de 220 morts, le 8 août 2020. (AFP)
Le silo à grains du port de Beyrouth endommagé quatre jours après une explosion monstrueuse qui a fait plus de 220 morts, le 8 août 2020. (AFP)
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  • Le juge Tarek Bitar a clôturé l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth en 2020, ouvrant la voie à d’éventuels renvois devant le tribunal de dizaines de responsables politiques, militaires et fonctionnaires interrogés
  • L’explosion, provoquée par 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées sans précaution, avait fait plus de 220 morts et est devenue un symbole de l’impunité au Liban, l’enquête ayant été bloquée par l’hostilité politique avant d’être reprise en 2025

BEYROUTH: Le juge chargé du dossier de l'explosion au port de Beyrouth en 2020 a clôturé son enquête, ouvrant la voie à de possibles renvois devant le tribunal des dizaines de personnes auditionnées au cours des investigations, a indiqué lundi une source judiciaire à l'AFP.

"Le juge d'instruction en charge de l'enquête, Tarek Bitar, a clôturé son enquête" près de six ans après l'explosion qui a ravagé une partie de la capitale libanaise le 4 août 2020 et fait plus de 220 morts, a précisé cette source judiciaire.

Le magistrat a transmis le dossier au procureur général de la Cour de cassation pour avis, avant d'éventuels renvois devant le tribunal, a ajouté cette source.

Près de 70 personnes, dont des personnalités politiques, des responsables des services de sécurité et de l'armée ainsi que des fonctionnaires, avaient été convoquées au cours de l'enquête, a détaillé la source judiciaire. Certaines d'entre elles avaient refusé de répondre aux convocations du juge et d'être interrogées.

Le dossier judiciaire de la déflagration du port est devenu un symbole de l'impunité, le juge d'instruction ayant dû interrompre son enquête en janvier 2023 face à l'hostilité d'une grande partie de la classe politique, notamment du Hezbollah qui accusait le magistrat de partialité.

Il avait été poursuivi un temps pour insubordination, mais avait pu reprendre son enquête début 2025 après l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement et d'un nouveau président qui avaient promis de préserver l'indépendance de la justice.

Considérée comme l'une des plus grandes explosions non nucléaires de l'Histoire, l'explosion du port avait été provoquée par un incendie dans un entrepôt où était stocké sans précaution du nitrate d'ammonium, malgré des avertissements répétés aux plus hauts responsables.

La cargaison de 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium, transportée à bord d'un navire, le Rhosus, était arrivée au port de Beyrouth en novembre 2013.

Les autorités portuaires avaient stocké cette marchandise dans un entrepôt délabré, selon des responsables libanais, tandis que le Rhosus, immobilisé après le lancement de poursuites contre le propriétaire, avait coulé dans le port en 2018.

Un premier juge chargé en 2020 de l'enquête avait jeté l'éponge après avoir inculpé l'ex-Premier ministre, Hassan Diab, et trois anciens ministres.